J'avouerais tout d'abord que j'ai décidé de le lire suite à la publication de la Newsletter de l'Institut Métapsychique International (septembre 2012), qui nous en dit:
Malgré la présence des sempiternels poncifs pseudo-sceptiques, on peut y apprécier quelques pages de vulgarisation de la parapsychologie bien réalisées.
En toute honnêteté, je me suis dit que si l'IMI se plaignait du scepticisme affiché par le numéro HS en question (pour rappel "pseudo-scepticisme" est le vocabulaire que les tenants utilisent pour dénigrer les sceptiques), c'est qu'il devait être plutôt bien fait! Et ce fut effectivement le cas.
Mon avis sur ce numéro HS est globalement positif. Il n'est évidemment pas parfait. Certains articles sont malheureusement beaucoup moins critiques que d'autres. Mais dans l'ensemble, je trouve que la rédaction de Science & Vie Junior a plutôt fait du bon boulot, en présentant des dossiers équilibrés. Et ce qui est plutôt rare dans les médias, le point de vue sceptique y est très régulièrement présenté. Pour donner un seul exemple des "sempiternels poncifs pseudo-sceptiques" dont ce plaint l'IMI, dans la section consacrée à la parapsychologie nous trouvons "5 raisons de douter", qui expliquent clairement aux lecteurs qu'il y a encore de très bonnes raisons scientifiques de douter de l'existence du psi. Tout simplement excellent.
Comme pour le Ciel & Espace "Extraterrestres: Où sont-ils?" (à propos duquel j'avais spécifiquement commenté une citation de Pierre Lagrange), je vais maintenant zoomer sur la bande-dessinée proposée dans ce HS, intitulée "Un voyant incollable". Cette BD présente la rencontre de l'illusionniste Robert-Houdin avec le médium Alexis Didier. On sait que le tenant de l'existence d'authentiques processus paranormaux Bertrand Méheust a fait beaucoup pour populariser la vie d'Alexis Didier, et le fait qu'il s'agirait d'un soit-disant "authentique médium" (pour autant qu'une telle chose existe).
Parce que l'illusionniste Robert-Houdin échoua a prendre Alexis Didier en flagrant délit de trucages d'illusionniste, la BD conclut (selon moi de manière fort peu scientifique):
Quelques remarques pour donner à réfléchir sur le sujet:
Mon avis sur ce numéro HS est globalement positif. Il n'est évidemment pas parfait. Certains articles sont malheureusement beaucoup moins critiques que d'autres. Mais dans l'ensemble, je trouve que la rédaction de Science & Vie Junior a plutôt fait du bon boulot, en présentant des dossiers équilibrés. Et ce qui est plutôt rare dans les médias, le point de vue sceptique y est très régulièrement présenté. Pour donner un seul exemple des "sempiternels poncifs pseudo-sceptiques" dont ce plaint l'IMI, dans la section consacrée à la parapsychologie nous trouvons "5 raisons de douter", qui expliquent clairement aux lecteurs qu'il y a encore de très bonnes raisons scientifiques de douter de l'existence du psi. Tout simplement excellent.
Comme pour le Ciel & Espace "Extraterrestres: Où sont-ils?" (à propos duquel j'avais spécifiquement commenté une citation de Pierre Lagrange), je vais maintenant zoomer sur la bande-dessinée proposée dans ce HS, intitulée "Un voyant incollable". Cette BD présente la rencontre de l'illusionniste Robert-Houdin avec le médium Alexis Didier. On sait que le tenant de l'existence d'authentiques processus paranormaux Bertrand Méheust a fait beaucoup pour populariser la vie d'Alexis Didier, et le fait qu'il s'agirait d'un soit-disant "authentique médium" (pour autant qu'une telle chose existe).
Parce que l'illusionniste Robert-Houdin échoua a prendre Alexis Didier en flagrant délit de trucages d'illusionniste, la BD conclut (selon moi de manière fort peu scientifique):
En clair, Alexis Didier n'était pas un illusionniste.Science & Vie Junior nous affirme donc péremptoirement qu'Alexis Didier était un "authentique médium".
Quelques remarques pour donner à réfléchir sur le sujet:
- La première association de scientifiques spécialisés dans l'étude scientifique du paranormal (la Society for Psychical Research) fut fondée en 1882. C'est historiquement à partir de là qu'on voit des scientifiques, des intellectuels et des illusionnistes qui se mettent à réfléchir sérieusement à la manière dont on doit tester les prétentions des soit-disant médiums. Des méthodologies sont développées, débattues et peaufinées à partir de cette date. L'action de cette BD se déroule en 1847 (donc 35 plus tôt!). Alexis Didier a vécu de 1826 à 1886. Il n'est selon moi pas étonnant que les médiums qui pré-datent la fondation de la SPR n'aient jamais été pris en flagrant délit de
trucages d'illusionniste. Il en va de même pour Daniel Dunglas Home (1833 - 1886), qui n'a jamais été pris non plus en flagrant délit, mais qui (très savoureusement) a écrit un ouvrage critiquant les trucages utilisés par ses confrères ("Lights and Shadows of Spiritualism"
).
- Le célèbre illusionniste sceptique qui passa sa carrière à démystifier les médiums de son temps, c'est Harry Houdini (1874 - 1926) et pas Jean Eugène Robert-Houdin (1805 – 1871). Le vrai nom de Harry Houdini était Erik Weisz, mais il prit comme nom de scène Harry Houdini en hommage à son idole, Robert-Houdin. Mon impression est que certaines personnes tendent à jouer sur cette confusion, en n'explicitant pas clairement de qui il s'agit. Robert-Houdin fut un tout grand illusionniste - on le considère même comme le père de la discipline moderne - mais pas un sceptique spécialisé dans le test des médiums (comme Harry Houdini ou plus récemment James Randi).
- Tous les illusionnistes vous diront qu'il est possible de tromper d'autres illusionnistes. Il existe d'ailleurs des tours conçus spécialement dans ce but. Il est tout simplement faux de s'imaginer qu'un illusionniste, aussi brillant soit-il, sera capable de déterminer en toute circonstance comment un effet fut généré.
- Si on lit les crédits de la BD (écrit en tout petit sous le texte d'introduction), on apprend que celle-ci se base sur le compte-rendu des évènements du marquis de Mirville. Jules de Mirville était lui-même un médium spirite. Il s'agit d'une information qui me semble importante, puisque le récit des évènements n'est pas de Robert-Houdin lui-même. On peut aisément imaginer que, sous la plume d'un collègue médium spirite, un certain "enjolivement" de la prestation d'Alex Didier ce soit produit.
- Nonobstant qui a écrit le compte-rendu des événements, la recherche scientifique en parapsychologie a montré que les témoins d'une séance spirite rapportent généralement de manière très incorrecte ce qui s'y est déroulé. Comme les sceptiques le savent fort bien, le témoignage humain n'est pas fiable. Cela est aussi vrai lors d'une séance spirite. Lorsqu'on demande à des gens d'observer une séance réalisée dans un cadre expérimental, puis qu'ensuite on leur demande de rédiger ce qu'ils y ont vu, on remarque qu'ils omettent des éléments extrêmement importants (qui permettraient par exemple à un illusionniste de déterminer la méthode utilisée) et qu'ils rajoutent des éléments qui ne se sont pas produits. Il faut donc prendre tout compte-rendu de séance avec esprit critique. Et n'oubliez pas qu'à l'époque il n'existait pas encore de caméras!
- Enfin, peut-on scientifiquement conclure du fait que Robert-Houdin n'a pas réussi à détecter une fraude d'Alexis Didier que celui-ci était un "authentique médium"? La réponse est clairement et résolument non. Tout ce qu'on peut légitimement conclure est que Robert-Houdin n'a pas réussi à détecter une éventuelle fraude d'Alexis Didier, ni plus ni moins. Le fait qu'on n'ait pas (jusqu'à présent) réussi à proposer une explication prosaïque pour X ne prouve pas au-delà de tout doute raisonnable que ce X soit authentiquement paranormal.
Au final, la conclusion de la BD ("En clair, Alexis Didier n'était pas un illusionniste.") est fort malheureuse, particulièrement pour un magazine scientifique qui se veut digne de cette appellation.

5 commentaires:
Ah, c'est toujours ainsi dans la vulgarisation scientifique. Deux pas en avant, un pas en arrière...
Peut-être devriez-vous envoyer vos remarques par courrier au journal ?
Je ne pense pas que ça marcherait, ils trouveront toujours des raisons pour se justifier.
Bonjour,
Comme je le signale dans le billet, la BD reflète les travaux de Bertrand Méheust sur le sujet. Du coup Science & Vie Junior peut simplement renvoyer à ses publications.
Mon objectif était simplement de fournir des éléments critiques sur cette BD à ceux qui en chercheraient sur le net.
Un des éléments positifs de cette publication est que ses rédacteurs ont visiblement lu des sceptiques (Richard Wiseman, le livre "Les OVNI du CNES" de David Rossoni & co., etc.). J'ai été agréablement surpris. Je ne sais pas d'où ils tirent leurs informations (ce blogue/balado, du monde anglophone, du site de l'OZ...), mais comme visiblement ils lisent ce que les sceptiques ont à dire sur ces sujets, je pense que cela vaut la peine de leur donner matière à réflexion sur cette BD. Ne serait-ce que pour le HS de l'année prochaine...
Sceptiquement vôtre,
Bonjour à vous.
Je suis le rédacteur en chef des hors-série de "Science & Vie Junior" et le scénariste de la BD sur Alexis Didier dont JM Abrassart a fait une lecture critique. Pour être franc, ma "scénarisation" a surtout consisté à penser en images le récit du marquis de Mirville sur la rencontre Didier-Robert Houdin.
Vous avez raison d'être méfiant sur ce personnage, et sans doute a-t-il raconté la chose à sa manière. Mais il serait hâtif de penser qu'il ne s'agit que de foutaises. Je vous invite à lire l'article très argumenté que Bertrand Méheust a consacré à ce sujet dans 'Des savants face à l'occulte' (2002), disponible sur http://bertrand.meheust.free.fr/textes.php. N'oubliez pas que jamais Robert-Houdin n'a démenti le récit de cette rencontre; et que celle-ci a été confirmée par un autre personnage, écrivain républicain et non mystique, André-Saturnin Morin.
Maintenant, nulle part ne j'ai écrit que Didier était un «authentique médium». Je n'en sais rien et, de vous à moi, ça ne m'empêche pas de dormir la nuit. Lorsque je conclus «en clair, Alexis Didier n'était pas un illusionniste», je ne fais qu'exprimer pour mes lecteurs, sous une forme moins alambiquée, le sentiment de Robert-Houdin, lequel disait: «Plus j'y réfléchis, plus il m'est impossible de ranger les faits rapportés parmi ceux qui font l'objet de mon art et de mes travaux». Ce n'était donc pas la parole imprudente d'un journaliste, mais la paraphrase de celle d'un prestidigitateur. Libre à vous de penser que ce dernier a été pigeonné par un collègue. Mais cette conclusion-là repose davantage sur une conviction a priori que sur l'examen des quelques documents existants.
Olivier Voizeux
Bonjour Olivier Voizeux,
Tout d'abord, merci d'avoir pris le temps de lire mon billet et aussi merci d'avoir pris le temps d'y réagir. J'apprécie sincèrement la démarche.
Une petite réaction si vous me le permettez (je cite):
Mais cette conclusion-là repose davantage sur une conviction a priori que sur l'examen des quelques documents existants.
Non, cette conviction repose tout simplement sur le rasoir d'Occam. Je ne vous l'apprendrai pas, mais le rasoir d'Occam nous dit en effet qu'entre deux hypothèses explicatives, il faut préférer la plus simple; et la plus simple signifie aussi celle qui s'intègre le mieux dans nos connaissances scientifiques actuelles. Ou si vous préférez celle qui a la plus grande plausibilité antérieure. Aujourd'hui, avec ce que nous savons en physique (et non, il n'y a pas de théorie physique du psi qui soit à l'heure actuelle scientifiquement validée), l'hypothèse la plus simple (au sens du rasoir d'Occam) est qu'Alexis Didier était un illusionniste suffisamment bon pour bluffer Robert-Houdin.
C'est l'hypothèse qui doit être privilégiée lorsqu'on applique le rasoir d'Occam, et c'est donc celle qui devrait être privilégiée par un magazine de vulgarisation scientifique à destination des jeunes esprits comme Science & Vie Junior - et ce quoi qu'ait écrit Bertrand Méheust sur le sujet (dans un texte qui - corrigez-moi si j'ai tort à ce sujet - n'est pas passé par la revue par les pairs dans une revue scientifique à comité de lectures).
Pour le reste, je lis les écrits de Bertrand Méheust depuis plus de dix ans, que ce soit en ufologie ou en parapsychologie. Inutile de dire que je n'en pense pas beaucoup de bien. J'avoue donc que j'attends d'un journal scientifique qu'il prenne avec distance critique tout ce qu'un tenant de l'existence du psi comme Bertrand Méheust peut écrire.
Sceptiquement vôtre,
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