(Mais que lisent donc les sceptiques?)
Note: 2.5/5.
"Paranthropology: Anthropological Approaches to the Paranormal" est un ouvrage collectif édité par Jack Hunter (doctorant à l'université de Bristol) et consacré à l'anthropologie des phénomènes réputés paranormaux. Il reprend une sélection d'articles qui ont été publiés précédemment dans la revue du même nom.
Comment les sciences humaines devraient-elles aborder l'étude du paranormal? Un grand nombre de chercheurs défendent la posture qu'il ne faut surtout pas s'engager dans le débat sur la réalité du paranormal. Dans cette perspective, la psychologie - pour prendre l'exemple que je connais le mieux - devrait se contenter d'étudier la psychologie de la croyance au paranormal et la phénoménologie des expériences inhabituelles.
J'avoue que je ne partage pas ce positionnement.
Je pense au contraire qu'il est important que les sciences humaines s'impliquent dans le débat sur la réalité du paranormal. Le volume "Paranthropology: Anthropological Approaches to the Paranormal" discute de cette question dans le cadre de l'anthropologie. Le constat qui est fait est que de nombreux anthropologues vivent sur leur terrain des expériences transpersonnelles (ce qu'on appelle dans le langage courant des expériences mystiques) et rapportent avoir observé des phénomènes paranormaux. Que faut-il faire de ce matériel? Est-ce qu'il faut prétendre qu'il n'existe pas ou est-ce qu'il faut essayer de le travailler? Il me semble que la réponse à cette question est évidente.
La force de cette anthologie est qu'elle pointe dans cette direction. Sa faiblesse provient du fait que tous les contributeurs sont des tenants de l'existence du psi. Du coup, les réponses proposées relèvent systématiquement de: l'existence du paranormal a été prouvée par la recherche en parapsychologie, il s'agit donc d'intégrer ce fait dans nos pratiques d'anthropologues.
Prenons l'exemple de l'article de Lee Wilson, The Anthropology of the Possible: The Enthnographer as Sceptical Enquirer. (p. 43-56). Il y suggère qu'au lieu d'adopter le scepticisme rationnel (ou la démarche zététique), les anthropologues devraient au contraire adopter le scepticisme philosophique, c'est-à-dire celui de l'école de Pyrrhon d'Élis. Ce n'est pas le premier tenant de l'existence du psi que je lis qui fait cette proposition. Le scepticisme philosophique se rapproche bien plus du mouvement postmoderne que du scepticisme rationnel. Il s'agit en substance de rejeter toute prétention à savoir quoi que ce soit avec certitude sur le réel. Pour les sceptiques de l'Antiquité, tout ce que nous pouvions savoir est que nous ne pouvions rien savoir. Évidemment, les premiers critiques de cette forme extrême de scepticisme ont directement pointé qu'il s'agissait en réalité d'une prétention au savoir (je prétends avoir un savoir certain qui est précisément que je ne sais rien de certain), et donc qu'il s'agissait d'une position contradictoire.
Lee Wilson défend cette position en prenant l'exemple de la projection à distance dans les arts martiaux, dont j'ai déjà parlé (entre autres) dans mon billet consacré à ma présentation du Bullshido. Il nous explique que nous ne devrions pas nous positionner sur le fait que ce phénomène de frappes de loin ("striking from afar") n'est pas authentiquement paranormal. J'avoue que j'ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi nous devrions adopter une position de suspension du jugement à ce sujet. Plus fondamentalement, il me semble que si on adopte réellement un positionnement épistémologique du type scepticisme philosophique, on doit nécessairement conclure que le projet scientifique est voué à l'échec. Si on ne peut rien savoir de certain à propos du réel, comment diable pourrait-on faire science?
L'un dans l'autre, il m'a semblé que les différentes contributions sont de qualités inégales. Autant (comme je viens de le détailler) j'ai trouvé l'article de Lee Wilson peu convaincant, autant j'ai trouvé intéressant l'introduction de Jack Hunter Anthropology and the Paranormal (p. 21-41) ou encore l'article de David Luke Experiential Reclamation and First Person Parapsychology (p. 181-197).
En résumé, "Paranthropology: Anthropological Approaches to the Paranormal" est une excellente contribution au débat sur la démarche que les sciences humaines - ici l'anthropologie - devraient adopter par rapport à l'étude des phénomènes réputés paranormaux. On regrettera malheureusement l'absence dans cette anthologie d'articles par des auteurs sceptiques de l'existence du psi.
Blood Bowl – Cyanide
Il y a 5 heures
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