Revenons dans le passé. Je découvre tout d'abord la zététique au début de mes études universitaires (vers 1996-1997), avec l'ouvrage d'Henri Broch "Le Paranormal : Ses documents - Ses hommes - Ses méthodes".
Je me plonge quelques années plus tard (vers 1998-2001) dans le domaine de la psychologie de la religion. Je redécouvre la parapsychologie par la bande, en lisant principalement la littérature consacrée à la psychologie de la croyance au paranormal (par exemple les travaux d'Harvey J. Irwin). En 2001 je vais vivre quelques mois aux États-Unis et je me met à lire la littérature sceptique anglophone de manière beaucoup plus intensive. Je dévore dans la foulée Ray Hyman, James Alcock, Susan Blackmore, Richard Wiseman, Chris French, etc.
C'est la lecture des sceptiques spécialisés dans le domaine de la parapsychologie qui m'a fait lentement mais sûrement changer d'opinion, tout particulièrement Ray Hyman. En effet, ces auteurs ne traitent pas la parapsychologie avec condescendance, comme peut le faire un Henri Broch ou un James Randi. Au contraire, Ray Hyman explique entre autres dans son ouvrage aujourd'hui classique "The Elusive Quarry: A Scientific Appraisal of Psychical Research"
que certains sceptiques ont tendance à critiquer la parapsychologie pour de mauvaises raisons. Il y définit la parapsychologie non pas comme une pseudo-science, mais comme une science pathologique. Et un des symptômes de la science pathologique est le fait que la communauté scientifique tend à soit ignorer les recherches qui s'y font, soit à les attaquer avec hostilité. Il y insiste par conséquent sur l'importance de contre-argumenter sérieusement et honnêtement les recherches menées en parapsychologie.
Suite à ces lectures, je deviens de plus en plus critique de l'approche développée par Henri Broch dans ses divers ouvrages. J'en viens du coup à me former en parapsychologie (en 2009) via l'excellente formation en ligne d'introduction à la parapsychologie de l'Université d'Édimbourg, organisée par Caroline Watt. A peu près à la même époque (en 2010), je lis la thèse de doctorat de Richard Monvoisin, "Pour une didactique de l’esprit critique - Zététique & utilisation des interstices pseudoscientifiques dans les médias" et j'y découvre noir sur blanc ce que je soupçonnais déjà depuis un bon moment: la zététique n'est absolument pas une discipline qui étudie scientifiquement le paranormal. Il s'agit d'une didactique de l'esprit critique. Je me rends compte que, lorsque j'avais découvert la zététique plus d'une dizaine d'années auparavant, j'avais tout simplement mal compris le projet d'Henri Broch.
Qu'elle est aujourd'hui ma position concernant la parapsychologie?
Suite à ces lectures, je deviens de plus en plus critique de l'approche développée par Henri Broch dans ses divers ouvrages. J'en viens du coup à me former en parapsychologie (en 2009) via l'excellente formation en ligne d'introduction à la parapsychologie de l'Université d'Édimbourg, organisée par Caroline Watt. A peu près à la même époque (en 2010), je lis la thèse de doctorat de Richard Monvoisin, "Pour une didactique de l’esprit critique - Zététique & utilisation des interstices pseudoscientifiques dans les médias" et j'y découvre noir sur blanc ce que je soupçonnais déjà depuis un bon moment: la zététique n'est absolument pas une discipline qui étudie scientifiquement le paranormal. Il s'agit d'une didactique de l'esprit critique. Je me rends compte que, lorsque j'avais découvert la zététique plus d'une dizaine d'années auparavant, j'avais tout simplement mal compris le projet d'Henri Broch.
Qu'elle est aujourd'hui ma position concernant la parapsychologie?
- La parapsychologie n'est pas une pseudo-science. On peut éventuellement la qualifier de science pathologique, à la suite de Ray Hyman.
- La parapsychologie est très loin d'être un échec complet. Il y a des recherches fascinantes qui s'y font. Il est vrai que les parapsychologues n'ont pas réussi à convaincre la communauté scientifique de l'existence du psi, mais il y a toutes sortes d'autres axes de recherches, comme par exemple sur la croyance au paranormal ou encore sur les expériences inhabituelles.
- Il faut encourager le fait qu'il y ait des laboratoires de parapsychologie ou de psychologie anomalistique dans les universités, comme la Koestler Parapsychology Unit (KPU) de l'université d'Édimbourg ou l'Anomalistic psychology Research Unit à Londres; tout comme il faut encourager que les universités proposent des cours d'introduction à la pensée critique (donc de zététique) en début de cursus.
- Et dans le même ordre d'idée, je pense que les sceptiques (et les zététiciens) doivent s'impliquer beaucoup plus qu'ils ne le font dans le débat scientifique en parapsychologie.
Vous allez me dire: mais est-ce que cela est compatible avec le fait d'être un sceptique (et un zététicien)?
La réponse est oui. Pourquoi?
Parce que je suis toujours sceptique de l'existence du psi. Je pense qu'il y a des éléments qui peuvent amener à penser que par exemple la télépathie existe, mais je pense aussi que le débat scientifique sur le sujet est très loin d'être clos - dans un sens comme dans l'autre. Je suis en porte-à-faux des sceptiques qui affirment qu'il n'y a absolument aucune raison de croire que certains processus authentiquement paranormaux existent (ce qui était pourtant ma position il n'y a pas si longtemps de cela), tout comme je suis en porte-à-faux des tenants (comme par exemple Dean Radin) qui affirment que l'existence du psi est prouvée au-delà de tout doute raisonnable.
Le résultat est que je suis quelqu'un qui:
- est passionné d'un côté par la zététique (une méthode de didactique de la pensée critique),
- et de l'autre la parapsychologie (la discipline qui étudie scientifiquement le paranormal).
7 commentaires:
Merci pour cette explication plutôt convaincante.
Cependant, une question me vient à la lecture de tes arguments. Ne penses-tu pas qu'un problème se pose lorsqu'on constate que les institutions s'occupant de la recherche en parapsychologie sont presque toujours crées et dirigées par des individus par ailleurs attachés à la défense d'une philosophie spiritualiste ?
Bonjour La Mettrie,
Je répondrais tout d'abord que c'est (en partie) incorrect. La Koestler Parapsychology Unit est actuellement dirigée par Caroline Watt. Je n'ai pas l'impression qu'elle adhère au spiritualisme. Même si elle est relativement neutre dans les débats, d'aucun la considérerait plutôt comme une sceptique (ne serait-ce que parce qu'elle est la partenaire de Richard Wiseman dans la vie privée!).
Chris French dirige pour sa part l'Anomalistic psychology Research Unit et c'est quant à lui clairement un sceptique (il a été le rédacteur en chef pendant des années de la revue britannique "The Skeptic"). Il adhère sans aucun doute possible au naturalisme.
Ceci étant dit, s'il y a des parapsychologues qui sont matérialistes, il y en a aussi un bon paquet qui sont dualistes. On est bien d'accord. Je pense que c'est en partie dû à des raisons sociologiques.
Ta question, c'est un peu comme demander: "Pourquoi la plupart des psychologues de la religion sont des prêtres, des moines, etc?". On peut y répondre qu'il y a aussi pas mal d'athées et d'agnostiques qui travaillent dans le champ de la psychologie de la religion. Mais ultimement, il y a un biais de sélection. Les gens qui sont religieux, s'ils étudient la psychologie, sont plus facilement intéressés par la psychologie de la religion. C'est inévitable.
De même, les gens qui ont vécu une expérience inhabituelle, qui ont grandi dans la religion spiritualiste ou encore qui sont dualistes sont plus facilement intéressés par la parapsychologie. D'autant plus qu'elle a mauvaise presse, du coup les scientifiques matérialistes rejettent la discipline comme étant une pseudo-science, et puis ils s'y retrouvent fatalement sous-représentés.
Bref, c'est pour cela que j'ai écris dans mon billet qu'il faudrait selon moi que les sceptiques (et zététiciens) s'impliquent plus dans la parapsychologie.
Sceptiquement vôtre,
Ce point de vue est interessant. J'ai une opinion assez proche sur le sujet bien qu'ayant eu un parcours un peu différent.
J'aurais tendance à ajouter que si la parapsychologie est "pathologique" ce n'est pas sans raison : c'est parce que le domaine de l'esprit garde quoi qu'on en dise sa part de mystère et donc en l'absence de cadre théorique bien défini il est possible d'affirmer tout et son contraire (d'où le scepticisme). C'est un peu le "hors piste" de la recherche scientifique...
Pour ceux qui sont interressés j'avais écrit un article sur le sujet il y a quelques temps : http://ungraindesable.blogspot.fr/2010/06/les-phenomenes-paranormaux.html
Merci de cette réponse détaillée Jean-Michel.
Je désire préciser un point, important à mon avis. Ma question pointait surtout du doigt le risque tendanciel que comporte l'institutionnalisation de ce que Q appel à juste titre, je le cite, le "hors piste de la recherche scientifique". Car, comme tu le reconnais toi-même, c'est un fait que les adeptes d'idées spiritualo-vistalistes sont les plus enclins à s'impliquer dans la recherche en parapsychologie. Et, de fait, le risque de biais est donc maximisé. C'est pourquoi je me demande si les structures actuelles ne seraient pas à même d'élargir leur propre champs d'expertise pour couvrir les domaines d'investigation de la parapsychologie, et ceci afin de minimiser les risques de biais.
Bonjour La Mettrie,
"C'est pourquoi je me demande si les structures actuelles ne seraient pas à même d'élargir leur propre champs d'expertise pour couvrir les domaines d'investigation de la parapsychologie, et ceci afin de minimiser les risques de biais."
Je pense qu'on est sur la même longueur d'ondes. Pour moi, une des manières d'équilibrer le débat en parapsychologie est d'avoir plus de sceptiques qui s'y impliquent.
Une autre solution (celle que tu évoques ici) est d'ouvrir des laboratoires de psychologie anomalistique dans les universités. La parapsychologie est de toute manière par nature un champ interdisciplinaire...
En fait, si tu retires son statut marginal à la parapsychologie (en d'autres termes si elle devient plus mainstream), plus de gens vont s'y impliquer et naturellement le biais va se corriger.
Ce biais existe en grande partie (selon moi) à cause du fait que l'on maintient la parapsychologie dans un statut marginal. Si on change la donne, les choses vont naturellement s'équilibrer. Bon, il y aura certainement toujours des dualistes en parapsychologie. Et alors? En philosophie on trouve aussi des dualistes et des monistes neutres: ce n'est pas la fin de la civilisation occidentale telle qu'on la connaît.
Finalement, ma position est qu'il faut favoriser le débat d'idées au plus haut niveau intellectuel sur ces questions, plutôt que d'envoyer aux gens éduqués le message: "La parapsychologie, c'est de la foutaise. On sait que le paranormal n'existe pas. Donc, ne vous y intéressez pas sérieusement. Ne vous y impliquez pas sérieusement. Si vous le faites, vous êtes déjà pratiquement vous aussi un charlatan.". C'est le message d'Henri Broch et de James Randi. Je pense qu'à l'heure d'aujourd'hui, il faut dépasser cela.
Sceptiquement vôtre,
C'est intéressant. Cela me fait penser que j'ai à peu près le même genre d'opinion à l'égard de l'ufologie, par exemple (un champ qui ne s'appuie pas forcément sur des hypothèses plus invraisemblables que celles de la parapsychologie, mais qui connait des problèmes méthodologiques encore plus sévères et une mauvaise réputation un peu mieux méritée, d'où encore plus difficile à promouvoir).
En tout cas, tu es l'un de ceux qui contribuent à faire sortir le scepticisme de la caricature que l'on s'en fait parfois, et je t'en félicite pour ça.
Bonjour Ornithorynque consterné,
"un champ qui ne s'appuie pas forcément sur des hypothèses plus invraisemblables que celles de la parapsychologie, mais qui connait des problèmes méthodologiques encore plus sévères et une mauvaise réputation un peu mieux méritée, d'où encore plus difficile à promouvoir"
J'avoue que si au fil des années mon opinion sur la parapsychologie s'est améliorée, celle concernant l'ufologie s'est dégradée; principalement pour les raisons que tu évoques: le manque de qualité des débats est consternant; l'ufologie est limitée à des études de cas là où la parapsychologie peut avoir une approche expérimentale (en plus d'études de cas et d'autres méthodologies); et bien entendu il n'y a absolument rien au niveau académique de similaire à la parapsychologie (pas de laboratoires, pas de cours, pas de manuels et surtout pas de revues scientifiques à comité de lectures).
A l'heure actuelle, je m'intéresse pour cette raison beaucoup plus à la parapsychologie qu'à l'ufologie. A noter qu'il y a des travaux intéressants en parapsychologie sur le phénomène ovni, particulièrement le phénomène des enlèvements par les extraterrestres.
Sceptiquement vôtre,
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