En effet, ceux qui suivent ce blogue (ou le balado Scepticisme scientifique) savent que je me positonne résolument contre son discours antirationaliste; contre son approche irréductionniste du phénomène OVNI et enfin contre sa prétention (selon moi totalement infondée) à avoir prétendument réfuté le modèle sociopsychologique du phénomène OVNI. Le chapitre que j'ai contribué à l'ouvrage collectif Ovni: Lueurs Sceptiques est par ailleurs une réponse à son livre La guerre des mondes a-t-elle eu lieu?
Mais venons-en à nos moutons. Ce qui m'a intéressé dans ce numéro de Ciel & Espace est que Pierre Lagrange y répond à la question posée par Enrico Fermi: mais où sont-ils? Et sa réponse (sans grande surprise) est qu'ils sont déjà là, mais que nous ne les voyons pas. Je cite (Ciel & Espace HS, n°19, p. 73):
Si l'on accepte l'idée de la pluralité des mondes, la question n'est donc pas: "Sont-ils ici?" mais "Pourquoi ne les voyons-nous pas?". La solution, la seule solution qui n'est jamais évoquée ni discutée par les chercheurs, s'impose d'elle-même. Nous ne les voyons pas parce que des millions ou des milliards d'années d'évolution divergente nous les ont rendus totalement étrangers.
Si cette solution n'est jamais évoquée par les chercheurs, c'est avant tout parce qu'il s'agit d'une hypothèse irréfutable (puisqu'elle pose a priori notre incapacité totale à détecter les extraterrestres qui sont pourtant parmi nous); et donc non scientifique. En effet, pour être scientifique, une hypothèse doit être testable. Que les scientifiques n'en discutent pas n'a donc absolument rien d'étonnant. Aux mieux, il peut s'agir d'un objet de spéculations pour les philosophes et les auteurs de science-fiction.
La position défendue par Pierre Lagrange fait furieusement penser à cette histoire, populaire dans le mouvement Nouvel Age et relayée en 2004 dans le documentaire What the Bleep Do We Know!? (je me souviens vaguement aussi l'avoir lue sous la plume de l'auteur de pseudo-science-fiction Bernard Werber, peut-être dans le cycle des Fourmis):
En effet, cette idée a été démystifiée en 2007 par David Hambling dans un article qu'il a publié dans le magazine Fortean Times: European explorers found indigenous peoples unable to see their tallships – or did they?. Cette rumeur prend racine non pas dans les voyages de Christophe Colomb, mais dans ceux du capitaine James Cook. En arrivant en Australie, celui-ci écrivit (ma traduction):La position défendue par Pierre Lagrange fait furieusement penser à cette histoire, populaire dans le mouvement Nouvel Age et relayée en 2004 dans le documentaire What the Bleep Do We Know!? (je me souviens vaguement aussi l'avoir lue sous la plume de l'auteur de pseudo-science-fiction Bernard Werber, peut-être dans le cycle des Fourmis):
Les indiens d'Amérique n'auraient pas vu arriver les bateaux de Christophe Colomb, parce qu'ils n'avaient jamais vu de bateaux avant cela.Nous serions comme les Indiens d'Amérique face aux vaisseaux spatiaux extraterrestres: ils seraient d'une technologie si incroyablement supérieure à la nôtre que nous serions incapable de même les percevoir. Incroyable, mais faux!
Il (le bateau) s'agissait du plus grand artefact jamais vu sur la côte Est de l'Australie, un objet si grand, si complexe et inconnu qu'il défiait la compréhension des natifs.Bien évidemment, "défier la compréhension" ne signifie pas être totalement invisible ou que les natifs ne voyaient littéralement pas les bateaux britanniques. On sait que ce n'est tout simplement pas vrai à travers les écrits d'autres capitaines de l'époque. La conclusion de David Hambling est (ma traduction):
Juste parce que des gens vous ignorent ne veut pas dire que vous avez réellement disparu.Une fois que l'on a démystifié ce genre d'idées populaires dans les milieux Nouvel Age, on peut ajouter que non seulement les scientifiques ne discutent pas de l'hypothèse proposée par le sociologue parce qu'elle est irréfutable, mais aussi parce que sa plausibilité antérieure est très faible.
Finalement, Pierre Lagrange ne fait qu'énoncer l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène OVNI (HET) de manière plus sophistiquée que l'ufologue lambda. L'HET nous dit aussi que les extraterrestres qui nous visitent quotidiennement sont capables d'éviter de se faire détecter par les humains, sauf lorsqu'ils ont envie de jouer à cache-cache avec nous. C'est de cette manière que les ufologues rationnalisent le fait qu'ils n'ont pas de preuves pour soutenir l'HET. Le sociologue français ne fait que rajouter une couche Nouvel Age (et/ou postmoderne) à cette idée, en affirmant que nous sommes incapables de les percevoir.
En ce qui me concerne, comme pour la théière de Russell, j'attendrai d'avoir des preuves avant de le croire.
2 commentaires:
Je ne connaissais pas l'histoire des indigènes. On voit bien l'idée sous-jacente (la tendance à ignorer ce qui n'entre pas dans les cases) mais là c'est un peu extrême ! Etonnant qu'on ait pu prendre au sérieux cette idée.
C'est intéressant aussi de voir dans l'article en lien comment le récit original de Cook (ou apparemment les indigènes voient bien le bateau, mais restent indifférents parce qu'ils ne savent pas ce que c'est et qu'ils sont trop préoccupés) a pu se déformer au fil du temps pour devenir une histoire quasi-surnaturelle. Ca donne une idée de comment peuvent naître les mythes.
Ah oui, là on est carrément au niveau des Habits Neufs de l'Empereur ! Même moi qui pense que les extraterrestres ont une forte probabilité d'exister et de se cacher (même s'il reste très peu probable qu'ils nous eussent jamais visité), je ne dirais pas que si nous ne les voyons pas, c'est parce que nous ne faisons pas attention à une technologie qui nous dépasse.
On entre vraiment dans l'extrême du post-modernisme, là !
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