Quelques semaines
après la confession de Patrick M., les tenants de l'hypothèse extraterrestre (HET) pour expliquer le phénomène ovni continuent à s'agiter pour tenter de sauvegarder la vague belge - et surtout leur croyance dans son origine extraterrestre.
Je vous expliquais déjà dans mon billet
"La S(C)OBEPS tente de sauver la face" que la première ligne de défense (du point de vue de la dissonance cognitive) était de prétendre que le fait que la photo de Petit-Rechain soit une contrefaçon n'avait absolument aucune implication pour le reste de la vague belge. Je vous ai aussi expliqué dans la foulée pourquoi il s'agissait d'un argument franchement ridicule (voir le billet ci-dessus ou encore l'
épisode #115 du balado): la photo était dès le départ un des très rares éléments tangibles pour défendre l'étrangeté de la vague. C'est pour cette raison que la SOBEPS l'avait autant mise en avant - y compris en couverture de l'ouvrage
"Vague d'OVNI sur la Belgique : Un dossier exceptionnel"
. Cependant voilà: Au fur et à mesure du temps, les autres éléments tangibles (comme par exemple les fameux enregistrements radar des F-16) ont été démystifiés. Mais il restait toujours la photo de Petit-Rechain, à laquelle les tenants de la soit-disant
inexplicabilité de la vague belge s'accrochaient telle une bouée de sauvetage. Ce n'est pas pour rien qu'Auguste Meessen passa 20 ans à l'étudier dans le moindre détail!
A ce stade-ci, après la confession de Patrick M., il ne reste vraiment plus que les témoignages pour tenter d'argumenter en faveurs de l'étrangeté de cette vague belge, et on sait ce que valent ceux-ci d'un point de vue scientifique: pas grand chose! En effet, les recherches en psychologie ont largement démontré que le témoignage humain n'est absolument pas fiable. Du coup, la vague belge ressemble de plus en plus à une contagion psychosociale, et de moins en moins à une invasion extraterrestre de notre planète. Mais bien entendu, dans le petit monde des Vrais Croyants dans l'HET, c'est quelque chose de parfaitement inconcevable. Et donc la stratégie consiste à crier sur tous les toits le contraire, en espérant que faire beaucoup de bruits remplace l'intelligence des arguments.
Après Patrick Ferryn et Auguste Meessen (voir
ici), c'est maintenant la stratégie de l'association
"Centre d'Etude et de recherches sur les Phénomènes Inexpliqués" (CERPI), qui a aussi levé définitivement l'anonymat de l'auteur de la photo. Patrick M. a en effet malheureusement eu la très mauvaise idée d'accepter de se faire interviewer par cette organisation, qui lui fait directement dire que:
On l'a bien compris désormais, Patrick Maréchal confirme maintenant complètement que son canular ne remet absolument pas la Vague Belge en question, il n'en a pas du tout été l'origine, les dates ne correspondent d'ailleurs en rien puisque cette vague a commencé en 1989, le 29 novembre, et que le canular date d'avril 1990.
On retrouve encore les propos de Patrick M. sur
Le Post (
ici), sous le titre:
L'OVNI du petit rechain : "Ma photo ne remettra jamais en question la vague Belge"
Il faut dire que Patrick M. s'est fait attaquer de toute part par les tenants sur le Net ces dernières semaines, en passant par les insultes, les menaces de procès voir parfois même les menaces d'agressions physiques dans les cas les plus extrêmes (sur certains forums ufologiques que je ne nommerai pas). Il n'est donc pas étonnant qu'il tente maintenant d'adoucir les moeurs par ce type de propos. On peut le comprendre, même si c'est regrettable. Quoi qu'il en soit, il faut pointer que même s'il est l'auteur de la photo de Petit-Rechain, cela ne fait pas subitement de lui un spécialiste de la vague belge dans son ensemble, ni des modèles (des plus rationnels aux plus irrationnels) qu'il est possible de mobiliser pour l'expliquer.
Tout ceci étant dit: désolé Patrick M., mais tu ne devrais pas écouter tout ce que les Vrais Croyants te racontent. En réalité, le fait que ta photo soit une contrefaçon devrait clairement remettre en question la vague belge. Si cela ne se produit pas chez les tenants, c'est que nous sommes tout simplement dans une situation de dissonance cognitive où les gens tentent de préserver leur croyance au lieu d'examiner les éléments factuels de manière rationnelle. Tu ne devrais pas croire tout ce qu'on te raconte sur des forums de Vrais Croyants, particulièrement ceux où on t'a aussi abreuvé d'insultes et de menaces...
Ensuite, le problème de fond est que personne n'a jamais prétendu que la photo de Petit-Rechain était à l'origine de la vague belge. Nous sommes donc en plein
argument d'épouvantail. Les membres du CERPI, ignorant visiblement tout de la littérature sceptique, argumentent contre des rationalistes qui n'existent que dans leur imagination. Ils ne comprennent tout simplement pas l'approche sceptique de la vague belge. Du coup, leur tentative de contre-argumenter tombe tout simplement à côté de la plaque.
Par exemple, dans mon article
The Beginning of the Belgian UFO wave (voir
SUNLite, vol. 2, num. 6, p. 21-23), je discute bel et bien de la nuit du 29 novembre 1990, puisqu'il s'agit effectivement du début de la vague belge. Je n'y parle absolument pas de la photo de Petit-Rechain, puisque celle-ci n'est bien entendu pas liée au début de la contagion psychosociale. Mais pourquoi répondre aux arguments des rationalistes, quand on préfère brasser du vent?
Du côté des autres rationalisations des tenants face à la dissonance cognitive actuelle, certains ont commencé à présenter la photo d'Henrardi, que très peu de gens trouvaient intéressante ou convaincante auparavant, comme un substitut à la photo de Petit-Rechain. Cela tombe aussi dans la catégorie de la
"régression à l'infini dans la casuistique afin de préserver sa croyance",
dont j'ai déjà discuté par le passé sur le balado
Scepticisme scientifique: dès qu'un cas a été expliqué (et ce même si c'est un cas qui était présenté auparavant comme extrêmement solide par les tenants), la première chose que font les ufologues pro-HET est de rechercher d'autres cas dans la casuistique et de s'exclamer:
"Ouf, vous avez expliqué A, mais vous n'avez pas encore expliqué B". Bien évidemment, si un jour B viendrait à être expliqué (comme cela arrive très souvent), après cela ils se rabattraient sur le cas C, puis D, puis E et ainsi de suite. Ad nauseam. La régression à l'infini dans la casuistique est d'un point de vue cognitif un moyen extrêmement puissant pour éviter à avoir à se remettre en question. De cette manière, l'ufologue n'a pas besoin d'envisager - ne serait-ce qu'un instant! - le fait que peut-être le phénomène ovni n'est pas d'origine extraterrestre, n'est tout simplement pas aussi inexplicable qu'il le croit.
En résumé, lorsque vous lisez tout ces gens qui se débattent bruyamment sur le net pour préserver à tout prix la soit-disant inexplicabilité
de la vague belge de toute possibilité de réfutation empirique, gardez votre esprit critique!