Hier soir (14 mai 2011) se déroulait le colloque de la COBEPS:
"VAGUE D’OVNI SUR LA BELGIQUE : 20 ANS D'ENQUETE" au Centre Culturel de Perwez (Brabant, Belgique).
J'étais déjà allé à la précédente conférence donnée (par la SOBEPS en son temps) pour fêter les dix ans de la vague. Celle-ci s'était déroulée à l'époque dans les locaux de l'Université Libre de Bruxelles. Si bien évidemment n'importe quelle organisation peut faire la demande d'occuper un amphithéâtre pour une soirée, le lieu avait ajouté une touche de crédibilité certaine au discours des intervenants - renforçant l'idée dans le public qu'il s'agissait de prestigieux universitaires et donc l'argument d'autorité qui va avec. Cette année, le colloque avait lieu au Centre Culturel de Perwez (une petite ville du Brabant Wallon), ce qui ne posait pas ce problème. Je dois dire que l'endroit était agréable, entre les diverses salles et la buvette.
J'ai débuté par une visite de l'exposition qui contenait des panneaux avec uniquement des cas présentés (bien évidemment?) comme résistant à toute explication prosaïque. Dès le deuxième panneau, on nous apprenait que le modèle sociopsychologique ne pouvait pas rendre compte du phénomène ovni. Un point qui me semble évident à ce stade est que les membres de la COBEPS ne comprennent généralement pas bien en quoi consiste réellement l'approche sceptique du phénomène ovni et/ou le
modèle sociopsychologique. Nous avons droit chaque fois qu'ils en parlent à des arguments d'épouvantail, c'est-à-dire à des caricatures de la position sceptique. Une maquette de l'ovni triangulaire typique de la vague belge, basée sur la célèbre photo de Petit-Rechain, était suspendue fièrement au plafond de la salle. Une TV diffusait divers documentaires, dont une interview d'Edgar Mitchell que j'ai regardée quelques instants. Pour rappel, l'astronaute Edgar Mitchell est non seulement un tenant de l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni, mais aussi le fondateur de l'
"Institute of Noetic Sciences" (dont l'écrivain Dan Brown a parlé dans son dernier roman,
"Le symbole perdu") - un groupe qui promeut une parapsychologie au relent de Nouvel Age. Le ton était donné!
Une chose qui m'a particulièrement frappée durant ce colloque est que la COBEPS est diverse. Les sceptiques ont tendance à se focaliser sur les figures de proues (telles qu'Auguste Meessen, Michel Bougard, etc.), mais il y a d'autres gens à la COBEPS, qu'on entend malheureusement moins, mais qui semble avoir des positions plus modérées. J'ai eu une conversation très cordiale avec Patrick Ferryn (actuel président de la COBEPS) peu après mon arrivée, et une autre un peu moins cordiale avec Auguste Meessen. Je dois avouer que le physicien belge a eu le mérite de tenter de discuter avec moi, alors que personnellement j'étais parti pour l'éviter autant que faire se peut après l'avoir simplement salué - particulièrement après son récent article
"The Belgian Wave and the photos of Ramillies". J'ai déjà eu divers échanges avec Auguste Meessen au cours des années et je suis personnellement convaincu que tenter de dialoguer avec lui est une complète perte de temps. A ce stade de sa carrière ufologique, il s'est engagé beaucoup trop loin pour être capable maintenant de revenir vers des positions plus raisonnables. Durant les questions et réponses en fin de soirée, il évoqua Galilée et l'opposition que ses idées scientifiques avaient eues, sous-entendant bien entendu que le rejet par le monde académique de son propre travail provenait de quelque chose de similaire à ce qui était arrivé à l'astronome italien. Les sceptiques ont un surnom pour ça:
"le syndrôme de Galilée". Dès le départ de notre courte discussion en tête à tête, il était en train de me dire qu'il était celui qui connaissait la
"vérité" sur le sujet de la vague belge. No comment...
L'après-midi fut intéressante. J'ai suivi l'atelier 2,
"Enquêtes et méthodologies", consacré à deux études de cas présentées par Jean-Marc Wattecamps et Philippe Briat. Ils ont explicitement demandé de ne pas discuter des détails des cas qu'ils ont présenté sur internet: je n'en dirai donc rien. J'avoue en tout cas que j'ai trouvé la présentation bien faite et elle contenait de nombreux conseils pertinents sur comment enquêter sur un cas d'ovni. Cet atelier fut véritablement pour moi le point fort de la journée. Ils ont présenté un cas inexpliqué et un cas expliqué - ce que j'ai trouvé une excellente chose - sur lesquels ils avaient personnellement enquêtés. Le seul bémol est que, dans la ligne de pensée générale de la COBEPS, ils accordent selon moi trop de crédit aux détails testimoniaux donnés par les témoins. J'ai autrement trouvé qu'ils avaient bien documenté ces cas. Après, qu'il y ai des observations qu'on n'arrive pas à expliquer, cela ne m'a jamais troublé en tant que sceptique. Il faut juste bien avoir conscience que cela ne prouve rien, juste qu'on n'a pas réussi (jusqu'à présent) à expliquer tel ou tel cas.
La soirée fut une défense du caractère exceptionnel de la vague belge par Patrick Ferryn, Léon Brenig, Michel Bougard, Auguste Meessen, André Amond et Wilfried De Brouwer. Ils évitèrent globalement de parler explicitement d'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni, mis-à-part pour Auguste Meessen qui s'est quand même fendu lors des questions et réponses d'un
"c'est l'hypothèse que je trouve la plus raisonnable". Cependant, même si le mot extraterrestre avait tendance à être évité au profit d'expressions plus vagues du style intelligence derrière une technologie que nous ne possédons pas à l'heure actuelle, on sent bien que l'HET n'est jamais bien loin. Un bon point à souligner fut que Michel Bougard se positionna clairement sur le fait que le 5 novembre 1990 s'expliquait par une rentrée atmosphérique (voir sur ce sujet l'
épisode #97 du balado: "Le creux de la vague"), et ce même après que quelqu'un dans la salle lui ai posé une question à propos des positions défendues par Joel Ménard à ce sujet.
C'est après cela que les choses se corsèrent, puisqu'ils avaient manifestement décidé de répondre à leurs contradicteurs. Ils attaquèrent donc à tout bout de champ aussi bien les sceptiques en général, que nommément Wim Van Utrecht et Renaud Leclet. Tout cela en ayant dans la même soirée Auguste Meessen qui faisait son speach habituel sur le mode de propulsion des soucoupes volantes et d'autres choses similaires. J'avoue que c'était relativement surréaliste. Renaud Leclet a eu droit à un traitement spécial de la part de Wilfried De Brouwer à cause de son document
"La vague ovni belge de 1989 à 1992 - Une hypothèse oubliée". Le ton général était condescendant et moqueur, mettant en question les qualifications des différents sceptiques. Meessen a d'ailleurs bien précisé au public que les sceptiques faisaient de la désinformation.
Après tout cela, nous avons eu une séance de questions et réponses. Il se fait que par hasard j'ai eu le micro en main en dernier. Après avoir conseillé au public d'aller lire les sceptiques pour savoir ce qu'ils disaient réellement (et ne pas se fier uniquement aux présentations biaisées auxquelles nous avions eu droit), j'ai posté deux questions à Auguste Meessen.
- Nous savons que la méthode scientifique passe nécessairement par la revue par les pairs, donc par la publication dans des revues scientifiques à comité de lectures. Le physicien belge prétend avoir prouvé bien des choses (sur le mode de propulsion des soucoupes, sur le fait que le modèle sociopsychologique ne peut pas rendre compte du phénomène ovni, etc.). Combien de publications scientifiques dans des revues à comité de lectures a-t-il réalisé sur le sujet (par opposition à ses nombreux articles dans la revue de la SOBEPS "Inforespace" ou maintenant sur son propre site web)? J'avoue que je connaissais la réponse factuelle à cette question: une publication dans la revue de parapsychologie d'Yves Lignon sur la méthodologie d'étude du phénomène ovni en réponse à un article de Marc Hallet le critiquant. Je voulais simplement pointer le fait que ses affirmations ne sont pas supportées par de réelles publications scientifiques.
- Dans la présentation qu'il a fait aujourd'hui, il a tenté de minimiser ses convictions profondes en faveurs de l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni. Or, il suffit d'aller lire sur son site web l'article "Où en sommes-nous en ufologie ?" (dans lequel il écrit qu'il pense qu'il y a bien eu un crash de soucoupe volante à Roswell, que les ufologues devraient reconsidérer le film d'autopsie de Ray Santilli qui présente selon lui de l'intérêt, qu'il y a une conspiration des gouvernements pour cacher la vérité, dans lequel il spécule aussi sur le fonctionnement de la télépathie des Gris ou encore sur le fait que les Hommes en Noir ou le chupacabra sont des expériences sociopsychologiques menées par les extraterrestres - tout comme d'ailleurs les contactés comme George Adamski ou Billy Meier qui sont semble-t-il manipulés par les visiteurs d'un autre monde) pour constater le contraire. Est-ce qu'il pourrait avoir l'honnêteté intellectuelle d'admettre que tout son travail est guidé par ses croyances profondes - et a priori - dans l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni?
Autant dire que je n'ai eu aucune réponse claire de la part d'Auguste Meessen à mes deux questions, mis-à-part
"qu'il y a des choses qu'il permet et d'autres qu'il ne permet pas". Apparemment, il ne permet pas que quelqu'un ose pointer son manque de réelles publications scientifiques ou son évidente croyance dans l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni. Soit. Léon Brenig et Michel Bougard sont rapidement montés à la défense de leur confrère, et je me suis vu répondre à propos des publications dans des revues scientifiques à comité de lectures que (je cite ici Michel Bougard):
"cette question n'a aucun sens". Je me trouvais donc devant un universitaire diplômé en chimie et histoire des sciences pour qui se demander pourquoi Auguste Meessen n'avait jamais réussi à publier une de ses démonstrations dans des revues scientifiques à comité de lectures était juste une question non pertinente. Dans la foulée j'ai eu droit à une solide couche de ce que les sceptiques surnomment
"special pleading" pour justifier leur échec à convaincre la communauté scientifique de la pertinence de leurs affirmations. Léon Brenig m'a retourné la question, me demandant si moi j'avais fait de telles publications, ce qui est un
classique renversement fallacieux de la charge de la preuve: je ne suis pas celui qui fait des affirmations extravagantes sur le mode de propulsion des ovnis, sur la vague belge, etc. C'est à la COBEPS de prouver ce qu'elle avance. Ce sur quoi Michel Bougard s'est empressé de m'expliquer qu'en réalité la COBEPS n'affirmait rien et était soi-disant neutre. Je trouve que personnellement, dans la catégorie
"ne rien affirmer", ils ne font pas du très bon travail: il était clair pour tous les gens dans salle que les personnes sur le podium défendaient l'hypothèse extraterrestre, qu'ils utilisent cette expression ou non. Je ne sais pas si mon intervention fut très utile, étant donné que j'étais dans un auditoire rempli de personnes fans des travaux de la SOBEPS, mais après tout ce que j'avais entendu dire sur les sceptiques durant les deux heures précédentes il était difficile de me taire.
J'ai terminé la soirée à la buvette, en discutant amicalement quelques instants avec un groupe de raëliens qui était venu assister au colloque... En conclusion, je dirais qu'un des problèmes de la COBEPS est qu'Auguste Messen a une influence néfaste sur cette organisation, qu'il pousse depuis des années vers des positions pseudo-scientifiques, et un des gros problèmes est que les autres membres ne prennent pas leurs distances avec lui.