dimanche 29 mai 2011

Déconstruire Barbie

Je lisais il y a quelques temps un débat dans la blogosphère entre Benjamin Radford et Rebecca Watson sur la question de savoir si les troubles des conduites alimentaires, comme l'anorexie et la boulimie, étaient générés par les images véhiculées par les médias (j'en ai parlé très brièvement dans le billet "Les sceptiques et la question de l'expertise"). Pour rappel, Rebecca Watson défendait la position que les médias sont principalement à l'origine de ces troubles, tandis que Benjamin Radford argumentait que le rôle des médias en la matière était exagéré.

J'ai eu l'occasion hier, quelque peu par hasard, de lire un article scientifique publié en 2007 par Benjamin Radford sur le sujet dans la revue "The Scientific Review of Mental Health Practice". Il y questionne la doxa (on désigne en philosophie par la doxa l'opinion commune largement impensée) selon laquelle Barbie serait un modèle de physique idéal que la culture imposerait aux jeunes filles, et qui les conduirait de manière causale à souffrir de troubles des conduites alimentaires.

L'article est une revue de la littérature sur le sujet, mais une revue assez particulière puisqu'en fait Benjamin Radford y démontre l'absence de recherches sérieuses sur le sujet. Tout le monde (particulièrement dans la presse féminine) semble accepter cette idée comme étant auto-évidente, mais lorsqu'on recherche des sources fiables sur ce sujet dans la littérature, on n'en trouve tout simplement pas.

J'apprécie tout particulièrement la démarche de Benjamin Radford. Il prend une idée reçue, omniprésente dans les médias, puis tente de voir si elle est empiriquement fondée ou non. Se faisant, il déconstruit la doxa. Bien évidemment, il se pourrait que l'idée en question soit correcte, mais en attendant que des recherches sérieuses soient menées sur le sujet, affirmer la chose comme une vérité incontestable est problématique.

Sa conclusion est:
Body image, self-esteem, media influences, and eating disorders are important social, medical, and mental health issues. Tragically, because of political activism, poor journalism, and a failure of researchers to examine underlying premises, discussion of these issues has become muddled with misinformation. Researchers and the news media must do a better job of separating evidence-grounded, research-based facts from theory and speculation.
Référence:

- Radford, B. (2007). Media and Mental Myths: Deconstructing Barbie and Bridget Jones. The Scientific Review of Mental Health Practice, vol. 5, n°1., p. 81-87.

samedi 28 mai 2011

Épisode #105: Le spiritisme

L'Épisode #105: Le spiritisme du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Il s'agit d'une interview d'un représentant du Mouvement Spirite Francophone (MSF).

lundi 23 mai 2011

"Leçons sur Tchouang-Tseu" de Jean-François Billetier

J'ai découvert le travail de Jean-François Billetier sur la philosophie chinoise il y a quelques années de cela, avec son ouvrage "Contre François Jullien". Il y critiquait l'approche développée par le sinologue français, auteur de nombreux ouvrages (voir par exemple "Les transformations silencieuses" dont j'ai parlé précédemment sur ce blog), et aussi l'idée fort répandue que la Chine représenterait une altérité si profonde de la pensée occidentale qu'elle nous serait par définition pratiquement totalement inaccessible.

Il continue dans cette même voie dans "Leçons sur Tchouang-Tseu", en montrant qu'avec une traduction adéquate il est possible de comprendre l'oeuvre de ce philosophe chinois du 4e siècle avant J.-C.. Comme je m'intéresse moi-même à la culture (et à la langue) japonaise - et non chinoise - il m'est impossible de véritablement commenter le travail effectué, mais je dois dire que j'apprécie le ton général.

La pensée de Tchouang-Tseu, telle que Jean-François Billetier nous la présente, me semble extrêmement riche. Il décrit par exemple, de manière phénoménologique, les diverses étapes de l'apprentissage d'une technique (par exemple celle de la coupe de la viande du boucher) jusqu'au moment où nous n'avons plus besoin de "penser" pour exécuter un mouvement: il nous est devenu naturel, comme une seconde nature. Le philosophe chinois explicite aussi particulièrement bien qu'une fois la technique acquise il n'est plus véritablement possible d'enseigner avec des mots le parcours de l'apprentissage à réaliser pour l'acquérir. Ces réflexions me parlent tout particulièrement en tant que pratiquant d'aïkido: certains professeurs semblent croire, quelque peu naïvement, que s'ils expliquent en détail une technique alors même un débutant devrait pouvoir l'exécuter. Pourtant, une des leçons des arts martiaux est que parfois il est nécessaire de laisser le temps au corps d'apprendre par lui-même.

Je recommande ce livre à tout ceux qui s'intéressent à la philosophie asiatique en général, et à la pensée chinoise en particulier.



samedi 21 mai 2011

Épisode #104: Compte rendu du colloque de la COBEPS du 14 mai 2011

L'Épisode #104: Compte rendu du colloque de la COBEPS du 14 mai 2011 du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Jean-Michel Abrassart y discute du colloque de la COBEPS: "VAGUE D’OVNI SUR LA BELGIQUE : 20 ANS D'ENQUETE" (14 mai 2011 à Perwez, Brabant Wallon, Belgique).

dimanche 15 mai 2011

Petit compte rendu du colloque de la COBEPS: "VAGUE D’OVNI SUR LA BELGIQUE : 20 ANS D'ENQUETE" (14 mai 2011)

Hier soir (14 mai 2011) se déroulait le colloque de la COBEPS: "VAGUE D’OVNI SUR LA BELGIQUE : 20 ANS D'ENQUETE" au Centre Culturel de Perwez (Brabant, Belgique).

J'étais déjà allé à la précédente conférence donnée (par la SOBEPS en son temps) pour fêter les dix ans de la vague. Celle-ci s'était déroulée à l'époque dans les locaux de l'Université Libre de Bruxelles. Si bien évidemment n'importe quelle organisation peut faire la demande d'occuper un amphithéâtre pour une soirée, le lieu avait ajouté une touche de crédibilité certaine au discours des intervenants - renforçant l'idée dans le public qu'il s'agissait de prestigieux universitaires et donc l'argument d'autorité qui va avec. Cette année, le colloque avait lieu au Centre Culturel de Perwez (une petite ville du Brabant Wallon), ce qui ne posait pas ce problème. Je dois dire que l'endroit était agréable, entre les diverses salles et la buvette.

J'ai débuté par une visite de l'exposition qui contenait des panneaux avec uniquement des cas présentés (bien évidemment?) comme résistant à toute explication prosaïque. Dès le deuxième panneau, on nous apprenait que le modèle sociopsychologique ne pouvait pas rendre compte du phénomène ovni. Un point qui me semble évident à ce stade est que les membres de la COBEPS ne comprennent généralement pas bien en quoi consiste réellement l'approche sceptique du phénomène ovni et/ou le modèle sociopsychologique. Nous avons droit chaque fois qu'ils en parlent à des arguments d'épouvantail, c'est-à-dire à des caricatures de la position sceptique. Une maquette de l'ovni triangulaire typique de la vague belge, basée sur la célèbre photo de Petit-Rechain, était suspendue fièrement au plafond de la salle. Une TV diffusait divers documentaires, dont une interview d'Edgar Mitchell que j'ai regardée quelques instants. Pour rappel, l'astronaute Edgar Mitchell est non seulement un tenant de l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni, mais aussi le fondateur de l'"Institute of Noetic Sciences" (dont l'écrivain Dan Brown a parlé dans son dernier roman, "Le symbole perdu") - un groupe qui promeut une parapsychologie au relent de Nouvel Age. Le ton était donné!

Une chose qui m'a particulièrement frappée durant ce colloque est que la COBEPS est diverse. Les sceptiques ont tendance à se focaliser sur les figures de proues (telles qu'Auguste Meessen, Michel Bougard, etc.), mais il y a d'autres gens à la COBEPS, qu'on entend malheureusement moins, mais qui semble avoir des positions plus modérées. J'ai eu une conversation très cordiale avec Patrick Ferryn (actuel président de la COBEPS) peu après mon arrivée, et une autre un peu moins cordiale avec Auguste Meessen. Je dois avouer que le physicien belge a eu le mérite de tenter de discuter avec moi, alors que personnellement j'étais parti pour l'éviter autant que faire se peut après l'avoir simplement salué - particulièrement après son récent article "The Belgian Wave and the photos of Ramillies". J'ai déjà eu divers échanges avec Auguste Meessen au cours des années et je suis personnellement convaincu que tenter de dialoguer avec lui est une complète perte de temps. A ce stade de sa carrière ufologique, il s'est engagé beaucoup trop loin pour être capable maintenant de revenir vers des positions plus raisonnables. Durant les questions et réponses en fin de soirée, il évoqua Galilée et l'opposition que ses idées scientifiques avaient eues, sous-entendant bien entendu que le rejet par le monde académique de son propre travail provenait de quelque chose de similaire à ce qui était arrivé à l'astronome italien. Les sceptiques ont un surnom pour ça: "le syndrôme de Galilée". Dès le départ de notre courte discussion en tête à tête, il était en train de me dire qu'il était celui qui connaissait la "vérité" sur le sujet de la vague belge. No comment...

L'après-midi fut intéressante. J'ai suivi l'atelier 2, "Enquêtes et méthodologies", consacré à deux études de cas présentées par Jean-Marc Wattecamps et Philippe Briat. Ils ont explicitement demandé de ne pas discuter des détails des cas qu'ils ont présenté sur internet: je n'en dirai donc rien. J'avoue en tout cas que j'ai trouvé la présentation bien faite et elle contenait de nombreux conseils pertinents sur comment enquêter sur un cas d'ovni. Cet atelier fut véritablement pour moi le point fort de la journée. Ils ont présenté un cas inexpliqué et un cas expliqué - ce que j'ai trouvé une excellente chose - sur lesquels ils avaient personnellement enquêtés. Le seul bémol est que, dans la ligne de pensée générale de la COBEPS, ils accordent selon moi trop de crédit aux détails testimoniaux donnés par les témoins. J'ai autrement trouvé qu'ils avaient bien documenté ces cas. Après, qu'il y ai des observations qu'on n'arrive pas à expliquer, cela ne m'a jamais troublé en tant que sceptique. Il faut juste bien avoir conscience que cela ne prouve rien, juste qu'on n'a pas réussi (jusqu'à présent) à expliquer tel ou tel cas.

La soirée fut une défense du caractère exceptionnel de la vague belge par Patrick Ferryn, Léon Brenig, Michel Bougard, Auguste Meessen, André Amond et Wilfried De Brouwer. Ils évitèrent globalement de parler explicitement d'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni, mis-à-part pour Auguste Meessen qui s'est quand même fendu lors des questions et réponses d'un "c'est l'hypothèse que je trouve la plus raisonnable". Cependant, même si le mot extraterrestre avait tendance à être évité au profit d'expressions plus vagues du style intelligence derrière une technologie que nous ne possédons pas à l'heure actuelle, on sent bien que l'HET n'est jamais bien loin. Un bon point à souligner fut que Michel Bougard se positionna clairement sur le fait que le 5 novembre 1990 s'expliquait par une rentrée atmosphérique (voir sur ce sujet l'épisode #97 du balado: "Le creux de la vague"), et ce même après que quelqu'un dans la salle lui ai posé une question à propos des positions défendues par Joel Ménard à ce sujet.

C'est après cela que les choses se corsèrent, puisqu'ils avaient manifestement décidé de répondre à leurs contradicteurs. Ils attaquèrent donc à tout bout de champ aussi bien les sceptiques en général, que nommément Wim Van Utrecht et Renaud Leclet. Tout cela en ayant dans la même soirée Auguste Meessen qui faisait son speach habituel sur le mode de propulsion des soucoupes volantes et d'autres choses similaires. J'avoue que c'était relativement surréaliste. Renaud Leclet a eu droit à un traitement spécial de la part de Wilfried De Brouwer à cause de son document "La vague ovni belge de 1989 à 1992 - Une hypothèse oubliée". Le ton général était condescendant et moqueur, mettant en question les qualifications des différents sceptiques. Meessen a d'ailleurs bien précisé au public que les sceptiques faisaient de la désinformation.

Après tout cela, nous avons eu une séance de questions et réponses. Il se fait que par hasard j'ai eu le micro en main en dernier. Après avoir conseillé au public d'aller lire les sceptiques pour savoir ce qu'ils disaient réellement (et ne pas se fier uniquement aux présentations biaisées auxquelles nous avions eu droit), j'ai posté deux questions à Auguste Meessen.
  • Nous savons que la méthode scientifique passe nécessairement par la revue par les pairs, donc par la publication dans des revues scientifiques à comité de lectures. Le physicien belge prétend avoir prouvé bien des choses (sur le mode de propulsion des soucoupes, sur le fait que le modèle sociopsychologique ne peut pas rendre compte du phénomène ovni, etc.). Combien de publications scientifiques dans des revues à comité de lectures a-t-il réalisé sur le sujet (par opposition à ses nombreux articles dans la revue de la SOBEPS "Inforespace" ou maintenant sur son propre site web)? J'avoue que je connaissais la réponse factuelle à cette question: une publication dans la revue de parapsychologie d'Yves Lignon sur la méthodologie d'étude du phénomène ovni en réponse à un article de Marc Hallet le critiquant. Je voulais simplement pointer le fait que ses affirmations ne sont pas supportées par de réelles publications scientifiques. 
  • Dans la présentation qu'il a fait aujourd'hui, il a tenté de minimiser ses convictions profondes en faveurs de l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni. Or, il suffit d'aller lire sur son site web l'article "Où en sommes-nous en ufologie ?" (dans lequel il écrit qu'il pense qu'il y a bien eu un crash de soucoupe volante à Roswell, que les ufologues devraient reconsidérer le film d'autopsie de Ray Santilli qui présente selon lui de l'intérêt, qu'il y a une conspiration des gouvernements pour cacher la vérité, dans lequel il spécule aussi sur le fonctionnement de la télépathie des Gris ou encore sur le fait que les Hommes en Noir ou le chupacabra sont des expériences sociopsychologiques menées par les extraterrestres - tout comme d'ailleurs les contactés comme George Adamski ou Billy Meier qui sont semble-t-il manipulés par les visiteurs d'un autre monde) pour constater le contraire. Est-ce qu'il pourrait avoir l'honnêteté intellectuelle d'admettre que tout son travail est guidé par ses croyances profondes - et a priori - dans l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni?
Autant dire que je n'ai eu aucune réponse claire de la part d'Auguste Meessen à mes deux questions, mis-à-part "qu'il y a des choses qu'il permet et d'autres qu'il ne permet pas". Apparemment, il ne permet pas que quelqu'un ose pointer son manque de réelles publications scientifiques ou son évidente croyance dans l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni. Soit. Léon Brenig et Michel Bougard sont rapidement montés à la défense de leur confrère, et je me suis vu répondre à propos des publications dans des revues scientifiques à comité de lectures que (je cite ici Michel Bougard): "cette question n'a aucun sens". Je me trouvais donc devant un universitaire diplômé en chimie et histoire des sciences pour qui se demander pourquoi Auguste Meessen n'avait jamais réussi à publier une de ses démonstrations dans des revues scientifiques à comité de lectures était juste une question non pertinente. Dans la foulée j'ai eu droit à une solide couche de ce que les sceptiques surnomment "special pleading" pour justifier leur échec à convaincre la communauté scientifique de la pertinence de leurs affirmations. Léon Brenig m'a retourné la question, me demandant si moi j'avais fait de telles publications, ce qui est un classique renversement fallacieux de la charge de la preuve: je ne suis pas celui qui fait des affirmations extravagantes sur le mode de propulsion des ovnis, sur la vague belge, etc. C'est à la COBEPS de prouver ce qu'elle avance. Ce sur quoi Michel Bougard s'est empressé de m'expliquer qu'en réalité la COBEPS n'affirmait rien et était soi-disant neutre. Je trouve que personnellement, dans la catégorie "ne rien affirmer", ils ne font pas du très bon travail: il était clair pour tous les gens dans salle que les personnes sur le podium défendaient l'hypothèse extraterrestre, qu'ils utilisent cette expression ou non. Je ne sais pas si mon intervention fut très utile, étant donné que j'étais dans un auditoire rempli de personnes fans des travaux de la SOBEPS, mais après tout ce que j'avais entendu dire sur les sceptiques durant les deux heures précédentes il était difficile de me taire.

J'ai terminé la soirée à la buvette, en discutant amicalement quelques instants avec un groupe de raëliens qui était venu assister au colloque... En conclusion, je dirais qu'un des problèmes de la COBEPS est qu'Auguste Messen a une influence néfaste sur cette organisation, qu'il pousse depuis des années vers des positions pseudo-scientifiques, et un des gros problèmes est que les autres membres ne prennent pas leurs distances avec lui.

jeudi 12 mai 2011

Notes de lectures - 51: "The Cult of Alien Gods"

(Mais que lisent donc les sceptiques?)


Note: 3/5.

Dans "The Cult of Alien Gods: H.P. Lovecraft And Extraterrestial Pop Culture", Jason Colavito présente un historique critique de la théorie des anciens astronautes. Il s'agit de l'idée pseudo-archéologique que nous trouverions la trace dans les religions et les mythes de visites extraterrestres de notre planète remontant à l'aube de l'humanité. Les constructions antiques, comme par exemple les pistes de nazca, auraient nécessité l'aide des aliens. Les géoglyphes péruviens deviennent dans ce contexte une piste d'atterrissage pour vaisseaux spatiaux. Certains auteurs spéculent aussi que nos frères de l'espace auraient créé la vie sur Terre, à travers des manipulations génétiques. Son historique passe en revue les auteurs majeurs de ce courant archéomanique en partant du "Matin des magiciens" de Louis Pauwels & Jacques Bergier jusqu'à Zecharia Sitchin en passant par Erich von Däniken. Sans oublier Claude Vorilhon, alias Raël...

La thèse que développe particulièrement Jason Colavito est que l'origine de la théorie des anciens astronautes se trouveraient dans l'oeuvre d'Howard Phillips Lovecraft. Nous sommes ici devant un exemple de l'antériorité de la Science-Fiction sur le phénomène ovni. Non seulement toutes les caractéristiques des observations se retrouvent dans les pulps du début du 20e siècle (donc bien avant 1947), mais même les théories ufologiques comme la théorie des anciens astronautes sont apparues dans la SF avant de migrer ensuite sous forme d'essais dans l'ufologie. Pour rappel, Howard Phillips Lovecraft a écrit "Les montagnes hallucinées" en 1931, donc plusieurs décennies avant la publication du "Matin des magiciens".

J'ai trouvé l'ouvrage de Jason Colavito passionnant de bout en bout. Il s'agit d'une mine d'informations pour ceux qui s'intéressent à la théorie des anciens astronautes dans une optique résolument sceptique, et qui souhaitent avoir une vue d'ensemble avant de creuser plus avant.


dimanche 8 mai 2011

1. Par-delà les montagnes hallucinées – Prologue

Dans lequel les investigateurs se font engager par l’expédition Starkweather-Moore.

L'épisode 1. Par-delà les montagnes hallucinées – Prologue du balado "Par-delà les montagnes hallucinées" est en ligne. Il s'agit d'un enregistrement audio d'une campagne de jeu de rôle basée sur l'oeuvre d'Howard Philip Lovecraft et les scénarios de Charles et Janyce Engan (publiés par Chaosium en anglais et Sans-Détour pour l'adaptation en français).

samedi 7 mai 2011

Épisode #102: Le satanisme LaVeyen

L'Épisode #102: Le satanisme LaVeyen du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Il s'agit d'une interview de Cédric Monget.

mercredi 4 mai 2011

"Par-delà les montagnes hallucinées" pour l'Appel de Cthulhu

"Par Dela Les Montagnes Hallucinees" est une campagne titanesque (pratiquement 700 pages!) pour le jeu de rôle "L'Appel de Cthulhu", dont les auteurs principaux sont Charles et Janyce Engan. Il s'agit d'une suite au roman d'Howard Phillips Lovecraft, "Les montagnes hallucinées", qui est lui-même une suite aux derniers chapitres du récit d'Edgar Allan Poe les "Aventures d'Arthur Gordon Pym". A noter que la version francophone (éditée par Sans-Détour) contient du matériel original par rapport à la version anglophone (de Chaosium), afin que l'ensemble soit un peu moins déterministe et donc de donner un peu plus de liberté d'actions aux personnes joueurs.

Pour rappel, le roman "Les montagnes hallucinées" se situe au début des années 30 et raconte l'histoire d'une expédition de l'Université Miskatonic en Antarctique, qui tourne très mal. Après le retour des survivants, le grand public ignore le fin mot de l'histoire mais il est de notoriété publique que des découvertes extraordinaires, qui devraient révolutionner les sciences du vivant, ont été réalisées. Malheureusement, l'exploration a été abandonnée après que bon nombre de membres de l'équipe soient morts lors d'une terrible tempête de neige. Nous apprenons aussi dans le roman que l'expédition Starkweather-Moore est organisée quelques années plus tard afin de poursuivre les recherches là où la première s'était arrêtée à cause de la tragédie.

La campagne de jeu de rôle propose aux joueurs de reprendre là où le roman s'arrête et de prendre part à l'expédition Starkweather-Moore, de marcher sur les traces de la précédente, et de (re)découvrir les secrets dissimulés au coeur des montagnes hallucinées.

Cette campagne s'adresse clairement à un groupe expérimenté, de vieux routards du jeu de rôle prêt à y consacrer énormément de soirées. La mise en place est extrêmement longue et se veut à la fois réaliste et précise dans l'organisation d'une expédition en Antarctique dans les années 30. Il y aura de nombreuses heures de jeu avant que les personnages ne rencontrent le moindre début de tentacules des créatures du mythe de Chtulhu. Contrairement à des scénarios qui se situent dans des cadres totalement fantastiques, cette campagne se révèle aussi être un prétexte pour en apprendre plus sur l'Antarctique, à la suite des explorations d'un Roald Amundsen ou d'un Ernest Shackleton.

"Par Dela Les Montagnes Hallucinees" n'a pas véritablement d'équivalent dans l'univers rôlistique, tant par l'ampleur des évènements décrits que par l'ambiance typiquement lovecraftienne qui s'en dégage. A jouer impérativement si vous en avez l'occasion!



mardi 3 mai 2011

L'ufologie, un folklore contemporain

Le numéro de mai-juin 2011 (vol. 3 num. 3) du webzine ufosceptique de Tim Printy, SUNLite, est disponible. Vous pouvez y lire un article de votre serviteur (p. 17-18), intitulé "UFOlogy, a contemporary folklore" (en anglais).

dimanche 1 mai 2011

Un exemple d'argument d'épouvantail: Henri Broch et le déclin de la psychokinèse

Je suis en train de relire "Le Paranormal : Ses documents - Ses hommes - Ses méthodes" d'Henri Broch, et j'aimerais discuter d'un argument d'épouvantail qu'il utilise au début de son ouvrage contre la parapsychologie. J'avoue que même si je n'ai jamais été un fan du physicien français, la première fois que j'ai lu ce livre au début de mes études universitaires (il y a donc plus de dix ans), à l'époque où je ne connaissais pratiquement rien au sujet, je l'avais trouvé plutôt convaincant. Mon opinion est très différente aujourd'hui.

Henri Broch présente non seulement cet argument aux pages 12-13 de "Le Paranormal", mais on le retrouve à l'identique dans "Devenez sorciers, devenez savants" (p. 196-197), l'article "Les prisons de l'esprit" (publié dans Agone n°23, p. 122-123) et très probablement encore ailleurs.

L'argument est celui-ci (je cite l'article "Les prisons de l'esprit" disponible en ligne):
Le « mana » est censé avoir déplacé il y a plusieurs siècles les statues de l’île de Pâques (plusieurs tonnes). Dans les années 1850, ce même pouvoir prétendait mouvoir de lourdes tables (une centaine de kilogrammes). Quelques décennies plus tard, on s’occupe de casseroles (un kilogramme). Dans les années 1970, on se réduit au possible déplacement de petits objets, comme des pièces d’un jeu d’échecs. À l’heure actuelle, ce même pouvoir permettrait, à un médium se concentrant très très très fortement, de déplacer… un infime bout de papier (un gramme) ! Le phénomène PK a donc chuté – évidemment parallèlement à la sophistication des moyens de contrôle – par un facteur de plus d’un million au cours du temps.
Il s'accompagne systématiquement du même graphique, quelque soit la publication, illustrant la chose (que vous pouvez voir en ligne ici). Vous remarquerez qu'il n'y a aucune référence donnée dans ce paragraphe. Dans l'ouvrage "Le Paranormal", on peut aussi lire l'information suivante:
En effet, comme l'a fort justement souligné Michel Rouzé, contrairement à l'écho qu'il reçoit au sein des médias, le corpus des phénomènes "paranormaux" est allé en se rétrécissant avec le temps et l'on a assisté au cours des âges à un appauvrissement des faits, allant de pair avec la sophistication accrue des moyens de contrôle. 
Apparemment, Henri Broch semble avoir repris cet argument à Michel Rouzé (fondateur de l'AFIS), mais là encore nous n'avons droit à aucune référence (cela provient peut-être de son ouvrage de 1979 "La parapsychologie en question").

Qui prétend que le mana est censé avoir déplacé il y a plusieurs siècles les statues de l'île de Pâques? De tous les parapsychologues que j'ai lu au cours des années, je n'en connais pas un seul qui discute de cette question et qui prétende que la psychokinèse ait été nécessaire pour ces constructions. Il se peut bien évidemment que le physicien français connaisse un auteur célèbre dans le champ de la parapsychologie qui prétende cela et que je n'ai pas lu, mais comme il ne donne pas de références bibliographiques, il est impossible de vérifier son affirmation. En tout cas, cela ne me semble pas du tout être une affirmation centrale du champ de la parapsychologie.

On retrouve par contre l'idée que les Rapanui n'aient pas construit les moaï dans le champ de l'archéomanie. Je n'ai jamais lu d'auteur qui défende l'idée que ces sculptures auraient été érigées par psychokinèse, mais régulièrement, dans le cadre de la théorie des anciens astronautes, qu'elles sont l'oeuvre de visiteurs d'extraterrestres. Henri Broch nous dit:
Le « mana » est censé avoir déplacé il y a plusieurs siècles les statues de l’île de Pâques (plusieurs tonnes).
Pourtant, les Rapanui, lorsqu'ils ont érigé ces statues savaient fort bien qu'elles ne l'ont pas été par psychokinèse ou par des extraterrestres. Cela va sans dire. Là question est encore une fois: qui a prétendu quoi et quand? La théorie des anciens astronautes datant de la seconde moitié du 20e siècle, l'idée d'une construction extraterrestre est loin d'être ancienne. Peut-être que certains occultistes et néo-occultistes du début du 20e siècle ont prétendu qu'elles avaient été construites par psychokinèse (sans référence je suis malheureusement amené à spéculer sur une source et une date potentielle), mais cela nous place encore chronologiquement après la naissance de la métapsychique (pour rappel, la Society for Psychical Research fut fondée en 1882). Je ne serais pas étonné que l'on retrouve une affirmation de ce type dans la littérature Nouvel Age, mais là encore ce mouvement n'est pas très ancien (seconde moitié du 20e siècle) et ses auteurs phares continuent à faire des affirmations extravagantes (comme par exemple dans "Le Secret") concernant la capacité de notre conscience a influencer le monde extérieur.

A moins qu'Henri Broch ne puisse fournir une référence datant d'il y a quelques siècles d'un auteur qui affirme que les moaï furent érigés par psychokinèse (pour rappel, le terme de télékinésie date de la fin du 19e et psychokinèse du début du 20e), son graphique se révèle trompeur.

Il s'agit d'un argument d'épouvantail contre la parapsychologie, puisqu'il passe dans ce paragraphe d'un idée typiquement archéomanique et relevant du mouvement Nouvel Age aux recherches en parapsychologie sur la psychokinèse. Si effectivement on a pu observer un tel mouvement dans l'histoire des idées, passant de la macro-psychokinèse (macro-PK) à la micro-psychokinèse (micro-PK), il suffit de lire la littérature parapsychologique contemporaine pour se rendre compte que les tenants de l'existence d'authentiques processus paranormaux continuent à défendre l'idée que la macro-PK est belle et bien réelle - mentionnons ici en exemple la thèse de doctorat de Bertrand Méheust, "Somnambulisme et Médiumnité". La différence est généralement d'ordre méthodologique: il serait plus facile de mettre en évidence de manière reproductible la micro-PK en laboratoire. Cela ne fait pas pour ces auteurs que la macro-PK aurait disparue (mentionnons par exemple les matérialisations d'objets prétendument réalisées par des gourous indiens, voir l'ouvrage "Deception & Self-Deception" de Richard Wiseman). Et s'il n'y a pas eu de déclin de la psychokinèse pour les tenants, il n'y en a pas eu non plus pour les sceptiques: la PK n'existait pas avant et n'existe toujours pas aujourd'hui.

L’argument d'épouvantail est un sophisme qui consiste à présenter la position de son adversaire de façon volontairement erronée: c'est ce que réalise selon moi Henri Broch ici en mêlant archéomanie et Nouvel Age avec parapsychologie, puis en proposant une description d'un déclin de la psychokinèse que l'on ne retrouve en parapsychologie ni chez les tenants ni chez les sceptiques.