Note: 2.5/5.
"Plato, Not Prozac ! Applying Eternal Wisdom to Everyday Problems"
Cette sorte de "philothérapie" se veut brève (très peu de séances) et consiste principalement en un échange entre le philosophe et son client, ainsi que (parfois) de la lecture de textes philosophiques. "Plato, Not Prozac ! contient toute une série de vignettes cliniques pour illustrer de manière concrète la démarche proposée. Il s'agit dans la foulée d'opérer un retour aux sources de la philosophie, et de réinstaurer celle-ci comme un art de vivre (lire à ce propos l'ouvrage de Pierre Hadot: "Exercices spirituels et philosophie antique"
Un aspect qui me dérange quelque peu est comment est-ce que le philosophe choisit-il les auteurs qu'il invoque dans sa discussion avec son client ou qu'il suggère comme lecture. On peut aisément trouver toutes sortes de positionnements théoriques, et ce même si on se limite aux grands noms. Si un client est devant un problème éthique, est-ce qu'on lui propose de lire Kant, Aristote ou encore un utilitariste? Ou les trois? J'ai l'impression que la subjectivité du "philothérapeute" jouera à plein, et qu'il aura tendance à choisir en fonction de ses propres affinités intellectuelles. Ce n'est pas forcément un mal, mais cela pose néanmoins question.
Une autre réflexion qui m'est venue en lisant cet ouvrage est que si la psychanalyse relève bien plus de l'anthropologie philosophique que de la psychologie (par définition scientifique), elle pourrait être légitimement réintégrée (avec la Daseinsanalyse basée sur la pensée de Martin Heidegger) au sein du conseil philosophique, tout en donnant à Freud et ses disciples une place beaucoup moins importante (puisqu'ils seront insérés dans un très vaste choix d'autres philosophes qui ont réfléchi sur la question du sens de la vie humaine).
Pour terminer, je soulignerais enfin que le niveau de "Plato, Not Prozac ! est celui d'un ouvrage de vulgarisation. La présentation de la pensée des philosophes est souvent très superficielle, voir parfois un peu trop simpliste. Est-ce qu'on ne cours pas le risque de proposer aux clients du conseil philosophique une sorte de "philosophie pour les nuls", qui serait accessible à tous mais qui galvauderait la philosophie qui est, il faut bien l'admettre, souvent complexe?
2 commentaires:
Je rebondit juste sur la dernière idée. L'idée de réintroduire la psychanalyse comme philosophie à vocation éventuellement thérapeutique plutôt que comme science me parait tout a fait pertinente. Ca permet d'une part de ne pas prendre des vessies pour des lanternes (d'autant plus que les psychanalystes revendiquent souvent son statut "non scientifique"), peut être de dépassionner le débat psychanalyse vs sciences cognitives, et d'autre part de confronter la psychanalyse a un réel examen critique, en la mettant en concurrence non pas avec les sciences, avec lesquelles elle n'a pas grand chose à voir, mais avec d'autres approches philosophiques concurrentes, ce qui permettrait sans doute de la désacraliser (j'ai l'impression que c'est le fait de cultiver l’ambiguïté sur son statut de science qui la "sacralise" ? Les novices sont tentés d'en accepter les résultats tel quels et les experts peuvent broder comme ils veulent...). Michel Onfray évoque souvent la "psychanalyse existentielle". Personnellement je ne sais pas ce qu'il en est, mais ça mérite de s'y intéresser...
Excellente critique!
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