Note: 4/5.
Comme je l'expliquais précédemment (ici), je m'intéresse en ce moment tout particulièrement à l'émission radio La Guerre des Mondes d'Orson Welles. La raison de cet intérêt est double :
- Premièrement, je pense que l'analyse de la panique qu'a généré ce documenteur (on nommerait en effet aujourd'hui de la sorte cette pièce de théâtre audio qui se présentait sous la forme de flashs d'informations) peut permettre de mieux comprendre la dynamique psychosociale du phénomène ovni, tout particulièrement des vagues.
- Deuxièmement, je cherche à me documenter sur ce sujet avant de lire l'ouvrage que le sociologue français Pierre Lagrange a consacré à ce sujet, "La guerre des mondes a-t-elle eu lieu ?"
. Je le suspecte en effet d'avoir une vue quelque peu biaisée des choses, à cause de son positionnement postmoderne. Il semblerait en effet (d'après ce que j'ai pu lire sur la toile) qu'il y défende l'idée que la panique générée par la Guerre des Mondes ne serait finalement qu'un mythe rationaliste qu'il faudrait démystifier. J'avoue que je suis sceptique. La question qui se pose alors est de savoir exactement ce qui s'est déroulé lors de cette soirée d'Halloween du 30 octobre 1938.
La Guerre des Mondes s'est en effet exportée dans d'autres pays après la panique originelle générée par Orson Welles : au Chili (1944), en Équateur (1949), au Portugal (1958, 1988 et 1998), au Brézil (1971) et enfin à nouveau aux États-Unis (1968 et 1974). Il s'agit à chaque fois d'émissions radio ou de télévision reprenant la structure générale du roman d'H. W. Wells, mais en la transposant géographiquement dans le pays concerné. Elles s'inspirent toutes plus ou moins de l'adaptation originale de 1938. Ces évènements ont été documenté, souvent de manière plus fiable que lors de l'émission d'Orson Welles. Discutant par exemple de la panique au Chili en 1944, John Gosling (p. 108) nous explique que :
The precise scope and nature of the terror sparked by the Orson Welles broadcast is still a matter of conjecture, but in Quinto there is a horrible and unassaillable fact : the offices of El Comercio were burned down by a furious mob incited by a broadcast of The War of the Worlds, and people died. Of this there is simply no doubt.Dès lors, le fait que des documenteurs inspirés de La Guerre des Mondes aient générés des réactions du public est incontestable. Il est aussi intéressant d'observer que le plus souvent le producteur ou le réalisateur de ces émissions avait tenté de prévenir un dérapage en informant le public et les autorités (polices, pompiers, etc.) autant que faire ce peux, mais à chaque fois une panique plus ou moins importante s'est produite malgré ses efforts.
S'il existe un débat entre spécialistes autour de la question de l'amplitude et de la nature de la panique générée par la diffusion radio de La Guerre des Mondes, John Gosling écrit cependant à ce sujet (p. 3) :
In the intervening years the story of the 1938 Orson Welles "panic broadcast" has attained a near-mythic quality among social commentators, but in our haste to heap well-deserved plaudits on Welles, a complacency has crept into the telling of the tale, such that perfectly preventable inaccuracies have entered the record by a simple process of casual repetition. This is not to say that this book intends to downplay or diminish one of the great stories in the history of American broadcasting, but it will provide a measured analysis of public reaction, and a clearer understanding of the genesis, production and aftermath of that extraordinary Halloween eve.Il s'agit donc de présenter la panique générée par La Guerre des Mondes d'Orson Welles sur base d'informations fiables, plutôt que de raconter tout et n'importe quoi à son sujet. On ne peut être que d'accord avec ça. Ceci étant dit, John Gosling précise bien qu'il ne s'agit pas, contrairement à Pierre Lagrange, de minimiser l'évènement du 30 octobre 1938: quelque chose s'est clairement produit ce soir-là! On peut toujours débattre ensuite si la meilleure manière de qualifier ce quelque chose est de parler d'une panique, d'une illusion de masse ou encore d'utiliser un autre vocable. Il s'agit uniquement d'un débat technique qui ne fait pas que rien ne se soit produit ou que cet évènement soit uniquement un fantasme rationaliste.
Quoiqu'il en soit, je pense que "Waging the War of the Worlds" de John Gosling est une référence incontournable concernant l'émission radio La Guerre des Mondes d'Orson Welles. Si le sujet vous intéresse, vous savez ce qu'il vous reste à faire.
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