lundi 23 mai 2011

"Leçons sur Tchouang-Tseu" de Jean-François Billetier

J'ai découvert le travail de Jean-François Billetier sur la philosophie chinoise il y a quelques années de cela, avec son ouvrage "Contre François Jullien". Il y critiquait l'approche développée par le sinologue français, auteur de nombreux ouvrages (voir par exemple "Les transformations silencieuses" dont j'ai parlé précédemment sur ce blog), et aussi l'idée fort répandue que la Chine représenterait une altérité si profonde de la pensée occidentale qu'elle nous serait par définition pratiquement totalement inaccessible.

Il continue dans cette même voie dans "Leçons sur Tchouang-Tseu", en montrant qu'avec une traduction adéquate il est possible de comprendre l'oeuvre de ce philosophe chinois du 4e siècle avant J.-C.. Comme je m'intéresse moi-même à la culture (et à la langue) japonaise - et non chinoise - il m'est impossible de véritablement commenter le travail effectué, mais je dois dire que j'apprécie le ton général.

La pensée de Tchouang-Tseu, telle que Jean-François Billetier nous la présente, me semble extrêmement riche. Il décrit par exemple, de manière phénoménologique, les diverses étapes de l'apprentissage d'une technique (par exemple celle de la coupe de la viande du boucher) jusqu'au moment où nous n'avons plus besoin de "penser" pour exécuter un mouvement: il nous est devenu naturel, comme une seconde nature. Le philosophe chinois explicite aussi particulièrement bien qu'une fois la technique acquise il n'est plus véritablement possible d'enseigner avec des mots le parcours de l'apprentissage à réaliser pour l'acquérir. Ces réflexions me parlent tout particulièrement en tant que pratiquant d'aïkido: certains professeurs semblent croire, quelque peu naïvement, que s'ils expliquent en détail une technique alors même un débutant devrait pouvoir l'exécuter. Pourtant, une des leçons des arts martiaux est que parfois il est nécessaire de laisser le temps au corps d'apprendre par lui-même.

Je recommande ce livre à tout ceux qui s'intéressent à la philosophie asiatique en général, et à la pensée chinoise en particulier.



5 commentaires:

Q a dit…

Très intéressant. On a malheureusement trop tendance à réduire la philosophie orientale (chinoise, mais indienne également) à de l'ésotérisme ou du mysticismes, et à croire que les grecs ont "inventé" la rationalité et sont à l'origine de la "vraie" philosophie... En fait il y a vraiment beaucoup de choses intéressantes et très variées la dedans (il y a du mysticisme également, mais ni plus ni moins qu'en Europe).

Jean-Michel Abrassart a dit…

Bonjour Q,

Roger-Paul Droit a écrit un excellent ouvrage sur l'oubli de la philosophie asiatique dans la version classique de l'histoire de la philo: "L'oubli de l'Inde : Une amnésie philosophique". C'est un ouvrage à lire impérativement sur le sujet, qui démystifie le mythe occidentocentriste qu'est l'idée que la philosophie serait née en Grèce avec Socrate.

Sceptiquement vôtre,

Q a dit…

Merci pour le conseil ! Je vais essayer de me le procurer.

Automne Vivace a dit…

Un autre auteur très intéressant sur le sujet est Jean Lévi. Je conseille sa très bonne traduction du Tchouang Tseu aux éditions de l'encyclopédie des nuisances. Ou encore "Le petit monde du Tchouang-Tseu", du même auteur/traducteur (éd. Philippe Picquier).
Avec Jean-François Billetier, ils constituent tout deux, de très bon auteur sur le sujet.

dekeroual a dit…

Paul Pelliot et le trésor national chinois:
http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2010/08/27/a-propos-du-sinologue-francais-paul-pelliot/