dimanche 29 mai 2011

Déconstruire Barbie

Je lisais il y a quelques temps un débat dans la blogosphère entre Benjamin Radford et Rebecca Watson sur la question de savoir si les troubles des conduites alimentaires, comme l'anorexie et la boulimie, étaient générés par les images véhiculées par les médias (j'en ai parlé très brièvement dans le billet "Les sceptiques et la question de l'expertise"). Pour rappel, Rebecca Watson défendait la position que les médias sont principalement à l'origine de ces troubles, tandis que Benjamin Radford argumentait que le rôle des médias en la matière était exagéré.

J'ai eu l'occasion hier, quelque peu par hasard, de lire un article scientifique publié en 2007 par Benjamin Radford sur le sujet dans la revue "The Scientific Review of Mental Health Practice". Il y questionne la doxa (on désigne en philosophie par la doxa l'opinion commune largement impensée) selon laquelle Barbie serait un modèle de physique idéal que la culture imposerait aux jeunes filles, et qui les conduirait de manière causale à souffrir de troubles des conduites alimentaires.

L'article est une revue de la littérature sur le sujet, mais une revue assez particulière puisqu'en fait Benjamin Radford y démontre l'absence de recherches sérieuses sur le sujet. Tout le monde (particulièrement dans la presse féminine) semble accepter cette idée comme étant auto-évidente, mais lorsqu'on recherche des sources fiables sur ce sujet dans la littérature, on n'en trouve tout simplement pas.

J'apprécie tout particulièrement la démarche de Benjamin Radford. Il prend une idée reçue, omniprésente dans les médias, puis tente de voir si elle est empiriquement fondée ou non. Se faisant, il déconstruit la doxa. Bien évidemment, il se pourrait que l'idée en question soit correcte, mais en attendant que des recherches sérieuses soient menées sur le sujet, affirmer la chose comme une vérité incontestable est problématique.

Sa conclusion est:
Body image, self-esteem, media influences, and eating disorders are important social, medical, and mental health issues. Tragically, because of political activism, poor journalism, and a failure of researchers to examine underlying premises, discussion of these issues has become muddled with misinformation. Researchers and the news media must do a better job of separating evidence-grounded, research-based facts from theory and speculation.
Référence:

- Radford, B. (2007). Media and Mental Myths: Deconstructing Barbie and Bridget Jones. The Scientific Review of Mental Health Practice, vol. 5, n°1., p. 81-87.

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