mardi 26 avril 2011

Quand simplifier amène à trop simplier: Retour sur Trans-en-Provence

J'ai reçu de la part de certains ufosceptiques francophones des retours négatifs concernant l'épisode de "365 Days of Astronomy" que j'ai récemment réalisé: "April 21st: The Trans-en-Provence UFO Case". Certaines remarques sont dues à des formulations maladroites de ma part, liées au fait que c'était le premier épisode que je tentais de réaliser en anglais et de moins de 10 minutes. Cette durée fort courte m'a conduit à aller trop vite sur certaines choses, et à ne pas discuter d'aspects qu'il aurait pourtant fallu que j'évoque. Voici quelques points qui ont été soulevés dans la discussion sur le forum "Sceptic OVNI":
  • Pourquoi polluer un balado consacré à l'astronomie avec de l'ufologie?
L'équipe à l'origine de "365 Days of Astronomy" avait fait un appel à contributions en urgence sur Twitter. Je leur ai posé la question de savoir s'ils seraient intéressés par un épisode ufosceptique, ce à quoi ils ont répondu de manière positive. Il y a déjà eu par le passé deux épisodes ufologiques: "October 11th, 2010: Why I Don’t Believe in UFOs: My Burning Questions" de C. Augusto Valdés et "August 4th, 2009: Aliens in Roswell" de Brian "Skeptoid" Dunning. Je n'adhère pas à cette critique, car je pense que des auditeurs intéressés par l'astronomie sont un bon public à qui présenter l'approche ufosceptique du phénomène ovni. Ma conviction est qu'il est au contraire important de diffuser des informations critiques sur ces sujets en-dehors de la sphère purement ufologique et/ou sceptique.
  • "He (Michel Bounias) finds some anomalies in the sample and says that those anomalies have been caused by the UFO landing, and by the MHD propelling the UFO."
En voulant simplifier le cas, j'ai été amené à trop simplifier. En effet, si effectivement Michel Bounias trouve des anomalies, c'est Jean-Jacques Velsaco qui en tire les conclusions les plus extravagantes. Pour limiter la durée de l'épisode à moins de 10 minutes, je ne voulais pas discuter du rôle de Jean-Jacques Velasco lorsqu'il était directeur du service ovni du CNES et du type de propos qu'il tenait dans les médias. Mal m'en a pris. Si aujourd'hui l'épisode était à refaire, je distinguerais bien les conclusions de Michel Bounias de celles de Jean-Jacques Velasco. Je cite (Velasco, J.-J., Montigiani, N. (2004). L'OVNIS: L'évidence. Carnot, p. 83-84):
En quoi ce cas est-il très important? Trans-en-Provence a été l'aboutissement de plusieurs facteurs manquants qui ont permis de réaliser une enquête de haute qualité. Les procédures d'intervention ont été validées. On a recueilli des faits testimoniaux associés à des effets sur l'environnement. La relation témoin-trace a été avérée. On a montré la réalité physique d'un objet artificiel posé sur le sol, marqué par une empreinte mécanique atypique, avec des effets biochimiques sur la végétation (plants de luzerne altérés par des rayonnements électromagnétiques au micro-ondes). Au final, on a prouvé la nature inexpliquée et inconnue de l'objet volant. On a établi qu'il était lenticulaire (traces). Pesant (traces). De nature métallique (fer, zinc). Silencieux (voisins proches non alertés). Reste une constante, évoquée par de nombreux cas: l'action des micro-ondes. Peut-être liées au mode de propulsion.
  • "We think that what happens was that Renato Nicolaï wanted to make a joke – simply because he’s an immigrant, he doesn’t speak French properly, so he has a low social status."
La formulation est particulièrement maladroite (particulièrement le "simply because"). Il ne faut cependant pas oublier qu'il s'agit de langage parlé, et pas d'un article rédigé avec soin. Ce que je voulais dire est que nous pensons qu'à cause de son statut social, Renato Nicolaï voulait a. se valoriser en se transformant en "témoin d'ovni" et ainsi épater sa femme et b. se démontrer à lui-même qu'il était capable de tromper les gens plus cultivés dans son entourage par une blague, qui malheureusement tourne mal. Bien entendu, on ne sait jamais vraiment expliquer pourquoi quelqu'un fait une farce de ce type. Le fait qu'il est un immigrant et qu'il ne parle pas bien le français rend aussi ultérieurement la situation plus difficile lors de la visite des gendarmes.
  • "Michel Bounias, who was a fringe researcher in ufology and other similar subjects"
J'ai utilisé un terme péjoratif à la fin de l'épisode, qualifiant sommairement Michel Bounias de "fringe researcher" à cause de son intérêt pour le phénomène ovni et le fait qu'il a écrit un ouvrage qui fleure bon le créationnisme de type dessein intelligent: "Si Dieu avait créé le monde". On m'a fait remarquer qu'il aurait été préférable que je signale aussi qu'il était un scientifique de l'INRA et un expert en toxicologie végétale. Je pense qu'en effet j'ai été un peu vite en besogne en le qualifiant simplement de "fringe researcher", et que j'aurais dû élaborer un peu plus sur qui il était.

Au final, je me donnerais comme note: "peut mieux faire". Cela montre aussi que tout le monde n'est pas un Brian "Skeptoid" Dunning ou un Eric Maillot lorsqu'il s'agit de présenter des études de cas - ce dont je n'ai jamais douté. Bah, je retiendrai la leçon et on fera mieux la prochaine fois!

1 commentaires:

Nab a dit…

Là on est presque d'accord.

Sur le sujet de l'ufologie, je pense qu'elle pollue n'importe quel publication à vocation scientifique quand le contenu scientifique est nul. Ce n'est que quand il s'agit de discuter biais cognitifs (psychologie), statistiques (math), effet (ou illusion d'effet) biophysique, etc. que ça devient intéressant, parce que ce n'est plus _que_ de l'ufologie.

Je me suis un peu emporté parce que j'ai été choqué par ton refus initial d'accepter le problème. C'est tout à ton honneur d'avoir fait cette mise au point.