jeudi 28 avril 2011

Notes de lectures - 50: "Au fondement des sociétés humaines"

(Mais que lisent donc les sceptiques?) 

Note: 3/5.

"Au fondement des sociétés humaines : Ce que nous apprend l'anthropologie" est un ouvrage de Maurice Godelier. Il se veut une présentation - et éventuellement une introduction - à l'oeuvre de l'anthropologue français. Ce livre est riche et présente aussi bien des réflexions épistémologiques (dans l'introduction sous le titre "A quoi sert l'anthropologie?") que sur ce qui fonde une société (chapitre 2: "Nulle société n'a jamais été fondée sur la famille ou la parenté"), la naissance (chapitre 3: "Il faut toujours plus qu'un homme et une femme pour faire un enfant") ou encore la sexualité (chapitre 4: "La sexualité humaine est fondamentalement a-sociale"). L'ensemble est illustré par de nombreux exemples, tirés soit du terrain de Maurice Godelier lui-même (les Baruyas de Nouvelle-Guinée) ou de la littérature.

L'ouvrage est agréable à lire et permet de découvrir certains enjeux et débats de l'anthropologie contemporaine. L'anthropologue français défend la possibilité même du projet anthropologique, à l'encontre d'un relativisme cognitif qui consisterait à dire que les divers univers sociaux et mentaux seraient totalement inaccessibles à d'autres que ceux qui les ont produits et vécus. Il écrit (p. 35-36):
Déconstruire les discours et les résultats des sciences sociales, oui. Leur dénier tout caractère scientifique, non. Affirmer l'existence de noyaux de connaissance rationnelle, produits par des recherches conscientes de leurs démarches et de leurs limites, oui. Déconstruire l'anthropologie et les autres sciences sociales pour les reconstruire à un niveau de rigueur et d'efficacité analytique plus grand qu'auparavant, oui. (...) Déconstruire les sciences sociales pour les dissoudre dans des discours narcissiques, se délectant dans le refus de théoriser, dans l'ironie, l'incohérence et l'inachèvement volontairement recherché, au prétexte que théoriser reviendrait à prétendre posséder une autorité qui n'existe pas et l'imposer aux autres à l'aide de quelques procédés rhétoriques, ce n'est pas convenable quand on a choisi d'exercer des métiers de connaissance.
Je recommande ce livre aux sceptiques qui s'intéressent à l'anthropologie et qui rechercheraient une porte d'entrée dans les enjeux et débats actuels de cet discipline.

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