Etre un connard: oui, c'est subjectif et "Je sais quand j'en vois un". Un connard pour l'un est un combattant de la liberté pour l'autre. Alors, dépassons la pédanterie, et nous allons ici en donner une définition simple, et objective. Etre un connard consiste à communiquer d'une manière qui tente de motiver un interlocuteur, à travers les émotions, à se sentir mal à propos de la position qu'il défend. Bien entendu, il y aura toujours des situations dans lesquelles toute forme de critiques sera perçue comme étant "argumenter comme un connard", que ce soit à travers un cadrage ou un contexte inapproprié, ou encore juste un mauvais timing. De temps à autre, n'importe quelle opinion contraire fera que l'interlocuteur se sentira mal et sera au final "argumenter comme un connard". C'est la vie (en français dans l'original - ndt). Il y a toujours un risque que cela soit le cas. Cependant, même si parfois on ne peut rien y faire, il est possible d'éviter les manipulations émotionnelles intentionnelles. Pour le dire simplement, vouloir changer les esprits - que ce soit celui de la personne avec laquelle on discute ou les observateurs de la discussion - en faisant que l'interlocuteur se sente mal est pour un objectif communicationnel être "un connard".
Les rationalistes chantent les louanges d'utiliser la logique et la raison pour prendre des décisions, et se lamentent de Oh Combien la société échoue en ce domaine. Ce qui est incroyable est ceux qui pensent qu'un remède à ce déficit consiste à utiliser les manipulations émotionnelles pour changer les esprits, en croyant que cela fait la promotion de la pensée critique.
Au lieu de promouvoir la pensée critique, cela fait uniquement la promotion d'une conclusion qu'il pense que tout le monde devrait partager; et ils utilisent les émotions pour enfoncer le clou. Ce n'est pas différent de comment la religion fonctionne - c'est-à-dire que cela contourne le processus consistant à former indépendamment la conclusion en question en en fournissant une toute faite, prêt-à-penser. Les gens comme PZ Myers semble retirer une immense fierté dans cette forme de communication, et son commentaire ci-dessus semble être un bon exemple de cela. C'est divertissant, certainement, mais à la fin il n'y a aucune évidence qu'il a accompli quoi que ce soit d'autres que de faire que les athées se sentent suffisant à propos d'eux-mêmes.
La recherche à propos de la communication agressive montre qu'elle ne semble avoir un effet positif que si vous partagez déjà les mêmes valeurs que ceux qui ridiculisent leurs interlocuteurs. Il réduit le désir de discuter, retire les brebis noirs du groupe social et consolide les valeurs du groupe. Du coup il semble faire un excellent travail pour ceux déjà à l'intérieur du groupe. Et si c'est là l'objectif de votre communication, alors OK. Félicitez-vous et buvez une bière pour vous récompensez d'un travail bien fait. En tant que tel, il peut aussi s'agir d'une manière efficace de martyriser des personnes en position d'autorité ou d'influence afin qu'elles agissent dans le sens de vos croyances.
Cependant, quant il s'agit de communiquer vers l'extérieur et de promouvoir la pensée critique, le langage agressif est non seulement inefficace, mais il stoppe le dialogue et polarise les valeurs existantes d'une telle façon que les personnes auront moins tendance à examiner leur propre position. De fait, en agissant comme un "connard", cela rend plus difficile pour les autres de communiquer les valeurs que vous souhaitez que le reste du monde adopte.
La réponse rapide des gens comme PZ Myers et Richard Dawkins est de prétendre qu'ils n'essayent pas de toucher ceux qui tiennent des croyances ridicules, mais ceux qui sont à la frontière. Et ils ont des tonnent de preuves anecdotiques qui dit que cela fonctionne. Bien entendu. Malheureusement, la recherche ne supporte pas vraiment ce qu'ils affirment ici. Même s'il y aura toujours des exceptions à la règle, la plupart des gens voient les arguments présentés de cette manière comme manquant de substance. Du coup, les quelques remerciements qu'ils reçoivent cachent le nombre invisible de ceux qui, dépités, s'éloignent en secouant la tête. Cela sonne quelque peu comme le fonctionnement des médecines alternatives.
Maintenant, il se pourrait qu'il y ait un biais ici, car il y a fort peu de recherches spécifiques dans le domaine de la communication du scepticisme. Je pense cependant qu'il est fort peu probable que nous soyons en fasse d'un cas particulier, parce que je ne vois pas la communication du scepticisme avoir des variables particulières. Mais j'adorerais s'il y avait des nouvelles recherches réalisées sur le sujet. Il n'y en a pas. A l'inverse, il y a des anecdotes, des généralisations post-hoc et beaucoup de vœu pieux.
dimanche 29 août 2010
A propos de la politesse
Les discussions continuent dans la blogosphère sceptique autour de la question de la politesse, suite à la conférence de Phil Plait à TAM8 sur le thème de "Ne soyez pas un connard!". Vendredi dernier, Daniel Loxton a écrit sur "Scepticblog" un billet intitulé "The War Over “Nice”". Dans les commentaires de ce billet (ici), Michael McRae propose une excellente réflexion sur le sujet (je traduis un extrait de l'anglais):
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samedi 28 août 2010
Épisode #65: La cryptozoologie
L'Épisode #65: La cryptozoologie du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Il s'agit d'une interview de Michel Raynal, webmestre du site "Institut Virtuel de Cryptozoologie".
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Cryptozoologie
jeudi 26 août 2010
dimanche 22 août 2010
La chasse aux coléoptères au Japon
Jean-Henri Fabre (1823-1915) est étonnamment bien plus connu au Japon qu'il ne l'est en France. On trouve ses "Souvenirs entomologiques" dans toutes les bonnes librairies, et la plupart des gens connaissent son nom. Cela s'explique probablement par le fait qu'une activité estivale fort populaire pour les jeunes garçons est non seulement la chasse aux papillons, mais aussi aux coléoptères! Et le plus gros, le meilleur!
Il est possible de trouver dans la plupart des grands magasins tout le matériel nécessaire à la capture et à l'élevage de ces insectes (voir photos).Même le jeu vidéo "Boku no Natsuyasumi" (jap. ぼくのなつやすみ), ce que l'on peut traduire en français par "Mes vacances d'été" ou "Les vacances d'été de Boku" et qui est comme son titre l'indique une simulation de vacances d'été typiques pour les enfants japonais, propose de pratiquer ce passe-temps.
L'objectif principal du jeu est en effet de réaliser la plus importante collection d'insectes tout au long du récit proposé.Pour ceux qui ne veulent pas les chasser, il est bien entendu possible d'acheter directement dans des magasins d'animaux de compagnie des spécimens de tailles imposantes. Mais le plus surprenant à cet égard - si pas quelque peu choquant! - sont les machines attrape-jouets (ou UFO catcher) qui vous permettent de gagner l'un d'entre-eux!
Je trouve la popularité de ce passe-temps au Japon franchement intrigante. Et la question que je me pose est celle-ci: dans quelle mesure celui-ci joue-t-il un rôle dans l'initiation à la science des garçons? Pour le dire autrement, est-ce que cette fascination culturelle pour l'entomologie joue un rôle positif lorsqu'il s'agit de donner le goût pour la recherche scientifique aux jeunes japonais?
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samedi 21 août 2010
Épisode #64: George Hrab - "Trebuchet"
Dans l'Épisode #64: George Hrab - "Trebuchet", nous vous proposons d'écouter l'intégralité du dernier album du musicien sceptique.Vous pouvez vous procurer l'album (ou des chansons individuelles) via l'iTunes Store ou CD Baby. Si vous commandez le CD, celui-ci contient un livret de 20 pages. Pour rappel, George Hrab réalise aussi le balado "The Geologic Podcast"
Un tout grand merci à George Hrab de nous avoir autorisé à diffuser son album de la sorte!
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George Hrab Trebuchet
featuring Phil Plait, Peter Gregson, Slau, and The Skeptical Shoe Horns.
1. God is Not Great
2. Everything Alive Will Die Someday
3. Ms.Information
4. Fifty Stories
5. FAR
6. Remora
7. Sviatoslav Lobster
8. When I Was Your Age
9. Trebuchet
10. Atlanta
11. Death From The Skies
12. Never Knew
13. Hai Yookito ‘Ya
14. Where Have You Been?
15. One Hypnopompic Jerk
16. Small Comfort
17. Happy Birthday Baby
available at cdbaby.com/hrab6 and iTunes
all songs © 2010 Geologic Records / You Call That Music
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mercredi 18 août 2010
Phil Plait - "Ne soyez pas un connard"
Dans cette vidéo (en anglais, environ 30 minutes), Phil Plait discute de l'attitude de certains sceptiques qui pratiquent l'agressivité, la vulgarité et les insultes dans les discussions. Or, personne n'est jamais devenu un sceptique en ayant quelqu'un lui disant: "vous croyez x ou y parce que vous êtes juste un imbécile". Le message de Phil Plait est ici: "Ne soyez pas un connard" (angl.: "Don't be a dick"). Il s'agit de la conférence qu'il a donné à "The Amaz!ng Meeting 8":
Phil Plait - Don't Be A Dick from JREF on Vimeo.
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mardi 17 août 2010
A propos de l'utilisation du concept de "Dessein Intelligent" (DI)
J'ai découvert aujourd'hui un billet intitulé "Plie-la comme Levinthal ou comment 75000 geeks ont contribué à l’avancée de la science en jouant au dessein intelligent" J'ai évidemment été interpellé par l'utilisation du terme de dessein intelligent (DI), même s'il est clair que l'auteur de ce billet n'est absolument pas un tenant de ce néo-créationnisme. Il écrit dans le corps du texte, sous la forme d'un jeu de mots:
L'auteur du billet, Tom Roud, nous dit que la nature fait les choses de façon relativement intelligente, mais bien entendu dans "Intelligent Design", l'intelligence fait référence non pas à la nature mais au fait qu'il y aurait prétendument une intelligence derrière la réalité, dans la sur-nature. Les néo-créationnistes défendent en effet l'idée que l'apparition de la vie est un processus descendant (angl.: top-down), là où la théorie de l'évolution nous apprend que l'apparence de "design" est apparue via des processus montants (angl.: bottom-up).
Tout ça pour dire: je n'ai pas trop de problèmes avec l'utilisation du mot "design", même si au vu de la situation sociologique actuelle je pense qu'il est largement préférable de l'éviter! Par contre, je pense que le terme d'"Intelligent Design" (et donc ici tout particulièrement d'"Intelligent") est à complètement proscrire, puisqu'il est celui qui fait référence à une intervention surnaturelle dans le monde matériel. Pour rappel, les tenants du DI diront à qui veut l'entendre que la complexité des structures a nécessité un apport d'information, et qui dit information suppose pour eux nécessairement une intelligence qui implémente celle-ci - mettons comme un programme informatique a besoin d'un programmeur. Sans cet apport extérieur d'informations, les structures les plus complexes (comme par exemple la flagelle de la bactérie, qui est l'exemple princeps d'une structure d'une complexité prétendument irréductible) n'auraient pas pu apparaître. Les processus strictement matérialistes, ceux décrit par la théorie de l'évolution (que les néo-créationnismes surnommeront habituellement "darwinisme"), ne seraient selon eux pas suffisant pour rendre compte de l'apparence de "design" que l'on observe dans la nature: le surnaturel serait du coup indispensable dans l'équation!
Au final, vous allez me dire, "ok, mais ce n'était visiblement qu'un jeu de mots de la part de l'auteur du billet, qui n'est clairement pas un tenant du DI". C'est vrai! C'est un peu comme dire que la théorie de l'évolution est un créationnisme parce que la nature crée la complexité du vivant. Ze joke! Franchement, c'est de l'humour au ras des pâquerettes. Sérieusement, il faut être prudent avec ce genre de blagues (et je ne parle même pas du titre du billet!), parce qu'il est très aisé de se faire récupérer par l'un ou l'autre néo-créationniste, qui va s'empresser de vous citer sur son blog ou dans une vidéo YouTube en s'exclamant "vous voyez, ce scientifique concède à demi-mots qu'il y a bien un dessein intelligent à l'oeuvre dans l'évolution". N'importe qui qui lit régulièrement le blog du Discovery Institute a vu à l'oeuvre ce genre de détournement de citations, encore et encore.
Quand dans les commentaires du billet Anne lui fait la remarque suivante:
On l’a dit plus haut, l’évolution a fait les choses de façon relativement intelligente pour permettre aux protéines de se replier rapidement. Et si ce design intelligent de la nature pouvait être compris et mis en exergue par notre propre intelligence?Je pense néanmoins que ce genre d'utilisations du concept de DI est problématique, et je vais expliquer ici pourquoi. Tout d'abord, rappelons que dessein intelligent est la traduction approximative de l'anglais "Intelligent Design". Bon nombre de scientifiques se sont plaints par le passé que les néo-créationnistes avaient récupéré - pour ne pas dire phagocyté - le terme de "design", qu'il est dorénavant pratiquement impossible d'utiliser dans le contexte de la théorie de l'évolution. En effet, l'idée des tenants du DI est que le "design" implique nécessairement un "designer", c'est-à-dire Dieu. En réalité, il existe du "design" dans la nature, ou plus précisément, comme le souligne Richard Dawkins, une apparence (ou si vous préférez une illusion) de "design". C'est cette illusion qui rend le créationnisme ou l'évolution théistique si intuitivement attractive. Le problème est que justement les découvertes de la science sont bien souvent contre-intuitives!
L'auteur du billet, Tom Roud, nous dit que la nature fait les choses de façon relativement intelligente, mais bien entendu dans "Intelligent Design", l'intelligence fait référence non pas à la nature mais au fait qu'il y aurait prétendument une intelligence derrière la réalité, dans la sur-nature. Les néo-créationnistes défendent en effet l'idée que l'apparition de la vie est un processus descendant (angl.: top-down), là où la théorie de l'évolution nous apprend que l'apparence de "design" est apparue via des processus montants (angl.: bottom-up).
Tout ça pour dire: je n'ai pas trop de problèmes avec l'utilisation du mot "design", même si au vu de la situation sociologique actuelle je pense qu'il est largement préférable de l'éviter! Par contre, je pense que le terme d'"Intelligent Design" (et donc ici tout particulièrement d'"Intelligent") est à complètement proscrire, puisqu'il est celui qui fait référence à une intervention surnaturelle dans le monde matériel. Pour rappel, les tenants du DI diront à qui veut l'entendre que la complexité des structures a nécessité un apport d'information, et qui dit information suppose pour eux nécessairement une intelligence qui implémente celle-ci - mettons comme un programme informatique a besoin d'un programmeur. Sans cet apport extérieur d'informations, les structures les plus complexes (comme par exemple la flagelle de la bactérie, qui est l'exemple princeps d'une structure d'une complexité prétendument irréductible) n'auraient pas pu apparaître. Les processus strictement matérialistes, ceux décrit par la théorie de l'évolution (que les néo-créationnismes surnommeront habituellement "darwinisme"), ne seraient selon eux pas suffisant pour rendre compte de l'apparence de "design" que l'on observe dans la nature: le surnaturel serait du coup indispensable dans l'équation!
Au final, vous allez me dire, "ok, mais ce n'était visiblement qu'un jeu de mots de la part de l'auteur du billet, qui n'est clairement pas un tenant du DI". C'est vrai! C'est un peu comme dire que la théorie de l'évolution est un créationnisme parce que la nature crée la complexité du vivant. Ze joke! Franchement, c'est de l'humour au ras des pâquerettes. Sérieusement, il faut être prudent avec ce genre de blagues (et je ne parle même pas du titre du billet!), parce qu'il est très aisé de se faire récupérer par l'un ou l'autre néo-créationniste, qui va s'empresser de vous citer sur son blog ou dans une vidéo YouTube en s'exclamant "vous voyez, ce scientifique concède à demi-mots qu'il y a bien un dessein intelligent à l'oeuvre dans l'évolution". N'importe qui qui lit régulièrement le blog du Discovery Institute a vu à l'oeuvre ce genre de détournement de citations, encore et encore.
Quand dans les commentaires du billet Anne lui fait la remarque suivante:
C’est pas dangereux, d’utiliser l’expression “intelligent design” sans que ce soit pour taper dessus?Tom Roud répond:
@ anne : je ne sais pas si c’est dangereux, mais ça m’amuse!Je suis clairement de l'opinion d'Anne en la matière: c'est malheureux, mais il faut faire attention à ce qu'on dit, et comment on le dit!
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lundi 16 août 2010
samedi 14 août 2010
Épisode #63: L'atlantide
L'Épisode #63: L'atlantide du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Il s'agit d'une interview d'Éric Lowen, responsable de l'Association Aldéran. Je vous invite à aller l'écouter.
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jeudi 12 août 2010
L'arbre à perles sceptique
Voici un arbre à perles que j'ai réalisé sur "Pearltrees", et qui présente un certain nombre de ressources sceptiques (en français et en anglais) que je conseille - autant des incontournables que des sites moins connus mais dont je suis fan:
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mardi 10 août 2010
Le chien, le retour du soldat et la mémétique
Ceux qui suivent ce blog depuis un moment savent que je cherche à me positionner face à la mémétique (voir par exemple sur ce sujet mon billet du 27 décembre 2009: "Le monde des mèmes"). J'aimerais aujourd'hui discuter d'un billet que j'ai récemment lu sur "Journalistiques", et qui s'intitule "Le "chien et le retour du soldat": analyse d'un meme contemporain".
Soyons clair: je suis convaincu que la théorie de l'évolution peut apporter un éclairage intéressant à certains phénomènes étudiés par les sciences humaines. Il ne faut cependant pas accepter la mémétique sur cette base unique, tout simplement parce qu'elle n'est qu'une tentative parmi d'autres d'étendre la théorie de l'évolution au domaine de la culture. La psychologie évolutionniste en est par exemple une autre. Glisser de l'un ("la théorie de l'évolution permet d'éclairer de manière intéressante certains phénomènes culturels") à l'autre ("le projet mémétique est donc forcément prometteur") sans y réfléchir à deux fois me semble être une erreur. J'écoutais récemment l'excellente conférence de David Sloan Wilson "Why Secularism and Humanism Need Evolutionary Theory" (voir le balado du Center for Inquiry "Center Stage" - première partie et seconde partie). J'avoue que j'apprécie son approche, parce que s'il démontre justement tout l'intérêt de la théorie de l'évolution dans le champ des sciences humaines, il ne semble cependant pas éprouver le besoin de parler de mèmes, ni de mémétique. La théorie de l'évolution est extrêmement puissante, et on peut donc légitimement - mais cependant avec une certaine prudence intellectuelle - étendre son champ épistémique au domaine du psychosocial.
Ceci étant dit en guise d'introduction, venons-en au billet "Le "chien et le retour du soldat": analyse d'un meme contemporain". L'auteur y discute des vidéos YouTube dans lesquelles ont peut voir des soldats américains qui rentrent de la guerre en Irak et qui sont accueillis de manière exubérante par leur chien. Alain Joannes nous dit:
Posons un instant dans cette discussion que le mème allégué soit les "chiens heureux de retrouver leurs maîtres soldats", pour reprendre la formulation d'Alain Joannes. Est-ce que ce dernier pense réellement que les auteurs de ces vidéos ont vu une autre vidéo similaire et aient essayé - consciemment ou inconsciemment - de la reproduire? C'est assez tiré par les cheveux comme proposition. Il est clair que quelqu'un peu avoir l'idée de réaliser une telle vidéo sans en avoir vu un exemple qu'il tente de reproduire. Idem pour la peinture de Norman Rockwell mentionnée dans le billet et qui représente la même scène, "The Homecoming GI": est-ce que l'hypothèse serait ici que les premiers auteurs de ce type de vidéos Youtube auraient essayé - toujours consciemment ou inconsciemment - de la reproduire? Même commentaire: cela me semble peu plausible. Ou en tout cas cela reste largement à démontrer! Ou se trouve donc dans ce cas de figure la prétendue "auto-réplication" "sans grandes transformations" dont nous parle Alain Joannes?
On va bien entendu me rétorquer que le phénomène est beaucoup plus complexe et subtil. Par exemple, le mème en question ne serait pas simplement les "chiens heureux de retrouver leurs maîtres soldats". En effet, si ces vidéos sont des manifestions de mèmes, quels sont-ils? Est-ce le mème du soldat qui rentre de la guerre et qui est accueilli par son chien? Ou bien est-ce le soldat qui rentre de la guerre? Ou bien un maître qui est accueilli par un chien? Ou bien est-ce plus simplement le mème de soldat, voir encore celui de chien, ou même l'action de rentrer à la maison? Ou encore le mème de l'épouse qui attend son mari? Ou le mème de la personne qui observe la scène? Ou l'émotion ressentie durant l'événement? Ou bien parle-t-on de tout cela en même temps, ces vidéos YouTube véhiculant une masse titanesque de mèmes? Parce qu'après tout, si les mèmes existent réellement, ils relèvent forcément de l'infiniment petit culturel. S'imaginer que le mème serait les "chiens heureux de retrouver leurs maîtres soldats" se révèle au final naïf.
Du coup, en quel sens peut-on dire que ces mèmes ont fait l'objet d'une reproduction par imitation? Il est aisé d'imaginer qu'une peinture ou une vidéo soit imitée, mais si les "chiens heureux de retrouver leurs maîtres soldats" n'est pas le mème, de quels processus parle-ton exactement? Sur la page Facebook de la Société francophone de mémétique, on peut lire qu'il s'agit d'une reproduction indirecte "par éclatement"- et que la question est de savoir si nous sommes véritablement devant une reproduction au sens mémétique. OK. Mettons. On peut être d'accord avec cela, même si cela n'explique finalement pas grand chose. En effet, fondamentalement, si dire que nous sommes face à une reproduction indirecte "par éclatement" signifie que les personnes qui réalisent ces vidéos ont une représentation cognitive de "chien" (et de "soldat", de "rentrer à la maison", d'"épouse qui attend son mari", etc.), c'est d'une platitude insondable. Evidemment que les gens ont des représentations mentales - et j'ajouterais en passant que c'est un des objets qu'étudie la psychologie. Franchement on imagine mal un zombie faire une peinture, prendre une photo ou encore filmer une vidéo...
Comme l'explique fort bien l'anthropologue Pascal Boyer dans "Et l'homme créa les dieux", votre représentation cognitive de "chien", par exemple, existe dans votre conscience via un important travail d'inférence. Enfant, vous avez probablement observé un chien, vu une photo, une peinture, entendu le mot, etc. et, à partir de là, vous en avez inféré un représentation mentale. Or ce processus d'inférence n'est pas un processus de reproduction par imitation, n'est pas une "auto-réplication" "sans grandes transformations", parce qu'il y a altération significative des stimulus qui vous sont présentés.
Au final, est-ce que la mémétique explique adéquatement ces vidéos YouTube sur le thème du "chien et le retour du soldat"? Nous sommes évidemment d'accord pour dire que pour que de telles vidéos existent, il faut nécessairement que les gens aient des représentations cognitives. C'est évident, mais je pense que nous n'avons pas besoin de la mémétique pour nous l'apprendre. Et renommer "représentations cognitives" par "mèmes" ne me semblent pas apporter grand chose à la discussion, surtout si nous sommes en réalité devant une reproduction indirecte "par éclatement".
Pour ma part, je pense que la psychologie sociale propose un éclairage bien plus intéressant sur ces vidéos YouTube: les études sur le partage social des émotions ont démontré que les gens ont le désir de partager - sous forme verbale ou autres - leurs émotions. Et que plus l'émotion est forte, plus le partage social sera intense! De nombreuses recherches expérimentales ont démontré l'existence de ce phénomène. Cela explique par exemple le commérage, pourquoi il est si difficile de garder un secret (particulièrement si son contenu est très chargé émotionnellement), ou encore la littérature people qui raconte les amours de Johnny et Laetitia. Si le sujet A a une émotion extrêmement forte et qu'il la partage avec le sujet B, le sujet B ressentira une émotion et aura envie de la communiquer au sujet C et ainsi de suite. Le partage social des émotions se propagent donc à travers un groupe relativement large, jusqu'à ce que l'intensité de l'émotion s'épuise. Je trouve que cette explication explique mieux ces vidéos, en ce sens qu'il est clair que la situation filmée génère une émotion intense chez les sujets qui la vivent (en ce y compris le chien!). Ils auront donc envie de la partager, en la postant sous forme de vidéos sur le web. Un méméticien sera peut-être tenté de récupérer les recherches en psychologie sociale sur le partage social des émotions dans le champ de la mémétique. Le problème est que cette proto-science ne peut pas se contenter d'aller puiser ce qui va dans le sens de ses a priori théoriques dans les champs de la psychologie, de l'éthologie, de la cybernétique, etc.: elle se doit aussi d'apporter une plus-value.
Soyons clair: je suis convaincu que la théorie de l'évolution peut apporter un éclairage intéressant à certains phénomènes étudiés par les sciences humaines. Il ne faut cependant pas accepter la mémétique sur cette base unique, tout simplement parce qu'elle n'est qu'une tentative parmi d'autres d'étendre la théorie de l'évolution au domaine de la culture. La psychologie évolutionniste en est par exemple une autre. Glisser de l'un ("la théorie de l'évolution permet d'éclairer de manière intéressante certains phénomènes culturels") à l'autre ("le projet mémétique est donc forcément prometteur") sans y réfléchir à deux fois me semble être une erreur. J'écoutais récemment l'excellente conférence de David Sloan Wilson "Why Secularism and Humanism Need Evolutionary Theory" (voir le balado du Center for Inquiry "Center Stage" - première partie et seconde partie). J'avoue que j'apprécie son approche, parce que s'il démontre justement tout l'intérêt de la théorie de l'évolution dans le champ des sciences humaines, il ne semble cependant pas éprouver le besoin de parler de mèmes, ni de mémétique. La théorie de l'évolution est extrêmement puissante, et on peut donc légitimement - mais cependant avec une certaine prudence intellectuelle - étendre son champ épistémique au domaine du psychosocial.
Ceci étant dit en guise d'introduction, venons-en au billet "Le "chien et le retour du soldat": analyse d'un meme contemporain". L'auteur y discute des vidéos YouTube dans lesquelles ont peut voir des soldats américains qui rentrent de la guerre en Irak et qui sont accueillis de manière exubérante par leur chien. Alain Joannes nous dit:S'agissant des "chiens heureux de retrouver leurs maîtres soldats", la propagation virale de séquences vidéo étrangement identiques dans leurs caractéristiques picturales peut s'interpréter sans grand risque d'erreur comme l'expression spontanée d'une profonde aspiration à la fin des guerres que mènent les Etats-Unis depuis sept ans.Pour rappel, un mème est supposé se propager par imitation. Alain Joannes écrit lui-même à ce propos:
Ce phénomène s'apparente au mimétisme. Il désigne la propagation par imitation - généralement inconsciente - de manies, de gestes, de rituels, de mots, de formules toutes faites, d'images, mentales ou non.Et plus loin encore:
Une approche de type anthropologique, la mémétique, s'efforce de comprendre pourquoi les memes se diffusent sans grandes transformations, par auto-réplication, comme des gènes.La question qu'il faut se poser ici est: qu'est-ce que le mème en question? Les membres de la Société francophone de mémétique, comme Pascal Jouxtel, pointeront rapidement qu'il est essentiel de distinguer le mème de sa solution.
Posons un instant dans cette discussion que le mème allégué soit les "chiens heureux de retrouver leurs maîtres soldats", pour reprendre la formulation d'Alain Joannes. Est-ce que ce dernier pense réellement que les auteurs de ces vidéos ont vu une autre vidéo similaire et aient essayé - consciemment ou inconsciemment - de la reproduire? C'est assez tiré par les cheveux comme proposition. Il est clair que quelqu'un peu avoir l'idée de réaliser une telle vidéo sans en avoir vu un exemple qu'il tente de reproduire. Idem pour la peinture de Norman Rockwell mentionnée dans le billet et qui représente la même scène, "The Homecoming GI": est-ce que l'hypothèse serait ici que les premiers auteurs de ce type de vidéos Youtube auraient essayé - toujours consciemment ou inconsciemment - de la reproduire? Même commentaire: cela me semble peu plausible. Ou en tout cas cela reste largement à démontrer! Ou se trouve donc dans ce cas de figure la prétendue "auto-réplication" "sans grandes transformations" dont nous parle Alain Joannes?
On va bien entendu me rétorquer que le phénomène est beaucoup plus complexe et subtil. Par exemple, le mème en question ne serait pas simplement les "chiens heureux de retrouver leurs maîtres soldats". En effet, si ces vidéos sont des manifestions de mèmes, quels sont-ils? Est-ce le mème du soldat qui rentre de la guerre et qui est accueilli par son chien? Ou bien est-ce le soldat qui rentre de la guerre? Ou bien un maître qui est accueilli par un chien? Ou bien est-ce plus simplement le mème de soldat, voir encore celui de chien, ou même l'action de rentrer à la maison? Ou encore le mème de l'épouse qui attend son mari? Ou le mème de la personne qui observe la scène? Ou l'émotion ressentie durant l'événement? Ou bien parle-t-on de tout cela en même temps, ces vidéos YouTube véhiculant une masse titanesque de mèmes? Parce qu'après tout, si les mèmes existent réellement, ils relèvent forcément de l'infiniment petit culturel. S'imaginer que le mème serait les "chiens heureux de retrouver leurs maîtres soldats" se révèle au final naïf.
Du coup, en quel sens peut-on dire que ces mèmes ont fait l'objet d'une reproduction par imitation? Il est aisé d'imaginer qu'une peinture ou une vidéo soit imitée, mais si les "chiens heureux de retrouver leurs maîtres soldats" n'est pas le mème, de quels processus parle-ton exactement? Sur la page Facebook de la Société francophone de mémétique, on peut lire qu'il s'agit d'une reproduction indirecte "par éclatement"- et que la question est de savoir si nous sommes véritablement devant une reproduction au sens mémétique. OK. Mettons. On peut être d'accord avec cela, même si cela n'explique finalement pas grand chose. En effet, fondamentalement, si dire que nous sommes face à une reproduction indirecte "par éclatement" signifie que les personnes qui réalisent ces vidéos ont une représentation cognitive de "chien" (et de "soldat", de "rentrer à la maison", d'"épouse qui attend son mari", etc.), c'est d'une platitude insondable. Evidemment que les gens ont des représentations mentales - et j'ajouterais en passant que c'est un des objets qu'étudie la psychologie. Franchement on imagine mal un zombie faire une peinture, prendre une photo ou encore filmer une vidéo...
Comme l'explique fort bien l'anthropologue Pascal Boyer dans "Et l'homme créa les dieux", votre représentation cognitive de "chien", par exemple, existe dans votre conscience via un important travail d'inférence. Enfant, vous avez probablement observé un chien, vu une photo, une peinture, entendu le mot, etc. et, à partir de là, vous en avez inféré un représentation mentale. Or ce processus d'inférence n'est pas un processus de reproduction par imitation, n'est pas une "auto-réplication" "sans grandes transformations", parce qu'il y a altération significative des stimulus qui vous sont présentés.
Au final, est-ce que la mémétique explique adéquatement ces vidéos YouTube sur le thème du "chien et le retour du soldat"? Nous sommes évidemment d'accord pour dire que pour que de telles vidéos existent, il faut nécessairement que les gens aient des représentations cognitives. C'est évident, mais je pense que nous n'avons pas besoin de la mémétique pour nous l'apprendre. Et renommer "représentations cognitives" par "mèmes" ne me semblent pas apporter grand chose à la discussion, surtout si nous sommes en réalité devant une reproduction indirecte "par éclatement".
Pour ma part, je pense que la psychologie sociale propose un éclairage bien plus intéressant sur ces vidéos YouTube: les études sur le partage social des émotions ont démontré que les gens ont le désir de partager - sous forme verbale ou autres - leurs émotions. Et que plus l'émotion est forte, plus le partage social sera intense! De nombreuses recherches expérimentales ont démontré l'existence de ce phénomène. Cela explique par exemple le commérage, pourquoi il est si difficile de garder un secret (particulièrement si son contenu est très chargé émotionnellement), ou encore la littérature people qui raconte les amours de Johnny et Laetitia. Si le sujet A a une émotion extrêmement forte et qu'il la partage avec le sujet B, le sujet B ressentira une émotion et aura envie de la communiquer au sujet C et ainsi de suite. Le partage social des émotions se propagent donc à travers un groupe relativement large, jusqu'à ce que l'intensité de l'émotion s'épuise. Je trouve que cette explication explique mieux ces vidéos, en ce sens qu'il est clair que la situation filmée génère une émotion intense chez les sujets qui la vivent (en ce y compris le chien!). Ils auront donc envie de la partager, en la postant sous forme de vidéos sur le web. Un méméticien sera peut-être tenté de récupérer les recherches en psychologie sociale sur le partage social des émotions dans le champ de la mémétique. Le problème est que cette proto-science ne peut pas se contenter d'aller puiser ce qui va dans le sens de ses a priori théoriques dans les champs de la psychologie, de l'éthologie, de la cybernétique, etc.: elle se doit aussi d'apporter une plus-value.
samedi 7 août 2010
Épisode #62: Knowtex
L'Épisode #62: Knowtex du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Il s'agit d'une interview de Nicolas Loubet, co-developpeur de Knowtex.
vendredi 6 août 2010
George Hrab - "Everything Alive Will Die Someday"
Le musicien sceptique George Hrab nous propose dans cette vidéo YouTube un extrait de son album "Trebuchet" - la chanson "Everything Alive Will Die Someday":
jeudi 5 août 2010
Iwami Kagura
J'ai eu l'occasion samedi dernier d'assister à un Iwami kagura dans le village de Tsuwano, préfecture de Shimane (lieu dont j'ai déjà parlé précédemment sur ce blog ici). Il s'agit d'une danse théâtrale narrant divers récits tirés du Kojiki et du Nihonshoki, c'est-à-dire les ouvrages qui racontent les origines mythiques du Japon, et qui se situe donc dans le cadre de la religion Shintô.
La présentation se déroulait dans l'enceinte d'un temple, la nuit tombée, devant une cinquantaine de personnes. L'action évolue au rythme des taiko. Les costumes - et tout particulièrement les masques - sont magnifiques! Un guerrier affronte un monstre, et le combat dure aisément une bonne dizaine de minutes, l'un prenant l'ascendant sur l'autre en alternance. Les dialogues et la narration sont réduits au strict minimum: avant le début d'un récit, un annonceur déclare le sujet de ce que l'on va voir, et de temps en temps un des acteurs rugit un mot en unisson avec les tambours.

Une chose qui m'a toujours surpris dans la religiosité japonaise est leur méconnaissance des mythes à l'origine de la religion Shinto. Les gens visitent les temples, exécutent les rituels et prient, mais si on pose une question sur la signification de ceci ou de cela, il est très rare que l'on obtienne une réponse élaborée. Et si les chrétiens lisent la Bible ou les musulmans le Coran, les japonais ne lisent pour la grande majorité pas les textes à l'origine de leur propre culture. C'est pour cette raison que j'ai particulièrement adoré le kagura: parce qu'il donne l'occasion de se familiariser avec certains de ces récits mythologiques.

L'histoire la plus populaire est celle de Susanoo, le frère de la déesse Amaterasu, qui affronta le serpent à huit têtes Yamato-no-Orochi. Durant la représentation, les acteurs, dissimulés à l'intérieur du corps des divers serpents présents sur scène, arrivent à les mouvoir dans une chorégraphie particulièrement impressionnante. En toute honnêteté, on ne peut être que fasciné par ce spectacle...
Note: pour plus d'informations à propos d'Iwami kagura, voir ce site web (en anglais).
La présentation se déroulait dans l'enceinte d'un temple, la nuit tombée, devant une cinquantaine de personnes. L'action évolue au rythme des taiko. Les costumes - et tout particulièrement les masques - sont magnifiques! Un guerrier affronte un monstre, et le combat dure aisément une bonne dizaine de minutes, l'un prenant l'ascendant sur l'autre en alternance. Les dialogues et la narration sont réduits au strict minimum: avant le début d'un récit, un annonceur déclare le sujet de ce que l'on va voir, et de temps en temps un des acteurs rugit un mot en unisson avec les tambours.

Une chose qui m'a toujours surpris dans la religiosité japonaise est leur méconnaissance des mythes à l'origine de la religion Shinto. Les gens visitent les temples, exécutent les rituels et prient, mais si on pose une question sur la signification de ceci ou de cela, il est très rare que l'on obtienne une réponse élaborée. Et si les chrétiens lisent la Bible ou les musulmans le Coran, les japonais ne lisent pour la grande majorité pas les textes à l'origine de leur propre culture. C'est pour cette raison que j'ai particulièrement adoré le kagura: parce qu'il donne l'occasion de se familiariser avec certains de ces récits mythologiques.

L'histoire la plus populaire est celle de Susanoo, le frère de la déesse Amaterasu, qui affronta le serpent à huit têtes Yamato-no-Orochi. Durant la représentation, les acteurs, dissimulés à l'intérieur du corps des divers serpents présents sur scène, arrivent à les mouvoir dans une chorégraphie particulièrement impressionnante. En toute honnêteté, on ne peut être que fasciné par ce spectacle...
Note: pour plus d'informations à propos d'Iwami kagura, voir ce site web (en anglais).
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