Note: 1.5/5.
"Faut-il croire à tout? Le comment du pourquoi des parasciences"
Daniel Kunth écrit au début de sa préface:
Cet ouvrage est unique en ce qu’il tente pour la première fois dans un esprit volontairement encyclopédique de recenser les pratiques alternatives rencontrées dans des domaines aussi variés que la médecine, la thérapie, la divination, la psychologie, la communication interrelationnelle etc.L'astrophysicien semble malheureusement ignorer l'existence de l'excellent "The Skeptic's Dictionary: A Collection of Strange Beliefs, Amusing Deceptions, and Dangerous Delusions"
Pour le dire en toute honnêteté, je pense que l'ouvrage contient du bon, du moins bon et du mauvais.
Je vais commencer par les bons points. Il s'agit tout d'abord d'un ouvrage résolument sceptique et il brasse énormément de sujets, y compris parfois sous des angles typiquement francophones. Il parlera par exemple de Gérard Majax dans la section consacrée aux illusionnistes ou de Yves Rocard dans la partie consacrée à la sourcellerie. On ne peut qu'apprécier le fait que ce livre contient toute sorte d'informations typiquement franco-françaises, qui seront généralement tout à fait absentes de la littérature anglophone. Un autre bon point est que "Faut-il croire à tout?" propose de longues discussions en guise d'introduction au scepticisme scientifique. Le premier chapitre est par exemple une présentation de la méthode scientifique, le deuxième est consacré à comment développer son esprit critique, etc. Le troisième bon point est qu'il y a des sujets qu'Elie Volf maîtrise très bien. J'avoue que j'ai découvert grâce à lui l'oeuvre de Michel-Eugène Chevreul, et il m'a vraiment donné envie de lire son "De La baguette divinatoire, et des tables tournantes" (1864).
Où se situe donc le problème? Je dirais tout simplement que "qui trop embrasse mal étreint", ou pour le dire autrement tout le monde n'est pas Robert Todd Carroll... L'ouvrage contient tellement de sujets qu'il est forcément extrêmement difficile pour un seul individu de pouvoir écrire de manière compétente dessus. Je vais prendre un exemple pour illustrer ce problème. On peut lire à propos de l'observation de Kenneth Arnold (p. 183):
Un homme d’affaire américain, Kenneth Arnold, aurait cru voir des Ovnis alors qu’il volait à bord de son avion privé. Il s’agissait selon lui d’objets volants de forme arrondie, en formation, et qui réfléchissaient la lumière du soleil. Après l’enquête, on découvrit qu’il ne s’agissait que de prototypes américains appelés "crêpes volantes".Or, à l'heure actuelle, personne ne sait avec certitude quelle est l'explication adéquate pour l'observation de Kenneth Arnold. Il y a bien évidemment des suspects envisagés, et ils ont généré de nombreuses discussions. Je renvois ici à la plaquette rédigée par Eric Maillot sur le sujet: "L'escadrille d'ovnis de Kenneth Arnold et l'hypothèse oubliée". Au cours des années, ont été évoqué pour expliquer ce cas les ailes Northrop, le F4U Corsair peint en camouflage (hypothèse proposée par Eric Maillot), mais aussi un mirage, un météore (hypothèse proposée par Phillip J. Klass) ou encore des oiseaux comme des pélicans blancs... Le paragraphe trompe donc le lecteur en lui donnant l'impression fausse que l'observation de Kenneth Arnold est parfaitement expliqué. "Faut-il croire à tout?" nous suggère une note de bas de page pour justifier l'explication par les "crêpes volantes", qui renvoie à l'article "Toute l’Amérique a le nez en l’air - Les avions à réaction pourchassent les crêpes volantes", disponible en ligne ici. Si vous allez lire l'article en question - je vous invite à le faire - vous constaterez qu'il ne parle en réalité pas de prototypes, mais propose plutôt comme explication des effets d'optiques. Retenez la règle suivante si jamais vous voulez écrire un livre ou même un article: c'est une bonne chose de mettre des notes de bas de page, mais c'est nettement mieux si ces notes de bas de page vont dans le sens de ce que vous affirmez dans le corps du texte.
La question qu'on peut légitimement se poser est pourquoi ne pas avoir contacté un sceptique spécialiste du phénomène ovni, comme Eric Maillot par exemple, et lui avoir demandé de rédiger la partie consacrée au phénomène ovni? Idem pour d'autres sections du livre. J'ai en effet eu des problèmes similaires à de nombreux endroits de l'ouvrage. Pour mentionner quelques exemples, on apprend à la page 210 que la métapsychie est une "doctrine para-philosophique" (kesako?), et est donc associée dans le chapitre 12 à la théosophie, à l'anthroposophie et au Nouvel Age. Si je peux comprendre qu'on assimile mettons la théosophie à une école philosophique, j'ai beaucoup plus de mal avec la métaphysique et sa descendante la parapsychologie: celles-ci développent en effet clairement une approche empirique de l'étude du paranormal. A la page 34 on peut lire:
Les parasciences sont des fausses sciences ou des sciences marginales, comme par exemple la parazoologie fausse science des animaux mythiques et la cryptozoologie science exacte des animaux rares.Je n'ai jamais lu dans la littérature cette distinction - à vrai dire je n'ai jamais lu ailleurs le terme de "parazoologie" (mis-à-part dans le jeu de rôles "Shadowrun") - et il ne fait selon moi aucun doute que les auteurs qui se disent cryptozoologues discutent principalement des cryptides tel que le monstre du Loch Ness, le Big Foot, etc. Je dirais pour ma part que la parascience est la cryptozoologie et que la véritable discipline scientifique est tout simplement la biologie. Quand je lis ce genre de choses, je me demande sincèrement où l'auteur a été chercher cela.
Bref, au final, je suis ressorti avec un avis mitigé de ma lecture de "Faut-il croire à tout?" et j'avoue que je suis quelque peu réticent d'en conseiller la lecture, en tout cas à un sceptique débutant.

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