- Quel degré d'expertise doit avoir un sceptique avant de pouvoir critiquer tel ou tel domaine? Par exemple, quelle quantité d'ouvrages et d'articles scientifiques consacrés à la psychanalyse, ou à la parapsychologie, ou à l'ufologie, ou aux médecines alternatives, ou à la théologie, ou à la cryptozoologie ou encore aux théories de la conspiration doit-il avoir lu avant de pouvoir oser émettre un jugement sur le sujet?
Je pense que c'est une vraie question pour les sceptiques. Il a été par exemple énormément reproché à Richard Dawkins, auteur de "Pour en finir avec dieu", sa méconnaissance de la théologie, voir même de la philosophie (voir par exemple l'article "Is Dawkins deluded? When scientists talk about religion" dans "Thinking About Science - Volume I" de Massimo Pigliucci). J'avais abordé cette question avec Antoine Vekris dans l'épisode 25 du balado (de 15:23 à 17:33). Voici la transcription de ma réponse à cette question:
AV - C'est un problème qui est récurent, c'est "nous avons beaucoup de littérature que vous n'avez pas lu". Ce n'est pas seulement dans le domaine de la parapsychologie, c'est aussi dans le domaine de la théologie. Vous n'êtes pas un expert, vous n'êtes pas un théologie, donc vous n'avez pas le droit de discuter de religion. Où est-ce que tu penses que le seuil de connaissance d'une littérature particulière se place pour pouvoir dire qu'on peut la discuter sans en être un expert?Bonne discussion!
JMA - Oui, ça c'est vrai que c'est un argument classique des tenants. En fait, ça provient du fait que les tenants - parce qu'ils croient déjà dans le domaine particulier - on une motivation bien supérieure à l'étudier que les sceptiques qui n'y croient pas. C'est un problème classique. Par exemple, si tu prends l'ufologie, les gens qui pensent qu'il est plausible que des extraterrestres visitent notre planète sont beaucoup plus motivés à lire la littérature ufologique que moi par exemple, qui finalement finit par trouver cela ennuyeux, parce que j'ai peu d'espérance de trouver dedans quelque chose de très intéressant.
Maintenant, oui je crois qu'il faut expliquer à ces gens là que les sceptiques sont ce qu'on appelle en anglais des "jack of all trades". On est des touches à tout, mais ce n'est pas pour cela qu'on ne peut pas avoir un avis pertinent sur une science pathologique ou une pseudo-science. C'est le peer-review process. On n'a pas besoin d'être un expert accomplit dans le domaine particulier pour quand même pouvoir évaluer la crédibilité de certaines de leurs prétentions.
Maintenant je pense aussi qu'il y a un rôle que doit jouer la communauté, c'est-à-dire que chaque sceptique individuellement ne peut pas... Il est impossible pour quelqu'un... La somme de connaissances est telle, c'est impossible, mais donc chacun doit se spécialiser et la communauté sceptique doit travailler en tant que communauté, et avoir ses experts. Par exemple Eric Maillot est un expert en ufologie, je sais que si j'ai une question sur un cas que je maîtrise moi-même mal, je peux lui poser. J'ai mon réseau de connaissances, je sais que ces gens sont à fond dans la question ufologique, je peux leur poser (la question)... Moi j'essaie de me spécialiser sur le Dessein Intelligent, sur la parapsychologie. Je crois que c'est vraiment important que chaque sceptique trouve le sujet dans lequel il a envie de se spécialiser et qu'après ce soit un travail de communauté pour résoudre, pour contrecarrer cet argument là.
18 commentaires:
Je pense qu'on doit avoir une base de connaissances, sinon, on reste au niveau de la croyance. Je réponds à celui qui croit en Dieu que moi, je n'y crois pas. On n'est pas très avancé.
Le meilleur "expert" est probablement celui qui a cru profondément à un mythe, qui l'a creusé, tourné de tous les côtés et qui est sorti désillusionné de sa recherche. Lui, souvent, il va pouvoir dire où ça cloche.
Je suis déçu, par exemple, par certains sites "sceptiques" qui se contentent de ridiculiser les croyances différentes... Car notre vie est basée sur une série de croyances, d'espérances pas toutes établies sur des faits.
Par exemple, la vie après la mort. On n'en sait rien. Je pense qu'il n'y en a pas. Mais qu'en sais-je?
Votre réponse ressemble à ce que je répondrais. L'élément communautaire de partage et de spécialisation de la critique. Je pense aussi comme vous que les sceptiques sont généralement des "Jack-of-all-trade" et que c'est une bonne chose. La spécialisation à outrance est dangereuse...
Bonjour Fabien,
Je suis déçu, par exemple, par certains sites "sceptiques" qui se contentent de ridiculiser les croyances différentes...
Je suis d'accord avec vous sur ce point. Je pense qu'il faut, autant que faire ce peut, éviter de tomber dans ce travers. Trop souvent les gens qui agissent de la sorte le font sur une conception qui se résume de la manière suivante: "les gens croient ce qu'ils croient parce qu'ils sont stupides, et moi je crois ce que je crois parce que je suis plus intelligent".
C'est faire l'impasse sur le fait que les gens ont des raisons fort complexes de croire dans une religion ou dans les autres sujets que nous abordons sur ce blog.
Je pense qu'il est bon pour les sceptiques d'adopter une posture anthropologique, et de toujours se demander pour quelles raisons sociologiques et psychologiques les gens croient en ceci ou cela. La répons n'est jamais "parce qu'ils sont stupides".
Sceptiquement vôtre,
1/2
Je ne te le fais pas dire J-M A...
J'avais écrit ceci hier mais je serai sans doute obligé de le poster en 2 parties.
Des hommes comme Pic de la Mirandole, au XVème siècle ou encore Montaigne au XVIème savaient à peu près tout ce qu'il était possible de savoir à leur époque et ils pouvaient volontiers se déclarer sceptiques. Il en fut de même pour Léonard de Vinci dans tant de domaines...
Aujourd'hui, la complexité des savoirs savants, dans tous les domaines, est telle que même dans une seule discipline il est bon de se spécialiser pour être au top de la recherche et des pistes les plus prometteuses.
Alors, comment se permettre d'avoir un avis autorisé en biologie cellulaire à tendance mol si on est plus ou moins psychologue ou enseignant, musicien dans un orchestre symphonique ou moniteur de ski ?
La seule solution rassurante est d'adhérer aux opinions globales de certaines chapelles et donc de choisir sa croyance.
Si j'ai un problème relatif à la santé, je m'adresse à des médecins. Si je me pose des questions d'ordre philosophique (par exemple philosophie politique), je les adresse à des amis comme Marcel GAUCHET...
Si je m'interroge sur la nature des mèmes, je lis d'abord Dawkins, Blackmore, Dennett, Bloom, Jouxtel et j'essaie de me faire une opinion (toute provisoire) que je mets prudemment sous le coude, sans dire que la mémétique qu'ils proposent est nulle et non avenue...
Si je suis rempli de doutes au sujet de la nature exacte du réchauffement climatique actuel, j'essaie de confronter les résultats et les modèles du GIEC avec d'autres données et d'autres hypothèses afin de déterminer si réellement c'est la seule activité humaine (industrielle, agricole, transports) qui occasionne ce réchauffement et à raison de quel pourcentage.
Comme le dit Fabien, essayer de ridiculiser les croyances différentes n'est sans doute pas la bonne méthode. Bien sûr, il y a des charlatans qu'il faut démasquer, mais agir auprès de leurs victimes modestes au moyen du mépris, d'une certaine forme d'arrogance et de suffisance n'est pas la bonne méthode.
Il ne s'agit pas de déclarer qu'on a raison. Encore faudrait-il essayer de faire évoluer la naïveté humaine et cette tendance millénaire à la croyance aux mythes ou autres explications plus ou moins magiques ou surnaturelles...
Une idée possible, celle de Pierre LÉVY : développer l'intelligence collective au sein des réseaux sociaux et des institutions éducatives. Se déclarer sceptique scientifique, zététicien, bright ou membre d'une autre chapelle sceptique ne suffit pas. C'est à la base, dans l'éducation première, dans les familles & à l'école qu'il faut développer ces réflexes, cet exercice permanent de la logique et de la raison (y compris par des séquences de philosophie chez les plus jeunes élèves i.e questionnements sur les choses simples ou plus complexes de la vie et sur la causalité des phénomènes, comme tu le disais à OldCola J-M A dans le balado #25). Là, je suis complètement d'accord avec ça. Mais pas pour en arriver à des postures intolérantes et suffisantes, à un mépris qui renforce les gens moqués dans leur croyance. (Par exemple comment on en est arrivés à cette force extraordinaire de l'interdiction formelle et hyper-sacrée de manger de la viande de porc chez les Juifs, puis transitivement chez les musulmans ? J'ai remonté le cours de cette histoire : c'est très édifiant !)
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Les propositions éducatives qui sont faites actuellement mettent l'action sur les sciences expérimentales, sur la vérification des hypothèses et sur l'importance de formuler ses observations avec rigueur et logique. Même avec le Plan "La main à la pâte" proposé par le prix Nobel Georges CHARPAK, les élèves ont souvent bien du mal à se départir de leurs croyances et de leur pensée magique si naturelles à l'homme.
Il ne suffit pas de lire toute la production livresque d'un domaine pour devenir un expert ou un bon juge dans cette discipline. Encore faut-il bien lire et approcher réellement ce domaine. La théologie par exemple n'a d'intérêt profond que si elle vient illustrer et expliquer les arcanes d'une croyance, d'une religion en laquelle on croit. Sinon, c'est juste de l'information et de la documentation. Idem pour l'ufologie et la parapsychologie. Une éducation de base équilibrée et rationnelle a déjà écarté normalement toutes ces vues de l'esprit vaguement hallucinées ou "surnaturelles"...
La traduction de "Jack of all trades" par "touche à tout" qui aurait donc un avis pertinent sur tout me paraît un peu restrictive car si ça pourrait volontiers remplacer "homme à tout faire", je pense que l'idée sous-jacente en français serait plutôt "Mr je sais tout" ou le type omniscient... Euh, ça n'existe pas !
Et puis, le reproche qui a été fait à Dawkins à propos de son livre "The god delusion" de ne pas connaître la théologie pour être autorisé à parler de l'inexistence de Dieu est stupide car il ne parle pas de son existence mais de son inexorable absence. C'est juste pour parler de Dieu, à partir des dogmes et croyances convenus, selon la secte ou la religion, qu'il convient peut-être d'être théologien et d'avoir lu les textes fondateurs et 'explicateurs'.
Mais naïveté a parfois le sens d'ignorance car être neuf c'est comme la tabula rasa: on peut imprimer sur celle-ci ce que l'on veut.
Peut-être faudrait-il instiller un peu d'holoptisme dans la pensée sceptique ou dans les mouvements se réclamant du scepticisme en général ?
Bonsoir Merlin,
La seule solution rassurante est d'adhérer aux opinions globales de certaines chapelles et donc de choisir sa croyance.
Evidemment dans ton commentaire tu fais complètement l'impasse sur un point crucial qui est l'importance du consensus scientifique. Il est tout à fait possible de savoir via par exemple des publications comme "Science" ou encore "Scientific American" où se situe le consensus scientifique à un moment donné dans le temps. Et il est aussi tout à fait possible de savoir ce qui est considéré comme des positions minoritaires (la parapsychologie, la mémétique ou les négationnistes des causes humaines du réchauffements climatiques par exemple).
Attention, je pense que les positions minoritaires jouent un rôle dans la sociologie des sciences. Néanmoins, prétendre qu'un honnête homme n'est pas capable de savoir, via les publications respectées par la communauté scientifique, quelles sont les opinions qui font consensus, quelles sont les points de débats, et quelles sont les positions minoritaires est totalement faux. Encore une fois, n'importe qui intéressé un tant soit peu par la science peut lire "Science" ou "Scientific American" et ainsi être au courant de la situation globale. C'est d'ailleurs un des rôles majeurs de ce type de publications: permettre aux physiciens d'avoir une idée de ce qui se passe dans le monde de l'archéologie, et aux chimistes d'entendre parler des recherches de pointe en psychologie, etc.
Je constate que les positions minoritaires ont tendance à attirer certains types d'individus, qui ont un profil psychologique particulier. Ce sont généralement eux qui vont critiquer le mouvement sceptique contemporain comme tu le fais. A l'inverse, les authentiques sceptiques sont ceux qui suivent le consensus scientifique, et qui aiment à rappeler que les positions minoritaires ne sont que ça: des positions minoritaires. Peut-être qu'un jour elles intégreront le consensus scientifique et deviendront mainstream, mais en attendant...
Sceptiquement vôtre,
Oui, le "consensus scientifique" serait selon toi l'équivalent d'une sorte de bible, infaillible qui délivrerait des brevets absolus de scientificité et de certitudes cooptées par les milieux savants.
Quelquefois, l'âge procure des avantages, au milieu de tous les inconvénients qu'il implique hélas : voilà plus de 50 ans que je lis sans discontinuer des revues scientifiques comme Science & Vie, Sciences & Avenir et depuis de nombreuses années aussi celles dont tu parles (les traductions en français) et je lis aussi très attentivement des parutions comme La Recherche, et depuis quelques années Cerveau & Psycho et Le quotidien du Médecin.(Je ne lis pas The Lancet...)
Je ne te détaille pas le nombre de brouettes de papier que cela faisait dans mon grenier quand j'ai commencé à faire du clair...
Mais surtout le fameux consensus que tu évoques a sans cesse fluctué depuis ces 5 décennies, à peu près de manière égale dans tous les domaines de la science. Il y a bien sûr les fondamentaux qui demeurent mais, sur les marges, quantité de nouvelles découvertes ont remis en question de nombreuses certitudes d'autrefois.
Un seul exemple, dans ton balado #39, Jean-Louis Racca a bien évoqué le cas de l'autisme, tel qu'il était expliqué par Bruno BETTELHEIM (1967 L F V) et nombre de "scientifiques" sûrs d'eux et dont l'explication "problème avec la mère" faisait autorité et consensus. Bon, certes c'est toute la psychanalyse d'essence freudienne qui est à remettre en question mais de nombreux consensus des années 60 ne font plus consensus aujourd'hui...
Contrairement à ce que tu affirmes, je ne critique pas le moins du monde le mouvement sceptique contemporain que je ne fréquente pas et connais fort mal. Je mets simplement en évidence certains points précis dans ce fameux consensus scientifique global car j'ai eu maintes fois l'occasion de constater qu'il avait volé en miettes à l'occasion d'événements ou de découvertes nouvelles.
Tu parles des modifications climatiques : moi, je n'ai pas de religion faite sur ce point. J'observe et j'attends. Nous sommes en période de réchauffement modéré et relatif. Affirmer que ce réchauffement a essentiellement une origine anthropique me paraît excessif, hasardeux et très loin d'être démontré. Peut-être un autre consensus qui se délitera dans 10 ans ?
Mon profil psychologique (car tu parles de cela) est celui d'un cartésien endurci : je ne crois que ce que je vois et ce que l'on me démontre sans failles. Je ne critique rien d'autre que les excès dans les certitudes sans preuves. Je ne critique même pas la mémétique car je sais qu'elle cherche à se construire. En tout cas, ses promoteurs comme Richard Dawkins, Sue Blackmore, Pascal Jouxtel, Charles Mougel, Sylvain Magne et tant d'autres sont des gens chaleureux et sympathiques dont j'apprécie la compagnie. Ils ont cette posture méméticienne d'un mème qui serait une créature soumise à la sélection naturelle darwinienne impliquant que les cerveaux humains ne seraient que des "terrains" de réplication. Je n'ai pas encore suffisamment d'éléments précis et indiscutables pour définir MA posture personnelle, de manière précise et irréfutable, mais j'ai confiance dans les neurosciences dures et dans la biologie pour y parvenir dans des délais assez brefs à l'échelle d'une vie.
Bonsoir Merlin,
Oui, le "consensus scientifique" serait selon toi l'équivalent d'une sorte de bible, infaillible qui délivrerait des brevets absolus de scientificité et de certitudes cooptées par les milieux savants.
Bel argument d'épouvantail! Tu caricatures ma position à l'extrême, en la déformant complètement, afin d'avoir plus facile à la critiquer... N'importe qui peut aisément constater que je n'ai rien écrit de tel.
Si tu ne comprends pas le rôle important que joue le consensus scientifique dans la méthode scientifique, c'est juste que tu ne comprends pas comment la méthode scientifique fonctionne.
Sceptiquement vôtre,
Tu vois Jean-Michel j'ai essayé de t'expliquer à quel point le consensus scientifique était fluctuant et mouvant. Ça c'est le temps, la durée qui me l'ont appris...
Je suis pétri de l'esprit des sciences, rompu et formé aux sciences expérimentales depuis très longtemps, un demi-siècle ce n'est quand même pas rien, et tu viens me dire que je ne comprends pas comment la méthode scientifique fonctionne.
Comment veux-tu dans ces conditions poursuivre une discussion, un dialogue ou un jour peut-être un débat ?
D'Aristote à Nikola Tesla ou Louis de Broglie, la méthode scientifique a évolué et elle évolue encore considérablement dans les décennies du XXIème siècle que nous connaîtrons, ne serait-ce que par les avancées et les preuves in silico. Les modèles mathématiques et/ou informatiques sont potentiellement très puissants. Encore faudra-t-il les alimenter avec des données incontestables.
Pour finir, ceci est juste de l'humour conçu au départ par un jeune scientifique Américain, Jorge Cham, mais la pensée unique tend réellement à obtenir des choses de ce genre :
http://www.pensee-unique.fr/methode.html
Je ne dirai bien sûr pas que c'est vrai pour tous les domaines de la recherche et de la science en action, mais ça pourrait s'appeler une ... tendance.
L'un des problèmes que je vois (illustré par des commentaires ci-dessus) est l'information scientifique en général. En bref, les gens croient connaître la science, et son fonctionnement (sur la base des journaux scientifiques la plupart du temps) mais n'en ont en fait qu'une idée très déformée. On ne compte plus le nombre de couvertures de Science et Vie and co nous disant qu'Einstein/Darwin ou qui sais-je avait tort, que les révolutions succèdent aux révolutions, donnant l'impression que les énoncés scientifiques sont par nature indécis et remis en question tous les 4 matins. Par exemple, je me souviens récemment que Garret Lisi avait fait la couverture de Science et vie, alors que je pense que sa contribution à cette physique est relativement mineure, si ce n'est fausse. Bref, la science avance lentement mais sûrement, et les choses bien souvent ne bougent qu'à la marge (sauf dans certains domaines comme la biologie où les avancées technologiques permettent de défricher de nouveaux terrains).
J'ai tendance à être d'accord avec Fabien : "Le meilleur "expert" est probablement celui qui a cru profondément à un mythe, qui l'a creusé, tourné de tous les côtés et qui est sorti désillusionné de sa recherche. Lui, souvent, il va pouvoir dire où ça cloche."
Ce passage me fait réagir : "Je constate que les positions minoritaires ont tendance à attirer certains types d'individus, qui ont un profil psychologique particulier. Ce sont généralement eux qui vont critiquer le mouvement sceptique contemporain comme tu le fais."
Déjà, "profil psychologique particulier" peut être neutre, mais on attendrait plus de détails. Sinon, on pourrait lire trop vite "anormaux". Or nous savons, dans le plus pur respect de la pensée majoritaire du moment, que les choses évoluent car quelques personnes, parmis le petit groupe de penseurs minoritaires, ont parfois fait la différence. Un méméticien dirait, que cette diversité, ces mutations, engendrent certes un tas de pensées et croyances inadaptées, qui mourront vite, mais que c'est justement cette diversité et ces mutations aveugles, qui feront découvrir de nouvelles choses.
Ce qui me fait peur, lorsque je lis "soyons tous d'accord avec la majorité", c'est que si tous le monde appliquait cette règle, on serait pas dans la merde, et le monde serait bien chiant et harmonisé. Je n'ose imaginer l'ambiance dans un labo de recherche "chut, ce que tu dis est nouveau, ne le dis pas". (je caricature en tout conscience)
Mais au delà de cette histoire de pensée majoritaire dominante (on est habitué à cette idée, et il est vrai qu'on trouve un sâcré tas d'anneries chez les minoritaires). Au delà de ça, ce qui me dérange vraiment, c'est l'idée selon laquelle le mouvement sceptique serait SEULEMENT le défenseur de la gentille pensée majoritaire, contre la méchange pensée minoritaire. Avec le mauvais sous-entendu suivant : le sceptique ne pourrait pas être sceptique vis à vis du consensus actuel.
Alors je sais que j'ai un "profil psychologique particulier", que je qualifierait d'explorateur, et j'imagine pour te connaître un peu, que je réagis à ce commentaire plus qu'à ta position personnelle, ou à ce qu'est réellement le mouvement sceptique... mais j'avais envie de partager le type de réaction, que ce commentaire là, hors contexte, pouvait provoquer. (évidement, si une autre réaction pouvait suivre, pour infirmer ou confirmer certains points, j'en serait ravis)
Tom Roud a écrit :
En bref, les gens croient connaître la science, et son fonctionnement (sur la base des journaux scientifiques la plupart du temps) mais n'en ont en fait qu'une idée très déformée.
Tu pourrais préciser un peu ta pensée et argumenter surtout. On croirait que tu imagines que les seules lectures que font les gens qui s'intéressent aux progrès de la science sont les "unes" de Science & Vie ou autres revues qui aiment les accroches alléchantes. Les livres, non ? Ils sont sans doute trop stupides avec leur "idée très déformée" de ces problèmess.
Je crois que tu n'as pas bien compris que ce qui m'intéresse c'est précisément ce qui est à la marge.
Les chercheurs avec lesquels je suis en relation sont en général beaucoup plus ouverts en direction du grand public et ne parlent pas comme un certain visiteur du salon de l'agriculture qui disait à un quidam :" Casse-toi pauv' con !"
Bien sûr que la science avance. Heureusement !
Mais de nombreux scientifiques du GIEC )par exemple Mojib Latif) se désolidarisent de la pensée unique & majoritaire :
http://www.fahayek.org/index.php?option=com_content&task=view&id=1809&Itemid=63
Bien entendu, seuls des demeurés, sous-développés scientifiquement, peuvent s'interroger sur ces hiatus, sur les grossières erreurs diffusées.
Alors consensus ou pas consensus ?
Quand tu disais, il n'y a pas si longtemps :
"En ce moment, on parle beaucoup du réchauffement climatique sur le Net. Il y a quelque chose qui m'énerve beaucoup, notamment dans les médias français. On accorde énormément de crédit à des gens qui n'ont pas d'expertise en matière de climat et qui vont dire que le climat ne se réchauffe pas*. De ce point de vue, la blogosphère scientifique joue un rôle correctif en pointant les erreurs des gens qui passent à la télé pour dire que le réchauffement n'existe pas ."
* Tu peux m'en citer deux ? Ça ce n'est pas intellectuellement honnête ! La plupart disent que l'origine de ce "réchauffement" n'est pas l'activité humaine productrice de CO2... mais qu'il y a bien réchauffement en baisse depuis 1998...
tu penses à qui en particulier alors ?
Pas à Mojib Latif bien sûr, il n'est pas Français, lui.
Bonne soirée !
Bonjour Charles,
Je suis moi aussi tout à fait d'accord avec Fabien lorsqu'il dit "Le meilleur "expert" est probablement celui qui a cru profondément à un mythe, qui l'a creusé, tourné de tous les côtés et qui est sorti désillusionné de sa recherche.". Je pense que c'est effectivement ce que l'on observe en pratique.
En ce qui concerne les profils psychologiques particuliers, je dirais que c'est juste une remarque empirique de ma part. Certaines personnes sont fans de la science mainstream, de la "science normale" pour reprendre le vocabulaire de Thomas Khun, et d'autres vont avoir une attitude de défiance vis-à-vis de celle-ci, et aller s'engager dans les tendances minoritaires. Il est difficile pour ces gens-là d'être sceptiques, à cause de cette défiance vis-à-vis de la science mainstream.
Ceci étant dit, comme je le disais plus haut, je pense que les tendances minoritaires ont un rôle à jouer en science. Soit parce qu'elles sont des proto-sciences (ce qui ne garanti absolument pas qu'ultérieurement les idées proposées deviendront mainstream), soit parce qu'ils forcent le reste de la communauté scientifique à débattre avec eux et/ou, de temps en temps, à regarder les choses d'une autre façon.
Sceptiquement vôtre,
Bonjour,
A propos des profils psychologiques : je pense qu'il est aussi important de replacer les données scientifiques dans un contexte psychologique plus large.
Les gens se font une idée de ce qu'est la réalité à travers une multitude d'expériences et d'informations, et la science occupe une place plus ou moins importante la dedans, sans doute très importante pour les esprits rationnels, et moins pour les autres. Mais il ne faudrait pas discréditer pour autant toutes les représentations hors du champs scientifiques, parce qu'au final la philosophie et la science reposent entièrement sur ce type de représentations.
Le profil psychologique de ceux qui s'intéressent à des théories minoritaires s'alimente sans doute de conceptions en dehors des données scientifiques qui sont incompatibles avec celles ci, ou bien qui ne sont pas correctement "rendues" (ils jugeront que la science mainstream est "réductrice", "froide", etc.). soit parce qu'ils se trompent, soit que la science est encore incomplète...
Le profil psychologique de l'esprit rationnel le poussera d'après moi à gommer ce qui "ne colle pas" dans ses conceptions à priori et expériences avec les données scientifiques, à aligner ses représentations sur celles de la science, et donc aussi à moins s'illusionner, quit à occulter certains aspects.
On voit bien que d'un côté la méthode scientifique est le meilleur moyen de déceler des illusions et des erreurs dans les représentations du monde à priori, mais de l'autre il est illusoire de croire que la science puisse progresser en vase clos, elle emprunte toujours à des conceptions philosophiques plus larges pour se construire et se développer. Les deux types de profils psychologiques sont donc tous les deux essentiel au développement de la connaissance.
J'aime bien l'idée de Charles Mougel d'une analogie avec le darwinisme issue de la mémétique : Un méméticien dirait, que cette diversité, ces mutations, engendrent certes un tas de pensées et croyances inadaptées, qui mourront vite, mais que c'est justement cette diversité et ces mutations aveugles, qui feront découvrir de nouvelles choses.
On pourrait dire en quelque sorte que la méthode scientifique (et de manière générale la confrontation à la réalité par induction) fait office de sélection naturelle pour les croyances et les représentations, toute la question étant de savoir placer le curseur entre diversité et adaptation.
Bonsoir Tom Roud,
"On ne compte plus le nombre de couvertures de Science et Vie and co nous disant qu'Einstein/Darwin ou qui sais-je avait tort, que les révolutions succèdent aux révolutions, donnant l'impression que les énoncés scientifiques sont par nature indécis et remis en question tous les 4 matins."
La politique éditoriale de "Science & Vie" est véritablement problématique. Je pense que tous les sceptiques seront d'accord sur le sujet...
Je voulais juste signaler à ce sujet que l'épisode du balado de la semaine prochaine sera une interview de Richard Monvoisin sur sa thèse de doctorat zététique, et que le rôle des médias dans la propagation des idées pseudo-scientifiques est au centre de la discussion.
Sceptiquement vôtre,
"Il est difficile pour ces gens-là d'être sceptiques, à cause de cette défiance vis-à-vis de la science mainstream."
Je comprends ce que tu veux dire, mais je le lis de deux manières...
Et l'une d'elle, est la suivante : "on ne peut pas être sceptique vis à vis de la science mainstream", moi qui pensait que c'est justement un des rôles du mouvement sceptique, d'être... sceptique, par rapport à son sujet d'étude. (et je ne vois aucune raison, de temps en temps, de ne pas être sceptique du mainstream (faire passer des publications en douce, bidouilles de résultats, experts achetés, etc...). Selon moi, on doit pouvoir être sceptique de tout, et j'ai peur que ta phrase laisse passer l'idée que la science mainstream est tellement parfaite et pure, qu'il n'y a pas lieu d'être sceptique, de poser des questions, ou que sais-je encore.
A l'heure où l'on discute des publications de données scientifiques ouvertes, voir des codes sources de logiciels qui en ont permis l'analyse ou la production, la question de l'existence possible d'un mouvement sceptique vis à vis de la science mainstream ne me semble pas idiote. (sauf si bien entendu, tu considères que la science mainstream inclu ses critiques en son sein, dans ce cas, ce n'est qu'une question de définition)
@Jean-Michel Abrassart
"l'épisode du balado de la semaine prochaine sera une interview de Richard Monvoisin sur sa thèse de doctorat zététique, et que le rôle des médias dans la propagation des idées pseudo-scientifiques"
Très intéressant ! J'avais déjà parcouru le chapitre qu'il a consacré aux revues scientifiques et à quelques magazines presque uniquement sur les "accroches alléchantes" pour les chalands. Ce qu'il y dénonce est tout à fait exact mais un étudiant de 1er cycle aurait pu faire ce travail sans trop de problèmes. De la part d'un doctorant, j'aurais attendu des critiques et des analyses plus approfondies sur des articles bien précis, notamment quand des erreurs assez graves sont reprises sans vergogne. Cet écrémage des pages de couverture engage beaucoup plus les pratiques mercantiles & publicitaires que les contenus scientifiques eux-mêmes, à l'intérieur de chaque revue. Pour ce travail à la fois sémantique et iconographique, ce ne sont pas les journalistes scientifiques qui sont au charbon mais les infographistes associés aux responsables de la publication et du... tirage.
J'écouterai ce balado avec plaisir car il y a eu dans ces revues de grande diffusion quelques articles assez au-delà de la ligne jaune. Mais dans ce cas, moi je leur écris...
Plus que pseudo-scientifiques il s'agit parfois d'idées complètement fausses à cause d'une mauvaise interprétation.
@ Merlin
Les livres, non ? Ils sont sans doute trop stupides avec leur "idée très déformée" de ces problèmes.
Ca dépend des livres. Des manuels, des vrais livres de scientifiques, OK. Les livres de vulgarisation ne sont pas forcément la panacée (parce qu'ils doivent aussi se "vendre" et aiment à surfer sur une vague spectaculaire), qui restent les articles originaux. En fait, ça me fait penser qu'il faudrait des revues spécialisées dans l'explication des articles scientifiques (j'aime beaucoup la section "commentaires" de Nature et Science qui s'attache à expliquer les découvertes pour les quasi-profane).
Sinon, la science ne se réduit pas aux découvertes scientifiques, quand je dis que les gens ne connaissent pas la science, je veux dire aussi qu'ils ne connaissent pas la façon dont se fait la science au jour le jour dans les labos, la façon dont elle se structure, dont elle se publie, le côté humain aussi. Je ne jette la pierre à personne : moi-même avant d'en faire mon métier, je ne connaissais pas, mais simplement, quand on voit le barouf fait autour du "trick" de Jones dans les data du CRU, on se dit que ce serait bien d'expliquer mieux comment se font les choses.
Sur Mojib Latif, vous m'offrez une belle illustration du problème : on peut très bien avoir une modulation du réchauffement climatique d'origine humaine avec une période de refroidissement sans pour autant que rien ne soit remis en question sur le long terme (qui est l'échelle du temps du climat) . Voir le slide 3 de sa propre présentation :
http://go2.wordpress.com/?id=725X1342&site=thingsbreak.wordpress.com&url=http%3A%2F%2Fthingsbreak.files.wordpress.com%2F2009%2F10%2Fps3_latif.ppt
Si vous googlez Latif, vous pourrez trouver ce genre de choses expliquant ce que Latif a vraiment dit :
http://thingsbreak.wordpress.com/2009/09/11/of-moles-and-whacking-mojib-latif-predicted-two-decades-of-cooling/
This was not an explicit prediction by Latif- it was a hypothetical scenario that is a real, if not necessarily likely, possibility. Latif is saying that because people don’t understand that global warming isn’t supposed to be monotonic, and that there could be periods where temperatures pause or even dip below the present, the media and/or public will incorrectly believe that global warming has stopped/was wrong/etc. even though such “pauses” in warming are decidedly not contrary to our understanding of the climate system and how we anticipate it will respond to emissions driven warming.
C'est aussi le problème de beaucoup de dénialistes du climat : ils n'ont pas une approche objective des choses et adorent décontextualiser ou faire semblant de ne pas comprendre.
Sur la contestation du réchauffement climatique, je suis désolé, mais l'affaire dite du Climategate ne vise-t-elle pas précisément à remettre en question le réchauffement climatique lui-même, via une contestation des données ? Allègre lui-même n'est pas clair là-dessus : quand il dit que la courbe en crosse de hockey c'est n'importe quoi, que cela signifie-t-il à vote avis ? Cela dit, je vous l'accorde : il y a tout un continuum de sceptiques dans la négation, je m'en étais amusé il y a quelques années (notez qu'en 2007 Allègre était un partisan du changement climatique sans réchauffement, il a peut-être changé, qui sait):
http://tomroud.com/2007/06/04/contre-arguments-classiques-contre-le-rechauffement-climatique/
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