mercredi 17 mars 2010

Jouer en solo ou jouer en équipe?

Je voudrais rebondir aujourd'hui sur les propos d'Antoine "Old Cola" Vekris dans son billet "j'adore", qu'il a écrit en réponse à mon texte du 9 mars 2010 "Scepticisme: cas particuliers ou généralités?" dans lequel je soulignais qu'il affirmait clairement sur son blog être ni un sceptique, ni un zététicien. Je cite:
Et pour que ce soit clair et que l’on ne puisse pas en douter un instant :
Il faut dire que je ne suis ni sceptique ni zététicien, je me contente d’une approche rationnelle des sujets qui m’intéressent, informé au mieux de mes capacités.
Oui, j’affirme de façon claire que je ne revendique pas des labels que je ne pense pas avoir/pouvoir revendiquer. Suis comme ça. Quand quelque chose est clair dans ma tête je le dis. Je suis athée, je suis Bright. J’en fais même la bannière de mon blog.
Bien loin de moi l'idée qu'Antoine Vekris devrait se dire sceptique s'il ne se reconnait pas dans le mouvement sceptique contemporain. Il est d'ailleurs loin d'être le seul dans ce cas: bon nombre de tenants d'hypothèses exotiques pour expliquer le phénomène ovni ou encore de l'existence de phénomènes authentiquement paranormaux, en passant par les théoriciens de la conspiration partagent avec lui son dédain pour les sceptiques. Nous savons que pour ces différents groupes sociologiques "sceptique", "zététicien" ou "rationaliste" est bien souvent une insulte...

Néanmoins, ce refus de se revendiquer sceptique, zététicien voir même rationaliste (il avait affirmé être rationaliste dans l'épisode #21 du balado, mais il semble faire marche arrière de ce côté-là puisqu'il n'en parle plus du tout ici) démontre surtout une volonté de sa part de ne pas vouloir jouer en équipe, si je puis dire. Je vais expliquer ici en quoi ce genre d'attitudes me pose problème.

Ce billet se compose de deux parties: dans la première j'explique que l'athéisme n'est pas en soit un mouvement et dans la seconde j'argumente pourquoi un mouvement (et donc nécessairement jouer en équipe) est important - en tout cas si nous nous donnons comme objectif de générer un changement sociétal.

1. L'athéisme n'est pas un mouvement

Commençons par examiner les bannières que s'est donné Antoine Vekris pour son blog. Le terme "athée" est par nature extrêmement flou, parce qu'il ne désigne pas quelque chose dans lequel on croit: il affirme uniquement une absence de croyance dans une déité de type monothéiste. On peut donc très bien être athée et croire dans le surnaturel, ou dans les théories de la conspiration, ou dans les médecines prétendument alternatives, etc. Ce qui implique nécessairement que l'on peut très bien être un athée et ne pas être un sceptique! Par exemple, les membres de l'église raëlienne - y compris son fondateur Claude Vorilhon - se déclarent ouvertement athées, parce qu'ils ne croient pas dans un dieu. "Athée" donne par conséquent extrêmement peu d'informations sur le positionnement d'un individu. Dire "je suis athée" équivaut à dire quelque chose du style: "mon loisir est que je ne collectionne pas les timbres". La question qu'il faut alors nécessairement se poser est: qu'est-ce que la personne qui se déclare "athée" défend?

A l'inverse, si quelqu'un me dit "Je suis un humaniste séculier", je saurai que non seulement il ne croit pas en une déité, mais aussi qu'il a un certain nombre de valeurs (tel que l'humanisme, la séparation de l'église et de l'état, etc.). C'est pour cette raison que l'association "Center for Inquiry" - donc le Committee for Skeptical Inquiry est une branche - défend l'humanisme séculier, et non pas simplement l'athéisme. Ou encore si une personne me dit "J'adhère au naturalisme philosophique", dans ce cas de figure je saurai qu'elle rejette l'existence du surnaturel sous toutes ses formes (le Dieu des chrétiens, mais aussi les anges, les esprits, etc.).

Quoi qu'il en soit, les raëliens peuvent aussi dire en âme et conscience qu'ils adhèrent au naturalisme philosophique, puisque les Elohim - les extraterrestres qui ont selon eux créé l'humanité - ne seraient pas des entités surnaturelles. C'est là à mes yeux que le vocable de sceptique intervient, puisqu'il désigne une personne qui adhère à la méthode scientifique et qui défend l'esprit critique. Je pense qu'un athée peut très bien être membre de l'église raëlienne, mais pas quelqu'un d'authentiquement sceptique.

En ce qui concerne le terme de bright, il s'agit d'un synonyme d'athée que peu de gens utilisent. Pourquoi? Il avait été originellement proposé dans le but d'imiter la stratégie des homosexuels qui s'étaient rebaptisés "gay" afin d'améliorer leur image dans le grand public. Cela a été un immense succès en terme de communication pour la communauté LGBT (lesbiennes , gays, bisexualité et transsexualité). A l'inverse le terme de bright a été un échec. En effet, les personnes ayant proposé d'utiliser ce terme, Paul Geisert et Mynga Futrell, n'y avaient clairement pas bien réfléchi: en anglais, dire "I'm bright" signifie "Je suis intelligent". Évidemment, leur proposition consistait à nominaliser le mot, et il faudrait donc dire "I'm a bright" (trad.: "Je suis un intelligent"), mais en pratique, nominalisation ou pas, ce que les gens entendent est "Je suis quelqu'un d'intelligent" - et implicitement: "Toi qui crois dans une religion, tu es quelqu'un d'idiot". Du coup, le terme qui avait été créé explicitement dans le but d'améliorer l'image des athées dans le grand public s'est révélé offensant, et donc totalement contre-productif.

De plus, rappelons ici que l'on peut très bien être sceptique et théiste. Par exemple, dans la liste des Committee for Skeptical Inquiry Fellows élus en 2010, nous trouvons le catholique Kenneth R. Miller, pour son rôle actif dans la lutte contre le créationnisme, et plus particulièrement le Dessein Intelligent (avec des ouvrages tel que par exemple "Finding Darwin's God: A Scientist's Search for Common Ground Between God and Evolution"). Un autre exemple est David G. Myers, lui aussi un théiste, qui a écrit l'ouvrage "A Friendly Letter to Skeptics and Atheists: Musings on Why God Is Good and Faith Isn't Evil".

Une des forces du mouvement sceptique contemporain est justement de pouvoir s'allier avec les religieux libéraux. Fondamentalement, les sceptiques adhèrent à l'esprit des Lumières, or certains des auteurs de ce mouvement, comme par exemple Immanuel Kant, étaient des déistes. Nos compétiteurs culturels sont les fondamentalistes et les intégristes, pas les modérés.

2. De l'importance des mouvements

Tout ceci étant dit, je pense que le refus d'Antoine Vekris de s'affilier à un mouvement comme le scepticisme scientifique relève une autre différence fondamentale dans nos attitudes: il joue en solo, alors que je joue en équipe. Le but du blog "Scepticisme scientifique" n'est pas de faire la promotion de ma personne: l'objectif que je poursuis est qu'il serve de passerelle entre le public francophone - particulièrement ceux qui ne peuvent pas lire l'anglais couramment - et le scepticisme anglophone. Le but du balado, pour sa part, est de faire connaître la communauté sceptique francophone, d'où le fait que j'ai opté pour le format de l'interview. Je cherche à donner la parole à des personnes qu'on entend trop peu à mon goût dans les médias traditionnels. Dans l'ensemble, mon travail s'adresse aux sceptiques et aux zététiciens, et consiste à leur dire: "Vous n'êtes pas seul! Nous sommes légions!".

A l'inverse, comme
Antoine Vekris joue en solo, le blog "Coffee and sci(ence)" a uniquement pour objet de faire la promotion de ce que pense Old Cola. Vous allez me dire: est-ce que c'est véritablement un problème? Oui et non. Des tas de gens font la promotion d'eux-mêmes sur internet. Il est donc loin d'être le seul. Cependant, un mouvement est nécessaire si l'objectif est de générer un changement sociétal. A quelques rares exceptions (Richard Dawkins, PZ Myers...), il est très difficile de faire bouger les choses si on n'est qu'un individu isolé, en train de bloguer seul dans son coin.

A l'heure actuelle, le scepticisme est balbutiant dans la langue de Molière. Il est donc impossible de réaliser des opérations de grandes envergures. Ce n'est plus du tout le cas dans le monde anglo-saxon: ils peuvent maintenant organiser des manifestations internationales pour combattre par exemple la vente de l'homéopathie dans certaines chaînes de pharmacies (la campagne "10/23 There's nothing in it") ou encore soutenir activement Simon Singh dans son procès contre l'association des chiropracteurs britanniques (voir "Sense about science"). Ce genre de choses est toujours impossible de part chez nous.

Tout ça pour dire: jouer solo est suffisant si votre objectif est de faire la promotion de vous-mêmes en tant qu'individu. Si par contre votre objectif sur le long terme est de faire bouger les choses à plus grande échelle, il faut avoir un mouvement où les gens jouent en équipe. Mon problème avec l'attitude d'Antoine Vekris, c'est que non seulement par définition on ne peut pas avoir un mouvement dynamique composé d'individus qui préfèrent jouer en solo, mais en plus en attaquant les sceptiques comme il le fait sur son blog, il s'oppose activement à la constitution et à la dynamisation d'un tel mouvement dans nos contrées.

13 commentaires:

coffeeandsci a dit…

Jean-Michel ! :-D

Un concentré de raisons du pourquoi je n'aimerais pas jouer en équipe avec toi. C'est le bien venu.

En attendant que tu te sois renseigné auprès d'un biologiste moléculaire au sujet de la propagation différentielle des réplicons, avant que je ne reprenne mes commentaires sur le sujet, probablement le WE prochain, je suis certain que tu trouvera quelques instants pour :
- mieux te renseigner au sujet des Brights, de préférence sur le site du mouvement plutôt qu'auprès de Wikipedia, et après réflexion tu pourra certainement faire la différence entre simplement athée et Bright; tu nous dira ce que tu en penses en connaissance de cause.
- mieux te renseigner au sujet de l'Out Campaign, qui adopte la stratégie du "out of the closet" de la communauté homosexuelle, adressée aux athées, dont tu pourra lire la note introductive par Dawkins, ici.

Ca t'évitera peut-être de faire des mélanges.

Merlin qui doute a dit…

Oui Wikipédia n'est pas toujours très fiable.
Pour y faire entrer des concepts comme
-"Modèle sociopsychologique du phénomène ovni"
-"Scepticisme scientifique"

c'est la croix et la bannière...

Revenir sans cesse sur les choix personnels de quelqu'un me gêne car on a l'impression d'une entreprise qui consisterait à dire, de manière subliminale : "Si tu n'es pas un sceptique scientifique, tu n'oeuvres pas pour la bonne cause".
À tout prendre, moi je préfère le scientifique sceptique.
Comme je suis aussi sceptique relativement aux causes exclusivement humaines de l'actuel réchauffement climatique, on peut dire qu'en langue française le mot "sceptique" ou celui de "scepticisme" sont tellement vagues et connotés différemment suivant la discipline qui les utilise à l'occasion, que le fait de les choisir de préférence à zététique ou autres termes appropriés me paraît risqué et juste calqué sur la terminologie anglo-saxonne...
Personnellement, je ne déteste pas le terme "Bright". Mais à "athée", je préfère pour ma part "non-croyant".
Mais chacun est bien libre de choisir sa posture, celle qui lui convient le mieux, sans avoir à subir les foudres ou les sarcasmes des tenants de certains mouvements que j'ai l'habitude de nommer "chapelles".
À supposer qu'Antoine Vekris accepte de travailler au sein d'une équipe (mais c'est déjà son cas à Victor Segalen), moi j'accepterais d'être dans ce groupe, même si je n'ai pas nécessairement toujours les mêmes représentations que lui. Mais en biologie cellulaire, moléculaire, en biotechnologies, sur le sujet des réplicateurs biologiques, c'est lui l'expert, il faut bien se mettre ça en tête une fois pour toutes !
Discuter, débattre, argumenter...

Jean-Michel Abrassart a dit…

Bonjour Merlin,

Revenir sans cesse sur les choix personnels de quelqu'un me gêne car on a l'impression d'une entreprise qui consisterait à dire, de manière subliminale : "Si tu n'es pas un sceptique scientifique, tu n'oeuvres pas pour la bonne cause".

Je ne pense pas être très subliminal ici. Dans l'épisode de cette semaine, qui sera l'interview avec Richard Monvoisin, nous discutons de la situation catastrophique de la zététique en France. J'ai donc effectivement un très gros problème avec les gens qui préfèrent jouer en solo, au nom de très mauvaises raisons.

Sceptiquement vôtre,

Anna a dit…

Jean-Michel a dit:
(...) Dans l'épisode de cette semaine, qui sera l'interview avec Richard Monvoisin, nous discutons de la situation catastrophique de la zététique en France.

J'écouterai évidemment le balado, mais elle est vraiment si catastrophique que ça? Quelles en sont les raisons?

Jean-Michel Abrassart a dit…

Bonsoir Anna,

Pour moi qui suis baigné dans le mouvement sceptique anglo-saxon, j'ai tendance à avoir le sentiment subjectif que le scepticisme n'existe pratiquement pas en langue française. Tout simplement. Le mot "catastrophique" est probablement fort, et Richard Monvoisin a tendance à être plus optimiste que moi sur le sujet, en disant que cela signifie juste qu'il faut se relever les manches et faire bouger les choses.

J'ai tendance personnellement à être plus pessimiste... Tout est à faire! Et quand je vois l'attitude d'un Antoine Vekris, un athée qui attaque les sceptiques sur son blog pour des raisons plus mauvaises les unes que les autres, cela ne me rend pas vraiment optimiste non plus.

Sceptiquement vôtre,

Q a dit…

C'est vrai qu'en comparant l'activité des blogs anglophones et francophones dans les liens de la colonne droite de ce blog, on voit une nette différence.

A ce propos : je constate que l'AFIS ne figure pas dans ces liens. Il me semble qu'il s'agit d'une association française qui promeut les mêmes valeurs que le scepticisme, et ils ont aussi un flux RSS. Est-ce un oubli ?

Jean-Michel Abrassart a dit…

Bonjour Q,

je constate que l'AFIS ne figure pas dans ces liens. Il me semble qu'il s'agit d'une association française qui promeut les mêmes valeurs que le scepticisme, et ils ont aussi un flux RSS. Est-ce un oubli ?

Bien vu. J'ignorais qu'il existait un flux RSS. Je l'ai rajouté dans les liens...

Merci.

Sceptiquement vôtre,

Jude a dit…

Chez les spirituels ou les religieux, on déplore la chute catastrophique du nombre de membres.

De même, dans un cercle pro-science que je fréquente, le président a récemment affirmé que bientôt, à la vitesse où l'obscurantisme progresse, il faudrait que les scientifiques se terrent dans des catacombes.

Idem pour les gens qui oeuvrent pour le développement durable (je fais partie des organisateurs d'une telle association), ils ont l'impression que leur situation est catastrophique aussi.

Idem pour les gens de la "vraie gauche" (dont je ne suis pas) avec lesquels je discute et qui ont l'impression que la vrai socialisme est en train de disparaître.

Idem pour les nationalistes (dont je ne suis pas) qui ont peur d'être sur le point de disparaître, alors que leurs opposants ont toujours l'impression qu'il y'en a de plus en plus.

Etc.

Jean-Michel Abrassart a dit…

Bonsoir Jude,

Je comprends ce que tu veux dire, mais ici les choses sont différentes: en effet, il s'agit d'une comparaison entre la situation à l'étranger et la situation française.

Le mouvement sceptique contemporain est en pleine explosion dans le monde anglo-saxon (aussi bien aux USA, qu'en Grande-Bretagne, qu'en Australie...), mais est pratiquement inexistant dans le monde francophone. C'est cette différence que je regrette, et non pas une question de nombre de sceptiques dans l'absolu.

Sceptiquement vôtre,

Jude a dit…

Bonjour JMA,

Je comprends. Peut-être qu'aux USA ces mouvements se développent beaucoup en réaction à l'influence de certains lobbies notamment ceux des religieux intégristes ? En France la situation n'est pas tout à fait la même.

Cordialement.

Jean-Michel Abrassart a dit…

Bonsoir Jude,

Comme je l'ai écrit plus haut, le mouvement sceptique contemporain s'est énormément développé dans les pays anglo-saxons (USA mais aussi Grande-Bretagne, Australie, etc.), et donc non pas uniquement aux Etats-Unis.

Je ne pense donc pas que cette expansion puisse s'expliquer simplement par la situation religieuse particulière des Etats-Unis, même si cela peut jouer à certains niveaux. Il me semble que l'impact est nécessairement plus grand sur l'humanisme séculier (le mouvement "athée") que sur le scepticisme scientifique.

En ce qui me concerne, j'y vois beaucoup plus l'action de certains individus (Martin Gardner, James Randi, Carl Sagan, Paul Kurtz, Richard Dawkins, PZ Myers, Phil Plait, Penn & Teller, etc.), puis du mouvement lui-même une fois qu'il s'est constitué de manière dynamique. Arrivé à un certain seuil critique, il y a un effet "boule de neige" qui se produit. La francophonie n'ayant pas eu ces individus charnières (il faut bien se rendre compte que James Randi et Carl Sagan ont eu à eux deux un impact énorme!), nous sommes très loin d'atteindre actuellement ce type de seuil critique...

Sceptiquement vôtre,

Monsieur du Hamac a dit…

Bonjour JM,

Un passage dans ton billet m'intrigue. En effet, tu écris : "Une des forces du mouvement sceptique contemporain est justement de pouvoir s'allier avec les religieux libéraux. [...] Nos compétiteurs culturels sont les fondamentalistes et les intégristes, pas les modérés."

Il est bien connu que les mouvements sceptiques anglo-saxons et l'OZ français comptent des croyants parmi leurs membres. Cependant, par le passé, ton discours a été assez dur vis-à-vis des modérés. Ma question est donc la suivante : l'emploi de l'expression " nos compétiteurs" signifie-t-il que tu as changé d'avis depuis nos dernières discussions et que tu t'es éloigné des thèses de Sam Harris (i.e. les modérés ou les progressistes forment une protection pour les fondamentalistes; les idées des premiers sont aussi critiquables finalement que celles des seconds) ?

A bientôt.

Benoît

Jean-Michel Abrassart a dit…

Bonsoir Benoît,

Je pense qu'effectivement une force du mouvement sceptique contemporain est de pouvoir compter en son sein des religieux modérés. Je suis assez fan du catholique Kenneth R. Miller dans sa manière de critiquer le Dessein Intelligent. Je trouve personnellement qu'il fait un boulot formidable de ce côté-là. Je pense qu'il a tort d'être catholique, mais cela ne m'empêche pas pour autant d'apprécier ses mérites...

Ce qu'on attend des scientifiques est qu'ils adhèrent au naturalisme méthodologique, pas forcément au naturalisme philosophique. Kenneth R. Miller adhère au naturalisme méthodologique quand il fait de la science, et donc il est un excellent scientifique, peu importe qu'il soit chrétien à côté de cela.

Ceci étant dit, dans le groupe des Nouveaux Athées, Sam Harris est définitivement mon préféré. Je reste tout à fait d'accord avec Sam Harris pour dire que sociologiquement les religieux modérés fournissent une couche de protection aux fondamentalistes. A noter que je n'adhère pas à 100% au discours des Nouveaux Athées. Je me sens pas mal d'affinités avec Robert M. Price, qui lui est un athée qui va à l'église juste pour le plaisir de participer à ce folklore. Et Sam Harris parle beaucoup d'expériences spirituelles pour les athées, y compris de la pratique de la méditation par exemple.

Maintenant, au-delà de ces diverses réflexions, il faut aussi se poser des questions de type stratégiques. Les libéraux me posent problèmes parce qu'ils défendent une position qui me semble fondamentalement irrationnelle. Sam Harris dirait qu'elle est "theologicaly bankrupt". Mais il n'en reste pas moins que le vrai danger ne vient pas de là: il provient des états islamiques, des fondamentalistes américains, des nouveaux mouvements religieux, etc. Nos compétiteurs culturels sont donc bien les fondamentalismes et les intégristes.

Il faut dire que je ne participe pas de l'idée qu'il serait potentiellement possible d'éradiquer la religion, donc il y aura toujours des libéraux et des fondamentalistes de toutes les religions. Partant de ce constat, il est préférable de s'allier aux libéraux et de combattre les fondamentalistes/intégristes.

Fondamentalement, je ne pense pas que ma position ait réellement évoluée sur le sujet. Peut-être que tu en avais une représentation incorrecte par le passé... Ou peut-être qu'elle a évoluée sans que je m'en rende compte. Ce sont des questions auxquelles je réfléchis pas mal, et donc il est possible que ma position se soit nuancée et affinée...

Sceptiquement vôtre,