(Mais que lisent donc les sceptiques?)Note: 3/5.
"Thinking About Science: Essays on the Nature of Science - Volume I" reprend les articles consacrés à l'épistémologie publiés par Massimo Pigliucci dans le magazine "Skeptical Inquirer" entre 2003 et 2008.
Je suis un fan de Massimo Pigliucci, et ce pour deux raisons principales. Premièrement, il est un philosophe qui informe profondément ses réflexions par la science. Étonnement, beaucoup trop de philosophes basent leurs réflexions uniquement sur la littérature philosophique, et ignorent largement ce qui se fait du côté de la science, voir pire développent une rhétorique résolument anti-science (comme par exemple les tenants du mouvement postmoderne). Deuxièmement, Massimo Pigliucci est clairement un sceptique, or les célébrités du mouvement sceptique contemporain sont le plus souvent soit des scientifiques (Steven Novella, Richard Wiseman, etc.) ou des illusionnistes (James Randi, Penn & Teller, etc.), mais beaucoup plus rarement des philosophes. A cause de cela, il a une place particulière dans mon admiration.
Comparativement à son essai "Rationally Speaking - Volume I", "Thinking About Science - Volume I" ne discute que d'épistémologie. De plus, étant une compilation d'articles publiés dans "Skeptical Inquirer", il s'agit de textes qui s'adressent résolument à des membres du mouvement sceptique contemporain. Cela rend l'ouvrage d'autant plus passionnant à lire, parce qu'il est, si je puis dire, "en plein dans le mille"!
L'article dans lequel Massimo Pigliucci exprime ses réserves à propos de la mémétique, "The Trouble with Memetics", se retrouve dans ce livre. Il a été mentionné plusieurs fois précédemment sur ce blog dans le cadre des discussions autour de l'intérêt de cette proto-science. Il fait partie d'une trilogie d'articles concernant Richard Dawkins, les deux autres étant "Is Dawkins deluded? When scientists talk about religion" (dans lequel il critique l'ouvrage "Pour en finir avec dieu", et plus particulièrement certaines positions philosophiquement naïves défendues par son auteur) et "Beyond selfish genes" (dans lequel il critique l'ouvrage "Le Gène égoïste", et plus particulièrement la théorie du gêne égoïste). Pour ceux que cela intéresse, signalons que cette trilogie d'articles a été l'objet d'une critique par Antoine "Old Cola" Vekris sur son blog dans son billet "mémétique – notes #10".
Enfin, vous pouvez écouter Massimo Pigliucci sur le balado (en anglais) "Rationnally Speaking - Exploring the borderlands between reason & nonsense", le balado officiel des "New York City Skeptics".
Note: attention, "Thinking About Science - Volume I" n'existe qu'en version Kindle, et n'est pas disponible en papier.
6 commentaires:
Jean-Michel,
Tu m'attribues, bêtement, un titre que j'ai explicitement réfuté, celui de méméticien. Non pas parce que je n'aimerais pas l'être, mais parce que je ne le suis pas et que je n'ai pas les ressources nécessaires pour le devenir.
Ce qui n'empêche pas de voir où Pigliucci se trompe dans sa critique.
Intéressant ce Massimo Pigliucci, je vais explorer ce qu'il fait sans attendre! Ce billet est inspirant et motive la recherche et la découverte. Un merci en passant.
Bonjour,
Je me demandes bien pourquoi tu refuses le titre de méméticien, vu ton enthousiasme pour le sujet, et le fait que maintenant tu es aussi très actif sur le forum de la Société francophone de mémétique? Tu rencontres selon moi tous les critères pour te qualifier de méméticien. Si Charles Mougel est un méméticien, si Pascal Jouxtel est un méméticien, tu es un méméticien. Si tu préfères je peux changer par "un défenseur du projet mémétique" ou "un tenant de la mémétique"? Mais je trouvais méméticien plus adéquat...
Ce qui n'empêche pas de voir où Pigliucci se trompe dans sa critique.
Je te rappelle que ta propre critique des arguments de Pigliucci se termine par: "And I still agree with him, memes have a long way to go before becoming a sufficiently fecund concept for scientists to work with".
Bref, même après ta longue apologétique de la mémétique dans ton billet, tu en arrives quand même exactement à la même conclusion que lui. C'est marrant alors que tu dises qu'il se trompe. Il se trompe alors que tu es d'accord avec le point central qu'il veut démontrer dans son article? C'est une drôle de façon de se tromper...
Je suppose que pour toi on peut dire qu'il arrive à la bonne conclusion pour de mauvaises raisons, mais le point important ici reste le fait que tu es d'accord qu'il y a encore énormément de boulot avant que le mème ne devienne un concept fécond pour la recherche scientifique (et je rajouterais personnellement pour montrer une saine prudence sceptique: s'il le devient un jour). Au lieu de dire qu'"il se trompe", tu devrais écrire que "tu es d'accord avec l'argument central de Pigliucci - qui est qu'à l'heure actuelle le mème n'est pas (encore?) un concept fécond en science, mais pas avec certains de ses points particuliers dans le corps du texte". Ce n'est pas exactement la même chose, tu en conviendras...
Si véritablement tu t'opposes au fait d'être qualifié de méméticien, je retirerai le terme du billet, mais honnêtement je trouverais cela hypocrite de ta part. Il est clair - vu tes écrits sur ton blog - que tu es un méméticien. Et si la méméticien est une théorie de la culture qui va prétendument révolutionner notre manière d'aborder le sujet, tu devrais être flatté d'être qualifié de la sorte. Je ne vois pas trop où se situe le problème dans ce contexte... Ou alors Charles Mougel, Pascal Jouxtel & co. ne sont pas plus des méméticiens que toi, mais alors c'est eux qui risquent de ne pas être content...
De plus, je ne peux décemment plus te qualifier de sceptique ou de rationaliste sur ce blog, vu la rhétorique anti-sceptiques (étonnamment très typique des tenants) que tu as décidé de mobiliser sur ton blog. Je trouvais donc méméticien un bon compromis. Comme je l'écrivais dans un commentaire sur ton blog, être athée est un critère nécessaire, mais pas suffisant, pour être rationaliste. Etre rationaliste (sauf si on l'emploi dans un sens strictement philosophique, c'est-à-dire en opposition à empiriste) implique de se reconnaître comme appartenant à la communauté des sceptiques/zététiciens/rationalistes. Et donc, par conséquent, un véritable rationaliste ne développerait clairement pas la rhétorique anti-sceptiques que tu présentes dans ton blog.
Sceptiquement vôtre,
Après 35 ans de lectures, discussions, commentaires et avec un avis bien établi quant au sujet des religions, je ne me dirais pas non plus théologien.
Il y a une différence qualitative entre quelqu'un intéressé par un sujet et un spécialiste du même sujet. Je t'espèrerais capable de saisir la nuance.
Réclamer, ou accepter, le titre de spécialiste d'un domaine, que ce soit théologien ou méméticien ou autre, nécessite une implication particulière dans le domaine.
Le fait de me rendre à l'évidence du besoin de développer un concept, ici le "mème", ne signifie pas que j'accepterais des arguments "contre" mal formés, comme ceux de Pigliucci, ou des analogies inadéquates, comme celles de Guillo.
Les arguments de Pigliucci au sujet des mèmes ne valent pas grand chose; ils me semblent utiles parce qu'ils posent des questions faciles à répondre. Auxquelles on se serait attendu qu'il réponde lui-même, s'il n'était pas en plein milieu de sa diatribe anti-Dawkins.
Le fait de critiquer des approches chargées d'a priori d'une personne particulière à propos d'un sujet particulier, ne signifie pas que l'on attaque l'un ou l'autres des mouvements dont il se réclame. C'est le cas ici, avec J-M Abrassart, la mémétique et le mouvement sceptique.
Reformuler pour faire semblant que mes critiques portent sur le mouvement sceptique en général, me semble abusif; et je n'y vois d'autre utilité que celle de te doter d'un "bouclier" qui te permet le luxe de ne pas traiter les points spécifiques que j'ai soulevés, aussi bien de la position de Pigliucci que des analogies de Guillo. Ou de répondre à des questions posées pour essayer d'avancer une discussion.
On n'appartient pas à un mouvement en se "réclamant de", mais en pratiquant. D'ailleurs je ne me réclame pas d'un mouvement quelconque, je me contente de dire ce que je pense de tel ou tel sujet. Je te laisse volontiers les étiquettes et le soin de las coller où tu penses adéquat, tant que ce n'est pas sur moi et à tort.
Je ne pense pas qu'être athée puisse être un critère "pour être rationaliste". Il me semble que tu inverses ici. Je suis athée parce que je suis rationaliste (et dans le sens moderne du terme), i.e., je ne vois aucune raison logique d'être théiste ou déiste ou penser que le surnaturel existe.
Bonsoir,
OK, j'ai retiré le "méméticien" devant "Antoine Vekris" dans le billet.
Sceptiquement vôtre,
Merci Jean-Michel
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