mercredi 13 janvier 2010

Retour vers le futur



Geneviève Zaepffel, telle qu'elle aimait apparaître à son public


Aujourd’hui largement oubliée, Geneviève Zaepffel (1892-1971) a été dans la France des années 1930 et 40 ce qu’Elisabeth Teissier a pu être dans celle des décennies 1980 et 90 : une sorte de star dans la catégorie voyants/médiums/astrologues. Férue de magie, passionnée d'ésotérisme et d’occultisme (elle fondera le "Centre Spiritualiste de Paris"), prétendant voir l'avenir, elle attirait les foules à ses conférences, surtout dans la période troublée précédant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Son titre de gloire de prophétesse, si l’on peut présenter les choses ainsi, est d’avoir prédit la défaite de la France à la veille du conflit.

Rétrospectivement, les titres de ses livres, surtout ceux publiés sous l’Occupation, laissent pour le moins songeur : Mon combat psychique - 1939, l'an rénovateur (1938), Prophéties 1941 à 1946 (1941), Livre documentaire et prophétique 1942, la sentence des dieux (avec son mari René Zaepffel) (1941), Le Dictionnaire du bonheur (1942), 1943, année d'espoir (1943), Comment je vois l'avenir du monde (1953), Arrangez-vous là-haut! Prophéties jusqu'à l'an 2000 (1967).

Comme, par exemple, Elisabeth Teissier (tout le monde se souvient de ses relations avec le défunt président Mitterrand notamment), Yaguel Didier (souvent présentée comme "l'astrologue des politiques") et beaucoup d’autres, Geneviève Zaepffel frayait aussi avec les personnalités, politiques en particulier, de son époque. Son cabinet de prédiction fut l’un des plus courus de la capitale. De tous temps, les hommes de pouvoir ont eu recours à ce genre d’individus revendiquant une capacité à obtenir des informations "stratégiques" par des moyens "spéciaux".

Or, des archives jusque-là inédites sur cette Madame Zaepffel ont été mises au jour par Laurent Buchholtzer, plus connu sur la Toile sous le pseudonyme d’Octonovo. Ce dernier a été conduit à s’intéresser à elle alors qu’il cherchait des informations biographiques sur un autre personnage : Pierre Plantard, un mythomane à l’origine de la pseudo société secrète du Prieuré de Sion, imposture qui assurera ensuite la fortune des trois auteurs de l’Enigme sacrée (1982) puis de Dan Brown dont le Da Vinci Code (2003) s’est vendu comme des petits pains. Il se trouve que l’une des sources d’influence de M. Plantard dans sa jeunesse a justement été notre voyante parisienne (chez qui sa mère a été cuisinière pour la petite histoire).

Au-delà du cas personnel de Geneviève Zaepffel, ces documents d’archives éclairent sur les rapports d'influence et de manipulation que peuvent entretenir cette profession.

J’ai questionné à ce propos Octonovo qui m’a précisé dans quel contexte et dans quel but il a décidé de rendre publiques ces données issues des services de police de l'époque :

Dans le cadre de mes recherches, j'ai exhumé le dossier de police d'une "voyante" dont l'intérêt me semble dépasser le simple cadre de mon étude.

Avec un niveau de détail proprement sidérant, il décrit la façon dont elle peut abuser les crédules par sa mauvaise foi, ses mensonges et ses discours d'opportunités. Ses justifications après guerre tout comme les extraits de ses conférences, scrupuleusement notés par les fonctionnaires, valent le détour.

Enfin, derrière les apparences trompeuses de la bonne dame qui se dévoue au bien de l'humanité apparaissent très clairement ses véritables mobiles : orgueil personnel et vénalité.

Un document édifiant, "dans son jus", qui prouve tout le bénéfice que l'on peut retirer de l'étude du passé de ces gens qui prétendent nous révéler l'avenir.

Je ne doute pas qu'il vous amusera tous et que certains sauront en faire un meilleur usage que moi pour l'édification des crédules.


Une retranscription des documents en question peut être consultée à cette adresse.

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