jeudi 31 décembre 2009

Notes de lectures - 23: "The men who stare at goats"

(Mais que lisent donc les sceptiques?)

Note: 3/5.

Avant d'être un film avec George Clooney, Ewan McGregor, Jeff Bridges et Kevin Spacey, "The men who stare at goats" est un essai de l'auteur britannique Jon Ronson. Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de voir le film, étant donné qu'il n'est pas encore sorti au Japon, mais j'en ai profité pour lire le livre. Jon Ronson a fait le tour des balados sceptiques anglophones pour en faire la promotion ces derniers mois. A l'époque où il l'a écrit, il ne connaissait pas le mouvement sceptique contemporain, mais il est clairement un "natural born skeptic". Il fut un des invités de "The Amaz!ng Meeting London 2009" en octobre dernier.

Attention, même s'il a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, le livre n'est pas un récit de fiction: il s'agit d'un essai qui présente certaines dérives de l'armée américaine du côté du paranormal - comme l'utilisation de la vision à distance (ang. remote viewing) - voir même carrément le Nouvel Age. Par exemple, le général Albert Stubblebine croit qu'il est possible pour certains êtres humains de passer à travers les murs - malgré ses échecs personnels à ce sujet. L'essai tourne particulièrement autour du "First Earth Battalion", qui est une unité militaire organisée autour des conceptions Nouvel Age de Jim Channon. Jon Ronson y discute aussi des techniques de tortures utilisées par l'armée américaine dans sa "guerre contre le terrorisme" impliquant des messages subliminaux, et bien entendu des tentatives pour tuer des boucs en les regardant!

Après avoir interviewé Jon Ronson (ici) sur son balado psiphile "Skeptiko", Alex Tsakiris a été rechercher le major Paul H. Smith (), créateur du "Remote Viewing Instructional Services" (qui propose entre autres des cours pour devenir un voyant à distance), afin qu'il "démystifie" Jon Ronson - ce qui est sa stratégie habituelle (c'est-à-dire interviewer un sceptique puis tenter de le démolir autant que faire se peux dans les épisodes suivants). Ce que j'ai trouvé particulièrement ironique, c'est qu'à aucun moment Paul H. Smith n'a dit que les informations fournies par Jon Ronson dans son ouvrage étaient fondamentalement incorrectes. Il a juste dit qu'en réalité le scepticisme de Jon Ronson n'était pas fondé, parce qu'ils ont obtenu des résultats positifs. Quand on pense que l'essai décrit des militaires qui tentent de traverser des murs ou de tuer des boucs en les regardant intensément, cela met vraiment ce genre d'affirmations en perspective!

Après avoir lu "The men who stare at goats", je suis vraiment impatient de voir le film, même si je suis curieux de voir comment ils ont adapté cet essai en un scénario.

mercredi 30 décembre 2009

"Oubliez Jésus, les étoiles sont mortes afin que vous puissiez être ici, aujourd'hui!"

Lawrence Krauss discute du fait que nous sommes fait de poussières d'étoiles, avant de s'exclamer: "Oubliez Jésus, les étoiles sont mortes afin que vous puissiez être ici, aujourd'hui!" (en anglais, environ une minute):



Et si vous voulez lire une réaction du créationniste Ken "Answers in Genesis" Ham à ce blasphème, elle se trouve ici: "Lawrence Krauss blasphemes Our Lord"...

mardi 29 décembre 2009

Michael Persinger sur les expériences de mort imminente

Je voudrais juste signaler que l'épisode #89 (en anglais) de "Skeptiko" - qui n'est pas du tout, contrairement à ce que son nom veut laisser croire, un balado sceptique - est une interview très intéressante de Michael Persinger sur les expériences de mort imminente (EMI). L'hôte du balado "Skeptiko", Alex Tsakiris, est un psiphile qui défend le dualisme et qui croit que les recherches sur les EMIs prouvent que la conscience peut survivre à la mort du corps. Régulièrement dans son balado, il se moque des sceptiques qui défendent un paradigme selon lui intenable: le matérialisme. En ce qui me concerne, je pense que le terme de naturalisme philosophique est bien plus adéquat pour décrire la position sceptique, mais c'est un détail sémantique. Alex Tsakiris est persuadé que ce qu'il surnomme le "paradigme matérialiste" est en train de mourir de sa belle mort. Il croit de plus que les recherches en parapsychologie sont à la pointe de ce changement paradigmatique. Les tenants du Dessein Intelligent risquent de ne pas être d'accord avec lui sur ce dernier point...

Du coup, il était d'autant plus amusant d'avoir un parapsychologue comme Michael Persinger sur le balado "Skeptiko", essayant (vainement?) d'expliquer à Alex Tsakiris que non, ce que nous savons à l'heure actuelle sur le phénomène des EMIs ne réfute pas le matérialisme. Il fait un excellent travail pédagogique pour expliquer les problèmes épistémologiques inhérents avec le dualisme, ainsi que les raisons pour lesquelles les études sur les EMIs, comme par exemple celle de Pim Van Lommel, ne prouvent en réalité pas l'hypothèse survivaliste.

Bertrand Russell à propos de Dieu (1959)

Bertrand Russell discute des raisons pour lesquelles il est athée (en anglais, environ 3 minutes):

dimanche 27 décembre 2009

Le monde des mèmes

Suite à l'Épisode #27 du balado, Antoine "Old Cola" Vekris s'est lancé sur le blog "Coffee and Sci(ence)" dans une série de billets où il défend la validité du projet mémétique - le premier de la série se trouve ici pour ceux qui voudraient les lire.

J'avoue que je suis très loin de partager son enthousiasme débridé pour la mémétique. J'ai essayé ces derniers jours de mettre le doigt sur les divers éléments qui me dérangent à ce sujet. Je ne suis pas vraiment certain d'y avoir réussi à l'heure actuelle, mais je me suis dit qu'il serait intéressant que je partage avec vous l'une ou l'autre de mes réflexions actuelles, avec le bémol que mes positions évolueront certainement à ce sujet dans le futur - mais c'est vrai pour tous les sujets de toute manière!

En remarque préliminaire, j'aimerais aussi dire qu'il est extrêmement difficile d'argumenter contre la mémétique, parce que chaque méméticien tient un discours relativement différent. Il y a des différences significatives entre les conceptions de Charles Mougel, de Pascal Jouxtel ou encore d'Antoine Vekris. Débattre une nébuleuse est toujours extrêmement difficile, parce que comme rien n'est définit exactement, et qu'il n'y a pas de consensus réel, il est d'autant plus facile pour les méméticiens de rationaliser chacune de mes objections. Il va sans dire qu'à l'heure actuelle l'hypothèse mémétique me parait totalement irréfutable, et les méméticiens me semblent bien plus engagés dans une démarche apologétique que réellement scientifique.

Premièrement, dans l'ouvrage "Impostures intellectuelles", Alan Sokal et Jean Bricmont discute des problèmes épistémologiques qui naissent lorsque l'on veut importer des concepts issus des sciences de la nature dans le champ des sciences de l'homme. Dans la même ligne d'idées, dans "Prodiges et vertiges de l'analogie", Jacques Bouveresse discute longuement des utilisations problématiques - parce que par analogie - du théorème d'incomplétude de Gödel en dehors de la logique. Dans le cas de la mémétique, il s'agit de plaquer la théorie de l'évolution sur les phénomènes culturels. Antoine Vekris tombe par exemple clairement dans ce travers lorsqu'il veut appliquer le concept biologique d'homologie à des objets culturels. Ce genre de transfert est extrêmement risqué, et ne peut se faire à la légère! En effet, le concept d'homologie (une homologie désigne des caractères semblables observés chez deux espèces différentes qui ont été hérités d'un ancêtre commun) ne prend son sens que par son inscription dans la théorie biologique de l'évolution.

Deuxièmement, il est extrêmement difficile de savoir exactement ce qu'est un mème. La Société francophone de mémétique propose la définition suivante:
Partie élémentaire du système de codage qui nous permet de connaître la reproduction d'un observable culturel.
En ce qui me concerne, entre une chanson, une recette de cuisine, les règles pour faire un origami, un mot dans un dictionnaire, le livre “La Critique de la Raison Pure” de Kant, la religion chrétienne, une statue de Rodin, mon prénom, le sapin de Noël, la décision d’aller acheter un sandwich au magasin du coin, et une application sur mon iPhone, j’ai vraiment – mais vraiment! – du mal à percevoir les éléments similaires. Regrouper tout cela sous le concept de mème me parait une erreur. Et qu'est-ce qu'une "partie élémentaire" d'un "observable culturel"? Si on prend comme exemple la Vierge Marie, est-ce que c'est une partie élémentaire de l'observable culturel "religion catholique"? Ou bien est-ce que Vierge est un mème, et il est ici associé avec le mème Marie? Ou bien V est une partie élémentaire de l'observable culturel "alphabet", et il est ici combiné avec d'autres pour former le concept de Vierge? Plus loin, quand on pose aux méméticiens la question de savoir si les mèmes existent, ils vous répondent que c'est une question que les méméticiens ne se posent tout simplement pas, où bien ils vous disent par exemple qu'en fait "la mémétique n'est pas la science de mèmes" - si, si, je vous l'assure, on me l'a affirmé récemment dans une discussion sur Facebook! Si ce n'est pas la science des mèmes, alors c'est la science de quoi exactement? La science qui étudie les phénomènes culturelles? Désolé, mais on a déjà des sciences qui étudient très exactement cela: la sociologie, l'anthropologie, etc.

Troisièmement, sur son blog, Antoine Vekris prend des exemples tirés de diverses disciplines et les regroupe sous le concept de mémétique. En clair, il coopte des découvertes faites dans d'autres domaines scientifiques pour prétendre qu'elles donnent de la validité au projet mémétique, un peu comme le fait que les biologistes découvrent de nouvelles espèces prouverait prétendument que la cryptozoologie est une science. Le problème ici est qu'aller chercher des éléments en neuropsychologie, en psychologie, en éthologie, en informatique ne fait que prouver la validité de ces sciences-là, et non pas celle de la mémétique. Je n'ai pas à être convaincu que la psychologie est une science. Je n'ai pas non plus, par exemple, a être convaincu que l'apprentissage par imitation existe. Les psychologues savent cela depuis longtemps, et étudient bien évidemment les divers mécanismes d'apprentissage. La mémétique doit apporter une plus-value par rapport à ce qui se fait dans les autres disciplines. Si elle n'est jamais que le champ interdisciplinaire entre ces diverses disciplines, il n'y a absolument aucune raison de nommer celui-ci "la mémétique", surtout si elle se révèle ne pas être "la science des mèmes".

Une différence importante est que ces disciplines connaissent leurs limites épistémiques. Si on prend l'exemple de l'éthologie, il est clair que cette science a des choses très intéressantes à dire sur le comportement humain, mais les éthologues savent très bien qu'ils ne peuvent pas prétendre pouvoir expliquer l'ensemble de la culture humaine. Pour caricaturer, aucun psychologue ne prétendra que l'apprentissage par imitation suffit à expliquer comment Beethoven en est venu à écrire la 9e symphonie. La mémétique, à l'inverse, est très loin d'avoir un discours humble, mis-à-part lorsque les tenants sont acculés: là ils se rétractent derrière le "mais ce n'est actuellement qu'une proto-science. Un jour...".

Quatrièmement, lorsque Pascal Jouxtel propose dans "Comment les systèmes pondent" le concept de "solution", j'ai bel et bien l'impression qu'il redécouvre la théorie des formes intelligibles de Platon. Pour rappel, Platon pense qu'il existe d'un côté le monde sensible - ce que l'on peut observer empiriquement - et de l'autre un arrière-monde peuplé des idées, ou des Formes intelligibles. Par exemple, dans cet arrière-monde existe l'idée de Beau, tandis que dans le monde sensible, nous avons la statue qui est "belle" - ce que Platon nomme le simulacre. Dans la mémétique francophone, nous avons d'un côté le mème (mettons le concept de Vierge Marie), et puis nous avons la solution (une statue de la Vierge Marie, une prière à la Vierge Marie, un cantique où la Vierge Marie est mentionné, un film sur la vie de la Vierge Marie, etc.). Mèmes = Formes intelligibles, Solutions = Simulacres. Pascal Jouxtel a réinventé le monde des idées de Platon, sauf qu'il est devenu le monde des mèmes! La grosse différence est que Platon pensait que les Formes intelligibles avaient une existence ontologique dans un arrière-monde, alors que lorsqu'on demande aux méméticiens dans quel sens ils conçoivent l'existence des mèmes, ils se débinent devant la question...

En ce qui me concerne, je pense que ce qui existe, ce sont les cognitions, car celles-ci sont observables via l'activité cérébrale. Pour le dire autrement, les mèmes n'existent pas si personne ne les pense. Une statue de la Vierge Marie n'est un mème que - et seulement que - lorsque quelqu'un la regarde et identifie ce qu'il est en train de voir - ce qui se manifeste sous la forme d'une activation cérébrale. Bref, les mèmes n'existent pas. Ce qui existe, c'est l'activité cérébrale. Et il existe déjà une science qui étudie les cognitions, c'est la psychologie, et il existe déjà une science qui étudie les activations cérébrales, c'est la neuropsychologie...

J'aimerais pour terminer citer l'article de Massimo Pigliucci, "The Trouble with Memetics" ("Skeptical Inquirer", septembre/octobre 2007, p. 24), qui me semble aller tout à fait dans le sens de mes réflexions actuelles:
En effet, la mémétique - en tout cas actuellement - ne semble pas ajouter quelque chose à la vision standard de la gêne-culture co-évolution qui fut développée bien avant que Dawkins ne mette à plat ses idées dans "The Selfish Gene". Il est clair que les idées évoluent, et il existe effectivement une analogie indéniable entre les mèmes et l'évolution des gênes. Mais nous ne devons pas pousser cette analogie trop loin, et nous n'avons certainement pas besoin d'un tout nouveau vocabulaire pour la comprendre.
Arrêtons de pousser l'analogie trop loin et arrêtons d'inventer et d'utiliser un vocabulaire qui obscurcit les questions plutôt que de réellement les éclairer.

This stuff is far!

"FAR" est la chanson écrite par George Hrab pour les "365 Days of Astronomy" (en anglais, environ 3 minutes):

samedi 26 décembre 2009

La question de la semaine - 6

Comme nous discutons dans l'Épisode #30 de la Vague belge d'ovnis, j'aimerais cette semaine vous poser la question suivante:

Quels souvenirs avez-vous de la Vague belge d'ovnis? Et si vous êtes Belge, avez-vous observé quelque chose à l'époque?

Bon débat!

Épisode #30: “X-film: Autopsie d’une enquête”

L'Épisode #30: “X-film: Autopsie d’une enquête” du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Il s'agit d'une interview de Gilles de Voghel, metteur en scène du court-métrage “X-film: Autopsie d’une enquête”, un documenteur sur le thème de la Vague belge d'ovnis. Je vous invite à aller l'écouter.

jeudi 24 décembre 2009

Joyeux Solstice!

Mr. Déité et la magie (deuxième partie)

Mr. Déité croit toujours au Père Noël (en anglais, environ 7 minutes):

mardi 22 décembre 2009

"59 seconds" en 59 secondes

Voici une vidéo dans laquelle Richard Wiseman présente son livre "59 seconds" en... 59 secondes (en anglais):

La guerre de Noël

Nous sommes dans la période de l'année où il y a de nombreuses discussions dans la blogosphère athée qui tournent autour de la guerre de Noël (angl.: war on christmas). L'argument est simple: Noël étant une fête chrétienne, le fait qu'elle domine autant dans la culture en cette période de l'année (dans les magasins, dans les médias, etc.) est en quelque sorte offensant pour les personnes appartenant à d'autres confessions religieuses, ainsi que pour les athées. Précisons cependant que j'ai l'impression qu'il s'agit plus d'une problématique américaine qu'européenne...

Les attitudes chez les athées se regroupent en deux grandes catégories. La grande majorité ne voit pas trop où se situe le problème, étant donné que Noël a perdu énormément de ses composantes chrétiennes, et qu'il est possible de célébrer cette fête en se centrant sur le Père Noël, le sapin, les rennes, les elfes du Pôle Nord, etc. Dans cette optique sécularisée, ce que nous célébrons en réalité est le solstice d'hiver, et non pas la naissance alléguée de Jésus de Nazareth. Une minorité, comme par exemple Tom Flynn (auteur du livre "The Trouble With Christmas"), pense au contraire que les athées devraient purement et simplement boycotter Noël: une fête chrétienne dans une société multiculturelle ne peut, dans cette optique, qu'être problématique.

J'avoue qu'en ce qui me concerne je me situe dans la première catégorie - et je pense que cette guerre de Noël n'est pas un enjeu très important. En tant que professeur d'anglais, j'enseigne aux enfants Noël en tant que "la fête du Père Noël", et je laisse de côté tous les aspects chrétiens. Que les enfants croient dans l'existence du Père Noël avant de découvrir qu'il n'est qu'une personnage imaginaire est une excellente manière d'enseigner l'esprit critique! Il est en effet beaucoup plus difficile pour les parents chrétiens de dire, lorsque l'enfant réalise que le Père Noël n'existe pas: "OK, ce gentil monsieur qui habitait au Pôle Nord et qui t'apportait des cadeaux chaque année pour Noël est une création culturelle, mais le gentil monsieur qui habite dans le ciel et qui veille sur toi lui il est bel et bien réel!". Pour le dire autrement, si les parents s'y prennent bien, la découverte progressive par un enfant que le Père Noël n'existe pas peut être une étape constitutive de l'apprentissage de l'esprit critique et même - pourquoi pas? - de la méthode scientifique.

lundi 21 décembre 2009

Jean Brissonnet sur les pseudo-médecines

Voici une conférence du zététicien Jean Brissonnet à propos des médecines prétendument alternatives (en français, environ 1 heure):

samedi 19 décembre 2009

Mr. Déité et le faux numéro

Mr. Déité téléphone par erreur à un télévangéliste bien connu (en anglais, environ 7 minutes):

La question de la semaine - 5

Cette semaine, comme l'Épisode #29 parle d'un de mes jeux de rôles sur table favoris, j'aimerais vous poser la question suivante:

Avez-vous déjà joué à un jeu de rôles sur table? Si oui, lequel? Ou si vous êtes un rôliste accompli, quel est votre jeu favori?


Bon débat!

Épisode #29: Nephilim - le jeu de rôle de l'occulte contemporain

L'Épisode #29: Nephilim - le jeu de rôle de l'occulte contemporain du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Il s'agit d'une interview de Fabrice Lamidey, un des créateurs de la défunte maison d'éditions Multisim et du jeu de rôles "Nephilim". Je vous invite à aller l'écouter.

vendredi 18 décembre 2009

James Randi sur le réchauffement planétaire

Le sujet qui a fait le tour de la blogosphère sceptique hier est un billet qu'a écrit James Randi, "AGW, Revisited" sur le site du JREF à propos du réchauffement planétaire. Le consensus scientifique à l'heure actuelle est que l'homme est responsable en partie de ce dernier, or le texte écrit par James Randi penchait dangereusement du côté des "sceptiques" du réchauffement planétaire, souvent surnommé en anglais "global warming denialist" - c'est-à-dire les gens qui nient le éléments scientifiques qui vont dans le sens que certaines causes du réchauffement planétaire sont bel et bien d'origine humaine.

Je ne vais pas discuter ici du réchauffement planétaire, car c'est un sujet que je ne maitrise pas suffisamment. Par contre, ce qui m'a intéressé fut la réaction du mouvement sceptique contemporain. En effet, on reproche parfois aux sceptiques d'avoir mis James Randi sur une sorte de piédestal, d'en avoir fait une icône du scepticisme scientifique. Par exemple, récemment, Rupert Sheldrake a reproché à Chris French d'avoir publié dans la revue "The Skeptic" (UK) une interview de James Randi dans laquelle il n'abordait pas le fait que le JREF avait décerné au parapsychologue un Pigasus Award en 2006: "Letters: Rupert Sheldrake on James Randi". En gros, dans cette lettre, Rupert Sheldrake reproche donc aux sceptiques de ne pas critiquer James Randi quand il le mérite - selon le parapsychologue - à cause de son statut dans la communauté.

Cette idée a été mise à l'épreuve des faits hier, et tout ce que l'on peut dire, c'est que les réactions n'ont pas tardé! PZ Myers, sur le blog Pharyngula, n'y est vraiment pas allé de main morte comme à son habitude: "Say it ain't so, Randi!". De manière plus argumentée, mais tout aussi critique, Massimo Pigliucci a publié sur le blog "Rationally Speaking" un excellent billet où il exprimait sa déception par rapport à la position et aux arguments avancés par James Randi sur ce sujet: "James Randi, global warming and the meaning of skepticism". Par la suite, James Randi a répondu à ces réactions: "I Am Not "Denying" Anything", puis PZ Myers a commenté la réponse en question: "Randi responds". Enfin, Phil Plait a posté sur "Badastronomy" un billet ayant pour objectif de quelque peu calmer toute cette agitation: "Randi, skepticism, and global warming".

Ce qui pour moi ressort de tout cela est que si James Randi écrit quelque chose de critiquable, il est critiqué par les sceptiques, et ce nonobstant son statut d'icône dans le mouvement sceptique contemporain - contrairement à ce que Rupert Sheldrake avançait dans sa lettre au magazine "The Skeptic" (UK). L'argument d'autorité ne vaut pas en science, il ne vaut pas non plus dans le mouvement sceptique contemporain. Les sceptiques sont des gens qui - par définition - pensent par eux-mêmes, de manière résolument critique, et qui n'hésitent pas à critiquer ce qui est critiquable, et ce quel qu'en soit l'auteur!

mercredi 16 décembre 2009

Notre place dans le Cosmos

The Symphony of Science nous propose "Our Place in the Cosmos" (avec Carl Sagan, Richard Dawkins, Michio Kaku et Robert Jastrow):

mardi 15 décembre 2009

Les présupposés du Psi

J'ai rejoint récemment l'équipe de traducteurs du "Dictionnaire sceptique" et - dans ce cadre - j'ai découvert cet article de Robert Todd Carroll: "Hypothèse concernant le psi" . C'est un article intéressant, et j'en conseille la lecture. Il me semble que cet argument de Robert Todd Carroll rejoint celui de James Alcock dans "Give the Null Hypothesis a Chance - Reasons to Remain Doubtful about the existence of Psi" (voir l'argument n°9: "Reliance on statistical decision-making").

Jessica Utts, dans "Replication and Meta-Analysis in Parapsychology", discute dans un paragraphe d'un argument qui me semble aller lui aussi dans la même direction, et qui est que le véritable hasard est peut-être impossible dans la nature (p. 366, ma traduction):
De temps en temps, les attaques de la parapsychologie ont pris la forme d'attaques sur les inférences statistiques en général, en tout cas quand elles sont appliquées à des données réelles. Spencer-Brown a tenté de montrer que le véritable hasard est impossible, en tout cas dans des séquences finies, et que cela pourrait être une explication pour les résultats de la parapsychologie. Cet argument est réapparu dans les débats récents à propos de l'importance de l'aléatoire (angl.: randomness) en parapsychologie, suite aux publications du psychologue J. Bernard Gilmore. Gilmore affirma que "le statisticien agnostique, lorsqu'il donne des conseils dans le cadre de la recherche sur le Psi, devrait prendre en compte le fait que les inférences statistiques sont peut-être inappropriées". Dans son deuxième papier, Gilmore passe en revue différentes études non-psi qui montrent des systèmes prétendument aléatoires qui ne se conduisent pas tel qu'ils le devraient selon les règles du hasard. Gilmore conclut que les "données anormales... ne devraient pas être trouvées aussi souvent si la statistique classique offrait un modèle valide de la réalité", et donc rejette l'utilisation de l'inférence statistique classique pour les applications dans le monde réel en général.
Comme en parapsychologie il n'y a pas de groupe contrôle à proprement parler, mais que l'on compare les résultats obtenus avec ce que prédit le hasard, il est important de comprendre comment le hasard se produit dans le monde réel. Cela rejoint ce que Robert Todd Caroll écrit dans son article "Hypothèse concernant le psi":
Dans les années 1930, Walter Pitkin de l’Université Columbia a imprimé 200 000 cartes, moitié rouges et moitié bleues, dont 40 000 pour chacune de ces deux couleurs présentaient les cinq symboles que l’on trouve habituellement sur les cartes servant à des test de perception extrasensorielle. Ces cartes ont été mêlées mécaniquement et lues par une machine. On a obtenu ainsi deux listes de 100 000 symboles choisis au hasard. On a présumé qu’une de ces listes devait constituer une distribution aléatoire de symboles et l’autre le résultat de tentatives de deviner les symboles par un hypothétique candidat. Or, il s’avéra que le nombre de bonnes réponses était bien différent de ce à quoi on pouvait s’attendre en vertu des lois de la probabilité. Pour l’ensemble des résultats, ce nombre était de 2% inférieur à la probabilité calculée ; de 25% inférieur pour des séries de 5 bonnes réponses ; et, de 59 % supérieur pour des séries de 7. La question n’est pas de savoir si ces résultats traduisent ce qui se produirait réellement dans une expérience si on laissait vraiment jouer le hasard ou s’ils expliquent quelque particularité de la machine qui a servi à mêler les cartes ou toute autre bizarrerie. En fait, il s’agit de réaliser qu’il n’est pas pertinent de supposer qu’une probabilité statistique basée sur le hasard et impliquant un très grand nombre d’événements s’applique sans autre considération à un nombre limité d’opérations concrètes ; qu’il s’agisse d’identifier des symboles sur un jeu des 25 cartes mêlées on ne sait trop ni quand ni comment, ou en lançant un dé, ou en essayant mentalement d’influencer le fonctionnement d’une machine générant des séries aléatoires de nombres. Comme l’indique Alcock : ‘’Si on peut obtenir des variations importantes en comparant des séries aléatoires avec d’autres séries aléatoires, on doit conclure que l’hypothèse qui veut que toute variation qui dépasse les probabilités relève du psi semble inacceptable".

dimanche 13 décembre 2009

出口のない海

Pour ceux qui voudraient voir la bande-annonce du film dont je parle dans l'Épisode #28 du balado, 出口のない海 - "The sea without exit" -, à propos des pilotes de kaiten (c'est-à-dire des kamikazes qui pilotaient des torpilles de sous-marins), la voici (en japonais, 2 minutes):

samedi 12 décembre 2009

La question de la semaine - 4

Dans l'Épisode #28 du balado, j'aborde brièvement avec Éric Lowen le problème de la démarcation. J'aimerais donc cette semaine vous posez la même question:

Pensez-vous qu'il existe des critères qui permettent de distinguer la science de la pseudo-science? Si oui, quels sont ces critères?

Bon débat!

Épisode #28: Le département Zététique de l'Association Aldéran

L'Épisode #28: Le département Zététique de l'Association Aldéran du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Il s'agit d'une interview d'Éric Lowen, responsable de l'Association Aldéran. Je vous invite à aller l'écouter.

jeudi 10 décembre 2009

La formation en ligne d'introduction à la parapsychologie de l'Université d'Édimbourg

Je suis dans la dernière semaine de ma session de la formation en ligne "An Introduction to Parapsychology", proposée par l'Université d'Édimbourg (voir aussi l'épisode #15 du balado). Globalement, je n'en ai pensé que du bien!

Nous étions un peu moins d'une vingtaine d'étudiants et le cours se comprenait en pratique du manuel "An introduction to parapsychology (Fifth Edition)", de lectures obligatoires (un ou deux articles scientifiques chaque semaine), d'une ou deux interviews d'un parapsychologue par semaine (à écouter, sous forme de fichiers .mp3) et d'un forum de discussions. Chaque élève devait à tour de rôle écrire un billet de démarrage, afin de lancer la discussion. On m'a assigné le billet de démarrage de la semaine consacrée à la psychokinèse en laboratoire et vous pouvez le lire ici (en anglais): "PK and Las Vegas" . Au bout de quelques semaines, le groupe a été scindé en deux (débutants et intermédiaires), afin d'encourager les débutants à contribuer plus aux discussions sur le forum. J'ai pour ma part été dans le groupe "étudiants intermédiaires". Ma seule véritable critique est qu'il n'y a pas de pré-requis pour suivre cette formation, alors qu'en pratique je pense qu'il peut être difficile pour les étudiants n'ayant, par exemple, aucune notion de statistiques, de suivre ce qui se dit sur les différents sujets.

J'ai été véritablement impressionné par l'équilibre du cours entre les interventions des sceptiques et des tenants. Certaines semaines, nous avions carrément deux articles scientifiques à lire, ou deux interviews à écouter, l'un explicitant la position sceptique et l'autre la position psiphile sur un sujet donné. Je pense d'ailleurs que ce cours d'introduction met certainement plus en situation de dissonance cognitive les gens qui y viennent en ayant une position psiphile (la majorité bien évidemment) que les sceptiques comme moi. En effet, ayant déjà lu pas mal de littérature parapsychologique par le passé, je connaissais le type de choses qu'on peut y lire en défense de l'existence du Psi. Par contre, je suis certain que bon nombre d'élèves ont été très surpris de suivre un cours d'introduction à la parapsychologie où on leur explique en long et en large qu'il y a de bonnes raisons de douter de l'existence du Psi!

Pour ma part, mon opinion des parapsychologues s'est améliorée. J'ai profité de ce cours pour discuter avec Caroline Watt et je dois dire que globalement j'étais largement d'accord avec elle! Il y a de fait un éventail de parapsychologues, et c'est une erreur de faire des jugements à l'emporte pièce sur l'ensemble de la discipline. Caroline Watt se situe clairement dans le haut du panier. De plus, comme le disait très bien Chris French dans une interview que j'écoutais récemment: lorsque les sceptiques testent des prétendus médiums (comme par exemple dans le cadre du "Million Dollar Challenge" de la James Randi Educational Foundation), ils font aussi de la parapsychologie!

La différence entre les sceptiques et les psiphiles est la plausibilité antérieure qu'ils attribuent au fait que le Psi puisse exister (et non pas comme je lisais il y a quelques temps sous la plume de Renaud Evrard que les psiphiles lisent la littérature parapsychologique alors que les sceptiques ne la lisent pas). Sur base de cette plausibilité antérieure que chaque individu assigne, l'interprétation que l'on fait de l'état de la littérature se révèle différente.

Du côté sceptique, le cours comprend des articles et des interviews de James Alcock, Richard Wiseman, Chris French, Gerard Hooft, etc.

Au final, je pense qu'il pourrait être utile à bon nombre de sceptiques de suivre cette formation. En effet, bien plus qu'un simple cours, "An Introduction to Parapsychology" se veut un panorama - un état des lieux - de la discipline. Je le conseille donc vivement à toutes et tous.

mardi 8 décembre 2009

Notes de lectures - 22: "Nephilim: Révélation"

(Mais que lisent donc les sceptiques?)

Note: 5/5.

"Les Nephilims se trouvaient sur la terre en ces jours-là, et aussi après cela, quand les fils du vrai Dieu continuèrent d’avoir des rapports avec les filles des hommes et qu’elles leur donnèrent des fils: ils furent les hommes forts du temps jadis, les hommes de renom." (Genèse 6:4).

"Nephilim: Révélation" fut la troisième édition du jeu de rôle de l'occulte contemporain, publiée en 2001 par la défunte maison d'éditions Multisim. Il s'agit d'un jeu de rôle sur table dans lequel les joueurs interprètent des créatures magiques élémentaires - les Nephilims - en prise avec des sociétés secrètes (les Templiers, les Rose+Croix, les Mystères et la Synarchie) à l'époque contemporaine. L'univers"Nephilim" fut créé originellement par Fabrice Lamidey et Frédéric Weil.

Il s'agit sans conteste de mon jeu de rôle sur table préféré, et ce pour diverses raisons. Premièrement, il s'agit d'un jeu de rôle francophone, et non pas une traduction d'une production anglo-saxonne. Deuxièmement, il propose un univers riche, détaillé, cohérent, et axé sur l'interprétation des personnages - c'est-à-dire sur le "roleplay" en anglais. Et enfin, et surtout, il aborde des thèmes qui ne peuvent que plaire aux sceptiques: l'occultisme et l'ésotérisme! Une des sources d'inspirations principales de "Nephilim" fut d'ailleurs le roman d'Umberto Eco "Le Pendule de Foucault", dont je conseille aussi vivement la lecture.

Ce qui est le plus frappant lorsqu'on découvre ce jeu est la volonté des auteurs de proposer un univers parallèle où les théories occultistes (tout comme en vrac l'ésotérisme, le néo-occultisme, le Nouvel Age, le spiritisme, etc.) sont "vraies", mais en plus dans un ensemble cohérent. En clair, tout est vrai à divers niveaux et tout se tient! Tout ceux qui s'intéressent à l'occultisme et à l'ésotérisme savent qu'il s'agit là d'un véritable tour de force!

La force et la faiblesse du jeu est la complexité de l'univers proposé. La lecture des différents ouvrages qui composent la franchise "Nephilim" est un vrai plaisir, mais il n'est pas toujours évident pour le meneur de jeu de transposer les idées présentées dans des scénarios jouables. Il lui faudra aussi passer un temps non négligeable à initier ses joueurs aux tenants et aboutissants de cet univers. Un jeu à réserver donc aux vieux routards du jeu de rôle...

dimanche 6 décembre 2009

B. F. Skinner et la superstition

Dans cette vidéo (en anglais, environ 6 minutes), Michael Britt, l'hôte de "The Psych Files" (un excellent balado en anglais consacré - comme son nom l'indique - à la psychologie), explique l'expérience classique de B. F. Skinner sur la superstition:

samedi 5 décembre 2009

La question de la semaine - 3

J'aimerais demander cette semaine à ceux qui ont écouté l'Épisode #27 du balado:

Quel est pour vous le statut actuel de la mémétique: science, mouvement philosophique, domaine interdisciplinaire, proto-science, science pathologique, pseudo-science, autre chose?

Bon débat!

Épisode #27 : "Comment les systèmes pondent"

L'Épisode #27 : "Comment les systèmes pondent" du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Il s'agit d'une interview de Pascal Jouxtel, membre de la Société Francophone de Mémétique et auteur de l'ouvrage "Comment les systèmes pondent - Une introduction à la mémétique". Je vous invite à aller l'écouter.

vendredi 4 décembre 2009

Comparaison entre Dr. Who et le jazz belge

Kylie "PodBlack" Sturgess - membre de l'équipe du balado australien "The Skeptic Zone" - propose sur son blog "PodBlack Cat" un billet intitulé "Little Kitten – Doctor Who As Belgian Jazz" (en anglais), qu'elle a écrite en pensant à votre serviteur. Et oui, pour ceux qui ne le savent pas, je suis Belge! Mort de rire...

jeudi 3 décembre 2009

La photo du mois (décembre 2009)

Et oui, on est déjà en décembre...

mercredi 2 décembre 2009

Pro-fecal B

Voici une parodie de publicités de l'industrie cosmétique qui m'a bien fait rire (en anglais, 35 secondes), réalisée par une association australienne de consommateurs: "Cosmetics compagnies: We make shit up".

mardi 1 décembre 2009

Notes de lectures - 21: "The Elusive Quarry"

(Mais que lisent donc les sceptiques?)

Note: 5/5.

S'il me fallait choisir un seul ouvrage classique de la critique sceptique de la parapsychologie, ce serait sans l'ombre d'une hésitation "The Elusive Quarry: A Scientific Appraisal of Psychical Research" de Ray Hyman. En tout cas, si vous êtes un sceptique et que le débat sur la parapsychologie vous intéresse, vous devez lire "The Elusive Quarry"! C'est aussi simple que ça... Je pense que l'ouvrage dépasse même "Parapsychologie: science ou magie?" de James Alcock, qui est pourtant vraiment excellent, de par la profondeur et la technicité de certaines discussions.

Je ne vais pas essayer de résumer ici le contenu de l'ouvrage. Celui-ci fait environ 450 pages, et vu l'éventail des sujets abordés (du protocole Ganzfeld aux expériences de micro-psychokinèse d'Helmut Schmidt, en passant par la sourcellerie...) je ne pourrais qu'échouer misérablement. Je vais donc, au contraire, essayer de vous donner un avant-goût de son contenu, et souligner quelques-unes des idées développées qui ont particulièrement attiré mon attention.

Soulignons tout d'abord que l'ouvrage se compose d'articles que Ray Hyman a publié dans diverses publications. Trois de ces contributions sont de véritable classiques en elles-mêmes, abondamment citées dans la littérature: la première est ""Cold Reading": How to convince strangers that you know all about them" (p. 402-418) - qui, comme son nom l'indique, explique la technique de la lecture à froid; les deux autres sont pour leur part des articles qui ont fait date dans l'histoire de la parapsychologie, particulièrement du débat sur les recherches Ganzfeld: "The Ganzfeld Psi experiment: A critical appraisal" et "A join communiqué: The Psi Ganzfeld controversy (with Charles Honorton)". Pour rappel, le protocole auto-Ganzfeld fut élaboré pour tenir compte des critiques de Ray Hyman!

Dans son ouvrage "La conscience invisible", Dean Radin attaque fortement la position sceptique de Ray Hyman, la présentant comme irrationnelle et pseudo-scientifique - après tout, il considère que l'existence du Psi a été prouvée depuis longtemps (je cite la traduction française parue dans la collection J'ai Lu: Aventure Secrète, p. 139):
Dans leur communiqué commun, Hyman et Honorton avaient écrit: "Le verdict final dépendra des expériences à venir, menées par davantage de chercheurs selon des critères plus stricts". Or, les résultats du programme auto-Ganzfeld publiés par la suite se sont avérés statistiquement significatifs, et le taux de réussite, 34%, semblait cohérent avec les résultats de la méta-analyse réalisée en 1985. On aurait donc pu s'attendre à ce que Hyman admette la réalité de l'effet Psi dans le Ganzfeld. Mais il n'est pas facile de remettre en question les plus fermes convictions de toute une vie! Commentant les études d'un Honorton victorieux, Hyman n'a accepté de faire qu'une demi-concession: "Les expérimentations d'Honorton ont conduit à des résultats troublants. Si des laboratoires indépendants arrivent à reproduire des résultats similaires dans les mêmes conditions, alors la parapsychologie aura finalement capturée son "insaisissable proie"".
Je cite ce passage parce qu'il me semble bien plus illustrer les biais cognitifs - les croyances - de Dean Radin lui-même que ceux de Ray Hyman. En effet, il a écrit et publié "La conscience invisible" avant que Julie Milton et Richard Wiseman ne publie en 1999 une méta-analyse des recherches auto-Ganzfeld (postérieures donc aux conseils donnés dans le communiqué commun de Ray Hyman et Charles Honorton) qui conclue à un résultat non significatif (Milton, Wiseman (1999). "Does Psi Exist? Lack of Replication of an Anomalous Process of Information Transfer". Psychological Bulletin 125 (4): 387–391.) (je cite l'abstract de cet article, ma traduction):
Dans cet article, les auteurs présentent une méta-analyse de 30 études Ganzfeld PES réalisées par 7 laboratoires indépendants qui suivaient les mêmes exigences expérimentales strictes que celles suivies par C. Honorton. Les études échouent à confirmer son effet principal des participants obtenant des résultats au-dessus de la chance pour les tâches PES (...)
On sait que par la suite Daryl J. Bem & co. tentèrent de sauver le protocole Ganzfeld en allant chercher des poches de signification au sein des études regroupées par Julie Milton et Richard Wiseman (Bem, D.J., Palmer, J. & Broughton, R.S. (2001). Updating the Ganzfeld database: A victim of its own success? Journal of Parapsychology, 65, 207-218.), ce qui est une démarche éminemment problématique. A ceux qui, comme Dean Radin, ne jurent que par les méta-analyses, cela démontre que la subjectivité des chercheurs intervient au niveau de quelles études sont inclues. Là où Julie Milton et Richard Wiseman avaient décidé d'inclure toutes les recherches postérieures à 1987, donc à la publication du communiqué commun, Daryl J. Bem & co. argumentent que si on sélectionne certaines études présentant certaines caractéristiques on peut quand même obtenir un résultat significatif. Peut-être... mais cela ressemble bien plus à une fuite en avant qu'à un résultat aussi robuste et reproductible que le Ganzfeld n'avait été présenté jusque là dans la littérature. Chacun jugera pour lui-même de la pertinence de la démarche de Daryl J. Bem & co.. Pour ma part, j'aimerais juste souligner ici qu'à cause de la méta-analyse de Julie Milton et Richard Wiseman, les recherches Ganzfeld sont passées de mode en parapsychologie au profit de nouvelles choses, comme par exemple les études sur le pressentiment. Il me semble donc que la tentative de sauvetage de Daryl J. Bem & co. n'ait pas convaincu beaucoup de monde...

Où est donc aujourd'hui le "Honorton victorieux" (vs. le "Ray Hyman humilié" je suppose) dont nous parlait Dean Radin dans "La conscience invisible"?

Passons maintenant à un autre sujet: celui de la définition de ce qu'est une science pathologique. Ray Hyman énnonce, dans l'article "Pathological science: Towards a proper diagnosis and remedy" (p. 243-288), les caractéristiques suivantes (la traduction est de moi, p. 244):
(1) Un scientifique de compétences et d'accomplissements réputés (2) surprend ses collègues en affirmant l'existence d'un phénomène ou de relations qui sont considérées comme bizarres ou même impossibles par les principes acceptés couramment. (3) La communauté scientifique ou bien ignore ou attaque avec hostilité l'hypothèse bizarre. (4) Le scientifique déviant, ainsi qu'un certain nombre de supporters, défendent vigoureusement leur hypothèse en face des attaques ou de l'indifférence. (5) L'hypothèse bizarre est considérée comme discréditée aux yeux de la communauté scientifique. (6) L'hypothèse est bannie des considérations ultérieures dans la littérature scientifique, des manuels, et de l'éducation.
Ce qui peut être particulièrement choquant pour un sceptique - mais aussi extrêmement stimulant intellectuellement parlant - est que Ray Hyman ne considère pas que l'aspect "pathologique" d'une "science pathologique" provienne principalement du groupe de chercheurs déviants, mais que, au contraire, c'est la réaction de la communauté scientifique elle-même qui est "pathologique" (p. 281, ma traduction):
Ma première suggestion est que s'il y a quelque chose de "pathologique" à propos de ces cas, la pathologie ne se trouve pas dans la question de la vérité de ces affirmations ou dans la manière dont elles sont défendues . Bien plutôt, la "pathologie" se trouve dans la réaction de la communauté scientifique à ces hypothèses - une réaction qui était entièrement étrangère à l'image des scientifiques qui sont supposés être rationnels, équitables, et impartiaux lorsqu'il discute des hypothèses. Ma deuxième suggestion est que ces réactions extrêmes, lorsqu'elles tentent de discréditer les hypothèses radicales faites par des scientifiques autrement légitimes, ont un certain nombre de conséquences pour la conduite de la science plus orthodoxe. Et ces conséquences, en retour, peuvent générer les "maux" que les gardiens de la pureté de la science essayaient d'expurger.
Pour le dire autrement, Ray Hyman considère que face à certaines hypothèses déviantes, la communauté scientifique ne réagit pas de manière adéquate: elle réagit de façon émotionnelle, alors qu'elle devrait bien plutôt les évaluer comme n'importe qu'elle autre hypothèse. En ignorant ou en attaquant violemment ces hypothèses déviantes, la communauté scientifique génère des problèmes ultérieures, qui sont ceux-là mêmes qu'elles cherchaient à éviter en agissant de la sorte! En effet, en ne discutant pas avec les étudiants universitaires des échecs, des égarements des générations précédentes, en présentant la recherche scientifique uniquement sous l'angle d'une suite de succès glorieux - alors qu'en réalité il s'agit d'un processus beaucoup plus désordonné que les manuels ne veulent le faire croire - ils échouent à préparer adéquatement la génération montante de chercheurs à évaluer adéquatement ces hypothèses déviantes. Nous nous retrouvons au final dans un cercle vicieux!

J'aimerais pour terminer aborder un dernier point, qui est que Ray Hyman critique la position du sceptique C. E. M. Hansel (voir "ESP: A scientific evaluation") dans l'article "Further comments on Schmidt's PK experiments" de la manière suivante (p. 293-294, ma traduction):
Hansel, en tant que critique, à l'impression de devoir fournir des explications alternatives pour les résultats. Il limite sa recherche pour des alternatives à la tricherie délibérée de la part du chercheur, du sujet, ou d'une personne extérieure. Sa position est que, si on peut proposer un scénario dans lequel la tricherie pourrait éventuellement avoir produit les résultats, alors l'expérience qui en résulte ne peut pas fournir une preuve concluante de l'existence du Psi.

Les parapsychologues, bien entendu, voient dans la position d'Hansel un dogmatisme qui est immunisé contre la réfutation. Il n'existe pas une seule expérience qui soit complètement immunisée contre la fraude. Même si quelqu'un assemblait tous les magiciens et scientifiques du monde, et leurs demandaient de créer une expérience qui soit totalement à l'abri de la fraude, cela ne pourrait pas être réalisé. (...) Je pense qu'il est possible et rationnel pour les sceptiques d'éviter de s'engager dans cette fausse dichotomie - que les résultats doivent être soit paranormaux soit frauduleux. Il y a d'autres alternatives, dont beaucoup que nous avons encore à découvrir, mais je ne pense pas qu'il soit nécessaire ou sage de penser que nous devons toujours fournir une explication alternative pour les supposées affirmations paranormales.
L'ouvrage contient (p. 296-299) une réponse très intéressante de C. E. M. Hansel à cette critique, mais je ne vais pas en discuter ici plus avant.

Voilà! "The Elusive Quarry" contient - je pense que vous l'avez compris! - énormément de matériels, qui donnent vraiment à réfléchir sur les tenants et aboutissants de la recherche en parapsychologie. Ray Hyman n'hésite pas non plus, quand il l'estime nécessaire, à critiquer ses confrères scientifiques et à les mettre au défi d'élever le débat au meilleur niveau possible! A méditer...