lundi 31 août 2009

L'histoire de la philosophie occidentale

L'histoire de la philosophie occidentale, en anglais, en chanson, et en trois minutes:

dimanche 30 août 2009

Richard Wiseman - Pourquoi est-ce que comprendre la science est important?

Voici une interview (en anglais, environ 4 minutes) de Richard Wiseman. Pourquoi est-ce que comprendre la science est important?

samedi 29 août 2009

Notes de lectures - 16: "Les créationnistes - Une menace pour la société française?"

(Mais que lisent donc les sceptiques?)

Note: 3/5.

Ce court ouvrage (seulement 130 pages) de Cyrille Baudoin et Olivier Brosseau est un état des lieux du créationnisme, particulièrement en France. Il se lit aisément, en quelques heures, et est une excellente introduction à ce sujet. Il démontre aussi que le problème est bien réel en France, et ce malgré la laïcité.

Comme beaucoup, j'avais tendance à percevoir le créationnisme comme un problème culturellement américano-centré, qui avait du mal à s'exporter dans nos contrées moins religieuses. L'ouvrage "Les créationnistes - Une menace pour la société française?" démontre que cette confiance est infondée, et que nous assistons maintenant à une augmentation de cette croyance dans nos régions.

Il semblerait de plus que les créationnistes français soient particulièrement efficaces lorsqu'il s'agit d'avancer masqué. J'ai particulièrement apprécié les nombreuses informations concernant le créationnisme de l'Université interdisciplinaire de Paris (UIP), et du principal animateur de cette association loi de 1901, Jean Staune (à propos duquel David Rossoni avait écrit le 27 février 2009 un billet sur ce blog: "Le monde est Staune... Le Figaro aussi").

Comme trop souvent, l'ouvrage discute plus de la situation sociologique que des arguments de fond contre le créationnisme. Ils les abordent parfois en passant, mais ce n'est tout simplement pas son sujet. En tant qu'auditeur hebdomadaire du balado du Discovery Institute, "Intelligent Design - The Future", je sais fort bien qu'il y a beaucoup à dire sur la désinformation propagée par ce type d'organisations.

Par exemple, j'aurais aimé que l'ouvrage signale - au moins dans une note de bas de page - que l'argument du dessein a été démystifié par David Hume dans son "Dialogues Concerning Natural Religion", publié en 1776, et ce même avant qu'il ne soit popularisé par William Paley. Pour rappel, l'argument du dessein, dans la théologie naturelle, se présente sous la forme suivante: si un homme découvre par hasard une montre alors qu'il se promène dans la nature, il reconnaîtra que celle-ci a été conçue par un concepteur, c'est-à-dire dans cet exemple un horloger, et donc par analogie que les scientifiques peuvent aussi reconnaître l'acte d'un concepteur dans la nature.

David Hume argumente en substance qu'une analogie ne vaut qu'en vertu de la qualité de cette analogie. William Paley fait une analogie entre une montre et la nature, et dit que parce que nous savons que la montre a été conçue par un concepteur, nous pouvons de même inférer que la complexité de la nature a elle aussi été conçue par un concepteur. Mais comment savons nous que la montre a été réalisée par un horloger? En réalité, nous ne l'inférons pas en constatant la complexité de ses mécanismes, comme le prétend l'argument du dessein: nous le savons sur base empirique, parce que nous avons observé que les montres sont conçues et fabriquées par des horlogers. A l'inverse, nous ne pouvons pas observer Dieu en train de concevoir et créer le monde! L'analogie est donc extrêmement faible, particulièrement parce que de manière fallacieuse William Paley propose une analogie entre un objet organique (la montre) et un objet inorganique (les tenants du Dessein Intelligent aiment à mentionner par exemple la flagelle de la bactérie, qu'ils comparent avec un rotor de bateau). Or, si à l'inverse, on compare un objet organique (mettons une fleur) avec un autre objet organique (encore une fois la flagelle de la bactérie), toute une autre théorisation émerge, et l'argument de William Paley s'effondre sur lui-même... La seule faiblesse de la démystification de David Hume (1711-1776) est qu'il ne pouvait pas suggérer d'explications alternatives pour l'illusion de conception que nous avons lorsque nous observons la nature, ayant vécu un siècle avant la découverte par Charles Darwin de la théorie de l'évolution (la publication de "L'origine des espèces" date en effet de 1859).

J'aimerais lire plus ce genre d'analyses dans les ouvrages francophones qui critiquent le créationnisme: c'est une chose de simplement dire que le Dessein Intelligent n'est pas de la science, mais il me semble important que des scientifiques expliquent clairement - et de manière accessible - au grand public pourquoi cela n'en est pas.

Tout cela étant dit, l'ouvrage "Les créationnistes - Une menace pour la société française?" est un excellent état des lieux du créationnisme, particulièrement en France. En cela, Cyrille Baudoin et Olivier Brosseau ont parfaitement réalisé leur objectif, et ce dans un format court. A mettre dans toutes les mains...

Épisode #12 : L’athéisme dans la Science-Fiction

L'Épisode #12 : L’athéisme dans la Science-Fiction du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Je vous invite à aller l'écouter.

jeudi 27 août 2009

L'interview que nous n'entendrons jamais...

Mark Edward a écrit un excellent billet sur le skepticblog à propos du balado psiphile Skeptiko (dont je parle régulièrement ici, voir par exemple mon billet du 6 mars 2008 "Skeptiko: un podcast pseudo-sceptique"), et de son expérience en temps qu'invité d'Alex Tsakiris (en anglais): "Everbody’s an Expert". Il y décrit parfaitement l'attitude de l'hôte de ce programme.

Malheureusement, il semblerait que son interview ait été malencontreusement "effacée" après l'enregistrement, et nous ne l'entendrons donc jamais...

Ben Goldacre - Qu'est-ce que le scepticisme?

Voici une interview (en anglais, environ 2 minutes) de Ben Goldacre, auteur britannique du livre (et du blog du même nom) "Bad Science", et la première question qu'on lui pose est: qu'est-ce que le scepticisme?

lundi 24 août 2009

Brian Dunning's inFact

Brian Dunning - qui décidément déborde d'énergies - nous propose aujourd'hui trois épisodes pilotes (en anglais, environ 3 minutes) pour "inFact", une série web sur YouTube - une sorte d'adaptation vidéo de son balado Skeptoid:

A propos de 2012:



A propos de la plaque de déchets du Pacifique nord:



A propos du "wheatgrass juice":

dimanche 23 août 2009

Le dernier duel de Miyamoto Musashi

Je suis allé visiter cet été l'île de Fuma, au large de Shimonoseki (préfecture de Yamaguchi, Japon). L'endroit est célèbre pour avoir été le lieu du dernier duel de Miyamoto Musashi (jap.: 宮本 武蔵). Il y affronta Sasaki Kojirō (jap.: 佐々木 小次郎).

La ville de Shimonoseki (célèbre pour ses plats de fugu, ふぐ,poisson globe contenant une toxine mortelle qui tue chaque année une dizaine de consommateurs dans l'archipel) est située dans ma région, à environ trois heures de train de chez moi, et ce fut donc pour moi l'occasion de faire un pèlerinage martial.

Miyamoto Musashi est le plus célèbre escrimeur de l'histoire du Japon: il participa en effet à une soixantaine de duels entre ses 13 et 29 ans. Le 13 avril 1612, il affronta donc Kojirō Sasaki sur l'île de Fuma avec un bokken, ou sabre en bois. La légende raconte qu'il l'aurait taillé dans la rame du bateau qui l'aurait amené. Après avoir tué cet ultime adversaire, il décida d'arrêter les duels pour se consacrer à la pratique des arts martiaux...

Il est célèbre pour avoir créé une école de maniement du sabre, particulière pour le fait qu'elle manie deux sabres en même temps: l'un dans la main droite et l'autre dans la main gauche. Elle existe toujours aujourd'hui: il s'agit de la Hyoho Niten Ichi Ryu. Miyamoto Musashi est de plus l'auteur du "Gorin no shō" ou "Traité des cinq roues", aujourd'hui un classique de la littérature martiale. Et si tout cela ne suffisait pas, il est aussi le créateur de chef-d'œuvres dans le domaine de la calligraphie et de la peinture en utilisant la technique du lavis!

Voici une citation de Miyamoto Musashi, pour la route: "On gagne une bataille en connaissant le rythme de l'ennemi, et en utilisant un rythme auquel il ne s'attendait pas.".

Sa vie à fait l'objet de plusieurs romans, mangas, animes et films. Il fait profondément partie de la culture nippone. Néanmoins, afin de séparer la légende de la réalité, je conseille vivement l'essai historique de Kenji Tokitsu: "Miyamoto Musashi, maître de sabre japonais du XVIIe siècle".

Ce que j'apprécie chez cet escrimeur c'est que, aussi exceptionnel et talentueux qu'il ait été, il n'en était pas moins un être humain: après tout, fondamentalement, il voyageait et affrontait en duel d'autres pratiquants d'arts martiaux juste pour montrer qu'il était le plus fort! Difficile dans ces conditions de dire que c'était quelqu'un de bien...

samedi 22 août 2009

Afternoon Tea avec Richard Wiseman

J'interromps ce programme pour une petite page de pub pour le tout nouveau tout chaud balado (en anglais) de Richard Wiseman, Afternoon Tea:

Épisode #11 : Truth-Driven Thinking

L'Épisode #11 : Truth-Driven Thinking du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Je vous invite à aller l'écouter.

vendredi 21 août 2009

Le troisième réplicateur

Pour ceux que la mémétique intéressent, Susan Blackmore a publié un article sur le site du journal "New Scientist" où elle discute de la troisième génération de réplicateurs: après les gènes, les mèmes, voici les tèmes - ou réplicateurs technologiques. L'article s'intitule "Evolution's third replicator: Genes, memes, and now what?". Si les mèmes nécessitent l'intervention humaine pour se répliquer, les tèmes sont les réplications générées uniquement par des moyens informatiques, d'ordinateurs à ordinateurs - et autres machines. Nous n'en sommes qu'à la naissance des tèmes, mais on peut légitimement se poser la question de où cela va nous conduire...

La Singularité technologique arrive!

mercredi 19 août 2009

Notes de lectures - 15: "ESP: A scientific evaluation"

(Mais que lisent donc les sceptiques?)

Note: 5/5.

Au rayon des classiques du mouvement sceptique contemporain, nous avons l'ouvrage de C. E. M. Hansel: "ESP: A scientific evaluation - Telepathy, Clairvoyance, Precognition, Psychokinesis". L'ouvrage date de 1966 et est une revue de la littérature de la recherche en parapsychologie jusqu'à cette date.

La seule faiblesse de l'ouvrage est qu'il est relativement ancien. Malgré cela, bon nombre des critiques énoncées par C. E. M. Hansel garde de leur actualité, ce qui témoigne de la persistance des problèmes endémiques à la parapsychologie, sans compter que de nombreux psiphiles continuent à invoquer par exemple les travaux de Joseph Banks Rhine & co. comme supportant l'existence du Psi (et quelqu'un comme Bertrand Méheust remonte même à la métapsychique du 19e siècle).

A la page 237, C. E. M. Hansel discute par exemple de l'abandon par les parapsychologues de l'exigence de répétabilité:
Investigators are continually producing reports of their experimental findings, wich may be classified, for convenience, as good and bad. The good ones survive because they are confirmed in further research. The bad ones are forgotten because they cannot be confirmed. New findings become targets for criticism, and a finding must be confirmed by critics under their own experimental conditions; it then soon becomes clear when it is to be rejected.

If anyone invents a pseudoscience in wich this principle ceases to operate, the result soon becomes apparent, for the new "science" fails to have predictive value and leads to more and more findings and theories that are incompatible with orthodox science. This is what has happened in parapsychology.
Traduction:
Les enquêteurs sont continuellement en train de produire des rapports de leurs résultats expérimentaux, qui peuvent être classifiés, de manière pragmatique, en bon et mauvais. Les bons survivent parce qu'ils sont confirmés par les recherches ultérieures. Les mauvais sont oubliés parce qu'ils ne peuvent pas être confirmés. Les nouveaux résultats deviennent la cible de critiques, et un résultat doit être confirmé par ses critiques dans leurs propres conditions expérimentales; et alors il devient rapidement clair ce qui doit être rejeté.

Si quelqu'un invente une pseudo-science dans laquelle ce principe cesse d'opérer, le résultat devient rapidement évident, parce que la nouvelle "science" échoue à avoir une capacité prédictive et génère de plus en plus de résultats et de théories qui sont incompatibles avec la science orthodoxe. C'est ce qui est arrivé à la parapsychologie.
Je discutais précédemment de ce problème dans mon billet "Pile je gagne, face tu perds - La rhétorique de la parapsychologie": les résultats positifs sont comptés par les tenants comme confirmant que le Psi existe, mais les résultats négatifs ne sont pas comptés comme réfutant son existence. Dans tous les cas, donc, les psiphiles ne peuvent forcément que conclure (parce que c'est la seule conclusion que permet leur épistémologie) que le Psi existe...

La fin de l'ouvrage "ESP: A scientific evaluation" discute des expériences inhabituelles (chapitre 14: "Accounts of Strange Experience"), du Spiritualisme (chapitre 15) - avec un long passage consacré à la médium Eusapia Palladino, dont j'ai déjà parlé sur ce blog (voir par exemple mon billet consacré à la technique du serre-joint humain pour générer un effet de lévitation de table)- , et enfin des voyants et du "channelling" (chaptire 16: "Mental Mediums").

Cependant le coeur de l'ouvrage ne se situe pas là, mais bel et bien dans les analyses détaillées - et critiques - de toute une série d'expériences de parapsychologie. Après avoir discuté des études les plus anciennes, C. E. M. Hansel aborde l'expérience Pearce-Pratt (chapitre 7), l'expérience Pearce-Woodruff (chapitre 8), l'expérience Soal-Goldney (chapitre 9) et d'autres encore. Le chapitre 11, en ce qui le concerne, se penche sur les recherches sur la psychokinèse.

C. E. M. Hansel démontre par A + B que la méthodologie de ces expériences n'excluent pas la fraude. Du coup, nous en sommes réduit à utiliser le rasoir d'Occam: est-ce qu'il est plus plausible que les résultats aient été produits par un phénomène inconnu jusqu'à ce jour dont nous n'avons aucun modèle explicatif valide (le Psi) ou par un phénomène dont l'existence est largement établi (la fraude)?

La question de la fraude en parapsychologie, que ce soit des sujets ou des expérimentateurs, est complexe. Sur ce sujet, les psiphiles rétorquent généralement que la fraude existe aussi - ou du moins est tout aussi possible sinon plus - dans d'autres domaines scientifiques. Je suis tout à fait d'accord avec ça! Il a été même mis en évidence récemment que la fraude scientifique était bien plus courante qu'on ne le pensait par le passé (voir les articles: "Scientific Misconduct Is Prevalent, But Not Reported" et "Scientists faking results and omitting unwanted findings in research"). Soyons clair: les sceptiques critiquent la fraude dans tous les domaines de la recherche, et pas uniquement en parapsychologie; mais tout cela ne fait pas que la fraude en parapsychologie ne pose pas un grave problème! Cet argument consiste en quelque sorte à dire: "ce n'est pas grave si on triche parce que les autres le font aussi...".

De plus, d'autres facteurs rendent le problème bien plus important en parapsychologie. Premièrement, la communauté des parapsychologues est très réduite. Si un psychologue, parmi des millions d'autres, altèrent ses résultats, sa fraude sera diluée dans la masse des publications, et très rapidement des échecs de réplications l'annuleront. Par contre, ce ne sera pas le cas si un parapsychologue le fait pour les raisons déjà évoquées plus haut... Deuxièmement, face à un phénomène soit élusif (selon les psiphiles) soit inexistant (selon les sceptiques), le chercheur a beaucoup plus de motivation à altérer ses données. En effet, si je travaille sur un sujet classique en psychologie par exemple, j'obtiendrai régulièrement des résultats significatifs, que je n'aurai pas trop de mal à publier dans des revues scientifiques à comité de lectures. Le parapsychologue n'a pas du tout cette assurance, à cause des problèmes de réplications dont souffre sa discipline. Quant à ce qui concerne la fraude des sujets, là aussi, un sujet d'une expérience de psychologie classique n'a pas vraiment de raison de tricher. Par contre, un médium célèbre (comme Uri Geller, John Edward et d'autres) ont au contraire toutes les raisons du monde d'essayer d'altérer les résultats afin que le laboratoire de parapsychologie confirme la réalité de leurs dons!

En clair, comparer la fraude en parapsychologie avec la fraude dans un domaine classique de la science (mettons la psychologie) est une fausse analogie, parce que la première à des caractéristiques spécifiques qui tendent à encourager la tricherie, que ce soit des sujets ou des chercheurs.

En conclusion, l'ouvrage de C. E. M. Hansel: "ESP: A scientific evaluation" se doit d'être dans votre bibliothèque si vous êtes un sceptique qui s'intéresse à la parapsychologie!

mardi 18 août 2009

Sam le professeur

J'espère sincèrement que ce mec n'est pas un professeur de sciences (en anglais, environ 1 minute):

La POZ n°050

"La publication de l'Observatoire Zététique" (ou La POZ) n°50 (gratuite, en format .pdf) est disponible.

dimanche 16 août 2009

Susan Blackmore: La grande illusion de la conscience

Dans cette conférence (en anglais, environ 1 heure), Susan Blackmore discute de la conscience, et de pourquoi notre impression d'être un "Soi" est peut-être bien une illusion:

samedi 15 août 2009

Épisode #10 : Les anges de Mons

L'Épisode #10 : Les anges de Mons du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Je vous invite à aller l'écouter.

vendredi 14 août 2009

Week end de l'étrange à Fontenoy La Joûte





Fontenoy la Joûte est un agréable village de Meurthe et Moselle où une quinzaine de bouquinistes se sont installés, offrant la possibilité d’acquérir des livres d’occasion.

Certains ont des thématiques, d’autres sont éclectiques et c’est toujours avec beaucoup de plaisir que je vais fouiner dans ces granges aménagées et pour la plupart, ouvertes sur l’extérieur, ce qui donne un charme certain à cet endroit qui fleure bon l’encre et le papier.

Les 8 et 9 août derniers, s’y tenait le weekend de l’étrange, 1ère édition.

Voici , très résumé, mon regard de visiteuse.

Les organisateurs avaient choisi un melting-pot de paranormal, d’ufologie, d’ésotérisme et d’astronomie (pour la caution scientifique je pense).

Une veillée nocturne astronomique et ufologique était prévue sur (je cite) « le site tellurique de la chapelle Saint-Pierre - XIIIème siècle ». Cependant, en raison d’un ciel orageux, cette veillée n’a pu avoir le succès public qui pouvait être espéré.


L’association SPICA présente, n’a pas ménagé ni son temps ni ses efforts, car durant deux jours, leur exposition conséquente, leurs explications et la mise à disposition de lunettes et télescopes ont fait le bonheur de petits et grands.


La première conférence à laquelle j’ai pu assister a été celle de Monsieur Michel PADRINES suivie d’une série de questions – réponses. Michel PADRINES (OVNI INVESTIGATION) est un bon orateur et son exposé – diaporama est bien rôdé. J’espère avoir l’occasion de le rencontrer à un prochain repas ufologique puisqu’il est organisateur de ceux de Colmar. J’ai bien évidemment de nombreuses questions à lui poser.

Anecdote : Michel PADRINES donnant la parole à un « frère chaman », pour qu’il explique ce qu’était justement un chaman, celui-ci a décliné l’invitation.

Yves LIGNON qui se trouvait dans le public pas très loin de moi, a alors voulu donner son avis à ce sujet.

Le « frère chaman » lui a immédiatement coupé la parole et a entrepris de donner ses explications.

Yves LIGNON est sorti, certainement pour rallumer sa légendaire pipe…


C’est aussi lors de cette conférence que j’ai appris qu’afin d’expliquer des enlèvements allégués (ou abductions), il était évoqué des « gitans de l’espace ».

J’ai également pu assister à celle animée par Monsieur Gildas BOURDAIS, intitulée « le scénario révisé du crash de Roswell». Monsieur BOURDAIS a donné une foule de détails montrant à quel point il s’est investi sur ce sujet touffu.


Sur ces deux jours nous avons pu avoir, mes amis et moi, plusieurs entretiens avec lui. Son amabilité et sa disponibilité ont été très agréables alors même qu’il avait été « averti » de la présence de sceptiques et que nous nous soyons bien présentés comme tels.


J’ai malheureusement raté une bonne partie de sa seconde conférence relative au cas survenu dans un ranch isolé de l’Utah et basée sur le livre écrit par Colm A Kelleher et Georges Knapp , intitulé « La science confrontée à l’inexpliqué ». (Boules de lumière, mutilations de bétail, tunnel, poltergeist, fantômes, fenêtre sur un autre monde, ovnis, cercle dans la glace …).


En effet, j’ai été hélée par un jeune homme habitué du forum du Col de Vence et une conversation à l’extérieur a suivi. J’ai également rencontré un membre de l’association 3AF avec lequel je me suis entretenue et nos échanges ont été fort courtois.


Le dimanche, c’est à la conférence d’Yves Lignon à laquelle nous avons pu assister, tout en regrettant de ne pouvoir participer à celle de Denis-Roger Denocla sur les crop circles, les deux étant programmées pratiquement simultanément.


Yves Lignon, tout autant aimable et disponible tout au long de ces deux jours avec nous (lui aussi avait « averti » de la présence de sceptiques, voire de zététiciens !) est intervenu sur les sujets qu’il maîtrise parfaitement dont le sarcophage d’Arles-sur-Tech.

Monsieur LIGNON a expliqué pourquoi il avait rejeté la première étude scientifique faisant état de la porosité du marbre laissant passer l’eau, (Une erreur dans les statistiques produites.).

Il est toutefois tout à fait d’accord avec cette explication prosaïque.

Lors de son exposé, le nom du sociologue des sciences Pierre Lagrange, est cité à plusieurs reprises en mode ironique « on ».

Yves Lignon qui avait été interpellé par le « frère chaman » lors d’un repas (Tous les scientifiques sont des menteurs !), a débuté son laïus par une explication de ses démarches pragmatiques de recherches à contrario d’allégations non exploitables.

Il a fait de même en réponse à une question posée sur le tellurisme, en dissociant bien géophysique notamment du discours des adeptes des énergies et ondes de forme chères aux géobiologues.

Nous avons également visité l’exposition Guy Tarade dont nous avions tant entendu parler. Cette exposition est essentiellement composée d’articles de presse sur les ovnis, dont de nombreuses des années 70.

Le témoin d’un phénomène insolite nous attendant dans les Vosges, nous avons du partir, munis d’une demi douzaine de livres sans avoir pu assiter à la prestation de Jean Pierre GIRARD.

Si le public a manqué aux exposants comme certains nous l’ont exprimé, pour nous ce fut aubaine car l’accessibilité aux conférences et surtout à leurs conférenciers nous a permis d’avoir de nombreux échanges et prises de contacts.

A renouveler.

jeudi 13 août 2009

The G Hunters

Cette parodie de "Ghost Hunters" - et autres émissions similaires - est une vidéo produite par "The Skeptics' Guide to the Universe" (2 x environ 10 minutes, en anglais):

Première partie:



Deuxième partie:

mardi 11 août 2009

Et non, la station Mir ne s'est pas écrasée...

Il y a dix ans jour pour jour aujourd'hui, la station spatiale Mir ne s'écrasait pas en France. Le couturier Paco Rabanne avait en effet prédit dans les médias en 1999 , quelques jours avant l'éclipse totale du 11 aout, que certains morceaux de la station allaient tomber sur Paris et causer des milliers de morts. En réaction à cette prédiction, le Cercle Zététique organisa, non sans humour, l'apéritif des survivants.

Le Psi ne devait pas être avec lui lorsqu'il a détecté cette perturbation dans le Côté Obscur...

Un conseil donc pour les futurs Paco Rabanne: pour être un bon médium, prédisez les évènements après les faits, cela fonctionne beaucoup mieux!

lundi 10 août 2009

L’hypothèse sociopsychologique : ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas

Un article inédit de Jacques Scornaux pour le blog "Scepticisme scientifique":

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L’hypothèse sociopsychologique : ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas

Introduction

Pendant longtemps, la négation de l’existence des ovnis en tant que phénomène physique original a été l’apanage de personnes extérieures au milieu ufologique, que les croyants aux ovnis pouvaient récuser avec quelque légitimité comme connaissant mal le dossier. Il faut reconnaître que les explications avancées par ces négateurs de la première heure étaient souvent simplistes et partielles, et les enquêteurs ufologiques de terrain avaient beau jeu de relever les insuffisances de leur argumentation et de les accuser de nier les ovnis a priori en raison de préjugés philosophiques. Ces « debunkers », comme les ufologues les appellent avec mépris, ne représentaient donc pas un réel danger pour les partisans d’hypothèses extraordinaires, qu’elles fassent appel à des visiteurs extraterrestres, à des voyageurs temporels, à des phénomènes paranormaux ou encore à des entités infra-, intra-, méta-, para- ou supraterrestres (tous les préfixes y sont pratiquement passés).

Or, depuis une trentaine d’années, c’est à une opposition bien plus sérieuse qu’ont affaire les tenants de ces hypothèses, car venue de personnes qui, nourries dans le sérail, en connaissent les détours. Certains ufologues qui avaient longtemps défendu eux aussi des hypothèses non conventionnelles en sont en effet venus à se demander si celles-ci étaient réellement nécessaires pour rendre compte des ovnis, et ont ainsi progressivement élaboré ce que l’on a appelé l’hypothèse sociopsychologique (HSP). C’est en 1977 que Michel Monnerie, qui n’était pas n’importe qui dans le milieu ufologique (il était membre du comité de la principale revue spécialisée française, Lumières dans la Nuit), osa poser, en titre de son premier livre, la question Et si les ovnis n’existaient pas ? Deux ans après, il récidivait avec un ouvrage, Le naufrage des extraterrestres, où le point d’interrogation avait disparu, ce qui lui a été beaucoup reproché. Ces deux pavés dans la mare ont suscité à l’époque des réactions violentes (Monnerie y a perdu beaucoup de ses amis, ou plutôt de ce qu’il croyait être des amis), mais ont initié, malgré leurs imperfections inhérentes à un travail de précurseur, un débat qui n’a pas cessé depuis.

Le présent texte a pour objet de dissiper quelques idées fausses sur ce qu’est réellement l’hypothèse sociopsychologique. Les ufologues croyants et leurs compagnons de route ont en effet coutume de déformer les positions des sceptiques, pas toujours sciemment d’ailleurs, car ils ne comprennent sincèrement pas pourquoi ceux-ci ont « perdu la foi » en l’existence des ovnis, existence qui pour eux demeure au delà de tout doute raisonnable.

Comment peut-on définir l’HSP ?

L’hypothèse sociopsychologique postule que toutes les observations dites d’ovni ont pour origine la perception d’un phénomène connu, naturel ou artificiel, qui n’a pas pu être identifié correctement en raison des conditions d’observation et de l’influence de facteurs socioculturels.

Son nom exprime-t-il bien ce qu’elle est ?

A mon sens non, car si l’HSP fait bien appel à la psychologie sociale, ce nom, ou sa variante « hypothèse psychosociologique » (que préfèrent les sociologues parce qu’elle donne la prééminence sémantique à leur discipline), peut faire penser que, pour ses partisans, « tout se passe dans la tête des témoins ». Or rien n’est plus faux. Les tenants de l’HSP sont d’accord avec tous les autres ufologues que seule une infime minorité des observations d’ovni correspondent à une vision sans objet (ou hallucination). Dans l’immense majorité des cas, il y a bien un stimulus matériel. Les partisans de l’HSP font simplement l’hypothèse que ce stimulus est dans tous les cas un phénomène connu mal interprété. L’un d’entre eux, Claude Maugé, a proposé de la renommer « hypothèse réductionniste composite » (HRC), ce qui est mieux : elle consiste effectivement à « réduire » les ovni à des phénomènes connus et elle est bien « composite », puisqu’elle fait appel à diverses explications, tant au niveau des phénomènes interprétés comme des ovnis qu’à celui des mécanismes psychologiques et sociaux qui induisent cette interprétation. Mais ce n’est pas encore tout à fait satisfaisant, car le mot « hypothèse » est lui aussi contestable. Il a en effet une connotation spéculative, alors que nous avons affaire à une théorie explicative ayant de solides fondements empiriques (mécanismes connus d’illusion perceptive et d’influence sociale, nombreux cas d’ovni qui ont pu être élucidés). Le croyant aux ovnis fait, lui, une pure hypothèse ! On peut donc souhaiter qu‘une dénomination comme « modèle réductionniste composite » se substitue à HSP ou HPS. Dans la suite de ce texte, je continuerai toutefois à utiliser le signe HSP, qui est consacré par l’usage.

Revient-elle à dire que « les ovnis n’existent pas » ?

Elle postule certes que les observations d’ovnis ne témoignent pas de l’existence d’un phénomène physique nettement distinct de tous ceux déjà répertoriés par la science, mais elle ne nie évidemment pas l’existence des ovnis au moins en tant que phénomène sociétal de grande ampleur, qui exige en tout état de cause une étude. Car même si toutes les observations dites d’ovni n’étaient que des erreurs d’interprétation de phénomènes connus, leur nombre et leur persistance (plusieurs millions de témoins au minimum en un peu plus d’un demi-siècle), les systèmes de croyance qu’elles ont engendré et la prégnance du thème de l’ovni et de l’extraterrestre dans notre culture (littérature, cinéma, publicité, jeux, etc.) font qu’il y a largement de quoi justifier des recherches approfondies en sciences humaines. Peut-être aussi certaines observations d’ovni cachent-elles des phénomènes météorologiques ou géophysiques encore mal connus. Loin de vouloir étouffer l’étude réellement scientifique du phénomène ovni, les partisans de l’HSP souhaitent au contraire l’encourager.

L’HSP n’est-elle adoptée que par une minorité d’ufologues ?

En fait, TOUS les ufologues pratiquent (certains sans doute sans le savoir) l’HSP quand ils expliquent de manière prosaïque certaines observations d’ovni. Car tous conviennent qu’une grande majorité des cas relèvent de confusions avec des phénomènes connus. Ils divergent toutefois largement sur l’estimation de l’ampleur du reliquat inexpliqué (les chiffres vont de 1 à 10 % ou davantage…) et sur la composition de ce reliquat. Il est en effet très révélateur que si on demande à divers ufologues quels sont les cas les plus solides, on n’obtiendra jamais deux listes identiques, et il s’en trouvera toujours un, même parmi les plus convaincus de la nature extraordinaire des ovnis, pour expliquer de manière convaincante l’un ou l’autre cas que ses collègues considèrent comme un « grand classique ». Le problème, c’est que d’un ufologue à l’autre, les cas expliqués ne sont pas les mêmes… L’ufologue A démolit des cas auxquels croit l’ufologue B, qui lui-même démonte des cas défendus par l’ufologue C et ainsi de suite. En fin de compte, que reste-t-il ?

Il ne fait en tout état de cause aucun doute que l’HSP rend compte d’une très large part des cas d’ovni et mérite donc une étude scientifique approfondie. Les partisans de l’HSP, ou ufologues sceptiques, sont en fait ceux qui postulent que le reliquat actuellement inexpliqué relève en puissance lui aussi de l’HSP. Beaucoup d’ufologues, que l’on peut qualifier de « classiques » ou de « croyants », se refusent farouchement à envisager cette éventualité, et traitent avec mépris leurs adversaires de « socio-psychos ». En ufologie, ce n’est pas le premier pas qui coûte, mais le dernier…

Les partisans de l’HSP nient-ils a priori l’existence des extraterrestres ou du paranormal ?

Non, et leur itinéraire ufologique le prouve à suffisance. Tous ont commencé par croire qu’il fallait effectivement faire appel à des phénomènes encore inconnus de la science pour rendre compte des observations d’ovnis, l’hypothèse extraterrestre (HET) étant le plus souvent retenue. La plupart d’entre eux ont collaboré activement à des groupements ufologiques, ont mené des enquêtes, ont écrit des articles en faveur de l’existence des ovnis et certains ont même commis des livres allant dans ce sens. Ils n’ont donc pas grand chose en commun avec les négateurs a priori que les ufologues qualifient de « rationalistes » (appellation non contrôlée), c’est-à-dire avec des gens qui « savent » de science infuse que les visites d’extraterrestres ou le paranormal, cela ne peut pas exister. Sans doute parce que cela dérange leur conception philosophique du monde. Mes amis sceptiques et moi avons, pensons-nous, amplement prouvé que ce n’était pas notre cas. L’intérêt de certains d’entre nous a d’ailleurs débordé de la seule ufologie pour se porter aussi sur d’autres phénomènes dits parascientifiques comme la parapsychologie ou la cryptozoologie.

Leur évolution vers le scepticisme a-t-elle des raisons inavouées ?

Cette évolution apparaît tellement incompréhensible à ceux dont la foi en l’HET demeure intacte qu’ils en sont venus à échafauder diverses hypothèses pour expliquer notre revirement : nous serions-nous progressivement rendu compte à quel point l’HET entrait en contradiction avec nos propres croyances ? Aurions-nous pris peur d’une invasion extraterrestre ? Les autorités auraient-elles exercé des pressions sur nous ? Aurions-nous craint de perdre notre emploi ? Ou encore nous aurait-on achetés ?

Je vais essayer de montrer ici que tout cela est parfaitement ridicule, mais je suis conscient que rien ne pourra convaincre les croyants les plus fanatiques, que de telles hypothèses rassurent sans doute sur la légitimité de leurs propres convictions. En ce qui me concerne, je suis toujours aussi intéressé qu’auparavant par le thème de la vie extraterrestre, qu’il s’agisse de la quête de traces de vie sur la planète Mars ou le satellite Europe, ou de la recherche de signaux intelligents (projets SETI). Et je ne pense toujours pas que des visites d’extraterrestres sur terre soient impossibles. Mon opinion est qu’en l’état actuel de nos connaissances, la probabilité d’une telle visite n’est ni faible ni grande, mais tout simplement impossible à évaluer. Trop d’inconnues empêchent en effet d’estimer avec une quelconque précision la fréquence de la vie intelligente dans l’univers ou la faisabilité des voyages interstellaires. J’espère que l’on m’accordera le bénéfice de la sincérité quand je dis que je n’ai donc aucune objection théorique à formuler contre l’hypothèse que les ovnis seraient des engins extraterrestres. Et je pense pouvoir dire qu’il en va de même pour beaucoup de partisans de l’HSP.

Aucun d’entre nous n’a non plus été menacé de perdre son emploi ou de subir quelque autre sanction, ni n’a émargé à quelque fonds occulte. Personnellement, au moment où je commençais à devenir sceptique, j’avais même un chef de service qui croyait à fond aux extraterrestres. Alors, si j’avais voulu ménager ma carrière, j’aurais plutôt dû mettre la pédale douce sur mes nouvelles opinions… Quant aux rares livres écrits par les sceptiques, ils ne leur ont pratiquement rien rapporté.

Alors, pourquoi les sceptiques le sont-ils devenus ?

C’est tout simplement la pratique même de l’ufologie, et notamment la collaboration à des associations spécialisées, qui nous a fait réfléchir. Nous avons pu constater de l’intérieur, même dans les associations qui passent pour les plus sérieuses, le manque général de rigueur méthodologique, les erreurs de raisonnement, les vérifications non faites, etc. Et nous avons pu recueillir, en privé, bien des confidences révélatrices auprès de nos confrères ufologues. Le simple lecteur de livres et de revues ufologiques ne peut pas se rendre compte de tout cela, car il se voit présenter une version des faits qui est plus ou moins tronquée, déformée ou enjolivée, de façon qu’incohérences, doutes, contradictions et indices révélateurs de l’identité réelle du phénomène observé n’apparaissent plus. Bien davantage qu’à la malhonnêteté ou au manque de compétence – nombre d’ufologues ont une bonne formation intellectuelle et ne manquent pas de bon sens – cet état de fait tient à une irrésistible envie de croire à une origine non conventionnelle des ovnis. Même si les ufologues les plus sérieux veillent dans leur discours public à ne parler que d’hypothèses, il suffit de gratter un peu sous la surface pour voir apparaître la croyance qui obnubile leur esprit critique.

La vision intérieure que nous avons du milieu ufologique nous a notamment conduits à établir quelques constatations générales très gênantes pour les partisans d’hypothèses extraordinaires :

  1. la continuité entre l’ordinaire et l’extraordinaire : il y a une continuité parfaite entre les confusions les plus banales, où l’objet observé est parfaitement reconnaissable sous le vocable d’ovni dont l’a gratifié le témoin, et les cas les plus complexes avec apparition d’entités et effets physiques divers. Cette continuité incite fortement à penser que l’on a affaire, quand on passe à de plus hauts niveaux d’étrangeté, à des différences de degré d’un même phénomène d’interprétation erronée et non à des différences de nature
  2. l’indiscernabilité entre cas identifiés et non identifiés : les cas qui ont pu être identifiés de façon certaine, souvent d’ailleurs par des ufologues classiques, présentent à tous points de vue les mêmes caractéristiques que les cas qui demeurent non identifiés. La seule différence est la présence ou l’absence d’une explication. Pourquoi alors supposer que le résidu de cas inexpliqués relève d’un phénomène distinct ? D’autant plus que les ufologues reconnaissent que c’est parfois par pure chance qu’ils ont pu trouver l’explication, qui n’était a priori pas évidente du tout… Le désaccord entre croyants sur la composition du résidu inexpliqué offre aussi une belle confirmation de cette indiscernabilité.
  3. le non-resserrement des caractéristiques quand on sélectionne les « meilleurs » cas : les ovnis présentent des caractéristiques extrêmement variables d’un cas à un autre. Or quand on établit des critères de sélection des meilleurs cas non identifiés, en termes de nombre de témoins, d’évidences physiques, d’étrangeté, etc., on ne constate aucune convergence vers des caractéristiques plus précises : les cas dits « béton » présentent des aspects aussi variables que les cas moins bien attestés, ce qui ne serait pas le cas s’ils relevaient d’une cause distincte.
  4. La préexistence dans notre culture de toute la thématique ufologique : qu’il s’agisse des formes, prouesses et effets physiques des ovnis ou des types d’extraterrestres et de leurs comportements allégués, y compris les enlèvements de Terriens auxquels ils procéderaient, tout se trouvait déjà dans des productions culturelles récentes (science-fiction) ou anciennes (récits légendaires ou folkloriques). Pour être honnête, je dois préciser que les sceptiques ne sont pas à l’origine de ce dernier constat, car les croyants l’avaient fait avant eux, sciant ainsi allégrement la branche sur laquelle ils sont assis. Mais ils s‘étaient bien gardés d’en tirer les conclusions logiques : pour eux, l’intelligence responsable des ovnis adapte ses manifestations au contexte de l’époque et se manifeste par l’intermédiaire de notre culture. Ben voyons, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
C’est tout ce faisceau d’éléments qui nous a très progressivement (aucun d’entre nous n’a eu de révélation soudaine !) conduits à envisager que les ovnis n’étaient peut-être pas ce qu’on avait cru jusque là. Et ce n’est pas sans réticence que nous l’avons fait, car l’HSP est assurément moins exaltante que l’HET. Mais peu à peu, les hypothèses extraordinaires nous sont apparues inutiles pour rendre compte des observations d’ovni. J’ai bien dit inutiles, et non pas impossibles ! C’est là plus qu’une nuance, mais une différence capitale avec les « debunkers » auxquels les croyants aimeraient bien nous assimiler. Contrairement à eux, nous ne rejetons pas a priori l’éventualité qu’un vaisseau extraterrestre vienne un jour visiter la terre, ni que des phénomènes dits paranormaux puissent exister. Notre scepticisme résulte d’un examen des faits : il est empirique et non idéologique.

Pour nous définir, l’un de nous, Thierry Pinvidic, a proposé le nom de « sceptiques pragmatiques », qui me paraît bien choisi. En effet, nous n’avons aucune certitude, ne proclamons aucun dogme, nous avançons simplement une hypothèse. Et celle-ci répond au critère de réfutabilité de Popper : il suffit de trouver des cas non réductibles qui soient parfaitement documentés. Autrement dit, nous exigeons simplement des preuves dignes de ce nom !

Les partisans de l’HSP ne refuseraient-ils pas toute preuve de la présence d’extraterrestres qu’on pourrait leur présenter ?

Non, il disent simplement que les preuves avancées jusqu’à présent ne sont pas concluantes. Mais que pourrait être une preuve concluante de la présence d’extraterrestres ? On a invoqué parfois la présence, après un atterrissage d’ovni, de débris ou d’objets d’une pureté chimique inaccessible sur Terre. Outre que cela s’est en l’occurrence révélé faux, ce type de preuve est peu concluant et le sera de moins en moins avec les progrès des techniques. Atteindre une extrême pureté est plus souvent une question de prix que de possibilité matérielle. Une preuve plus convaincante serait la découverte d’un objet dont certains éléments constitutifs auraient une composition isotopique nettement différente de celle observée sur terre, à l'état naturel ou du fait de l'activité humaine. Les allégations en ce sens qui ont été faites ne se sont pas confirmées à ce jour. Une preuve meilleure encore serait de trouver un engin faisant appel à une technologie inconnue ou des entités présentant une constitution biologique différente de la nôtre. Ceux qui croient qu’un ovni s’est écrasé en 1947 près de Roswell (Nouveau-Mexique) affirment qu’une telle preuve existe, mais leur conviction ne repose que sur des témoignages recueillis longtemps après et qui se contredisent allégrement tant sur l’aspect de l’engin et des entités que sur la localisation de l’événement. La preuve la plus incontestable serait bien sûr un atterrissage « officiel » des extraterrestres, devant nos autorités, mais les ufologues croyants eux-mêmes ont fait couler des tonnes d’encre pour expliquer, de manière plutôt convaincante d’ailleurs, pourquoi un tel événement leur paraissait improbable.

Les partisans de l’HSP pratiquent-ils une généralisation abusive ?

Il s’agit certes de l’une des erreurs de raisonnement les plus répandues au monde. Mais trois des constatations que nous avons faites plus haut – continuité entre l’ordinaire et l’extraordinaire, indiscernabilité entre cas identifiés et non identifiés et non-convergence des caractéristiques des « meilleurs » cas – concourent à autoriser la conclusion que la généralisation des conclusions sceptiques aux cas demeurant inexpliqués n’est pas abusive.

Les partisans de l’HSP passent-ils sous silence les éléments d’une observation qu’ils ne peuvent pas expliquer ?

Ce reproche a été fait, avec quelque justification, aux négateurs a priori qui connaissaient mal le dossier des ovnis. Mais on ne peut pas l’étendre aux sceptiques pragmatiques, qui n’ont pas hésité à prendre à bras le corps même les cas les plus complexes et apparemment les mieux attestés.

Bien des causes peuvent par exemple expliquer l’observation d’humanoïdes extraterrestres : il s’est agi dans certains cas de l’équipage d’un hélicoptère, d’une équipe d’entretien d’une voie ferrée, de divers animaux (singes, rapaces nocturnes), de cauchemars (cas des entités apparaissant la nuit dans la chambre du témoin), de canulars dont les témoins sont auteurs ou victimes… et même d’automobilistes sortant de leur voiture ! Car il n’est pas nécessaire qu’un objet vole pour qu’il soit qualifié d’ovni : il suffit qu’une observation au sol et une lumière vue dans le ciel peu avant ou après soient considérées par les témoins comme deux phases d’un même phénomène.

Les traces ou effets allégués peuvent aussi avoir de multiples origines, souvent indépendantes du phénomène qui est à l’origine de l’observation d’ovni proprement dite. Une trace relevée par les témoins après le départ de l’ovni peut très bien s’être trouvée là auparavant (je me souviens d’un cas où elle était due à un silo agricole) et être rattachée indûment, mais de bonne foi, à l’observation. Certains effets sur les témoins peuvent être dus à la frayeur ressentie à la vue d’un phénomène perçu comme inexplicable. Cette même frayeur peut entraîner une fausse manœuvre, d’où le calage des moteurs de voitures, et être perçue par les animaux familiers, d’où le comportement anormal de ceux-ci.

Quant aux cas à forte étrangeté qui ont des témoins multiples, ou bien ces témoins sont ensemble ou se connaissent et peuvent, toujours en toute bonne foi, s’influencer l’un l’autre (effet de consensus, bien connu en psychologie sociale), ou bien ils sont réellement indépendants, mais dans ce cas, on constate qu’un seul témoin ou groupe de témoins décrit les aspects les plus fantastiques, les autres se contentant de confirmer qu’ils ont vu un vague phénomène bizarre qui peut être n’importe quoi.

D’une manière générale, on peut dire que les cas d’ovni complexes naissent d’un amalgame, qui semble logique aux témoins et ensuite aux ufologues, entre des éléments disparates proches dans le temps et dans l’espace mais d’ayant pas de rapport réel entre eux.

L’HSP traduit-elle un mépris des témoins d’ovni ?

Certains se sont risqués à avancer un argument éthique contre l’HSP, qui traduirait un mépris envers les témoins de la part d’experts élitistes. Pour ces derniers, les témoins seraient des gens incompétents qui prendraient des vessies pour des lanternes. Encore une fois, ce reproche pouvait se comprendre dans le cas des négateurs de la première heure, qui étaient souvent des universitaires, mais il ne s’applique absolument pas aux sceptiques pragmatiques. Ceux-ci, qui n’appartiennent de loin pas tous aux élites intellectuelles, ne prennent aucunement les témoins pour des imbéciles, et ne mettent en doute ni leur bon sens ni leur bonne foi. Ils disent simplement que tout un chacun, y compris eux-mêmes, peut un jour se trouver dans des conditions physiques ou psychologiques d’observation où il serait amené à commettre de grossières erreurs d’interprétation. Loin de mépriser les témoins, les enquêteurs sceptiques ont parfois passé un long temps avec eux, les ramenant sur les lieux dans des circonstances analogues à celles de l’observation et s’attachant à leur expliquer comment un phénomène prosaïque a pu être mal interprété. Ne jouent-ils pas ainsi auprès des témoins un modeste rôle pédagogique ?

On peut bien plus légitimement se poser la question du mépris des témoins à propos des ufologues croyants. En effet, le témoin ne parle souvent pas initialement d’ovni. Même s’il emploie ce terme aujourd’hui très connu, ce n’est qu’un mot plaqué sur ce qu’il a vu, qui est loin de toujours rentrer au départ dans le moule ufologique : il décrit simplement quelque chose qui lui a paru bizarre. C’est l’enquêteur convaincu d’avance qui, par ses questions souvent biaisées et par l’ascendant qu’il exerce sur le témoin, pour qui il est l’expert en la matière, va transformer ce phénomène bizarre en un cas d’ovni dûment estampillé. Car ce que l’ufologue cherche généralement dans une enquête, c’est plutôt à conforter sa croyance préalable aux ovnis qu’à déterminer sans préjugé quelle peut être la nature de ce qu’a observé le témoin. Alors, qui manifeste en fin de compte le plus de mépris pour les témoins ? Plutôt que les sceptiques, ne sont-ce pas en fait les ufologues classiques, qui instrumentalisent les témoins pour renforcer leurs propres convictions ?

L’HSP conduit-elle à mettre en doute l’intégrité mentale ou l’honnêteté des témoins ?

C’est totalement faux, car il y a au moins un point sur lequel ufologues croyants et sceptiques sont parfaitement d’accord : l’immense majorité des témoins d’ovni sont honnêtes et équilibrés. Une petite minorité des témoins présente certes des troubles psychiatriques, et les croyants le reconnaissent. Comme eux-mêmes le disent, pourquoi les malades mentaux seraient-ils les seuls à ne pas voir d’ovnis ? Cela étant bien précisé, quelques trop rares travaux universitaires de psychologie ont été menés sur des témoins d’ovni et de phénomènes paranormaux afin de déterminer si ces personnes se distinguaient en quelque manière de la population générale. La seule différence – légère – que certaines de ces études ont mise en évidence est que ces témoins tendaient à avoir une imagination un peu plus vive que la moyenne, ce qui pourrait conduire à enjoliver un peu les choses dans certaines circonstances, mais n’est en rien pathologique. C’est même à bien des égards une qualité, notamment pour de nombreuses professions faisant appel à la créativité.

Si dans certains cas extrêmes de contact avec des extraterrestres ou d’enlèvement par ceux-ci, on peut soupçonner un aspect pathologique, cela ne permet aucunement de parler d’aliénation mentale. Seules peuvent à mon sens être qualifiées d’aliénées les personnes qui ne sont pas capables de mener une vie familiale, professionnelle et sociale normale, ce qui n’est généralement pas le cas des témoins des observations d’ovni les plus extraordinaires. Pour les psychologues, il n’y a d’ailleurs pas les « fous » d’un côté et les gens « sains d’esprit » de l’autre, mais un continuum de troubles plus ou moins graves et plus ou moins temporaires dont nul n’est totalement exempt, et la limite entre le normal et le pathologique est forcément arbitraire et influencée par la culture. Quant aux canulars, leur proportion est évidemment plus grande dans les cas à haute étrangeté (atterrissage d’ovni, vision d’entités) : un farceur ne se contente pas d’inventer un simple point lumineux passant dans le ciel !

L’HSP fait-elle appel à des phénomènes psychologiques et sociologiques extraordinaires ?

D’aucuns ont insinué que, pour rendre compte de certains cas d’ovni, les sceptiques devaient faire appel à des phénomènes rares et mal connus, et que l’HSP n’était donc pas réellement plus simple ou plus « économique » que les hypothèses non conventionnelles. En fait, comme le montre la continuité entre l’ordinaire et l’extraordinaire évoquée plus haut, il n’y a le plus souvent qu’une différence quantitative et non qualitative entre les confusions banales et les cas les plus fantastiques. Le mécanisme qui fait voir un ovni est le même que celui qui, lors d’une promenade en forêt, fait prendre de loin une branche d’arbre pour un animal ou qui, dans la rue, nous fait d’abord reconnaître de loin un ami alors qu’il s’agit d’une personne inconnue. Contrairement à ce que certains voudraient faire croire, les erreurs de perception de type ovni ne sont pas non plus de nature différente de celles qui peuvent se produire dans le milieu scientifique ou médical, par exemple lorsque, malgré trois contrôles successifs, le produit injecté au malade n’est pas le bon…

La différence entre ce qui est perçu et la réalité est certes souvent plus forte dans le cas d’une confusion de type ovni que dans d’autres circonstances, mais cela s’explique très bien par le contexte culturel. Depuis les années trente en effet, les romans populaires puis le cinéma et la télévision ont largement diffusé non seulement l’idée des visites d’extraterrestres, mais toutes les caractéristiques des observations d’ovni, de la forme des engins aux enlèvements de Terriens. Il n’est dès lors pas étonnant que, lors de la perception d’un stimulus non reconnu dans le ciel, de nombreuses personnes depuis un demi-siècle, surtout si elles ont une imagination un peu fertile, aient été tentées d’y voir un véhicule extraterrestre. D’autant plus que la presse à sensation et les écrivains avides de mystère ont rapidement fait une large propagande aux observations dites d’ovni, du moins dans la civilisation occidentale : dans les peuples du tiers monde, les seules personnes qui rapportent des observations d’ovnis sont celles qui ont été en contact avec notre culture.

Et si, dans certains cas, il faudrait peut-être faire appel à des mécanismes sociopsychologiques encore mal établis, voire nouveaux, la complexité de ceux-ci resterait en tout état de cause immensément moindre que celle qu’impliquent les hypothèses extraterrestre ou parapsychologique. En effet, si de telles hypothèses devaient se confirmer, ce sont de vastes domaines radicalement nouveaux qu’elles ouvriraient : une intelligence étrangère issue d’une lignée évolutive distincte et des modes de déplacement interstellaires encore inconnus de nous, dans le cas de l’HET, et des modes de transmission d’information et d’énergie irréductibles à ce qui est connu dans le cas de l’hypothèse parapsychologique.

Le phénomène de vague, c’est-à-dire de concentration d’un grande nombre d’observations sur une durée et un territoire limités, met bien en lumière le caractère culturel des ovnis. Les vagues commencent par une observation particulièrement frappante qui est largement évoquée par les médias. A la suite de quoi les gens qui vivent sur le territoire touché par les médias en question observent le ciel avec plus d’attention et tendent davantage à interpréter comme ovni les phénomènes qu’ils y observent. La presse rapporte également ces nouveaux cas et l’affaire fait boule de neige, jusqu’au jour ou médias et population se lassent et le soufflé retombe. Cette structure est notamment bien visible lors de la vague américaine de 1947 (déclenchée par la célèbre observation de Kenneth Arnold), de la vague française de 1954 (qui a pris son essor après l’observation très médiatisée d’humanoïdes à Quarouble) et de la vague belge de 1989-91. Dans ce dernier cas, une première série d’observations supposées très fiables (il y avait des gendarmes parmi les témoins principaux) est rapportée par toute la presse du lendemain. Tout Belge qui lit un journal savait dès lors à quoi devait ressembler ce qu’il allait voir, et les observations analogues se multiplient dans les semaines qui suivent. Si cette vague a atteint une ampleur et une durée exceptionnelles, c’est parce qu’à l’action des médias s’est ajoutée celle d’un groupement ufologique particulièrement bien organisé et dynamique, la SOBEPS, qui par des communiqués et conférences de presse a su relancer plusieurs fois l’intérêt. Il est symptomatique que l’aire couverte par les observations a très peu débordé de la partie francophone de la Belgique, là où la SOBEPS est la plus active. En France, il y a eu des cas dans le département du Nord, où les journaux en ont parlé et où on regarde la télé belge, mais pas dans le département des Ardennes, où le relief empêche de capter la télé du pays voisin. Et si nombre d’ovnis ont été vus en Belgique près de la frontière allemande, rien n’a été remarqué de l’autre côté de cette frontière…

Les partisans de l’HSP récusent-ils le travail accompli par les ufologues « classiques »?

Oui et non. Il convient certes de rendre hommage à l’immense travail effectué depuis des décennies, avec des moyens réduits, par d’innombrables bénévoles qui n’ont pas ménagé leur peine. Le dévouement et le désintéressement de la plupart d’entre eux ne peut être mis en doute (très peu de personnes ont pu – ne fût-ce que partiellement – gagner leur vie en s’occupant d’ovni). Beaucoup ont aussi manifesté de réelles compétences dans divers domaines. Rappelons que la plupart des observations qui ont pu être expliquées l’ont été par des ufologues croyants et non par des sceptiques. Les ufologues ont donc su faire preuve d’une réelle sagacité.

Le problème est que, trop souvent, leur travail d’enquête est entaché d’erreurs méthodologiques qui traduisent pour la plupart un biais en faveur d’hypothèses extraordinaires : absence de vérification systématique des diverses causes prosaïques possibles du phénomène observé, questions fermées où la réponse souhaitée figure déjà, témoins multiples interrogés ensemble, non-vérification de l’acuité visuelle du témoin, absence d’enquête de voisinage, etc. Il est en outre symptomatique que l’on ne trouve pratiquement aucun psychologue, policier ou magistrat parmi les enquêteurs ou parmi les rédacteurs des « manuels d’enquête » qu’ont établis divers groupes ufologiques. On y trouve en revanche physiciens et chimistes… qui n’ont aucune compétence particulière pour interroger des témoins !

Mais n’oublions pas, comme tenait à le préciser Michel Monnerie, « père » de l’HSP en France, que si les sceptiques ont pu trouver l’explication de certains cas jusque là considérés comme inexplicables, c’est grâce à la minutie des détails qui figuraient dans les enquêtes relatives à ces cas, et le travail d’élucidation du sceptique constitue donc un hommage, paradoxal certes, au travail d’enquête de l’ufologue.

Les partisans de l’HSP sont-ils des ufologues en chambre qui connaissent mal la réalité du terrain et des témoignages ?

C’est ce que les ufologues classiques voudraient faire croire. Certains sceptiques ont certes fait moins d’enquêtes que la moyenne des ufologues, mais tous ont eu l’occasion de rencontrer des témoins, et de juger que ceux-ci étaient en général sincères et équilibrés. Ce n’est donc pas leur manque de connaissance du terrain qui les a amenés à douter. Le piège dans lequel tombent des ufologues qui ont fait de nombreuses enquêtes est de conclure qu’il n’est pas possible que tant de gens normaux se soient trompés à un tel point. Si les témoins étaient si peu fiables, argumentent-ils souvent, il y aurait bien plus d’erreurs judiciaires que ce n’est le cas. Pourquoi croirait-on les gens quand ils sont témoins d’un délit et pas quand ils voient un ovni ?

Cet argument peut paraître très convaincant, mais repose en fait sur une erreur de raisonnement. Pour le comprendre, partons du fait que les ufologues croyants eux-mêmes admettent que plus de 90 % des cas d’ovni sont des confusions avec la lune, des avions, des satellites, etc. Or tous les jours, ce sont des centaines de millions de personnes, en ne comptant que les pays développés, qui voient des astres, des aéronefs, etc. Seule une infime minorité d’entre eux les interprètent comme un ovni. J’ai calculé que si, chaque jour, une personne sur un million faisait une confusion de type ovni, cela suffisait pour rendre très largement compte du nombre allégué d’observations. Bien des types d’erreurs de perception et de troubles psychologiques sont plus fréquents que cela…

Les témoins d’ovni ne peuvent donc logiquement pas être comparés à l’ensemble des témoins qui déposent en justice, mais bien à l’ensemble des mauvais témoins, ceux qui n’ont pas bien interprété ce qui se passait. « Mauvais » ne doit pas en l’occurrence être interprété trop péjorativement : le témoignage peut être médiocre en raison des conditions d’observation, de la fatigue du témoin, etc. On peut donc douter de l’existence des ovnis sans mettre systématiquement en cause la fiabilité des témoignages ni donc le fonctionnement de la justice…

Conclusion

Les pages qui précèdent n’ont eu d’autre but que de montrer que l’on peut, sans remettre en cause l’honnêteté et le bon sens de la plupart des témoins, estimer inutile de recourir à des hypothèses non conventionnelles pour rendre compte des observations d’ovni. L’hypothèse sociopsychologique est une simple application du principe d’économie des hypothèses, élément essentiel de la méthode scientifique qui invite à ne pas multiplier sans raison les hypothèses et à ne choisir des hypothèses complexes que si des hypothèses plus simples ont échoué à rendre compte des phénomènes observés. Certes, les hypothèses extraordinaires font davantage rêver. Comme le disait un autre ufologue devenu sceptique en désignant son estomac, « les extraterrestres, ça vous prend là ! » Mais alors on ne fait plus de la science. Et que l’on ne dise pas que les scientifiques sont timorés ou paresseux en choisissant les hypothèses les plus simples. Dans l’état actuel d’avancement des sciences, l’hypothèse la plus simple est déjà souvent assez complexe, et il faudrait vraiment être masochiste pour choisir sans raison impérieuse de creuser d’abord une hypothèse encore plus compliquée ! Si les ufologues entendent contester valablement l’HSP, ils n’ont qu’une seule solution à leur disposition : c’est de retrousser leurs manches, d’affiner très sérieusement leur méthodologie et de chercher une preuve réellement convaincante qu’une hypothèse non conventionnelle s’impose pour rendre compte des ovnis. En toute logique, c’est aux partisans de l’existence d’un phénomène original d’en apporter les preuves, car il n’existe pas de preuve négative.

Jacques Scornaux

BIBLIOGRAPHIE SUCCINCTE

Robert Alessandri, 5 novembre 1990 : le creux de la vague, éd. INH Evidence, 1995.

Comment la rentrée atmosphérique d’un étage de fusée devient une vague de centaines de cas d’OVNI…

Gérard Barthel et Jacques Brucker, La grande peur martienne, ou enquête sur une année au dessus de tout soupçon, Nouvelles Editions rationalistes, 1979.

Contre-enquêtes sur des cas de la grande vague d’observations d’OVNI de 1954 en France. Certaines maladresses ont malheureusement fourni un prétexte aux « croyants » pour minimiser la valeur de ce travail.

Gérard Barthel, Jacques Brucker et Michel Monnerie, GEPAN donc je suis !, Science et Vie n°751, avril 1980, pp.27-34.

Les lacunes du GEPAN, service officiel français d’étude des OVNI, qui dépend du CNES

CNEGU, Opération SAROS (1976-1994) – Des OVNIS reproductibles, une hypothèse vérifiée, éd. CNEGU (Comité Nord-Est des Groupes Ufologiques), 1994

Contre-enquêtes sur des observations suscitées par la lune.

CNEGU, site Internet : http://cnegu.info/

La rubrique « Contre-enquêtes » est dévastatrice pour plusieurs « grands classiques » de l’ufologie.

Allan Hendry, The UFO Handbook – A guide to investigating, evaluating and reporting UFO sightings, éd. Sphere Books Limited, 2000.

Pas à proprement parler un livre sceptique, puisque l’auteur laisse certains cas non identifiés, mais qui explique de nombreux cas parfois tout aussi complexes. On peut penser que l’auteur a fini par comprendre ce qu’il en était, mais sans vouloir faire de vagues, car il a peu après disparu du milieu ufologique…

Renaud Leclet, Kelly-Hopkinsville – Un classique bien trop chouette, Les mystères de l’Est, n°6, 2001, pp.53-78 et La chouette histoire de deux cas jumeaux, pp.79-84 (articles repris sur le site Internet du CNEGU : http://cnegu.info/)

Deux célèbres RR3 américaines (rencontres rapprochées avec des entités humanoïdes supposées extraterrestres) sont expliquées par l’observation de rapaces nocturnes.

Renaud Leclet, La vague belge de 1989 à 1992 – Une hypothèse oubliée, http://cnegu.info/, rubrique Contre-enquêtes.

Propose l’hypothèse d’hélicoptères pour expliquer certains cas de la fameuse vague belge.

Magonia (rédacteur en chef : John Rimmer)

Cette excellente revue ufologique britannique a publié de nombreuses études de tendance sceptique. Elle a malheureusement cessé de paraître avec son numéro 99 (avril 2009) et même son site Internet a hélas fermé… Son supplément électronique Magonia Supplement (62 numéros) peut encore être téléchargé depuis le site www.users.waitrose.com/~magonia/contents.htm.

Claude Maugé, OVNI-OVI, sur un certain état de la question, Inforespace n°63, juin 1983, pp.2-12 et Inforespace Hors Série n°7, décembre 1983. Repris dans : Thierry Pinvidic (sous la direction de), voir ci-dessous.

Excellent exposé des caractéristiques du phénomène OVNi qui contribuent à légitimer un « scepticisme pragmatique ».

Michel Monnerie, Et si les OVNIS n’existaient pas ?, éd. Les Humanoïdes Associés, 1977.

Michel Monnerie, Le naufrage des extraterrestres, Nouvelles Editions rationalistes, 1979.

Dans ces deux livres assez maladroits – Monnerie reconnaît bien volontiers qu’il n’est pas un écrivain – l’auteur ouvre, parfois au détour d’une phrase, bien des pistes fructueuses qu’il a laissé à d’autres le soin de poursuivre.

Thierry Pinvidic (sous la direction de), OVNI – Vers une anthropologie d’un mythe contemporain, éd. Heimdal, 1993

Ouvrage collectif rassemblant des contributions d’une vingtaine de « sceptiques pragmatiques ».

Jenny Randles, Andy Roberts et David Clarke, The UFOs that never were, éd. London House, 2000.

Belle illustration de l’indiscernabilité entre les cas identifiés et non identifiés.

David Rossoni, Eric Maillot et Eric Déguillaume, Les OVNI du CNES – 30 ans d’études officielles 1977-2007, éd. book-e-book.com

Les naïvetés des enquêtes officielles françaises, menées par le service compétent du CNES, successivement dénommé GEPAN, SEPRA puis GEIPAN.

Jacques Scornaux, Et si Michel Monnerie n’avait pas tout à fait tort ?, Inforespace (organe de la SOBEPS), n°39 à 42, 1978 et Lumières dans la Nuit, n°177, août-sept. 1978 et n°178, oct. 1978.

Jacques Scornaux, Du « monnerisme » et de son bon usage, INFO OVNI n°7-8, 1981.

Critiques respectivement du premier et du second livres de Michel Monnerie.

Jacques Scornaux, L’hypothèse sociopsychologique : commencement de la fin ou fin du commencement ?, Inforespace n°65 et 66, 1984.

Paolo Toselli, S’il n’y a pas d’OVNI, on le crée, Inforespace n°62, 1983.

Wim Van Utrecht, The Belgian 1989-1990 UFO Wave, dans : Hilary Evans et Dennis Stacy (sous la direction de), UFOs 1947-1997 – Fifty years of flying saucers, éd. John Brown Publishing Ltd., 1997, pp.165-174.


samedi 8 août 2009

Épisode #9 : La Mémétique

L'Épisode #9 : La Mémétique du podcast "Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison" est en ligne. Je vous invite à aller l'écouter.

Joyeux Anniversaire, Mr. Randi!

James "The Amazing" Randi fête ses 82 ans aujourd'hui: James Randi, Born Today, + 81 Years.

jeudi 6 août 2009

Etude statistique de la Vague Belge d'OVNI

Je vous propose aujourd'hui une étude statistique réalisée par Roger Paquay à propos de la Vague Belge d'OVNI (1989-1991). Pour rappel, l'hypothèse sceptique pour expliquer la Vague Belge est qu'elle fut une contagion psychosociale. Pour plus d'informations à ce sujet, je renvoie le lecteur intéressé à:

- Hallet, M. (1992). La Vague OVNI Belge ou le triomphe de la désinformation. Liège : Chez L’auteur;
- Van Utrecht, W (1997), "The Belgian 1989-1990 UFO wave", in UFO 1947-1997, ed. Hilary Evans & Dennis Stacy, John Brown Publ.: London;
- et l'article (en anglais) "Triangles over Belgium" sur le site ufosceptique Caelestia.

Dans "UFOs : The public deceived" (1986, p. 304), Philip J. Klass a décrit le processus de contagion psychosociale qui génère les vagues d'ovnis:
Lorsque la couverture médiatique conduit le public à croire qu'il y a des ovnis dans les environs, il y a de nombreux objets naturels ou artificiels qui, particulièrement lorsqu'ils sont vus la nuit, peuvent prendre des caractéristiques inhabituelles dans l'esprit d'un observateur plein d'espoir. Leurs observations d'ovni s'ajoutent en retour à l'excitation de masse, ce qui encourage encore plus de témoins à chercher à voir des ovnis. Cette situation se nourrit d'elle-même jusqu'à ce que les médias perdent leur intérêt pour le sujet, et alors le phénomène retombe.
L'interaction entre les médias et les observations est donc essentielle dans le cadre de l'explication sceptique d'une vague. La prédiction est que plus les médias ont parlé des ovnis, plus les témoins rapportent en avoir observé. L'ironie est alors que la Société belge d'étude des phénomènes spatiaux (SOBEPS), en nourrissant les médias, en les encourageant à parler d'ovnis, ne s'est en réalité pas contentée d'étudier la vague, mais là en grande partie générée!

Dans ce contexte théorique, l'ufosceptique Roger Paquay a réalisé une étude statistique pour déterminer s'il existe une corrélation entre le battage médiatique dans la presse et le nombre d'observations d'ovnis durant la Vague. La réponse à cette question est - vraiment sans surprise selon moi - affirmative.

Vous pouvez télécharger le document (.doc) en cliquant sur le lien suivant: "Etude statistique de la Vague Belge" (document publié sur ce blog avec l'autorisation préalable de l'auteur).

Plus d'informations à propos de l'auteur de cette étude:

Roger Paquay
Physicien diplomé de l'Universite de Liège (1964)
Enseignant la Mathématique et la Physique dans l'enseignement secondaire supérieur , sections de transition préparant aux études supérieures.
Directeur d'institut d'enseignement secondaire
Directeur honoraire depuis le 1/11/2001 (retraité à cette date)

mercredi 5 août 2009

Notes de lectures - 14: "Parenting Beyond Belief"

(Mais que lisent donc les sceptiques?)

Note: 3/5.

L'ouvrage collectif édité par Dale McGowan, "Parenting Beyond Belief: On Raising Ethical, Caring Kids Without Religion", se veut un guide pour aider les parents athées à réfléchir à la question de l'éducation de leurs enfants. Il se compose de témoignages, de réflexions et même de poésies...

Le livre aborde des sujets sensibles. Par exemple, comment discuter avec vos enfants de la question de la mort? Un chrétien fondamentaliste peut se contenter de dire quelque chose du genre: "Tu retrouveras grand-maman au Paradis!"; mais les athées ne peuvent pas avoir recours à ce genre d'illusions réconfortantes...

Une des idées centrales est que les parents athées n'éduquent pas des enfants athées: en effet, ils élèvent bien plutôt des enfants libre-penseurs, c'est-à-dire qui réfléchissent par eux-mêmes! La démarche est très différente de celle qui consiste à endoctriner nos propres positionnements métaphysiques dans l'esprit de nos enfants: il s'agit au contraire de les encourager à tout questionner, nous y compris! L'objectif est de faire naître en eux le questionnement du philosophe et la curiosité du scientifique... Et comme le dit Dale McGowan, peut-être qu'ils deviendront à l'âge adulte des personnes religieuses, mais au moins ils le feront en ayant réfléchi en profondeur à la question; et leurs apprendre la pensée critique les protégera des mouvements sectaires et autres fondamentalismes.

Ultimement, ce qui compte pour les sceptiques, c'est le processus (la méthode scientifique, la pensée critique, la logique) et non pas un ensemble de dogmes. Il en est de même pour l'éducation: il s'agit d'apprendre à nos enfants cette démarche, cette manière d'aborder le monde, à la fois toujours curieuse et toujours critique!

Les sujets abordés dans "Parenting Beyond Belief" sont en vrac: les connaissances religieuses (rien de tel que de bien connaître la Bible pour être athée!), les fêtes religieuses (quid de Noël ou de Pâques?), la moralité et l'éthique, la mort, l'émerveillement et le questionnement, et enfin la science...

Parmi les contributions qui sont sorties du lot pour moi, j'aimerais mentionner celle d'Emilie Rosa - "Growing Up Godless: How I survived Amateur Secular Parenting" - qui, à l'âge de 9 ans, réalisa une expérience pour tester la réalité du "toucher thérapeutique". Son étude fut publiée dans la prestigieuse revue "The Journal of the American Medical Association". Pas mal pour quelqu'un d'aussi jeune! Ce fut intéressant de lire comment elle a grandi dans une famille athée, où on l'a encouragé à questionner les choses.

Et puis il y a aussi la lettre de Richard Dawkins à sa fille de 10 ans, Juliet: "Good and Bad Reasons for Believing"...

Dans diverses interviews, Dale McGowan explique qu'il a édité ce livre parce qu'il avait été surpris de découvrir qu'il n'en existait pas déjà des dizaines d'autres du même genre. De la même façon, j'ai envie de dire qu'avant de lire ce livre je ne savais pas que j'avais besoin d'un ouvrage consacré à ce sujet. Et j'avoue que cela m'a ouvert l'appétit pour son nouvel opus: "Raising Freethinkers: A Practical Guide for Parenting Beyond Belief"!

lundi 3 août 2009

Publicité "la rumeur"

Rue89 nous propose une vidéo au message très sceptique (en français):

dimanche 2 août 2009

Wikipédia Projet:Scepticisme rationnel

Dans la lignée de son document "Qu'est-ce que je fais ensuite?", consacré à la question de l'activisme sceptique, Daniel Loxton a écrit récemment un article pour eSkeptic consacré à Wikipédia et intitulé: "Fix Wikipedia - make the people's encyclopedia a science-based resource".

L'idée est d'encourager les sceptiques à intervenir sur Wikipédia: rajouter un lien par-ci, une référence par-là ou encore un commentaire par là-bas, afin de contrebalancer la pseudo-science qui infeste l'encyclopédie virtuelle! Wikipédia est excellent quand il s'agit de sujets qui ne sont pas au centre de controverses, mais pour le reste...

Dans cet esprit, je voudrais signaler l'existence du Projet:Scepticisme rationnel. J'en suis le créateur, à l'époque où j'étais actif sur Wikipédia, c'est-à-dire avant la naissance de ce blog (et bien avant celle du balado). Il a pour objet de coordonner les activités des sceptiques et autres zététiciens.

Si vous êtes un sceptique, un zététicien, un athée ou un rationaliste et que vous voulez participer, la première étape consiste à vous inscrire dans les participants. Pour cela, bien évidemment, il faut que vous ayez un compte sur Wikipédia...

Ensuite, jetez un oeil à la liste de "A faire". On y trouve des pages "A créer", "A améliorer", et des pages dont il faut vérifier la neutralité parce qu'elles penchent trop du côté des tenants. Vous pouvez bien évidemment changer cette liste vous-même, en ajoutant des pages dans l'une ou l'autre des catégories. Par exemple, vous voulez que l'on crée une page consacrée à tel ou tel sujet? Ajoutez simplement son titre dans la liste de "A créer"...

Au fait, le projet se nomme "Scepticisme rationnel" et non scepticisme scientifique pour faire écho à son équivalant anglais: "WikiProject Rational Skepticism".

Le Projet:Scepticisme rationnel a été endormi pendant pas mal de temps, mais je pense qu'il est plus que temps de le réveiller. C'est un projet important, parce que Wikipédia est une source d'informations importante pour le grand public - particulièrement les jeunes - et donc c'est un lieu où la voix sceptique doit aussi se faire entendre.

La photo du mois (août 2009)


(Loch Ness, novembre 2006)

samedi 1 août 2009