Un des membres du
Groupe Étudiant de l'Institut Métapsychique International (GEIMI) a publié en septembre 2008 sur le blog psiphile
"Zététique, Science et Parapsychologie" un billet critiquant le Prix-Défi Broch-Majax-Theodor, intitulé
"Analyse critique du Prix-Défi Broch-Majax-Theodor".
Étant pour ma part tout à fait favorable à l'existence des prix-défis, particulièrement le
"Million Dollar Challenge" (MDC) de la
James Randi Educational Foundation (JREF), j'aimerais discuter ici des arguments généraux qu'il avance contre ceux-ci. En effet, il critique particulièrement le fait que ces prix-défis (par définition) promettent de l'argent à toute personne prétendant être capable de générer un phénomène paranormal si elles y arrivent dans des conditions rigoureusement contrôlées. Cependant, il ne discute jamais de la véritable raison justifiant cette pratique: l'objectif est en effet d'attirer les
"gros poissons" parmi les médiums. Citons en vrac des noms tels qu'Uri Geller, John Edward, Sylvia Brown, Peter Popoff, James Van Praagh...
Mais avant d'entrer plus avant dans ce sujet, il me semble nécessaire de revenir quelque peu sur le passé du blog
"Zététique, Science et Parapsychologie". En effet, celui-ci répond à la remarque conclusive du billet. Je cite:
Par soucis de transparence, nous avons proposé à Henri Broch, par mail, avant la publication de ce texte, de nous indiquer d'éventuelles précisions, voire même corrections. Il ne nous a pas répondu.
Pour ceux qui n'ont pas tout suivi, le blog
"Zététique, Science et Parapsychologie" se nommait au départ simplement
"Blog Zététique" (générant une confusion chez les lecteurs à la recherche d'informations réellement zététiques), et ces auteurs anonymes ont prétendu éhontément qu'ils n'avaient de liens avec aucune organisation.
Ce n'est que lorsque l'
Observatoire Zététique les a mis au pied du mur qu'ils ont fini par admettre qu'ils étaient bien des membres du GEIMI, et donc liés à l'
"Institut Métapsychique International", qui est une des principales associations de tenants de la réalité du paranormal en France. Le blog fut alors renommé
"Zététique, Science et Parapsychologie" et une affiliation avec le site psiphile
"Skeptical Investigations" (qui est, malgré son nom, tout sauf sceptique) fut clairement affichée.
Toute cette affaire a été documentée sur le blog de l'Observatoire Zététique. Pour ceux que cela intéresse, je vous invite à aller visiter leurs archives:
-
04/11/2007: "Zététique, anonymat et débat ouvert"-
22/12/2007: "Imposture et pseudo-zététique"-
03/01/2008: "Collaboration entre sceptiques et parapsychologues..."Comme je le disais plus haut, suite à cette affaire, et au fait que les psiphiles du GEIMI adoptaient ce faisant une attitude visant à tromper les lecteurs du prétendu
"Blog Zététique" (suivant par là le modèle du site
"Skeptical Investigation", voir mon billet à ce sujet
"A propos du site "Skeptical Investigations"), les authentiques zététiciens de tout bord on décidé que le traitement qu'ils méritaient consistait tout simplement à les ignorer! Il est donc fort peu probable qu'Henri Broch réponde aux critiques du GEIMI, que ce soit dans un futur proche ou même lointain.
Ce contexte historique ayant été posé, j'aimerais maintenant commenter la conclusion du billet
"Analyse critique du Prix-Défi Broch-Majax-Theodor", consacrée à la pertinence scientifique des prix-défis:
Même si nous restons des supporters de la démarche d’examen critique des phénomènes paranormaux, et que nous trouvons nécessaire qu’un laboratoire français implanté dans une université puisse aborder scientifiquement l’étude de ces phénomènes, nous trouvons l’emploi de « prix » ou de « défis » inadapté à plusieurs niveaux. Si de l’argent est disponible pour ces recherches, il ne doit pas être utilisé pour impressionner les imaginations sur fond de rhétorique militante. Il doit être investi pour une reproduction des nombreux protocoles en parapsychologie ayant donné des résultats et que des chercheurs, à l’étranger, tentent de vérifier. De tels « appels à preuve » réalisés à grand renfort de médiatisation nuisent totalement à l’étude scientifique de ce domaine, car elles trompent le public et la communauté scientifique sur la réalité de l’avancement des recherches.
Tout d'abord, il faut bien comprendre que les nombreux prix-défis - qui ont une longue tradition au sein du mouvement sceptique contemporain - dérangent forcément les croyants dans la réalité du paranormal. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les psiphiles du GEIMI tentent de convaincre leurs lecteurs que les prix-défis devraient être purement et simplement abandonnés. J'ai rencontré le même genre d'argumentations sur de nombreux sites et forums pro-paranormaux anglo-saxons.
Il me semble essentiel ici de distinguer deux approches différentes des prétentions paranormales, ce que malheureusement l'auteur anonyme du blog
"Zététique, Science et Parapsychologie" néglige de faire.
- la première consiste à tester les capacités paranormales des personnes qui prétendent avoir ce type de dons:
"Est-ce que cette personne peut réellement faire ce qu'elle prétend pouvoir faire?";
- tandis que la deuxième consiste à poser que ces capacités sont réelles et à tenter de les étudier scientifiquement: il s'agit des recherches sur le Psi.
Classiquement, les sceptiques se sont fait les promoteurs de la première approche - affirmant qu'il est essentiel de prouver la réalité d'un phénomène avant de prétendre pouvoir l'étudier - et les parapsychologues de la seconde, considérant que l'existence du Psi est - selon eux - suffisamment établie.

Je vous renvoie à l'excellent ouvrage de Richard Wiseman & Robert L. Morris
"Guidelines for Testing Psychic Claimants" pour une discussion des précautions méthodologiques nécessaires pour tester les prétendus médiums. Cet essai illustre parfaitement tout l'intérêt des prix-défis.
Pour donner un exemple de la deuxième démarche, Julie Beischel - une parapsychologue - défend l'idée qu'il faut non pas tester la capacité des médiums, mais au contraire qu'il faut tout faire pour favoriser les manifestations de leurs dons. Lors d'une interview sur le podcast psiphile
Skeptiko, Julie Beischel a par exemple affirmé (je cite le
transcript de cette émission):
Idéalement les recherches en laboratoire sur les médiums doivent inclure deux choses: 1) un environnement qui optimise le processus pour toutes les personnes impliquées, le médium, l'hypothétique désincarné (ndt: l'esprit de la personne décédée),et le sujet afin d'augmenter la probabilité de capturer le phénomène s'il existe, et 2) des méthodes qui maximise le contrôle des explications conventionnelles pour l'information. De cette façon ces deux facteurs optimisent la possibilité d'obtenir des résultats positifs, en même temps que vous contrôlez pour des artéfacts expérimentaux.
Comme vous pouvez le constater, ces deux démarches (tester vs. maximiser) sont clairement radicalement opposées.
Être contre les prix-défis, comme l'auteur anonyme du billet
"Analyse critique du Prix-Défi Broch-Majax-Theodor", c'est être contre l'idée qu'il est nécessaire de tester la réalité des prétentions des médiums, et que seule la seconde démarche est valide. C'est ce qu'il nous dit en substance dans le paragraphe suivant:
Alors que le créancier propose un prix s’élevant à 200.000 €, cet argent n’est pas utilisé pour financer la reproduction d’expérimentations ayant déjà fait leurs preuves en parapsychologie.
Traduisez:
"Il est inutile de réellement tester les prétentions des médiums, il vaut mieux se concentrer sur les recherches en parapsychologie qui posent a priori que le Psi existe, parce que j'ai la conviction personnelle qu'elles sont solides".Je suis bien entendu totalement en désaccord avec cette position: il est pour moi extrêmement important de tester les médiums et il n'y a aucune expérience en parapsychologie qui a réellement fait ses preuves aux yeux de la communauté scientifique.
Un autre problème du billet du membre anonyme du GEIMI est qu'il ne discute absolument pas de la raison pour laquelle il est important d'offrir une somme d'argent pour ce genre de tests.
Cette raison est la suivante: l'objectif est d'attirer les médiums célèbres!
Le vrai problème - qui n'est pas discuté par notre auteur anonyme - est que ces individus (Uri Geller, John Edward, Sylvia Brown, Peter Popoff, James Van Praagh...) savent fort bien qu'ils n'ont en réalité aucune capacité paranormale. Ils font du coup tout pour éviter d'avoir à passer ce genre de test! Même James Randi a été déçu du fait que les individus cités plus haut ne se sont jamais inscrit à son défi, et c'est pour cette raison qu'il a décidé
d'arrêter le Million Dollar Challenge en 2010.
Sylvia Brown est particulièrement célèbre pour avoir accepté verbalement de se présenter au MDC lors d'une émission du
"Larry King Live", puis de n'avoir jamais contacté James Randi par la suite (voir
"Sylvia Brown Clock" pour plus d'informations). Mais même s'ils ne se présentent pas, l'argent est extrêmement important puisque leurs excuses sont particulièrement pathétiques lorsqu'ils disent ne pas vouloir passer le test: en effet, qui ne voudrait pas gagner une telle somme d'argent? Et si vraiment ils étaient aussi philanthropes qu'ils le prétendent, ils pourraient très bien faire don de la somme récoltée à l'organisation caritative de leur choix.
Dans ce contexte, il est extrêmement important d'offrir une somme d'argent, quoi qu'en disent les tenants du GEIMI!
Bien évidemment, un médium comme John Edward préfère aller chez un parapsychologue comme Gary Schwartz, où il sera
"testé" (entre guillemets) mais avec des contrôles tout à fait inadéquat (voir sur ce sujet l'article de Ray Hyman:
How Not to Test Mediums -Critiquing the Afterlife Experiments).
Il faut bien réaliser qu'en étant contre les prix-défis, les psiphiles se font les partenaires de ces individus peu scrupuleux, et avec eux de l'industrie de la voyance - qui représente un chiffre d'affaires considérable. Il ne faut jamais oublier que cette industrie exploite la souffrance humaine, là où il existe des spécialistes - les psychologues - qui pourraient réellement aider les personnes qui consultent des voyants.
J'aimerais commenter ceci pour terminer:
Réciproquement, un scientifique ayant effectué des recherches sur les phénomènes paranormaux n’est pas ciblé par ce Défi car il ne revendique pas de pouvoir paranormal pour lui-même.
Le contenu de ce paragraphe est tout simplement faux. En effet, les sceptiques aimeraient certainement que les parapsychologues se présentent pour le MDC de la JREF avec un protocole qui - selon eux - serait répétable et capable de générer des résultats robustes. Certains protocoles de la parapsychologie sont adaptables au format d'un prix-défi, et réalisables dans un temps suffisamment court.

Pour ne donner qu'un exemple, l'année dernière James Randi avait mis au défi Alex Tsakiris - du podcast Skeptiko - de se présenter pour le MDC. Or, Alex Tsakiris ne prétend absolument pas avoir de capacités paranormales, et est bien plutôt un parapsychologue amateur. Pour plus de détails sur ce sujet, voir mon billet:
"Alex Tsakiris refuse de s'inscrire au "Million Dollar Challenge"!".
Je suis convaincu que James Randi serait enchanté si Rupert Sheldrake ou encore Dean Radin se présentaient pour le MDC. Bien évidemment, tout comme les médiums, les parapsychologues refusent de voir leurs prétentions testées, usant de toutes sortes d'excuses...
J'aimerais donc suggérer à l'auteur anonyme du GEIMI, puisqu'il prétend qu'il existe des
"expérimentations ayant déjà fait leurs preuves en parapsychologie", qu'il se présente lui-même au MDC avec un protocole répétable par tous, générant des résultats robustes. Après tout, s'il empoche le prix-défi, il révolutionnera la science tout en devenant millionnaire. Avec cet argent en poche, il pourrait certainement ensuite financer de nombreuses recherches en parapsychologie!