jeudi 30 avril 2009

Pourquoi je suis un Trekkie

J'attends avec impatience la sortie du 11e film Trek, sobrement intitulé "Star Trek". Comme vous le savez tous déjà, il s'agit d'un prélude à la série d'origine. Je pense que ce n'est pas pour rien que je suis un Trekkie: cette oeuvre classique de la Science-Fiction présente de nombreux points d'intersection avec mon scepticisme. Gene Roddenberry nous a en effet proposé un futur possible pour l'humanité, et dans ce futur la religion n'existe plus!

Si vous regardez la série d'origine, ainsi que les premières saisons de "La Nouvelle Génération", vous constaterez qu'aucune religion n'est pratiquée dans la Fédération du 23e siècle. Il n'y a pas de pasteurs ou de prêtres sur l'USS Enterprise. Le Christianisme a complètement disparu de la circulation, tout comme l'Islam, le Judaïsme ou encore le Bouddhisme... De plus, les éléments religieux qui apparaissent dans la série sont toujours par la suite complètement démystifiés (voir par exemple le dieu Apollon dans l'épisode "Who Mourns for Adonais?").

Il faudra attendre la mort de Gene Roddenberry en 1991 pour que de la spiritualité soit réintroduite lentement mais sûrement dans l'univers Trek par son successeur à la tête de la franchise, Rick Berman (citons par exemple les Bajorans qui évoquent fortement la diaspora juive).

Cette disparition de la religion rejoint l'idée d'un progrès moral à travers le temps, qui est particulièrement bien illustrée dans "Star Trek: Enterprise": dans cette série située temporellement avant la série d'origine, nous pouvons constater que toutes les espèces se conduisent moins moralement qu'elles ne le feront plus tard (les humains jurent encore, les Klingons sont extrêmement violents, les Vulcains mentent régulièrement...). La disparition de la religion est donc liée, tout du moins dans la philosophie de l'histoire au fondement de l'univers Trek, avec le développement moral.

Soyons clair: je ne crois pas un seul instant qu'une telle disparition de la religion soit réellement possible. Les croyances sont liées au fonctionnement cérébral des êtres humains, et donc pour que la religion disparaisse totalement il faudrait que l'humanité cesse d'être l'humanité - telle que nous la connaissons tout du moins.

Et puis, bien entendu, il y a les Vulcains, qui pratiquent la logique telle qu'elle fut enseignée par le philosophe Surak. Lors d'une discussion sur Facebook, un psiphile me disait que les Vulcains illustraient selon lui les dérives du rationalisme. Il est cependant clair que la supériorité émotionnelle des humains dans l'univers Trek ne se situe pas du tout sur le plan de la science, mais sur celui de la morale: parce qu'ils répriment leurs émotions, les Vulcains sont tout simplement moins capables de compassion que les humains.

Je ne pense pas du tout que cette critique soit applicable aux sceptiques, car nous savons que "science sans conscience n'est que ruine de l'âme". C'est d'ailleurs ce que Spock exprime parfaitement dans le film "Star Trek V: L'Ultime Frontière" lorsqu'il dit: "Logic is the beginning of wisdom, not the end." (traduction: "La logique est le début de la sagesse, non la fin."). Un champ philosophique comme la bioéthique est par exemple essentiel pour réfléchir aux conséquences morales des découvertes scientifiques.

De plus, la raison ne peut tout simplement pas fonctionner sans émotions. Dans son ouvrage "On Being Certain: Believing You Are Right Even When You're Not", Robert Burton discute du fait que le sentiment d'avoir raison est bel et bien un cela: une émotion!

Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je m'arrête ici: il est clair que "Star Trek" promeut la science et la raison!

Note : billet cross-posté sur le site "Science-Fiction Magazine".

mercredi 29 avril 2009

Thunderf00t sur la grippe porcine

Tout est dans le titre (en anglais, environ 10 minutes):

mardi 28 avril 2009

La plausibilité antérieure

Dans un article publié dans le magazine "Skeptical Inquirer" vol. 33, n°3 (p. 44), le docteur Harriet Hall nous explique le concept de plausibilité antérieure (angl.: Prior Plausibility), notion épistémologique essentielle au fondement même du Scepticisme scientifique et particulièrement de la maxime: "Une hypothèse extraordinaire demande des preuves extraordinaires". Je cite, et puis traduis plus bas:
Homeopathy is completely implausible. We would have to accept robust evidence that it worked, but we would require much stronger evidence than we would for, say, a new antibiotic. If the claims for homeopathy were true, we could have to revise much of what we know about physics, chemistry and physiology.

The crossword analogy is helpful. If you think the answer to 1-across should be "library" but the clue to 1-down is a five-letter-word for the author of Tom Sawyer and the clue to 2-down is a four-letter-word for the name of Eve's husband in Genesis, you have to reject "library" and keep looking for a word that starts with T-A. You have to recognize that no matter how strong your conviction that 1-across must be "library", you must be wrong and there must be another answer that you just haven't considered.
Traduction:
La plausibilité de l'homéopathie est complètement nulle. Nous aurions à accepter des preuves robustes qu'elle fonctionne, mais nous exigerions des preuves bien plus solides que nous ne le ferions pour, disons, un nouvel antibiotique. Si ce que prétendent les homéopathes est vrai, nous devrions réviser des pans entiers de ce que nous savons en physique, chimie et physiologie.

L'analogie du mot-croisé est utile. Si vous pensez que la réponse pour 1-Horizontalement est "Bibliothèque" mais que l'indice pour 1-Verticalement est un mot-de-cinq-lettres pour l'auteur de Tom Sawyer et l'indice pour 2-Verticalement est un mot-de-quatre-lettres pour le nom du mari d'Ève dans la Genèse, vous devez rejeter "Bibliothèque" et continuer à chercher un mot qui commence en T-A. Vous devez reconnaître que, aussi forte que soit votre conviction que 1-Horizontalement doit être "Bibliothèque", vous devez avoir tort et qu'il doit exister une autre solution que vous n'avez juste pas encore envisagée.

lundi 27 avril 2009

Pandémie

Le blog "Bio-éthique: La bioéthique vue de Suisse" nous propose quelques conseils en cas de pandémie.

Vaccinez vos enfants!

Une vidéo très émouvante sur les conséquences dramatiques du mouvement anti-vaccination en Australie (en anglais, environ 12 minutes):

dimanche 26 avril 2009

Quand le GEIMI critique les prix-défis

Un des membres du Groupe Étudiant de l'Institut Métapsychique International (GEIMI) a publié en septembre 2008 sur le blog psiphile "Zététique, Science et Parapsychologie" un billet critiquant le Prix-Défi Broch-Majax-Theodor, intitulé "Analyse critique du Prix-Défi Broch-Majax-Theodor".

Étant pour ma part tout à fait favorable à l'existence des prix-défis, particulièrement le "Million Dollar Challenge" (MDC) de la James Randi Educational Foundation (JREF), j'aimerais discuter ici des arguments généraux qu'il avance contre ceux-ci. En effet, il critique particulièrement le fait que ces prix-défis (par définition) promettent de l'argent à toute personne prétendant être capable de générer un phénomène paranormal si elles y arrivent dans des conditions rigoureusement contrôlées. Cependant, il ne discute jamais de la véritable raison justifiant cette pratique: l'objectif est en effet d'attirer les "gros poissons" parmi les médiums. Citons en vrac des noms tels qu'Uri Geller, John Edward, Sylvia Brown, Peter Popoff, James Van Praagh...

Mais avant d'entrer plus avant dans ce sujet, il me semble nécessaire de revenir quelque peu sur le passé du blog "Zététique, Science et Parapsychologie". En effet, celui-ci répond à la remarque conclusive du billet. Je cite:
Par soucis de transparence, nous avons proposé à Henri Broch, par mail, avant la publication de ce texte, de nous indiquer d'éventuelles précisions, voire même corrections. Il ne nous a pas répondu.
Pour ceux qui n'ont pas tout suivi, le blog "Zététique, Science et Parapsychologie" se nommait au départ simplement "Blog Zététique" (générant une confusion chez les lecteurs à la recherche d'informations réellement zététiques), et ces auteurs anonymes ont prétendu éhontément qu'ils n'avaient de liens avec aucune organisation.

Ce n'est que lorsque l'Observatoire Zététique les a mis au pied du mur qu'ils ont fini par admettre qu'ils étaient bien des membres du GEIMI, et donc liés à l'"Institut Métapsychique International", qui est une des principales associations de tenants de la réalité du paranormal en France. Le blog fut alors renommé "Zététique, Science et Parapsychologie" et une affiliation avec le site psiphile "Skeptical Investigations" (qui est, malgré son nom, tout sauf sceptique) fut clairement affichée.

Toute cette affaire a été documentée sur le blog de l'Observatoire Zététique. Pour ceux que cela intéresse, je vous invite à aller visiter leurs archives:

- 04/11/2007: "Zététique, anonymat et débat ouvert"
- 22/12/2007: "Imposture et pseudo-zététique"
- 03/01/2008: "Collaboration entre sceptiques et parapsychologues..."

Comme je le disais plus haut, suite à cette affaire, et au fait que les psiphiles du GEIMI adoptaient ce faisant une attitude visant à tromper les lecteurs du prétendu "Blog Zététique" (suivant par là le modèle du site "Skeptical Investigation", voir mon billet à ce sujet "A propos du site "Skeptical Investigations"), les authentiques zététiciens de tout bord on décidé que le traitement qu'ils méritaient consistait tout simplement à les ignorer! Il est donc fort peu probable qu'Henri Broch réponde aux critiques du GEIMI, que ce soit dans un futur proche ou même lointain.

Ce contexte historique ayant été posé, j'aimerais maintenant commenter la conclusion du billet "Analyse critique du Prix-Défi Broch-Majax-Theodor", consacrée à la pertinence scientifique des prix-défis:
Même si nous restons des supporters de la démarche d’examen critique des phénomènes paranormaux, et que nous trouvons nécessaire qu’un laboratoire français implanté dans une université puisse aborder scientifiquement l’étude de ces phénomènes, nous trouvons l’emploi de « prix » ou de « défis » inadapté à plusieurs niveaux. Si de l’argent est disponible pour ces recherches, il ne doit pas être utilisé pour impressionner les imaginations sur fond de rhétorique militante. Il doit être investi pour une reproduction des nombreux protocoles en parapsychologie ayant donné des résultats et que des chercheurs, à l’étranger, tentent de vérifier. De tels « appels à preuve » réalisés à grand renfort de médiatisation nuisent totalement à l’étude scientifique de ce domaine, car elles trompent le public et la communauté scientifique sur la réalité de l’avancement des recherches.
Tout d'abord, il faut bien comprendre que les nombreux prix-défis - qui ont une longue tradition au sein du mouvement sceptique contemporain - dérangent forcément les croyants dans la réalité du paranormal. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les psiphiles du GEIMI tentent de convaincre leurs lecteurs que les prix-défis devraient être purement et simplement abandonnés. J'ai rencontré le même genre d'argumentations sur de nombreux sites et forums pro-paranormaux anglo-saxons.

Il me semble essentiel ici de distinguer deux approches différentes des prétentions paranormales, ce que malheureusement l'auteur anonyme du blog "Zététique, Science et Parapsychologie" néglige de faire.

- la première consiste à tester les capacités paranormales des personnes qui prétendent avoir ce type de dons: "Est-ce que cette personne peut réellement faire ce qu'elle prétend pouvoir faire?";

- tandis que la deuxième consiste à poser que ces capacités sont réelles et à tenter de les étudier scientifiquement: il s'agit des recherches sur le Psi.

Classiquement, les sceptiques se sont fait les promoteurs de la première approche - affirmant qu'il est essentiel de prouver la réalité d'un phénomène avant de prétendre pouvoir l'étudier - et les parapsychologues de la seconde, considérant que l'existence du Psi est - selon eux - suffisamment établie.

Je vous renvoie à l'excellent ouvrage de Richard Wiseman & Robert L. Morris "Guidelines for Testing Psychic Claimants" pour une discussion des précautions méthodologiques nécessaires pour tester les prétendus médiums. Cet essai illustre parfaitement tout l'intérêt des prix-défis.

Pour donner un exemple de la deuxième démarche, Julie Beischel - une parapsychologue - défend l'idée qu'il faut non pas tester la capacité des médiums, mais au contraire qu'il faut tout faire pour favoriser les manifestations de leurs dons. Lors d'une interview sur le podcast psiphile Skeptiko, Julie Beischel a par exemple affirmé (je cite le transcript de cette émission):
Idéalement les recherches en laboratoire sur les médiums doivent inclure deux choses: 1) un environnement qui optimise le processus pour toutes les personnes impliquées, le médium, l'hypothétique désincarné (ndt: l'esprit de la personne décédée),et le sujet afin d'augmenter la probabilité de capturer le phénomène s'il existe, et 2) des méthodes qui maximise le contrôle des explications conventionnelles pour l'information. De cette façon ces deux facteurs optimisent la possibilité d'obtenir des résultats positifs, en même temps que vous contrôlez pour des artéfacts expérimentaux.
Comme vous pouvez le constater, ces deux démarches (tester vs. maximiser) sont clairement radicalement opposées.

Être contre les prix-défis, comme l'auteur anonyme du billet "Analyse critique du Prix-Défi Broch-Majax-Theodor", c'est être contre l'idée qu'il est nécessaire de tester la réalité des prétentions des médiums, et que seule la seconde démarche est valide. C'est ce qu'il nous dit en substance dans le paragraphe suivant:
Alors que le créancier propose un prix s’élevant à 200.000 €, cet argent n’est pas utilisé pour financer la reproduction d’expérimentations ayant déjà fait leurs preuves en parapsychologie.
Traduisez: "Il est inutile de réellement tester les prétentions des médiums, il vaut mieux se concentrer sur les recherches en parapsychologie qui posent a priori que le Psi existe, parce que j'ai la conviction personnelle qu'elles sont solides".

Je suis bien entendu totalement en désaccord avec cette position: il est pour moi extrêmement important de tester les médiums et il n'y a aucune expérience en parapsychologie qui a réellement fait ses preuves aux yeux de la communauté scientifique.

Un autre problème du billet du membre anonyme du GEIMI est qu'il ne discute absolument pas de la raison pour laquelle il est important d'offrir une somme d'argent pour ce genre de tests.

Cette raison est la suivante: l'objectif est d'attirer les médiums célèbres!

Le vrai problème - qui n'est pas discuté par notre auteur anonyme - est que ces individus (Uri Geller, John Edward, Sylvia Brown, Peter Popoff, James Van Praagh...) savent fort bien qu'ils n'ont en réalité aucune capacité paranormale. Ils font du coup tout pour éviter d'avoir à passer ce genre de test! Même James Randi a été déçu du fait que les individus cités plus haut ne se sont jamais inscrit à son défi, et c'est pour cette raison qu'il a décidé d'arrêter le Million Dollar Challenge en 2010.

Sylvia Brown est particulièrement célèbre pour avoir accepté verbalement de se présenter au MDC lors d'une émission du "Larry King Live", puis de n'avoir jamais contacté James Randi par la suite (voir "Sylvia Brown Clock" pour plus d'informations). Mais même s'ils ne se présentent pas, l'argent est extrêmement important puisque leurs excuses sont particulièrement pathétiques lorsqu'ils disent ne pas vouloir passer le test: en effet, qui ne voudrait pas gagner une telle somme d'argent? Et si vraiment ils étaient aussi philanthropes qu'ils le prétendent, ils pourraient très bien faire don de la somme récoltée à l'organisation caritative de leur choix.

Dans ce contexte, il est extrêmement important d'offrir une somme d'argent, quoi qu'en disent les tenants du GEIMI!

Bien évidemment, un médium comme John Edward préfère aller chez un parapsychologue comme Gary Schwartz, où il sera "testé" (entre guillemets) mais avec des contrôles tout à fait inadéquat (voir sur ce sujet l'article de Ray Hyman: How Not to Test Mediums -Critiquing the Afterlife Experiments).

Il faut bien réaliser qu'en étant contre les prix-défis, les psiphiles se font les partenaires de ces individus peu scrupuleux, et avec eux de l'industrie de la voyance - qui représente un chiffre d'affaires considérable. Il ne faut jamais oublier que cette industrie exploite la souffrance humaine, là où il existe des spécialistes - les psychologues - qui pourraient réellement aider les personnes qui consultent des voyants.

J'aimerais commenter ceci pour terminer:
Réciproquement, un scientifique ayant effectué des recherches sur les phénomènes paranormaux n’est pas ciblé par ce Défi car il ne revendique pas de pouvoir paranormal pour lui-même.
Le contenu de ce paragraphe est tout simplement faux. En effet, les sceptiques aimeraient certainement que les parapsychologues se présentent pour le MDC de la JREF avec un protocole qui - selon eux - serait répétable et capable de générer des résultats robustes. Certains protocoles de la parapsychologie sont adaptables au format d'un prix-défi, et réalisables dans un temps suffisamment court.


Pour ne donner qu'un exemple, l'année dernière James Randi avait mis au défi Alex Tsakiris - du podcast Skeptiko - de se présenter pour le MDC. Or, Alex Tsakiris ne prétend absolument pas avoir de capacités paranormales, et est bien plutôt un parapsychologue amateur. Pour plus de détails sur ce sujet, voir mon billet: "Alex Tsakiris refuse de s'inscrire au "Million Dollar Challenge"!".

Je suis convaincu que James Randi serait enchanté si Rupert Sheldrake ou encore Dean Radin se présentaient pour le MDC. Bien évidemment, tout comme les médiums, les parapsychologues refusent de voir leurs prétentions testées, usant de toutes sortes d'excuses...

J'aimerais donc suggérer à l'auteur anonyme du GEIMI, puisqu'il prétend qu'il existe des "expérimentations ayant déjà fait leurs preuves en parapsychologie", qu'il se présente lui-même au MDC avec un protocole répétable par tous, générant des résultats robustes. Après tout, s'il empoche le prix-défi, il révolutionnera la science tout en devenant millionnaire. Avec cet argent en poche, il pourrait certainement ensuite financer de nombreuses recherches en parapsychologie!

vendredi 24 avril 2009

Penn & Teller à propos de l'assassinat de JFK

Voici une vidéo de Penn & Teller à propos de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy (en anglais, environ 3 minutes):

Skepticality #100

Au fait, Skepticality - The Official Podcast of Skeptic Magazine a atteint son épisode #100 cette semaine. "Skepticality" fut le premier podcast sceptique jamais réalisé! Il est le bébé de Derek et Swoopy.

Joyeux centième épisode, "Skepticality"!

jeudi 23 avril 2009

Bill Nye se fait huer au Texas

Bill Nye "The Science Guy" s'est fait huer par son public au Texas (USA) lorsqu'il a expliqué que, contrairement à ce que la Bible affirme, la Lune n'émet pas sa propre lumière, et reflète uniquement celle du Soleil. La position scientifique contredit en effet Genèse 1:16, qui nous dit:
Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit; il fit aussi les étoiles.
Certaines personnes ont alors quittés la salle, dont une mère en s'exclamant "Nous croyons en Dieu!".

Source (en anglais): "Just shoot me..."

mercredi 22 avril 2009

Skeptoid #150: une comédie musicale sceptique!

Pour fêter dignement le 150e épisode du podcast "Skeptoid", Brian Dunning nous propose une comédie musicale sceptique (très probablement la première comédie musicale sceptique jamais réalisée!) intitulée "Screwed!". A écouter impérativement (en anglais, environ 5 minutes)!

ps: le thème est une réunion ultra-secrète du Nouvel Ordre Mondial des Illuminati Maçonniques...

Bande-annonce du film "The Skeptic"

Voici la bande-annonce du film "The Skeptic" (en anglais, environ 2 minutes):

mardi 21 avril 2009

Le Pape réaffirme que la résurrection est un événement historique réel

Pour la Pâques, le Pape Benoît XVI a réaffirmé que la résurrection est un événement historique réel, nous apprend une vidéo sur la chaîne YouTube du Vatican (en anglais, environ 1 minute):



Ce qui m'a particulièrement surpris est lorsque la narratrice nous dit:
Pope Benedict also stressed that Jesus resurrection is a real historical event, witnessed by many sources, and brings a new dimention of life that transform every human family throughout the ages.
Traduction:
Le Pape Benoît a aussi souligné que la résurrection de Jésus est un événement historique réel, dont de nombreuses sources témoignent, et qui apporte une nouvelle dimension de vie qui transforme chaque famille humaine à travers les âges.
"Dont de nombreuses sources témoignent"? De quelles sources s'agit-il?

On sait que les épîtres de Paul sont les documents les plus anciens du christianisme - lorsqu'on exclut bien entendu l'Ancien Testament - mais celles-ci contiennent extrêmement peu d'information sur la vie et l'enseignement d'un éventuel Jésus historique. Par exemple, l'épître de Paul aux Galates 3:1 nous dit: "Galates stupides, qui a pu vous fasciner, alors que sous vos yeux Jésus-Christ a été dépeint crucifié?". Nous n'en saurons pas plus... Cela semble indiquer que les auteurs des épîtres de Paul (actuellement le consensus est que 7 épitres sur 13 sont réellement de lui) n'avaient pas véritablement connaissance d'un Jésus historique, ou tout du moins des événements allégués de sa vie.

Il faudra attendre l'évangile de Marc (en réalité d'un auteur anonyme inconnu: les noms que nous donnons aux évangiles actuellement ont été attribués tardivement à ces différents textes lorsqu'il a été question d'unifier le canon chrétien et de créer le Nouveau Testament tel que nous le connaissons aujourd'hui) plusieurs décennies plus tard pour voir apparaître le récit d'une vie d'un Jésus prétendument historique. Certains experts le date actuellement autour de 70 après J.-C, même si la question est toujours sujette à controverses. L'évangile de Marc a par la suite fournit le canevas, avec la source Q, sur lequel se baseront les auteurs des évangiles attribués à Mathieu, Luc et Jean.

Nous ne sommes donc clairement pas devant des témoignages de première main! Nous serions sceptiques même s'ils l'étaient, vu le manque de fiabilité du témoignage humain, mais ici la question ne se pose même pas: ces textes se basent sur ce qui se racontait dans les premières communautés chrétiennes. Quant aux références non chrétiennes, elles sont rares, tardives et tout aussi indirectes: ces auteurs se basent sur ce que des chrétiens leurs ont dit! Notons en passant que la référence à Jésus de Flavius Josèphe, souvent citée, est actuellement considérée par la grande majorité des experts comme un ajout tardif par un auteur chrétien. En effet, des analyses grammaticales démontrent des différences significatives entre ce qui est écrit dans ce passage, et ce qui est écrit avant et après lui.

Au vu de l'absence de mentions non chrétiennes contemporaines des événements qui nous sont racontés dans les évangiles, certains argumentent (par exemple sur la page wikipédia consacrée à la thèse mythiste) que "cela n'a rien d'étonnant, la crucifixion d'un prédicateur juif ayant rassemblé quelques disciples n'étant pas un évènement notable à l'échelle de l'empire romain". Cet argument admet tacitement que certains miracles narrés dans le texte biblique ne se sont pas réellement produit. Je pense particulièrement à la résurrection des saints, après la crucifixion (Mathieu 27:52-53):
"Les sépulcres s'ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent. Etant sortis des sépulcres, après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et apparurent à un grand nombre de personnes."
Ce genre de résurrections - certains sceptiques comparent sarcastiquement ces versets à "La Nuit des morts-vivants" de George Romero - pouvait difficilement passer inaperçu, même aux yeux des Romains! A noter qu'il est bizarre qu'il faille à ces saints plusieurs jours pour s'extirper de leurs tombes, puisque ce passage nous dit que les sépulcres s'ouvrirent au moment où Jésus rendit l'âme, mais qu'ils n'entrèrent dans la ville sainte qu'après sa résurrection, c'est-à-dire trois jours plus tard (enfin, pour être précis Jésus est supposé être mort le vendredi en soirée, et être ressuscité le dimanche matin, ce qui ne fait pas trois jours de 24h). L'argument "la crucifixion d'un prédicateur juif ayant rassemblé quelques disciples n'étant pas un évènement notable à l'échelle de l'empire romain" admet implicitement que l'éventuel Jésus historique était - en tout cas pour un observateur extérieur - un prédicateur juif semblable à beaucoup d'autres.

Quand Benoît XVI affirme que "de nombreuses sources témoignent" de la résurrection, il trompe le public. Que Jésus soit un personnage historique ou uniquement un mythe (ou encore qu'un éventuel Jésus historique ait vraiment été crucifié ou non) est en tout honnêteté indifférent pour les athées. Si un individu nommé Jésus (ou même nommé autrement mais qui aurait été la source d'inspiration du Jésus des évangiles) a réellement été crucifié, cela ne remet absolument pas en cause l'athéisme. Il s'agit purement d'une question historique. Par contre, prétendre qu'il y a de nombreuses sources pour confirmer que la résurrection "en chair" est un événement historique réel est purement et simplement de la désinformation.

lundi 20 avril 2009

Un cas de maison hantée dans le Michigan

Orac a écrit un excellent billet concernant un cas de maison hantée sur son blog "Respectful Insolence" (en anglais): "Haunting a house in southeast Michigan: I think this reporter missed a possible explanation". Il s'agit d'une réponse à un reportage TV visible ici (en anglais, environ 4 minutes). Je cite un extrait:
The only naturalistic explanation Harapetian seems to consider is that someone might be playing a joke on the family, not an unreasonable possibility to consider, albeit far from the only one. Unfortunately, Harapetian blithely dismisses this possibility by simply noting that the doors and windows are locked, making it very hard for a stranger to enter. Apparently it never entered her mind that another, equally likely, naturalistic explanation is that this is some sort of hoax.
Traduction:
La seul explication naturaliste que Harapetian (ndt: nom de la journaliste TV) semble considérer est que quelqu'un fasse une blague à cette famille, ce qui n'est pas une possibilité déraisonnable à considérer, mais qui est cependant loin d'être la seule. Malheureusement, Harapetian écarte du revers de la main cette possibilité en remarquant simplement que les portes et les fenêtres sont fermées, rendant la possibilité d'entrer très difficile pour un étranger. Apparemment, il ne lui est jamais venu à l'esprit une autre explication naturaliste, tout aussi probable: qu'il puisse s'agir d'un canular.

Richard Saunders interviewé à propos du phénomène ovni

Le sceptique australien Richard Saunders (hôte du pocast "The Skeptic Zone") est interviewé (en anglais, environ 5 minutes) - dans le cadre de l'émission télévisée matinale "Sunrise" - à propos du phénomène ovni:

samedi 18 avril 2009

Notes de lectures - 10: "Dieu versus Darwin"

(Mais que lisent donc les sceptiques?)

Note: 3/5.

Dans "Dieu versus Darwin: Les créationnistes vont-ils triompher de la science?", le dominicain Jacques Arnould dresse un état des lieux du créationnisme, aussi bien historique que géographique.

Les personnes religieuses qui défendent la théorie de l'évolution jouent un rôle important dans la "guerre des cultures" (angl.: culture war). En effet, trop souvent, l'image véhiculée dans le grand public par l'athéisme - particulièrement l'athéisme militant - reste malheureusement plutôt négative: on préfère les personnes qui ne croient pas en Dieu, mais qui ne critiquent pas non plus les religions. En clair, on préfère les "apathées" (néologisme qui mélange athées avec apathie) aux athées militants; ou encore on préfère les agnostiques à ceux qui prennent clairement position. Pour le dire autrement, critiquer les religions reste une activité politiquement incorrecte.

Dans ce contexte, un chrétien qui affirme que le créationnisme - y compris le Dessein Intelligent - est à la fois de la mauvaise science et de la mauvaise théologie occupe de facto une place privilégiée dans le débat. Il peut en effet expliquer à ses coreligionnaires pourquoi - et comment - ils peuvent (et doivent!) accepter la théorie de l'évolution dans le cadre de leur foi, tout en n'étant jamais suspecté d'être opposé au créationnisme à cause d'une adhésion à la vision du monde du naturalisme philosophique. Kenneth R. Miller, professeur de biologie à Brown University et Catholique Romain pratiquant, joue actuellement ce rôle aux États-Unis. Il est sans aucun doute une fameuse épine dans le pied des créationnistes!

Son équivalent français est peut-être bien Jacques Arnould...

L'un dans l'autre, j'ai trouvé ce livre excellent. Jacques Arnould discute spécifiquement de questions scientifiques dans le chapitre 7, "La science en procès" (p. 149-189 de l'édition de poche). J'avoue que j'aurais préféré qu'il en discute plus longuement, mais je dois dire qu'il arrive à fournir énormément d'informations en quelques dizaines de pages, sous une forme condensée. Il s'agira alors aux lecteurs d'aller plus loin...

Je suis bien évidemment en désaccord avec sa position "Dieu et Darwin, sans complexe" (qu'il explique p. 271-275), qui se rapproche du NOn-recouvrement des MAgistères (NOMA) de Stephen Jay Gould: il n'y aurait prétendument pas de conflit entre la science et la religion. Il écrit (p. 273):
Je suis surpris de pouvoir lire ou entendre que, au début du XXIe siècle, nous pensions encore en termes de dualité: Dieu ou bien Darwin, Dieu contre Darwin, Darwin contre Dieu. Je n'ignore pas la révolution déclenchée par Galilée et je trouve raisonnable, voir nécessaire, sa revendication de voir séparés les sphères religieuses et scientifiques: il avait raison de rappeler, après un cardinal et plusieurs auteurs chrétiens, que la Bible ne dit pas comment va le ciel mais comment y aller. Confondre ces deux sphères, c'est entraver l'humanité, la maintenir dans les rets de la peur.
Le conflit entre science et religion ne se situe pas tant du côté des faits mis en évidence par la première (par exemple dans le conflit opposant la théorie de l'évolution au Dessein Intelligent) que de la méthode scientifique elle-même, qui n'est tout simplement pas compatible avec une démarche basée sur la foi. Ces manières d'approcher le réel sont "compatibles" uniquement dans le sens où un être humain - un individu - peut par exemple être un scientifique sur le plan professionnel et peut pratiquer une religion durant ses loisirs: la psychologie humaine est telle qu'un seul individu peut tenir ensemble de nombreuses positions contradictoires!

Cependant, la science et la religion ne sont pas compatibles d'un point de vue épistémologique. Le fait que ces deux approches peuvent coexister au sein d'un même individu, sous des formes compartimentées, ne doit pas nous laisser oublier qu'elles sont réellement - profondément - incompatibles. D'une manière quelque peut caricaturale, nous pouvons dire que ce n'est pas Dieu vs. Darwin, mais bel et bien la raison vs. la foi. Je dirais d'un biologiste qui va le dimanche à l'église écouter un prêtre catholique qui lui enseigne - sans aucune preuve - qu'un être humain est né d'une vierge ou encore est ressuscité "en chair" (et en os?) a un loisir plutôt bizarre...

vendredi 17 avril 2009

Les mensonges de L. Ron Hubbard

Le site web Cracked.com nous propose un article sur les mensonges de L. Ron Hubbard - mis à part la scientologie (en anglais): "L. Ron Hubbard's 5 Most Impressive Lies (Besides Scientology)".

jeudi 16 avril 2009

Le "Creation Museum"

Cette vidéo (en français, environ 2 minutes) nous présente le "Creation Museum", qui a ouvert ses portes le 28 mai 2007:



Derrière ce musée créationniste jeune-terre se trouve l'association "Answers in Genesis", dont le président est Ken Ham. D'après cet article, il peut accueillir certains jours jusqu'à 4000 personnes...

mercredi 15 avril 2009

Steven Novella sur l'argumentation des croyants en l'HET

Steven Novella a récemment écrit un billet consacré à l'argumentation des croyants en l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni (HET) sur son blog "Neurologica": cet article s'intitule "Some UFO Logical Fallacies".

Il distingue les preuves de mauvaises qualités (les témoignages, les photos, les détections radars, etc.) des preuves d'excellentes qualités. Une erreur que les ufologues commettent est de croire qu'en amassant un tas de preuves de mauvaises qualités, subitement ils obtiendraient - comme par magie - quelque chose qui pourrait potentiellement convaincre la communauté scientifique. C'est juste faux! Si vous accumulez suffisamment de bouses de vache, celles-ci ne se transforment pas en or. Une grande quantité de preuves de mauvaises qualités n'est jamais équivalante à une seule preuve d'excellente qualité.

Steven Novella écrit:
There tons of poor quality or ambiguous evidence, but nothing compelling.
Traduction:
Il y a des tonnes de preuves de mauvaises qualités ou ambiguës, mais rien de réellement convaincant.
Pour donner un exemple concret, les tenants de la Société Belge d'Étude des Phénomènes Spatiaux (SOBEPS) - aujourd'hui devenue la COBEPS - argumentaient dans l'ouvrage "Vague d’ovnis sur la Belgique" que la grande quantité de témoignages de la Vague Belge prouve l'HET, à cause de leur "cohérence interne" - ce qui était pratiquement un mantra répété encore et encore à travers le livre. Le problème est que les recherches en psychologie prouvent que le témoignage humain n'est absolument pas fiable. Une grande quantité de témoignages ne se transforme pas subitement en une preuve d'excellente qualité, qu'il y ait une prétendue "cohérence interne" ou non. De toute manière cette "cohérence interne" existait surtout dans l'oeil des observateurs - c'est-à-dire l'équipe d'ufologues de la SOBEPS - qui la générait en sélectionnant les cas similaires et en écartant ceux qui ne correspondaient pas au stéréotype dont ils voulaient (consciemment ou inconsciemment) faire la promotion: le triangle. Quoi qu'il en soit, si on additionne beaucoup d'éléments non fiables, à la fin, on obtient juste un grand tas d'éléments non fiables, et pas subitement, comme les tenants de la SOBEPS voulaient nous le faire croire à l'époque, quelque chose qui serait enfin réellement fiable. Parler d'une pseudo-"cohérence interne" n'y change strictement rien...

Comme le dise souvent les sceptiques: "The plural of 'anecdote' is not 'data'!" (traduction: "Le pluriel d'"anecdote" n'est pas "données"!").

Face à ce problème, les ufologues tendent à avoir recours à l'argument fallacieux dit de "supplication spéciale" (angl.: "special pleading"). Celui-ci consiste à inventer des excuses pour justifier l'absence de preuves d'excellentes qualités. Par exemple: "Nous n'avons pas d'échantillons de technologies extraterrestres à montrer à la communauté scientifique, mais c'est parce que les Petits Gris ont une technologie qui empêche toute "récupération" de notre part et/ou parce que les Hommes en Noir dissimulent tous les échantillons après chaque crash! Ce genre d'échantillons se trouve dans la Zone 51, mais La-Conspiration-Mondiale-Pour-Cacher-La-Vérité nous empêche de mettre la main dessus.", et ainsi de suite.

Je cite un autre (long) extrait, que je traduis plus loin:
That is the typical UFO believer (even generalizable to paranormal believer) straw man about skeptics - that we are deniers who do not want to confront evidence that will shake our fragile world view. Strawman argument are worthless - if you want to understand and confront the position of skeptics you have to read what they actually write and address their actual points.

(...)

My position, as I have made clear, is that taken as a whole the evidence is far more compatible with the psychocultural hypothesis than the extraterrestrial hypothesis, and there is no single piece of evidence that demands the ETH. But I am happy to be proven wrong - just show me the evidence.

(...)

UFO believers attack straw men, completely mischaracterize the position of UFO skeptics, fail to address the skeptical position, and find many ways to argue that their low quality evidence should be taken more seriously.

What they never ever do, however, is refute my claims that compelling evidence does not exist by simply providing such evidence.

I am still waiting.

Traduction:
C'est un argument d'épouvantail classique des croyants dans le phénomène ovni (qui peut même être généralisé aux croyants dans le paranormal) à propos des sceptiques - que ce serait prétendument nous les "négationnistes" qui ne voudraient pas confronter les preuves qui iraient à l'encontre de notre - oh si fragile! - vision du monde. Les arguments d'épouvantail ne valent strictement rien - si vous voulez comprendre et débattre la position des sceptiques, vous devez lire ce qu'ils écrivent et répondre aux arguments qu'ils utilisent réellement.

(...)

Ma position, que j'ai énoncé clairement, est que prisent dans leur ensemble les preuves penchent bien plus en faveur de l'hypothèse psychosociologique que de l'hypothèse extraterrestre, et qu'il n'y a pas une seule preuve qui n'exige réellement l'HET. Mais je serais heureux que l'on prouve que j'ai tort - montrez-moi juste les preuves.

(...)

Les croyants dans le phénomène ovni attaquent des épouvantails, déforment complètement la position des ufosceptiques, et inventent de nombreuses manières d'argumenter que leurs preuves de mauvaises qualités devraient être prises plus aux sérieux.

Ce qu'ils ne font jamais, cependant, est contrer mon affirmation que des preuves conclusives n'existent pas en me présentant tout simplement ce type de preuves.

J'attends toujours.
Moi aussi.

mardi 14 avril 2009

Les styles d'apprentissage n'existent pas

L'épisode #90 du podcast "The Psych Files" est consacré au mythe des styles d'apprentissage: "Episode 90: The Learning Styles Myth: An Interview with Daniel Willingham".

Nous pouvons lire sur wikipédia (anglais) la définition suivante des styles d'apprentissage (ici):
Learning styles are, simply put, various approaches or ways of learning. They involve educating methods, particular to an individual, that are presumed to allow that individual to learn best. It is commonly believed that most people favor some particular method of interacting with, taking in, and processing stimuli or information. Based on this concept, the idea of individualized "learning styles" originated in the 1970s, and has gained popularity in recent years. It has been proposed that teachers should assess the learning styles of their students and adapt their classroom methods to best fit each student's learning style.
Traduction:
Les styles d'apprentissage sont, dit simplement, différentes façons ou manières d'apprendre. Cela implique des méthodes éducatives, particulières à chaque individu, qui prétendument permettent à un individu d'apprendre mieux. Beaucoup croient que la plupart des personnes privilégient certaines manières d'interagir avec, d'absorber et de traiter les stimuli ou informations. Basée sur ce concept, l'idée des "styles d'apprentissage" individuels est née dans les années 1970, et est devenue récemment populaire. Il a été suggéré que les professeurs devraient évaluer les styles de leurs étudiants et adapter leurs méthodes éducatives afin d'être en adéquation avec le style d'apprentissage de chaque étudiants dans leurs classes.
Les plus célèbres styles d'apprentissage sont: visuels, auditifs et kinesthésiques. Dans son interview sur "The Psych Files", Daniel Willingham, auteur de "Why Don't Students Like School: A Cognitive Scientist Answers Questions About How the Mind Works and What It Means for the Classroom", explique que les recherches en psychologie ne soutiennent pas cette conception des choses. Vous pouvez aussi l'écouter expliquer pourquoi dans cette vidéo YouTube (en anglais, environ 7 minutes):

lundi 13 avril 2009

La POZ n°046

"La publication de l'Observatoire Zététique" (ou La POZ) n°046 (gratuite, en format .pdf) est disponible.

La photo du mois (avril 2009)

Voici la photo d'un ovni japonais (désolé pour la mauvaise qualité de l'image, les conditions étaient mauvaises, mais je pense que malgré tout on peut encore fort bien distinguer la forme de soucoupe de l'objet):


Et voici maintenant une vidéo d'une Rencontre Rapprochée du Troisième Type avec Ryoko Hirosue (en japonais, environ 1 minute):

samedi 11 avril 2009

Les apparitions de la Vierge et la critique historique


Le site de Notre-Dame de La Salette, deuxième lieu de pèlerinage en France après Lourdes, sous la neige.

Les apparitions mariales – autrement dit les témoignages de visions de la Vierge Marie – ont aussi leur histoire. Grosso modo, de l’Antiquité chrétienne jusqu’au XIXe siècle, l’agent surnaturel nommé "la Vierge" apparaissait généralement aux "expérienceurs" en songe seulement, et pas très souvent (les cas répertoriés ne sont pas très nombreux somme toute). Mais, à partir du milieu du XIXe siècle, des gens se sont mis à croiser l’entité "en personne", en divers endroits de la planète. L’apparition mariale telle qu’on se la représente habituellement est par conséquent d’abord un phénomène contemporain.

Depuis donc les années 1840-1850, d’abord en Europe puis sur d’autres continents, les vagues d’apparitions se succèdent (vague française de 1848-1849, vague belge de 1932-1934…), un peu à la manière des vagues d’ovnis par la suite. Et, toujours également comme en matière d’ovnis, les Français sont de "bons" observateurs de Vierge Marie. L’Hexagone détient ainsi le record mondial de cas "solides". Parmi les 15 apparitions mariales officiellement reconnues à ce jour par l’Eglise catholique (sur plusieurs centaines de cas allégués), pas moins de 5 en effet sont françaises : Le Laus (1664-1718), La Salette (1846), Lourdes (1858), Pontmain (1871) et L’Ile-Bouchard (1947).

Marc Hallet, un sceptique belge connu surtout pour ses textes sur la fameuse vague d’ovnis qui a parcouru son pays de 1989 à 1991, propose désormais un regard critique sur l’ensemble de ces principaux cas d’apparitions mariales. Outre les cas français susmentionnés, on y trouve aussi par exemple des mises au point sur les incontournables Guadalupe, Fatima et Medjugorje, mais aussi sur des affaires plus obscures comme Neubois, Pellevoisin et autres Knock, ou de provenance exotique telles que Kibeho, Zeitoun et Shoubra... Ce gros ouvrage, divisé en deux tomes, qui offre de plus une bibliographie substantielle, constitue donc un bon point de départ pour les esprits sceptiques souhaitant s’informer sur le sujet. Et cerise sur le gâteau, Les apparitions de la Vierge et la critique historique, dans sa version électronique, révisée et complétée par rapport à la version papier parue en 2001, est téléchargeable gratuitement sur le site web du SCRIBD : tome 1 et tome 2.

Si (sainte) Bernadette Soubirous (14 ans à l’époque des faits) est le leader incontesté des visionnaires, Mélanie Mathieu Calvat (15 ans) et Maximin Giraud (12 ans), les témoins de La Salette, figurent également dans le peloton de tête, en compagnie de Lucia (10 ans), Francesco (8-9 ans) et Jacintha (7 ans), les trois petits Portugais de Fatima, de sérieux outsiders. Sur le site officiel du sanctuaire de Notre-Dame de La Salette, deuxième lieu de pèlerinage en France après Lourdes, on peut lire actuellement que "le 19 septembre 1846, dans les alpages au dessus du village de La Salette en Isère, deux enfants bergers, Maximin Giraud et Mélanie Calvat, disent avoir rencontré une "Belle Dame" en pleurs, toute de lumière. Elle leur confie un message de conversion, pour "tout son peuple". Après 5 ans d’une enquête rigoureuse, l’évêque de Grenoble, Mgr Philibert de Bruillard, reconnaît par un mandement l’authenticité de l’apparition."

Or, Marc Hallet, réputé parmi les sceptiques pour s’être constitué une grosse bibliothèque sur les différents sujets dont nous traitons sur ce blog, cite par exemple une biographie oubliée de l’abbé Monnin, publiée en 1904, sur le curé d’Ars où l’on apprend notamment que, concernant le premier "témoin", Maximin :

Le curé d'Ars s'est expliqué. Et, de surcroît, d'une façon parfaitement claire... Cette explication, il la donna devant un petit groupe de personnes, à l'occasion d'une réunion privée. Il était alors interrogé sur l'incident par l'abbé Monnin qui, à la demande de Mgr Chalendon, rédigea une biographie très complète du célèbre curé qui parut avec l'approbation de Mgr De Belley qui avait lui-même donné l'extrême-onction à celui qui fut, depuis, canonisé. Les précisions qui vont suivre ne proviennent donc pas d'un ouvrage fumeux et ne souffrent donc pas de contestation. Voici l'intégralité de cette conversation, reproduite par l'abbé Monnin...
"- Monsieur le curé, que faut-il penser de La Salette?
- Mon ami, vous pouvez en penser ce que vous voudrez : ce n'est pas un article de foi. Moi, je pense qu'il faut aimer la sainte Vierge.
- Y aurait-il de l'indiscrétion à vous demander de vouloir bien nous raconter ce qui s'est passé entre vous et Maximin, dans cette entrevue dont on fait tant de bruit? Quelle est au juste l'impression qui vous est restée?
- Si Maximin ne m'a pas trompé, il n'a pas vu la sainte Vierge.
- Mais, Monsieur le curé, on dit que l'abbé Raymond avait poussé à bout cet enfant et que c'est pour se débarrasser de ses obsessions qu'il a dit n'avoir rien vu.
- Je ne sais pas ce que M. Raymond a fait ; mais je sais bien, moi, que je ne l'ai pas tourmenté. Je n'ai fait que lui dire, quand on me l'a amené : "C'est donc vous, mon ami, qui avez vu la sainte Vierge?"
- Maximin ne disait pas qu'il avait vu la sainte Vierge ; il disait seulement qu'il avait vu une grande dame... Il y a peut-être là-dessous un malentendu.
- Non mon ami, le petit m'a dit que ce n'était pas vrai ; qu'il n'avait rien vu.
- Comment se fait-il que vous n'ayez pas exigé de lui une rétractation publique?
- Je lui ai dit : "Mon enfant, si vous avez menti, il faut vous rétracter".
- Ce n'est pas nécessaire, m'a-t-il répondu, ça fait du bien au peuple. Il y en a beaucoup qui se convertissent. Puis il a ajouté : "Je voudrais faire une confession générale et entrer dans une maison religieuse. Quand je serai au couvent, je dirai que j'ai tout dit, et que je n'ai plus rien à dire." Alors, j'ai repris : "Mon ami, ça ne peut pas aller comme ça ; il faut que je consulte mon Evêque".
- "Eh bien! Monsieur le curé, consultez. Mais ce n'est pas la peine." Là-dessus, Maximin a fait sa confession.
- Monsieur le curé, êtes-vous sûr d'avoir bien entendu ce que Maximin vous a dit?
- Oh! très sûr! Il y en a bien par-là qui ont voulu dire que j'étais sourd!... Que n'a-t-on pas dit?... Il me semble que ce n'est pas comme ça qu'on défend la vérité."
Ainsi donc, contrairement aux idées que l'on essaye de défendre dans l'abondante littérature en faveur de La Salette, les faits sont clairement établis : Maximin admit qu'il ne vit rien.


Quant au second "témoin", Mélanie, on peut, en toute objectivité, difficilement dire qu’elle fut un modèle d’équilibre mental :

En 1851, Mélanie prit l'habit sous le nom de sœur Marie de la Croix. Mais son temps de noviciat expiré, Mgr Ginoulhiac refusa de l'admettre à la profession de foi parce que, dit-on, il l'estima hors de sens, voire même complètement folle. Il faut dire que dès 1852 elle avait commencé à raconter aux autres novices qu’alors qu’elle était bergère, elle parlait de Dieu aux animaux et que ceux-ci baissaient respectueusement la tête quand elle prononçait devant eux le nom de la Sainte Vierge. On envoya donc Mélanie en Angleterre où elle entra au Carmel de Darlington. Elle en sortit en 1860 pour revenir en France puis en 1867 elle passa en Italie. A la mort du prélat qui l'avait accueillie là-bas, elle revint en France où elle resta plusieurs années près de sa mère, à Cannes, pour la soigner. Dès 1858 elle laissa transpirer peu à peu son secret qu'elle publia enfin en 1879 sous la forme d'une brochure qui reçut l'Imprimatur de Mgr Zola. Ce long texte étrange et apocalyptique déplut à un grand nombre de prélats. Il fut finalement condamné et mis à l'Index par le Saint Office le 21 décembre 1915. Défense était faite de le lire ou de le posséder, tout prêtre passant outre étant menacé d'être suspendu. Ce décret fut contesté pour cause de vice rédactionnel et, en 1922, le secret de Mélanie fut à nouveau réédité avec, cette fois, l'Imprimatur du Père Lepidi, membre du Saint Office ! Après cette maladresse, l'Eglise attendit jusqu'en 1957 pour, à nouveau, condamner ce texte qui, dit-on, s'écartait beaucoup, de par ses nombreux développements, du texte originel remis au pape à l'époque où, pour la première fois, Mélanie coucha par écrit son secret. Le Vatican n'ayant pas publié le texte originel, il n'est évidemment pas possible de faire des comparaisons. Ce qui est certain, c’est que le texte de 1879 contient une prophétie qui se révéla fausse : “Le Saint-Père souffrira beaucoup. Je serai avec lui jusqu’à la fin pour recevoir son sacrifice. Les méchants attenteront plusieurs fois à ses jours ; mais ni lui, ni son successeur (qui ne régnera pas longtemps) ne verront le triomphe de l’Eglise de Dieu.” Les repères chronologiques du texte par rapport auxquels se situe cette prophétie indiquent, comme l’a signalé Joachim Boufflet, que le pape qui n’aurait pas du régner longtemps était Léon XIII. Or, son pontificat s’étendit de 1878 à 1903.
En 1879, un certain Léon Bloy arriva à La Salette avec le père Tardif de Moidrey, un illuminé mystique qui décéda peu après. Bloy quitta La Salette avec l'idée de rédiger un ouvrage sur ce prêtre. Mais, un peu plus tard, réalisant qu'il était personnellement né 68 jours avant l'apparition et que 68 était le nombre des frères d'Obededom choisis par David pour garder l'Arche d'Alliance, Bloy se crut investi d'une mission touchant directement l'apparition. Il revint donc à La Salette en compagnie d'une prostituée illuminée de 31 ans qui se livrait à des divinations. Il se fit renvoyer par les missionnaires du lieu et revint encore en 1906 après avoir publié un ouvrage étrange intitulé "Celle qui pleure" dans lequel il conta par le menu les tribulations de Mélanie en constante opposition avec le clergé.
A partir de cette époque, Bloy déploya beaucoup d'énergie en faveur de La Salette et de Mélanie. Il écrivit même un livre entier pour étudier - ô combien confusément - le symbolisme de l’apparition. Fort curieusement, il a été accusé par un certain R. Barbeau de n'avoir pas été autre chose qu'un adepte de Lucifer usant d'un langage à double sens pour faire progresser ses sombres projets. Ce Barbeau était lui-même un naturopathe un peu fou qui prétendait avoir identifié dans la méthyllyanthine le seul agent responsable du cancer.
A 21 ans, Mélanie commença à rédiger ses Mémoires, sans les achever. Elle s’y décrivit comme une sauvageonne négligée par ses parents qui dès l’âge de 4 ans rencontrait régulièrement le petit Jésus dans les bois et qui, à 6 ans, s’était envolée avec lui vers le Paradis où elle avait pu voir la Vierge et le Père céleste, assis sur des trônes. En 1900, Mélanie rédigea à nouveau et acheva cette fois définitivement son autobiographie que Léon Bloy fit paraître au Mercure de France en 1919, longtemps après le trépas de son auteur, survenu le 14 décembre 1904 à l'âge de 72 ans. Cette longue autobiographie, préfacée élogieusement par Léon Bloy, dépasse, dans le domaine de la folie littéraire, plus d'un grand classique dont le célèbre ouvrage de Berbiguier sur les farfadets. Mélanie y racontait en effet qu'à l'âge de 3 ans elle avait été chassée par sa mère et s'en était allée vivre dans la forêt. Là, elle avait rencontré un enfant de sa taille qui n'était autre que le petit Jésus. Ils s'appelèrent respectivement "ma sœur" et "mon frère". A l’en croire, Mélanie passait son temps à jouer avec Jésus en cueillant des fleurs pour le Bon Dieu et, souvent, Jésus apprenait à la bergère comment prier et faire des sacrifices. Un jour, Jésus l'emmena au Paradis où elle vit la Vierge Marie, un cœur de jeunes vierges et le Très-Haut, assis sur un trône. Une autre fois, elle rencontra son ange gardien. Un jour, Jésus modifia le cœur de la jeune bergère afin d'augmenter sa foi et son espérance. Pour ce faire, le "divin chirurgien" (dixit Mélanie) ouvrit la poitrine de l'enfant, coupa son cœur dans le sens vertical, y marqua des croix au fer rouge puis, s'étant miré dans l'organe et l'ayant "odoré", il le remit en place. […] Grâce à Jésus ou en sa compagnie, Mélanie aurait également fait des miracles : remettre en place le pied cassé d'un enfant, guérir instantanément les graves brûlures d'un bébé, passer à sec une rivière en crue, etc.


Enfin, concernant le message lui-même, dont on a dit qu’il était intellectuellement hors de portée des deux jeunes bergers :

En 1928, le savant bollandiste Hippolyte Delehaye, dont les recherches historiques au sujet des vies des saints font toujours autorité, publia un article qui fit l'effet d'une véritable bombe à retardement. Il y expliquait qu'il avait existé en Occident, depuis le VIe siècle, un genre littéraire sans grand relief et sans style qu'on pouvait appeler les "lettres tombées du ciel" ou "lettres du Christ". Selon la tradition populaire, ces lettres, écrites par Jésus lui-même, apportées ici-bas par des anges ou tombées du ciel, contenaient des exhortations visant à inculquer le respect du repos dominical et d'autres choses du genre. Le père Delehaye reproduisit une de ces lettres et montra qu'elle se rapprochait curieusement, tant par son contenu que par son style, du célèbre message de la Vierge de La Salette. Pour cet historien spécialisé en matière de fraudes pieuses, il ne faisait pas de doute que cette lettre ou une autre du genre avait été le point de départ de la longue allocution que la Vierge était censée avoir prononcée devant les enfants de La Salette. En publiant cela, le Père Delehaye bouclait en quelque sorte la boucle. On avait dit jusque-là que le message de la Vierge était loin au-dessus de la portée de l'imagination des deux enfants. On savait désormais que tous deux ou l'un d'eux (sans doute Mélanie), avai(en)t pu assister à la lecture orale d'une de ces lettres et en retenir le sens général.


Je vous laisse à présent découvrir ce qui se cache derrière les autres cas "solides"…

Un manuel d'anglais pro-médecines "alternatives"

Dans le cadre de mon travail de professeur d'anglais au Japon, j'ai découvert un manuel qui s'adresse aux élèves de niveau intermédiaire supérieur, voire avancé, intitulé « BBC Documentary: Natural Remedies » (rédigé par Kumiko T. Sato, Steve Lia, Philip Rowland & Barry Mateer). Celui-ci est publié par Kirihara Shoten pour le public asiatique.

Ce manuel est extrêmement bien fait d'un point de vue pédagogique - pour enseigner l'anglais tout du moins! Il s'accompagne en effet d'un DVD qui comprend une série d'émissions produites par la British Broadcasting Corporation (BBC), d'une dizaine de minutes chacune: un excellent format pour une utilisation dans des classes de 50 minutes. Dans le cadre d'un cours de langue anglaise, après une brève introduction, les élèves regardent par exemple une première fois l'émission sans sous-titres, puis une seconde fois avec des sous-titres pour les aider à mieux comprendre ce qui est dit. Comme il s'agit d'une authentique série de documentaires, les apprenants sont donc exposés à de l'anglais natif (avec différents accents), tel qu'ils pourraient en entendre s'ils regardaient spontanément la télévision britannique. Le manuel propose ensuite des exercices pour approfondir le vocabulaire, et générer des discussions autour des sujets abordés.

Le gros problème est que... ce manuel ne contient que de la propagande en faveur des médecines prétendument alternatives!

Voici les différents sujets proposés pour des leçons: "Herbal Medecine", "Diet", "Music and Dance", "Body Chi", "Colour and Light", "Yoga and Meditation", "Homeopathy", "Healing Touch", "Animal Therapy", "Feng Shui", "Laughter" et enfin "Body Treats".

Non seulement ces divers sujets sont abordés de manière totalement non critique, mais le manuel enseigne spécifiquement la propagande des médecines prétendument alternatives. Je vous donne deux exemples tirés d'une page de vocabulaire (leçon 4, p. 26):

meridian lines: passagways of energy flowing through the body;
chi: the natural energy flowing trough the world
Comme vous pouvez le constater par vous-même, aucune nuance un tant soit peu sceptique n'est intégrée dans ces définitions. Voici maintenant un exemple d'exercices (remplissez le blanc) que l'on trouve dans le manuel pour mobiliser le vocabulaire enseigné (leçon 4, p. 26):

Certain meridian lines through the body (culminate) in sensitive pressure point on the foot.
Traduction:

Certaines lignes de méridiens qui traversent le corps se (terminent) dans des points de pression sensibles sur le pied.
Le manuel présente, en plus des documentaires présents sur le DVD, des articles – pour des exercices de compréhension à la lecture – qui font eux-aussi l'apologie de ces médecines prétendument alternatives. Nous pouvons par exemple lire (leçon 1, p. 8):

Herbalists tend to look more deeply into patients' lifestyles than doctors of conventional medecine.
Traduction:

Les herbalistes ont tendance à inspecter de manière plus approfondie le style de vies des patients que les docteurs pratiquants la médecine conventionnelle.

La façon dont ils introduisent le vocabulaire de propagande est vraiment pernicieuse: en effet, il n'existe bien entendu pas de médecine conventionnelle qui s'opposerait à une médecine non-conventionnelle. Non, il existe d'un côté une médecine dont l'efficacité est scientifiquement prouvée – la médecine basée sur la recherche scientifique (angl.: science-based medecine) – et de l'autre des traitements basés sur des idées pseudo-scientifiques, qu'on nous vend sous le vocable de médecines soi-disant « alternatives » (vis-à-vis de traitements qui fonctionnent réellement, je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de réellement « alternatif » dans le fait de suivre un traitement dont l'efficacité n'est pas prouvée, a été réfutée ou encore se base sur une hypothèse extrêmement peu plausible).

Je cite un autre extrait, cette fois un argument classique des tenants de l'homéopathie (leçon 7, p. 56):

Homeopathic remedies are being increasingly sought after. Perhaps because they carry such a low risk of harmful side effects.

Traduction:

Les remèdes homéopathiques sont de plus en plus recherchés. Peut-être parce qu'ils présentent si peu d'effets secondaires dommageables.
Le manuel oublie juste de préciser que les remèdes homéopathiques ne présentent pas d'effets secondaires parce qu'ils ne présentent tout simplement pas d'effet du tout - autre que placebo! Et non, c'est un fait, il n'y a pas d'effets secondaires associés au fait de prendre de l'eau sous forme de gélules... A l'inverse, les vrais médicaments ont des effets secondaires dû au fait qu'ils ont des effets pharmacologiques réels sur l'organisme.

Tout le reste de « BBC Documentary: Natural Remedies » est du même tonneau.

Franchement, je pense que ce manuel est tout simplement une honte! Il y a tellement de documentaires scientifiques de qualité produits et diffusés par la BBC, on se demande bien pourquoi la maison d'édition Kirihara Shoten a décidé de couvrir cette série, et toute la foutaise pseudo-scientifique qu'elle contient (et je pèse mes mots), si ce n'est pour des raisons idéologiques.

Le seul aspect positif est que, quand j'ai parlé de ce manuel à certains de mes collègues enseignants, ils avaient aussi décidés de ne pas l'utiliser – même s'ils n'étaient pas sceptiques - simplement parce que son contenu sonne comme un ouvrage de propagande, et ce même pour ceux qui ne connaissent rien aux sujets abordés!

Après avoir lu un manuel d'anglais pareil, je ne serais pas étonné si demain j'en reçois un édité par le "Discovery Institute" consacré au Dessein Intelligent, histoire de pouvoir plus facilement enseigner à mes élèves les « forces et faiblesses » (et bien entendu, pour les créationnistes, c'est surtout les faiblesses qu'il est important d'enseigner) de la théorie de l'évolution... Enfin bon, nous n'allons pas leurs donner des idées...

jeudi 9 avril 2009

Sur l'ouverture d'esprit...

Voici une intéressante vidéo sceptique à propos de la notion d'ouverture d'esprit (en anglais, environ 10 minutes):

lundi 6 avril 2009

Notes de lectures - 9: "Petit traité de l'imposture scientifique"

(Mais que lisent donc les sceptiques?)

Note: 1/5.

Je pense qu'il faut toujours saluer la sortie d'un livre sceptique en langue française: il n'y en a malheureusement pas beaucoup! Aleksandra Kroh nous propose cette année un "Petit traité de l'imposture scientifique". Le livre se compose de quatre chapitres: le premier est consacré au phénomène ovni, le second au Lyssenkisme, le troisième au concept de races dans l'histoire des sciences et le dernier au créationnisme.

Le principal point fort de cet ouvrage est qu'il aborde des sujets un peu moins habituels dans la littérature sceptique: en effet, quand on discute des sciences pathologiques, les suspects habituels sont l'ufologie, la parapsychologie, la cryptozoologie et le créationnisme. Par contre, je n'avais jusqu'à présent pas lu grand chose sur le Lyssenkisme et l'histoire de la notion de races. Le fait qu'elle discute de ces sujets - plus originaux - est donc un bon point.

Ceci étant dit, le principal point faible de cet ouvrage est qu'il s'agit plutôt d'un livre historique. Etonnamment, Aleksandra Kroh discute fort peu de pourquoi les sujets qu'elle aborde représentent de beaux exemples de sciences pathologiques! Je donne un exemple pour la route. Nous pouvons lire à la page 188, à propos du Dessein Intelligent:

Enfin, il existerait des systèmes biologiques irreductiblement complexe qui n'auraient pas pu apparaître sans l'intervention d'un être supérieur, dans le cadre d'un vaste projet intelligent. De tels systèmes ne peuvent pas être issus de précurseurs moins complets, car aucun élément d'un système irréductible ne serait fonctionnel avant que le système tout entier ne se développe. Pour les biologistes, aucun de ces arguments n'est sérieux. (...) La thèse de la complexité irréductible reflète l'incompréhension du fonctionnement des systèmes biochimiques et des mécanismes de l'évolution.
C'est tout ce que nous saurons à propos du concept de complexité irréductible, notion forgée par Michael J. Behe, pourtant centrale dans la doctrine du Dessein Intelligent. Elle ne nous explique pas pourquoi cette notion est problématique. Il me semble qu'Aleksandra Kroh aurait pu mentionner au moins la notion de "Dieu des trous" (angl.: "God of the gaps"), ou mieux encore discuter des exemples classiques de tenants, tel que par exemple la flagelle de la bactérie. Kenneth R. Miller, auteur de "Finding Darwin's God: A Scientist's Search for Common Ground Between God and Evolution" et "Only A Theory: Evolution and the Battle for America's Soul", n'hésite pas à aller dans ce genre de débats de fond. Elle aurait donc pu aisément s'en inspirer. L'argumentation est faible quand on se contente de dire:
Pour les biologistes, aucun de ces arguments n'est sérieux.
Tous les chapitres présentent le même défaut. Le fait qu'il s'agisse de sciences pathologiques est posé comme une évidence, mais aucun effort pédagogique n'est véritablement fait par l'auteur pour expliquer aux lecteurs pourquoi c'est le cas. C'est vraiment dommage!

Il est clair que, par exemple, un croyant dans l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni va lire le premier chapitre sans que ses convictions ne soient réellement ébranlées, puisque à aucun moment Aleksandra Kroh ne débat vraiment des problèmes épistémologiques de fond liés à l'ufologie, ni même en détail du moindre cas démystifié (ne serait-ce que pour illustrer la problématique)...

Au-delà de ce problème de fond qui traverse l'ouvrage de part en part, il y a aussi la question du vocabulaire utilisé, principalement celui d'"imposture scientifique" et de "charlatans". Ces concepts sont visiblement mal définis, et ont une géométrie variable dans leurs utilisations par l'auteur. Je pense par exemple qu'il y a un monde de différence entre l'imposture intellectuelle d'un Alan Sokal, dans le cadre de ce qui est devenue l'affaire Sokal, et l'homme de Piltdown. Ce n'est pas du tout le même type de canular! Le premier, c'est un sceptique qui - par cette manœuvre - démontre la dérive intellectuelle du postmodernisme et les limites de l'évaluation par les pairs. De l'autre, nous avons réellement un canular qui avait pour unique but de tromper la communauté scientifique. Agglutiner les deux comme s'il s'agissait du même type de démarches, comme elle le fait pages 6-9 de son introduction, me semble franchement inopportun.

De même, il me semble inapproprié d'utiliser le vocable de "charlatans" et puis d'évoquer l'affaire de la mémoire de l'eau (pages 10-14). Pour être un charlatan, il faut soit a. être complètement incompétent (ce que Jacques Benveniste n'était pas) et/ou b. chercher délibérément à tromper son monde (alors qu'il est clair qu'il a cru jusqu'au bout dans la véracité de sa "découverte"). Même chose pour les ufologues, les tenants du Dessein Intelligent... Même si les sceptiques pensent que ces gens se fourvoient, la grande majorité est clairement sincère! Si vraiment Aleksandra Kroh voulait utiliser le vocable de "charlatans", alors il fallait consacrer un chapitre aux médecines prétendument alternatives: c'est là que les authentiques charlatans - ceux prêts à vous vendre des médicaments miracles pour tout et n'importe quoi - se trouvent.

Du coup, en fin de parcours, même le titre me semble problématique: au lieu de s'intituler "Petit traité de l'imposture scientifique", ce livre aurait mieux fait de se nommer "Petit traité historique des pseudo-sciences". Je me suis demandé si ce vocabulaire n'était pas dû à une influence du livre de Michel de Pracontal "L'imposture scientifique en dix leçons", mais il n'en est pas moins inadéquat pour autant...

Finalement, je conseillerais l'ouvrage d'Aleksandra Kroh aux sceptiques débutants qui n'ont pas accès à la littérature anglo-saxonne: il s'agit d'une bonne introduction historique à certains sujets, le tout dans un ton d'ensemble plutôt critique.

vendredi 3 avril 2009

Michael Shermer: La Trilogie de la Croyance

Michael Shermer nous présente sa "Trilogie de la Croyance" (en anglais, environ 4 minutes):

- "Why People Believe Weird Things: Pseudoscience, Superstition, and Other Confusions of Our Time" (sur les pseudo-sciences),
- "How We Believe: The Search for God in an Age of Science" (à propos des religions),
- "The Science of Good and Evil: Why People Cheat, Gossip, Care, Share, and Follow the Golden Rule" (sur la morale du point de vue de la théorie de l'évolution),
- "The Mind of The Market: Compassionate Apes, Competitive Humans, and Other Tales from Evolutionary Economics" (sur l'irrationalité dans les comportements économiques).

En plus de cette "trilogie", composée en réalité de quatre livres, Michael Shermer a aussi écrit "Why Darwin Matters: The Case Against Intelligent Design" (à propos de la théorie de l'évolution, et qui critique le Dessein Intelligent).

jeudi 2 avril 2009

L'OVNI de Morristown était un faux!

L'OVNI de Morristown était un faux (angl.: hoax) créé par les sceptiques Chris Russo & Joe Rudy. Ils nous révèlent aujourd'hui comment celui-ci a été réalisé, et commentent les réactions des médias, des témoins et des ufologues.

La newsletter virtuelle de la "Skeptics Society" - eSkeptic - du 1er avril 2009 nous propose un article des deux auteurs de ce faux: "How We Staged the Morristown UFO Hoax" (trad.: "Comment nous avons mis en scène le faux OVNI de Morristown"). Voici l'introduction à cet article rédigée par l'éditeur de la newsletter, traduit en français plus bas:

In this week’s eSkeptic, we reveal the behind the scenes workings of that UFO hoax that captured headlines earlier this year. People in and around the Morristown, New Jersey area saw unidentified flying objects, with many of them naturally assuming that these UFOs represented extraterrestrial space craft. As you shall see, there was a rather more terrestrial explanation. In fact, they were helium balloons with flares attached to them, lofted into the sky by Chris Russo and Joe Rudy, in their social experiment on how to create your own media event surrounding UFO sightings.

Even though this does not mean that all UFO sightings are hoaxes — of course many represent other terrestrial (instead of extraterrestrial) events such as the planet Venus, military aircraft, weather balloons, advertising planes, and the like (and even, pace Men in Black, swamp gas) — it does reveal how the human mind connects the dots and fills in the gaps with plausible explanations that often include fantastic tales of alien beings. Enjoy the story and watch the video clips of this amazing hoax!

Traduction:

Dans le numéro d'eSkeptic de cette semaine, nous révélons comment le faux OVNI qui a capturé l'attention des médias au début de l'année a été réalisé. Les gens vivant à Morristown, New Jersey (USA), et dans les alentours ont vu des objets volants non identifiés, et beaucoup d'entres eux ont naturellement supposé que ces ovnis représentaient des vaisseaux spatiaux extraterrestres. Comme vous allez le voir, il y a une explication bien plus "terrestre" à ce cas. En fait, il s'agissait de ballons à l'hélium avec des fusées éclairantes attachées à ceux-ci, lancés dans le ciel par Chris Russo et Joe Rudy, dans le cadre d'une expérience sociologique sur comment créer votre propre événement médiatique autour d'observations d'OVNI.

Même si cela ne signifie pas que toutes les observations d'OVNI soient des faux - bien entendu, de nombreuses observations sont en fait des événements bien "terrestres" (par opposition à extraterrestres) tel que la planète Vénus, des avions militaires, des ballons météorologiques, des avions publicitaires, et d'autres choses du même genre (et même parfois, pour rendre hommage à nos amis Hommes en Noir, des gaz des marais), cela démontre à quel point le cerveau humain relie les points et complète les trous avec des explications plausibles qui incluent souvent des contes fantastiques d'êtres étrangers à ce monde. Découvrez l'histoire et regardez les vidéos de cet incroyable faux!


Chris Russo & Joe Rudy ont mis en ligne trois vidéos qui documentent la réalisation de ce faux, et les réactions des médias et des témoins (en anglais):

- How We Staged the Morristown UFO Hoax, Part 1: The Setup
- How We Staged the Morristown UFO Hoax, Part 2: The Launches
- How We Staged the Morristown UFO Hoax, Part 3: The Reactions

Pour finir, la cerise sur le gâteau, dans le coeur de l'article de Chris Russo & Joe Rudy:

The icing on the cake came when the popular History Channel show UFO Hunters featured the Morristown UFO as their main story one week. Bill Birnes, the lead investigator of the show and the publisher of UFO Magazine, declared definitively that the Morristown UFO could not have been flares or Chinese lanterns. Surely Birnes, who has written and edited over 25 books and encyclopedias in the fields of human behavior, true crime, current affairs, history, psychology, business, computing, and the paranormal, and the co-author of The Day After Roswell (a New York Times bestseller in 1997 and subsequently a documentary on The History Channel), could not have let himself be fooled by a couple of twenty- somethings with no formal education in psychology. He could.

Traduction:
La cerise sur le gâteau est venue de la populaire émission télévisée sur "History Channel" "UFO Hunters", qui a présenté une semaine l'OVNI de Morristown comme leur histoire principale. Bill Birnes, l'enquêteur principal de cette émission et éditeur de "UFO Magazine", a déclaré que - de manière définitive - l'OVNI de Morristown ne pouvait pas être des fusées éclairantes ou des lanternes chinoises. Certainement Birnes, qui a écrit et édité plus de 25 livres et encyclopédies dans le domaine du comportement humain, de la criminologie, des affaires courantes, de l'histoire, de la psychologie, du business, de l'informatique, et du paranormal, et est aussi le co-auteur du livre "The Day After Roswell" (un best-seller du "New York Times" en 1997 qui est devenu par la suite un documentaire sur "History Channel"), ne peut pas avoir été trompé par un duo de jeunes hommes dans la vingtaine avec aucune éducation formelle en psychologie, n'est-ce pas? Et bien, en fait, il l'a été!

mercredi 1 avril 2009

Notes de lectures - 8: "Evolution For Dummies"

(Mais que lisent donc les sceptiques?)

Note: 3/5.

"Evolution For Dummies", écrit par Greg Krukonis et Tracy Barr, fait partie de la collection "Pour les Nuls" (en anglais: "For Dummies") et - comme son nom l'indique - vulgarise la théorie de l'évolution pour le grand public.

Je pense qu'il est important pour tout honnête homme, et bien entendu d'autant plus pour un sceptique, de bien maîtriser les tenants et aboutissants de la théorie de l'évolution. Et pour ce faire, rien de tel qu'un bon manuel! "Evolution For Dummies" est très clair, et ne manque pas parfois d'humour. L'ouvrage de 362 pages couvre tout ce que vous devez savoir sur le sujet dans le cadre d'une première approche, avant par exemple de vous engagez dans la littérature sur la psychologie évolutionniste ou encore de débattre avec des créationnistes...

J'ai été agréablement surpris lorsque je suis arrivé à la "Part IV: Evolution and Your World", qui illustre le fait que la théorie de l'évolution soit nécessaire pour comprendre le monde qui nous entoure. Le chapitre 18 discute par exemple de l'origine et de l'évolution du virus du SIDA, et le chapitre 19 des différents types de grippe et du développement annuel du vaccin. Ces deux chapitres démontrent l'importance de la théorie de l'évolution dans le cadre médical, point qui est pourtant souvent remis en question par les tenants du Dessein Intelligent, qui prétendent au contraire que la théorie de l'évolution (qu'ils surnomment "darwinisme") n'intervient absolument pas en médecine...

Et puis, enfin, le dernier chapitre, n°22, "Ten Arguments against Evolution and Why They're Wrong" intéressera particulièrement les sceptiques, puisqu'il répond (brièvement) aux arguments classiques des tenants du créationnisme et du Dessein Intelligent.

Au final, je pense que Greg Krukonis et Tracy Barr ont fait un excellent travail pour présenter de manière claire et concise au lecteur lambda une masse importante d'informations.