dimanche 29 mars 2009

Sur les diverses façons contemporaines d'esquiver l'antagonisme entre démarche scientifique et pensées religieuses



« L’étude du cerveau nous permet de comprendre les aspects les plus généraux de la religion. Elle nous explique comment ces concepts sont acquis et transmis d’une personne à l’autre : cette explication, en elle-même, ne requiert nullement que les concepts en question aient un "fondement objectif". Autrement dit, l’hypothèse d’un fondement objectif n’est pas nécessaire pour rendre compte scientifiquement de l’existence et de la persistance de la religion. » (Pascal Boyer, La Recherche, mars 2002)

Que ce soit dans un esprit de conciliation, ou pour ne pas avoir à affronter de face les questions qui dérangent ou encore, bien évidemment, pour préserver malgré tout certaines croyances et espérances personnelles, beaucoup de nos contemporains – et, parmi eux, une fraction significative des individus exerçant professionnellement une activité scientifique – défendent l’idée d’une parfaite compatibilité entre utilisation d’un mode de pensée scientifique et entretien de pensées religieuses. Dans le présent billet, je voudrais cependant montrer l’inconsistance d’une telle idée, à travers quelques citations d’auteurs sceptiques.

Quelques mots au préalable sur un de ces auteurs, Pascal Boyer, qui n’a pas encore été présenté sur « Scepticisme scientifique ». Cet anthropologue français, directeur de recherche au CNRS détaché à l’université Washington de Saint Louis, a contribué à faire basculer sa discipline dans le XXIe siècle. Dans son livre Et l’homme créa les dieux. Comment expliquer la religion (2001), on chercherait ainsi en vain la moindre référence à des auteurs comme, par exemple, Durkheim (Les formes élémentaires de la vie religieuse) ou Freud et sa « psychologie philosophique ». Ses références, Boyer va les puiser dans les travaux récents en psychologie évolutionniste, psychologie sociale, mémétique et dans l’ensemble des sciences cognitives.

Dans un entretien paru dans La Recherche, Boyer affirmait clairement : « Je ne crois donc pas qu’on puisse trouver dans mon livre une seule proposition sur le fonctionnement mental qui ne soit a/ justifiée en termes de données expérimentales, b/ liée à ce qu’on sait jusqu’à présent du rapport entre ces dispositions et l’architecture fonctionnelle du cerveau, et c/ replacée dans le cadre de l’évolution de cet organe sous l’effet de la sélection naturelle ». Il ajoutait qu’il existe de nombreux phénomènes (comment marche l’esprit, comment il apprend, comment il est réalisé dans les connexions entre cellules, comment ces connexions diffèrent d’une espèce à l’autre) « à propos desquels la « psychologie philosophique » n’est plus pertinente, de même que la biologie philosophique ne l’est plus après Darwin et la biologie moléculaire ou la physique philosophique après Newton ».

Pascal Boyer a publié un petit résumé de Et l’homme créa les dieux dans la revue américaine Skeptical Inquirer, auquel je renvois les lecteurs (anglophones) intéressés. Il est probable que je revienne sur cet ouvrage dans un prochain billet, car il apporte un regard neuf sur différents thèmes passionnants (explication anthropologique du fondamentalisme religieux, véritables critères de distinction entre croyances « sérieuses » et « non sérieuses », etc.).

Plusieurs doctrines et attitudes philosophico-religieuses parfaitement divergentes coexistent donc sur le « marché des idées » actuel, leur seul point commun étant de nier tout problème de fond entre démarche scientifique et croyances religieuses. Cette opposition est pourtant réelle. Pascal Boyer, entre autres, montre justement bien comment « les concepts religieux parasitent nos capacités mentales », la religion n’étant, in fine, « qu’un effet secondaire du fonctionnement de notre cerveau », une sorte de sous-produit naturel de l'activité mentale, tandis que l’activité scientifique implique un mode de fonctionnement un peu spécial de ce même cerveau pour recueillir des informations sur le monde, une façon particulière d’enrichir une base de données elle-même particulière (conservée dans la littérature scientifique), et également une « forme très étrange d’interaction sociale, où certains de nos systèmes de motivation […] sont mobilisés dans des buts très différents de ceux qui ont présidé à leur évolution » (Pascal Boyer, op. cit., p. 318). (De ce point de vue, le mode de pensée scientifique serait même « contre-nature », bien que supérieurement efficace, raison principale pour laquelle il ne se retrouverait que chez une minorité d’êtres humains, et de façon souvent incomplète, ou circonscrit à un domaine particulier seulement, comme l’illustrent les exemples de grands scientifiques croyants.)

Voici maintenant les principales positions adoptées aujourd’hui par ceux qui tentent d’esquiver cet « irréductible antagonisme », pour reprendre une expression du physicien belge Jean Bricmont, et quelques arguments sceptiques qu’il est possible de leur opposer :

- le concordisme (= la science bien comprise mène à la religion, idée résumée dans la formule « Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène »)

[…] Il n’y a strictement aucune raison de croire que nous pouvons répondre à toutes les questions que nous nous posons. Et il est normal qu’il y ait de l’inexpliqué et du mystérieux dans le monde - c’est l’inverse qui serait surprenant. Personne ne songe à faire jouer les orgues de la métaphysique parce que les chiens ou les chats ne comprennent pas certains aspects de leur environnement. Pourquoi réagir différemment lorsqu’il s’agit de ces animaux particuliers que sont les êtres humains ? Certes, la science fait reculer notre ignorance, mais elle n’élimine pas notre perplexité. En fait, plus on avance, plus on touche à des réalités qui sont soit très petites avec la mécanique quantique, soit très grandes ou très anciennes avec la cosmologie, et il n’est pas déraisonnable de s’attendre à ce que le monde nous apparaisse de plus en plus étrange. Le meilleur remède psychologique contre les dérives métaphysiques liées aux limites des sciences est de changer de perspective et de se dire que ce n’est pas le monde qui est magique, mais nous qui sommes bêtes. (Jean Bricmont, Science et religion : l’irréductible antagonisme, 2000)


On ne peut que s’étonner du fait que d’éminents scientifiques non-croyants se laissent parfois enfermer dans la problématique du concordisme. Steven Hawking, par exemple, affirme : « Mais si l’Univers n’a ni singularité ni bord et est complètement décrit par une théorie unifiée, cela a de profondes conséquences sur le rôle de Dieu en tant que créateur. » En réalité, cela n’en a aucune, à moins d’arriver à caractériser Dieu de façon suffisamment précise pour servir d’alternative à l’absence de singularité et de bord (qui, eux, sont définis de façon mathématique). (Jean Bricmont, Ibid.)


- le créationnisme (= un agent surnaturel nommé Dieu, ou Allah, ou encore autrement, a crée l’Univers et les hommes, suivant les modalités précises révélées dans la Bible, ou le Coran, ou d’autres écrits « sacrés », modalités que la science confirme)

En Occident, le débat opposant science et religion a pris un tour spécial parce que la religion n’est pas seulement doctrinale mais monopolistique, et qu’elle a commis l’erreur fatale de se mêler des faits empiriques. Elle nous a ainsi gratifiés d’une longue liste d’affirmations précises, officielles et indiscutables sur le cosmos et la biologie, garanties par la Révélation et que nous savons être fausses. Chaque fois que l’Église a proposé sa propre description de ce qui se passe dans le monde et que la science a proposé une solution de rechange sur le même sujet, cette dernière était la meilleure. L’Église a perdu toutes ces batailles, et de façon définitive. C’est très gênant. Certes, des gens nient l’évidence et vivent dans un monde imaginaire où les sources bibliques sont un bon instrument de connaissance géologique et paléobiologique. Mais cela demande énormément d’efforts. (Pascal Boyer, Et l’homme créa les dieux. Comment expliquer la religion, 2001)


NB : le créationnisme traditionnel est aujourd’hui peu représenté dans nos contrées, limité en pratique aux protestants fondamentalistes (Pentecôtistes, Adventistes du Septième Jour, Baptistes,...) et aux Témoins de Jéhovah.

- le dessein intelligent / l’évolution théiste (= certaines caractéristiques de l’Univers et certains phénomènes dans le monde du vivant sont mieux expliqués par une cause intelligente que par des processus non dirigés tels que la sélection naturelle)

Les promoteurs modernes du dessein intelligent veulent avoir été désirés par un créateur, quel qu’il soit : c’est là la proposition minimale. Ensuite, il revient à chacun d’argumenter sa construction théologique. Sur le plan de la technique d’argumentation, ce sont toujours les mêmes vieux ressorts. D’abord, un travail de confusion épistémologique consiste à présenter la théorie darwinienne de l’évolution non pas comme une théorie scientifique, mais tour à tour comme une « idéologie », une « philosophie naturelle », finalement une position métaphysique qui plierait les « faits » à son impérieuse nécessité. En retour, les tenants du « dessein intelligent » légitimeront le fait que leur propre « courant métaphysique ouvert aux discussions rationnelles » […] puisse également faire l’objet d’un « programme de recherches » […]. Ensuite, les adeptes de ce mouvement […] dépensent la plus grande partie de leur énergie à une critique hypertrophiée du darwinisme qui passe par des stratégies précises, non exclusives entre elles.
La première de ces stratégies consiste à poser de mauvaises questions ou émettre des objections fausses, appuyées de raisonnements analogiques. Cette fois-ci, on le fait à un niveau de détail qui met la plus grande part du public dans l’embarras : l’instruction apparente force le respect ; dans le même temps livre le public pieds et poings liés à la manipulation par manque d’expertise. Le procédé fonctionne : les boussoles des journalistes s’affolent ; ces derniers tombent dans le piège ou ne récusent que timidement. Les promoteurs du dessein intelligent se font inviter dans les universités pour débattre. La seconde de ces stratégies consiste à produire ce qu’on pourrait appeler le décalage d’échelle. On isole un détail de la théorie darwinienne de l’évolution ou une erreur de vulgarisation ; on émet des objections techniquement sophistiquées sur le détail sélectionné, pour les présenter comme des réfutations majeures de tout l’ensemble théorique. Enfin, la stratégie générale de communication […] consiste à pratiquer cette hypertrophie de la critique en explicitant le moins possible ce que le mouvement proposerait en remplacement de ce que l’on critique, Cette stratégie a un triple avantage. Premièrement, elle cache la vacuité des preuves scientifiques en faveur du dessein intelligent. Deuxièmement, elle permet de garder une neutralité de façade, en apparence éloignée des religions, et surtout du créationnisme traditionnel. Mais surtout, elle évite de faire entrer des dogmes particuliers en conflit. (Guillaume Lecointre, Evolution et créationnismes, 2007)


[…] La rareté en soi ne prouve pas nécessairement quoi que ce soit. Lorsqu’on obtient une donne de treize cartes au bridge, la probabilité de recevoir précisément celle-là à l’exclusion de toutes les autres est de moins de une sur 600 milliards. Il serait pourtant absurde qu’un joueur reçoive sa donne, l’examine soigneusement, calcule qu’il y a moins d’une chance sur 600 milliards qu’il reçoive justement celle-là, et conclue, devant des probabilités si incroyablement minces, qu’on ne peut la lui avoir distribuée au hasard. (John Allen Paulos, Innumeracy: Mathematical Illiteracy and its Consequences, 1988)


NB : le dessein intelligent apparaît sous bien des aspects comme une resucée de la théologie naturelle. Jean Staune, le fondateur de l’IUP dont nous avons parlé précédemment, fait partie de cette mouvance.

- le principe de non-recouvrement des magistères (= la science et la religion ne peuvent pas entrer en conflit parce que l’une s’occupe de jugements de fait, l’autre de jugements de valeur)

NB : le dominicain Jacques Arnould, à la fois historien des sciences et théologien, chargé de mission « sur la dimension éthique, sociale et culturelle des activités spatiales » au CNES, défend par exemple une telle position (ce qui n’étonnera personne j’imagine).

La plupart des Occidentaux croyants préfèrent […] considérer que la religion est un domaine à part et qu’elle pose des questions auxquelles aucune science ne peut répondre. C’est souvent le point de départ d’une théologie résolument floue, selon laquelle la religion rend le monde "plus beau", lui donne "plus de sens", et s’intéresse aux questions "ultimes". (Pascal Boyer, op. cit., 2001)


Je préférerais dire que si [ces questions fondamentales] sont effectivement en dehors de la science, elles sont sûrement aussi au-delà du domaine des théologiens. Je suis tenté d’aller plus loin en me demandant dans quel sens possible on peut dire que les théologiens ont un domaine spécifique. […] Les théologiens n’ont rien d’intéressant à dire sur rien. (Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, 2008)


Cette séparation des domaines est défendue par certains intellectuels, par exemple par le paléontologue S. J. Gould qui se déclare « agnostique », mais désire défendre la théorie de l’évolution contre les attaques créationnistes tout en permettant à la religion de garder une certaine place dans la culture. Elle satisfait sans doute aussi certains croyants, mais n’est certainement pas compatible avec la position de l’immense majorité d’entre eux, qui considèrent la métaphysique religieuse comme une vérité objective qu’ils ne sont pas prêts à abandonner. Et, en fait, ils ont en un certain sens raison : si l’on abandonne réellement toutes les questions de fait à la science et qu’on rejette le concordisme, comment justifier les jugements religieux sur les valeurs et le sens de la vie ? Sur l’enseignement contenu dans telle ou telle révélation ? […] Finalement, les morales religieuses rencontrent un problème semblable à celui rencontré par l’interprétation non littérale des Écritures : plus aucun croyant ne veut suivre à la lettre, en matière éthique, toutes les prescriptions bibliques. Mais comment fait-on le tri, si ce n’est en utilisant des idées morales indépendantes de la révélation ? Et s’il faut évaluer cette dernière au nom de critères qui lui sont extérieurs, à quoi peut-elle bien servir ? (Jean Bricmont, op. cit., 2000)


L’idée que la religion fonde la morale est de fait erronée. En fait, n’importe quel humain normalement constitué – même un pur athée donc – a une morale intuitive propre à notre espèce, et ce dès le plus jeune âge, ainsi que l’ont prouvé diverses expériences scientifiques :

[L’]homme est par nature un animal social. Cela veut dire que nous ne sommes pas un assemblage d’individus mis en groupe et obligés de débrouiller les problèmes que cela soulève. Nous possédons un équipement mental, c’est-à-dire des émotions et des façons de penser particulières, conçu pour la vie en société. Et pas pour n’importe quelle vie en société mais pour le type d’interactions sociales que créent les êtres humains. […] Le cerveau humain possède ce que les biologistes appellent une forme particulière d’« intelligence sociale » ou un « esprit social ». […]
De par notre nature, nous avons des dispositions pour le sentiment moral, c’est pourquoi nous pouvons nous plier à des règles morales et les appliquer dans des situations très diverses. Les concepts de Dieu ou d’esprits ne rendent pas ces règles plus contraignantes mais parfois plus intelligibles. Nous n’avons donc pas créé les dieux pour faire fonctionner la société. Nous avons des dieux en partie parce que nous sommes dotés d’un équipement mental qui rend la société possible mais que nous ne comprenons pas toujours comment celle-ci fonctionne.
[…] La plupart de nos intuitions morales sont claires mais leur origine nous échappe parce qu’elle se trouve dans des processus mentaux auxquels la conscience n’a pas accès. Voir ces intuitions comme le point de vue d’un observateur extérieur est une façon plus simple de comprendre pourquoi nous avons ces intuitions. Mais cela nécessite le concept d’un agent [surnaturel, d’un dieu] ayant librement accès à l’ensemble de l’information stratégique. (Pascal Boyer, op. cit., 2001)


- le « Dieu d’Einstein » / les formes « savantes », intellectualisées des religions (théologie négative, etc.)

Autre façon d’esquiver le conflit, la tentative, particulièrement appréciée des scientifiques, de créer une religion purifiée, une doctrine métaphysique qui sauve certains aspects des concepts religieux (il existe une force créatrice, elle est difficile à connaître, elle explique pourquoi le monde est comme il est, etc.) mais en efface toute trace de « superstition » gênante (Dieu m’entend, les gens sont malades en punition de leurs pêchés, il est essentiel d’accomplir correctement les rites, etc.). Une telle religion est-elle compatible avec la science ? Certainement, puisqu’elle est conçue dans ce but. Est-il probable qu’elle devienne ce que nous appelons généralement une « religion » ? J’en doute. Dans l’histoire de l’humanité, les gens ont toujours eu des pensées religieuses pour des raisons cognitives dans des contextes pratiques. Ces pensées […] produisent des commentaires pertinents sur des situations comme la mort, la naissance, le mariage et la maladie, etc. Les religions "métaphysiques" qui ne se salissent pas les mains avec des préoccupations bassement humaines sont aussi vendables qu’une voiture sans moteur. (Pascal Boyer, op. cit., 2001)


- le subjectivisme ou le postmodernisme religieux (= le problème de la vérité ou de la fausseté des croyances religieuses ne se pose pas car toutes les vues sont également vraies pour les sujets qui y croient, la seule chose à prendre en compte étant les effets pratiques d’une croyance ou le rôle social qu’elle joue dans un groupe donné)

Il est très étrange que l’existence de Dieu, la grâce, le péché, l’enfer et le paradis n’aient aucune importance ! Je suis tenté de penser que, si les gens adoptent une telle attitude vis-à-vis des questions théologiques, c’est parce qu’ils ne peuvent se résoudre à admettre qu’ils n’y croient pas du tout. (Steven Weinberg, Le rêve d’une théorie ultime, 1997)


NB : beaucoup de chrétiens « progressistes », dont il a aussi été question précédemment sur ce blog, peuvent rentrer dans cette catégorie.

- l’agnosticisme (= la vérité de certaines propositions, en particulier l’existence de Dieu, est inconnaissable)

[…] Le pape ne se dira pas « agnostique » au sujet des dieux de l’Olympe. Par rapport à eux, il est en réalité, comme tout le monde, athée. Idem pour toutes les religions africaines, polynésiennes, etc. En fait, les théologiens les plus orthodoxes et moi-même sommes probablement d’accord (je n’ai pas fait de calculs exacts) sur 99% des religions existantes ou ayant existé. Personne n’a jamais prouvé qu’Aphrodite n’existait pas.
En réalité, il y a deux sortes d’agnostiques : d’une part, ceux qui constatent qu’il n’y a aucune raison valable de croire en une divinité quelconque et qui utilisent ce mot pour désigner leur position, laquelle n’est pas réellement différente de l’athéisme. Aucun athée ne pense avoir des arguments prouvant l’inexistence des divinités. Ils constatent simplement, face à la multiplicité des croyances et des opinions, qu’il faut bien faire un tri (à moins d’accepter le pluralisme ontologique des subjectivistes) et que dire qu’il n’y a aucune raison de croire en l’existence d’un être revient à nier son existence. Mais d’autres personnes qui se déclarent agnostiques pensent que les arguments en faveur du déisme ne sont pas totalement convaincants mais sont peut-être valides, ou font une distinction entre les religions de l’antiquité et une religion contemporaine, et cette attitude est effectivement très différente de l’athéisme. (Jean Bricmont, op. cit., 2000)


On ne peut pas prouver une négation (jusque-là ça va). La science n’a aucun moyen de réfuter l’existence d’un être suprême (c’est strictement vrai). Par conséquent, la croyance ou l’incroyance en un être suprême est une affaire de pure préférence individuelle, et les deux méritent la même considération respectueuse ! Quand on dit cela comme ça, le vice de raisonnement est presque flagrant ; on a à peine besoin d’en détailler les conséquences absurdes. Comme le dit mon collègue le physicien chimiste Peter Atkins, nous devons être tout aussi agnostique envers la théorie selon laquelle il y a une théière en orbite autour de la planète Pluton. On ne peut pas prouver le contraire. Mais cela ne veut pas dire que la théorie selon laquelle il y a une théière est au même niveau que la théorie selon laquelle il n’y en a pas. (Richard Dawkins, op. cit., 2008)

vendredi 27 mars 2009

"Qu'est-ce que je fais ensuite?"

Fin 2007, Daniel Loxton, éditeur de "Junior Skeptic" (un encart dans le magazine "Skeptic" destiné à un public plus jeune), avait écrit un document intitulé "Where do we go from here? - Has classic skepticism run its course?" (traduction: "Où allons-nous à partir d'ici? - Est-ce que le scepticisme classique a fait son temps?"), qui interrogeait le futur du mouvement sceptique contemporain.

Daniel Loxton y insistait sur l'importance de l'activisme sceptique - nous pouvons en effet tous agir à notre niveau pour changer les choses - et aussi sur le fait que le mouvement devait se recentrer sur les sujets classiques. En effet, pour beaucoup de sceptiques, ceux-ci (exemples en vrac: l'astrologie, le monstre du Loch Ness, la sourcellerie, le crash de Roswell, l'homéopathie, le visage de Mars, le Big Foot, les fées du Cottingley, Uri Geller, les Anciens Astronautes, etc.) sont des affaires entendues, complètement démystifiées. Le problème est que chaque nouvelle génération se passionne à nouveau pour ces sujets, et donc - par conséquent - chaque génération de sceptiques doit à son tour recommencer le travail déjà réalisé par les précédentes, encore et encore. De fait, le scepticisme est une tâche sisyphéenne!

Vous pouvez aller (re)lire le billet que j'ai rédigé à l'époque à propos de ce document: "Terrasser le dragon".

"Where do we go from here? - Has classic skepticism run its course?" a généré pas mal de réactions au sein du mouvement. Du coup, la Skeptics Society nous propose aujourd'hui un nouveau document, intitulé cette fois: "What Do I Do Next?" (traduction: "Qu'est-ce que je fais ensuite?"). Ce document .pdf de 68 pages a été rédigé par un groupe de sceptiques proéminents, représentatifs des diverses associations américaines, ainsi que des podcasts les plus populaires. Il s'agit d'une discussion concernant l'activisme sceptique, et donc de ce que chacun - de son côté - peut faire pour promouvoir la science et la pensée critique.

Les contributeurs: J'avoue que je n'ai pas encore lu le document, qui vient tout juste d'être diffusé, mais dès que je l'aurai fait, je vous en reparlerai plus en détails...

jeudi 26 mars 2009

Petite démonstration d'Aikido...

Une des raisons pour lesquelles j'ai décidé d'aller vivre au Japon - pour quelques temps tout du moins - était d'avoir l'opportunité de pouvoir pratiquer l'Aikido (合気道) dans le pays où cette discipline a vu le jour. Attention, je ne prétend pas que l'Aikido du Pays du Soleil Levant est supérieur à celui qui m'a été enseigné en Europe, et - tant que j'y suis - je ne prétend pas non plus que l'Aikido soit particulièrement efficace en combat réel. Pour ceux intéressés par ce genre de questions, je renvoie au site "Bullshido - Martial Arts Without the BS", qui est un site sceptique (en anglais) consacré aux arts martiaux et sports de combats. Je ne vais cependant pas m'étaler sur ce sujet aujourd'hui...

Quoi qu'il en soit, je dois dire que suivre les cours d'Okada-sensei, le professeur qui enseigne dans ma ville, est un vrai plaisir! Dans la vidéo suivante (en japonais, environ 8 minutes), vous pouvez voir votre serviteur se préparer pour un examen:

mercredi 25 mars 2009

« C'est un petit pas pour l'homme, mais un bond de géant pour l'humanité. »

Un nouveau film de l'alunissage est apparu sur la Toile il y a peu: il provient d'une caméra 16mm montée sur le module lunaire. La qualité est excellente, et présente ce moment historique - le 20 juillet 1969 - sous un autre angle que celui auquel on a été habitué. A 3:51 de cette vidéo, vous pouvez entendre Neil Alden Armstrong dire (en anglais): « C'est un petit pas pour l'homme, mais un bond de géant pour l'humanité. »!



Note: Phil "The Bad Astronomer" Plait a écrit un billet à propos de cette vidéo sur son blog (en anglais): "High quality footage of that One Small Step".

mardi 24 mars 2009

Top 10 des sceptiques qui ont fait la différence en 2008

L'excellent blog "Skepchick" nous propose un Top 10 des sceptiques qui ont fait la différence en 2008 (en anglais: "Top 10 Skeptics Who Kicked Ass in 2008"). Je met le lien vers mes propres billets sur ce blog pour ceux dont j'ai déjà parlé précédemment - juste cliquez sur le nom pour en savoir plus:

10. Amanda Peet
9. Ben Goldacre
8. Thunderf00t
7. Orac
6. Susan Jacoby
5. Simon Singh
4. Sanal Edamaruku
2. (TIE) Phil Plait
2. (TIE) PZ Myers
1. Marcus Seda’s Brother

lundi 23 mars 2009

Tim Minchin: chanteur et sceptique

Tim Minchin est un chanteur australien... et un sceptique! Je vous propose aujourd'hui la chanson "If I Didn't Have You" (en anglais, environ 4 minutes). Voici tout d'abord la traduction des paroles:
Si je ne t'avais pas

Yep yeah
Si je ne t'avais pas

Si je ne t'avais pas pour me tenir dans tes bras
(Si je ne t'avais pas)
Si je ne t'avais pas à mes côtés la nuit
(Quand je suis triste)
Si je ne t'avais pas pour partager ce que je contemple
(partager ce que je contemple)
Et pour m'embrasser et sécher mes larmes quand je pleure...

Et bien, je pense que...

J'aurais quelqu'un d'autre.

(Si je ne t'avais pas)
Si je ne t'avais pas, quelqu'un d'autre ferait l'affaire
Ton amour est un parmi un million
(Un parmi un million)
Tu ne pourrais l'acheter à aucun prix
(Ne peut pas acheter l'amour)
Mais de ces autres 999 999 amours,
Statistiquement certains seraient forcément aussi agréables.

(Aussi agréables)

Ou peut-être pas aussi agréables, mais disons, plus intelligents que toi...
Ou plus bêtes mais meilleurs en sport ou...
à tracer.

Tout ce que je dis
(Je pense vraiment que j'aurais)
Probablement
(quelqu'un d'autre)

Yeah.

(Si je ne t'avais pas)
Si je ne t'avais pas, quelqu'un d'autre ferait l'affaire
(quelqu'un d'autre ferait certainement l'affaire)

Ecoute, je ne sous-estime pas ce que nous avons quand je dis
Que étant donné le rôle que le chaos joue de façon inévitable dans la notion profondément fallacieuse de destin,
Il est difficile d'imaginer que j'ai trouvé mon âme soeur à l'âge de 17 ans
C'est juste mathématiquement improbable que dans une université à Perth
Je suis tombé par hasard sur la seule fille qui était sur Terre spécialement conçue pour moi.

Et si je peux me permettre de conjecturer plus d'objections, l'amour n'a rien à voir avec la destinée
La connexion est renforcée L'affection grandit simplement avec le temps
Comme une fleur
Ou un champignon
Ou un cochon d'Inde
Ou le vin
Ou une éponge
Ou la bigoterie
... ou une banane (banane)

Et l'amour devient plus fort avec le drame permanent de l'expérience partagée et la synergie
Et l'empathie symbiotique ou quelque chose dans ce style...

Du coup je suppose qu'il est évident
Que je me sentirait vraiment triste si demain tu devais tomber de quelque chose de haut
Ou attraper quelque chose de mauvais

Mais tout ce que je dis
C'est que je ne pense pas que tu es spéciale
Je veux dire... Je pense que tu es spéciale
Mais
Tu tombes dans une courbe en cloche

Je veux dire, tout ce que je dis c'est que
(Je pense que)
Probablement
(J'aurais quelqu'un d'autre)
Je veux dire que je me doute qu'il est très probable que si par exemple
Ma première petite-amie Jackie ne m'avait pas largué
Après que j'ai embrassé l'ex petite-amie de Winstons à la fête de Stephs en 1993

Et nos variables auraient probablement été altérées par l'absence de cet évènement
Cela aurait signifié la naissance d'un narratif tangentiel dans lequel nous ne nous sommes pas rencontré.

Ce qui veut dire qu'il existe théoriquement une hypothétique vie parallèle
Où ce qui est n'est pas comme ce qui est et je ne suis pas ton mari et tu n'es pas ma femme

Et je suis un cascadeur qui habite à Los Angeles
Marié à une petite skieuse portugaise blonde
Qui lorsqu'elle n'est pas en train de s'entrainer
Pratique le Yoga
Et fait sa propre bière
Et aime vraiment faire des films familiaux
Et souffre d'alopécie en-dessous du cou

Mais avec tout mon coeur et tout mon esprit je sais qu'une chose est vraie
J'ai uniquement une vie et uniquement un amour et cet amour c'est toi
Et si je ne t'avais pas
Toi, ma puce
(Je pense vraiment que)
(J'aurais quelqu'un d'autre)
Oh Yeah
(Si je ne t'avais pas)
Si je ne t'avais pas, quelqu'un d'autre ferait l'affaire
(quelqu'un d'autre ferait certainement l'affaire)
L'afffffffaaaiiiiiiiirrrrrrreeeeee.


dimanche 22 mars 2009

Kanken DS

Le "Kanken DS" est un jeu vidéo que j'utilise pour mémoriser les kanjis, c'est-à-dire les idéogrammes d'origine chinoise utilisés - en plus des syllabaires hiraganas et katakanas - pour écrire le japonais. Il permet de s'entrainer pour un examen, le "nihon kanji nōryoku kentei shiken" (jap.: 日本漢字能力検定試験), dont l'abréviation est Kanken, qui a pour objectif d'évaluer la capacité à écrire ces caractères.

Ce jeu éducatif est particulièrement populaire ici, au Japon, ainsi que le test pour lequel il prépare. En effet, à l'heure actuelle, avec les ordinateurs et les téléphones portables, la capacité des japonais à écrire les kanjis a grandement diminué! Le Kanken tente donc d'aller à l'encontre de cette tendance, et d'encourager les gens à mémoriser la manière d'écrire les caractères, et non pas uniquement la façon de les lire.

Le jeu "Kanken DS" propose différentes tâches, allant de la lecture des idéogrammes (kun'yomi et on'yomi) à leur écriture, en passant par la mémorisation de l'ordre des traits ou encore des différentes clés qui les composent. Les méthodes classiques pour apprendre les kanjis sont a. les écrire dans un cahier encore et encore (ce qui a le gros défaut d'être relativement ennuyeux à faire), et b. mémoriser des fiches avec les idéogrammes, leurs différentes lectures et différents mots dans lesquels ils sont utilisés (ce qui à comme défaut de n'entrainer qu'à la lecture). "Kanken DS" permet vraiment d'aller au-delà de ces deux stratégies, et de mémoriser de manière ludique l'écriture des idéogrammes.

Il y a 10 niveau, allant du plus facile (10) au plus difficile (1). Voici le nombre de caractères à apprendre pour chaque niveau:

Niveau 10 - 80 kanjis.
Niveau 9 - 240 kanjis.
Niveau 8 - 440 kanjis
Niveau 7 - 640 kanjis
Niveau 6 - 825 kanjis.
Niveau 5 - 1006 kanjis.
Niveau 4 - 1300 kanjis.
Niveau 3 - 1600 kanjis.
Niveau 2 - 1945 kanjis.
Niveau 1 - 6000 kanjis.

Il est clair que les niveaux les plus élevés ne s'adressent pas aux étrangers. Le niveau 2 correspond au 1945 jōyō kanji, que tout japonais doit connaitre à la fin du secondaire, mais la grande majorité est incapable de tous les écrire correctement! Par contre, je pense que les niveau 1 à 5 sont excellents pour les étrangers, et permet de les mettre à niveau avec les habitants de l'archipel. L'étudiant de japonais pourra ensuite se contenter d'uniquement mémoriser la lecture des 939 autres jōyō kanji (sauf si son objectif est de surpasser le niveau d'écriture des natifs)...

samedi 21 mars 2009

Mr. Darwin, Mr. Wallace et Mr. Matthew

Voici une sympathique chanson enfantine (en anglais, environ 3 minutes) pour vous aider à mémoriser trois noms: Mr. Darwin (le découvreur de la théorie de l'évolution), Mr. Wallace (le jeune co-découvreur qui força son ainé à faire rapidement une communication commune à la Société linnéenne de Londres, intitulée "On the Tendency of Species to form Varieties; and on the Perpetuation of Varieties and Species by Natural Means of Selection" par Charles Darwin et Alfred Wallace) et enfin Mr. Matthew (qui avait identifié le principe de la sélection naturelle 30 ans avant Charles Darwin, mais ses idées étaient restées confidentielles):

vendredi 20 mars 2009

Benoît XVI: on ne peut pas régler le problème du SIDA avec la distribution des préservatifs

Le Pape Benoît XVI a fait, dans le cadre de son voyage cette semaine au Cameroun, un commentaire particulièrement choquant concernant l'utilisation du préservatif. Je cite l'article du site Web Afrik.com: "Benoît XVI : la polémique sur le préservatif vue du Cameroun".
Benoît XVI avait estimé mardi, alors qu’il s’apprêtait à s’envoler vers le Cameroun, que l’on ne pouvait « pas régler le problème du SIDA avec la distribution des préservatifs » et qu’ « au contraire (leur) utilisation aggrave le problème ».
Vous pouvez aussi entendre ce commentaire, quelque peu reformulé, dans cette vidéo YouTube (en anglais, environ 2 minute) de la chaine YouTube du Vatican ironiquement intitulée "A time of hope for Africa" (trad.: "Un temps d'espoir en Afrique") à 1:07:



Le ministre Catholique de la santé argumente que parce que le virus du SIDA peut passer à travers les préservatifs, ceux-ci ne fonctionnent tout simplement pas. Or, la recherche montre que - si utilisé correctement - le préservatif diminue les risques de transmissions de 90%! A l'inverse, les recherches démontrent aussi que les campagnes visant à promouvoir l'abstinence au lieu de l'usage du préservatif ne fonctionnent pas: en effet, celles-ci ne font que décaler dans le temps - souvent uniquement de quelques mois - le moment des premiers rapports.

On ne peut dès lors que se demander quelles seront les conséquences tragiques de cette phrase du pape sur l’utilisation du préservatif et la lutte contre le SIDA en Afrique centrale.

Note: voir aussi sur le blog "Neurologica" le billet de Steven Novella sur ce sujet (en anglais): "Don’t Take Medical Advice From The Pope".

jeudi 19 mars 2009

Joe Nickell sur le phénomène ovni

Joe Nickell discute brièvement du phénomène ovni sur le blog "Free Thinking", dans un billet intitulé "US Government’s UFOs". Il y mentionne différents types de stimuli qui peuvent générer un témoignage d'observation d'ovni: les avions militaires secrets, les ballons météorologiques, les rentrées atmosphériques et les fusées éclairantes militaires.

La création est l'oeuvre du Saint-Esprit

L'Église Catholique a (étonnamment?) adopté une position clairement en faveur de la théorie de l'évolution, et contre le Dessein Intelligent. Dans cette vidéo (en anglais, environ 1 minute) de la chaine YouTube du Vatican, le Père Raniero Cantalamessa nous explique cependant que le Saint-Esprit joue un rôle essentiel dans la perfection de la Création. Le Saint-Esprit serait (je cite) "la force mystérieuse qui dirige la Création vers son accomplissement". Il s'agit d'un parfait exemple d'évolution théiste (angl.: theistic evolution): l'évolution s'est bien produite comme les découvertes de la science le démontrent, mais guidée par la main de Dieu...

mardi 17 mars 2009

"Skeptical Inquirer" (mars/avril 2009)

J'ai reçu dans ma boite aux lettres le numéro mars/avril 2009 du magazine "Skeptical Inquirer". Plusieurs articles ont particulièrement attiré mon attention, parce qu'ils concernent les Européens:

- "Ghostly Molds - How to make a plaster cast of your hand, even if you are not a spirit"

Cet article du sceptique italien Massimo Polidoro discute des moulages ectoplasmiques (angl.: Ghostly Molds), plus spécifiquement ceux de Franek Kluski, dont certains sont visibles dans les locaux de l'Institut Métapsychique International (IMI) à Paris (France). On peut par exemple lire à ce propos sur le site de l'IMI (ici):
Du 8 novembre au 31 décembre 1920 Gustave Geley organise à Paris 14 séances expérimentales autour de l’écrivain et poète polonais Franek Kluski (1874 - 1944) qui est aussi un médium aux dons absolument exceptionnels. Il manifeste la capacité de produire des matérialisations de « matière ectoplasmique », lumineuses dans la pénombre, très nettes pour tous les spectateurs, des apparitions à forme humaine avec une physionomie, des mouvements et une sorte de densité qui leur donne épaisseur et relief. Même si ces expériences peuvent apparaitre comme tout à fait extraordinaires à première vue, les résultats obtenus demeurent toujours inexpliqués à l’heure actuelle.
Massimo Polidoro teste une méthode pour réaliser de manière prosaïque ce type de moulages ectoplasmiques, sans l'intervention du paranormal, d'où son sous-titre: "How to make a plaster cast of your hand, even if you are not a spirit" (traduction: "Comment réaliser un moulage de votre main, même si vous n'êtes pas un esprit").

- "Dutch, Belgian Creationist Groups Unite to Bring Anti-Evolution Message to Six Million"

Dans cet article, Stefaan Blancke, professeur de philosophie à l'Université de Gand (Belgique), discute d'une opération pour faire la promotion du créationnisme en Hollande et Belgique (site web créationniste en néerlandais: Creatie.info).

Le cas fondateur de Kenneth Arnold

Tout bon ufologue sait que le vocable « soucoupe volante » est né d’un journaliste ayant interviewé K. Arnold et ce, suite à la description qui lui a été faite d'objets volants observés au-dessus du Mont Rainier, le 24 juin 1947.

Galvaudée au possible, l’expression « soucoupe volante » a peu à peu été remplacée par l’acronyme UFO et OVNI pour la langue française, puis plus récemment PAN. Ce dernier ne satisfait d’ailleurs toujours pas les puristes, puisque des témoins font également état de phénomènes au sol ou dans l’eau, donc non aériens.

Toujours est-il que ce sont les soucoupes volantes de Kenneth Arnold qui ont fait décoller le phénomène, du moins dans les médias.

Il est rare que ce cas mythique, très prégnant dans la casuistique, soit soumis à débats dans le milieu ufologique. Il reste épargné comme s’il était « sacré », l’affectif jouant un rôle non négligeable.

Eric Maillot propose pour sa part une explication prosaïque à cette observation, qu’il étaie solidement.

Son article est en ligne ici :

J'invite tous ceux intéressés par le sujet à en prendre connaissance.

dimanche 15 mars 2009

Joyeuse Journée de Pi!

Joyeuse Journée de Pi (parce que nous sommes le 14 mars, ce qui s'écrit selon le format américain de date: 3/14):

samedi 14 mars 2009

"Popular Mechanics" sur les OVNIs

Le magazine "Popular Mechanics" a réalisé un dossier (en anglais) consacré aux OVNIs qui vaut la peine d'être lu: "UFO Sightings Explained – The Science Behind UFO Sightings, Conspiracy Theories and Footage".

Ben Goldacre sur le mouvement antivaccination

Ben Goldacre est un sceptique britannique spécialisé dans la critique des médecines prétendument alternatives. Il est l'auteur de la colonne du quotidien "The Gardian" intitulée "Bad Science". Il a publié dans la foulée un livre du même nom, et rédige aussi un blog ("Bad Science").

Dans la vidéo YouTube ci-dessous (en anglais, environ 5 minutes), il évoque comment les médias font la promotion des idées - pourtant réfutées par la recherche scientifique - du mouvement antivaccination. En diffusant celles-ci de manière non critique, les médias jouent en effet un rôle non négligeable dans le problème. En conséquence, la Grande-Bretagne a vécu en 2005 une épidémie d'oreillons, et on constate aujourd'hui une augmentation importante des cas de rougeole.

jeudi 12 mars 2009

"James Randi Speaks": hommage à Carl Sagan

Dans cette vidéo (en anglais, environ 7 minutes), James Randi rend hommage à Carl Sagan, décédé en 1996. Comme vous le savez, Carl Sagan est un des initiateurs du mouvement sceptique contemporain: il fut un des fondateurs du Committee for Skeptical Inquiry et son ouvrage "The Demon-Haunted World: Science as a Candle in the Dark" est aujourd'hui un classique pour les sceptiques du monde entier!

Pourquoi la science est importante?

Un excellent documentaire réalisé par Alom Shaha, un professeur de science dans le secondaire en Grande-Bretagne, qui pose la question suivante: "Pourquoi la science est importante?" (en anglais, environ 28 minutes):


Why is Science Important? from Alom Shaha on Vimeo.

Cette vidéo vaut vraiment la peine d'être regardée, et n'hésitez pas également à visiter le site web qui va avec: "Why science is important?".

mercredi 11 mars 2009

Récentes excommunications au Brésil

Le Vatican a excommunié au Brésil pour avortement la mère d'une fillette de 9 ans, ainsi que les médecins qui ont pratiqué l'opération. L'enfant avait été violée par son beau-père, et l'équipe médicale considérait que la vie de la fillette était mise en danger par la grossesse.

Pour plus d'informations sur ce sujet, voir le billet "Le magistère immoral" sur le blog Bio-éthique.

mardi 10 mars 2009

Obama a levé le bannissement de financements fédéraux des recherches sur les cellules souches!

Une importante nouvelle pour la recherche scientifique est tombée aujourd'hui: Barack Obama a levé le bannissement de financements fédéraux des recherches sur les cellules souches! Ce faisant, il va clairement à l'encontre de la politique initiée par son prédécesseur, George W. Bush (en anglais, environ une minute):


dimanche 8 mars 2009

Quelques mots à propos d'Isabelle Stengers

J'écoutais la semaine dernière l'émission "Les vendredis de la philosophie" (France Culture), sur le thème "Vivons-nous une époque catastrophique?" (émission du vendredi 27 février 2009). Parmi les invités se trouvait Isabelle Stengers...

Durant cette émission, la philosophe belge nous a expliqué que s'était une bonne chose de combattre les organismes génétiquement modifiés (OGM). Ce qui m'a frappé en l'écoutant, c'est le manque de nuance de son discours. Durant toute l'heure de débat, nous ne saurons finalement qu'une seule chose sur ce sujet: qu'il faut selon elle lutter - par principe? - contre les OGM, mais nous ne saurons jamais pour quelles raisons!

Par le plus grand des hasards, la dernière émission du podcast "Futures in biotech" était consacré à ce sujet (#39 "Food, Genetically Modified"). L'invité de Marc Pelletier était Lisa Weasel, auteur de "Food Fray: Inside the Controversy Over Genetically Modified Food". Par comparaison, j'ai trouvé la position de Lisa Weasel beaucoup plus nuancée, argumentée et étayée. On me dira que les OGM n'étaient pas le sujet de l'émission "Les vendredis de la philosophie", et que l'invitée ne les utilisait que pour illustrer le fait que la science pouvait potentiellement dans le futur générer des catastrophes, le véritable sujet de l'émission. Peut-être... Mais ce que l'auditeur de France Culture retiendra certainement du discours d'Isabelle Stengers, c'est le message simpliste qu'il faut combattre les OGM - un point c'est tout!

Or, en réalité, rien n'est simple, tout est compliqué! Mentionnons l'exemple du "riz doré" (angl.: "golden rice"), génétiquement modifié dans un objectif humanitaire pour lutter contre la carence en vitamine A. Ce produit OGM pourrait potentiellement être utilisé pour répondre à la détresse des personnes qui perdent la vue, voire meurent dans certaines régions du globe pour cette raison. Cependant, il n'est actuellement pas utilisé, à cause de l'opposition des écologistes et des altermondialistes...

Un autre élément qui m'a aussi particulièrement frappé dans cette émission est non seulement l'absence de contestation qu'elle y a rencontré, entre autres sur la question des OGM, mais au contraire la déférence des autres intervenants à son égard, Yves Citton et Frédéric Neyrat.

Isabelle Stengers jouit en effet d'une aura prestigieuse dans le monde philosophique francophone suite à la publication en collaboration avec Ilya Prigogine, en 1986, de l'ouvrage "La Nouvelle Alliance". Pourtant, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis, et il s'agissait bien plus d'une oeuvre d'Ilya Prigogine que d'Isabelle Stengers. Jean Bricmont a par ailleurs publié une critique de ce livre dans "Physicalia Magazine", intitulée "Science of Chaos or Chaos in Science?" (réf.: Jean Bricmont. Science of Chaos or Chaos in Science? Physicalia Magazine, 17, (1995) 3-4, pp. 159-208). Dans sa conclusion, il écrit:
This paper has been written mainly for scientists. However, many references to Prigogine are found in the literature of the human sciences and philosophy. But why should anybody in those fields worry about what happens in physics or chemistry?
Traduction:
Ce papier a été écrit principalement pour des scientifiques. Cependant, on trouve beaucoup de références à Prigogine dans la littérature consacrée aux sciences humaines et en philosophie. Mais pourquoi une personne dans ces domaines devrait se préoccuper de ce qui se produit en physique ou en chimie?
Ilya Prigogine n'était pas au-delà de toute critique, et Isabelle Stengers ne l'est certainement pas non plus!

Elle est actuellement la philosophe belge la plus célèbre et enseigne à l'Université Libre de Bruxelles. Lorsque j'ai commencé mes études universitaires, j'avais aussi l'idée à l'arrière de ma tête - générée tout simplement par les médias francophones - qu'il s'agissait d'une intellectuelle d'envergure. J'ai commencé à développer une opinion plus éclairée à son sujet lorsque j'ai lu le texte qu'elle a commis en préface à l'ouvrage "Vague d’ovnis sur la Belgique-2: Une énigme non résolue" (VOB2) de la Société Belge d'Étude des Phénomènes Spatiaux (SOBEPS), où elle cautionnait les travaux ufologiques de cette association (réf.: I. Stengers, "L’anomalie belge", in Vague d’ovnis sur la Belgique-2, Bruxelles, Sobeps, 1994). Or, la SOBEPS était une association qui défend l'hypothèse extraterrestre pour expliquer le phénomène ovni (HET). Auguste Meessen, un croyant pur et dur dans l'HET, écrivait par exemple dans le premier volume "Vague d’ovnis sur la Belgique" (VOB1), p. 394 (les caractères majuscules sont dans le texte d'origine):
la conclusion qui s'impose logiquement est que TOUTE AUTRE HYPOTHESE QUE CELLE DES OVNI EST EXCLUE A PRATIQUEMENT 100%.
Je peux vous assurer que pour ce physicien belge il ne fait absolument aucun doute que la Vague belge s'explique par des vaisseaux spatiaux extraterrestres! Bien évidemment, les travaux de la SOBEPS étaient problématiques - en fait la SOBEPS a joué un rôle non négligeable dans la propagation et l'entretien de la Vague belge qu'elle prétendait étudier - et ont été critiqués. Je donne ici quelques références pour ceux qui veulent en savoir plus sur la Vague belge dans une perspective sceptique (par ordre chronologique de publication):

- Hallet, M. (1992). La Vague OVNI Belge ou le triomphe de la désinformation. Liège : Chez L’auteur.
- Van Utrecht, W (1992), Triangles over Belgium – A case of Uforia?, Privately printed: Antwerpen.
- Hallet, M. (1997). « La prétendue Vague d’OVNI belge… ». Revue Française de Parapsychologie, vol. 1, n°1, p. 5-23.
- Van Utrecht, W (1997), « The Belgian 1989-1990 UFO wave », in UFO 1947-1997 edited by Hilary Evans and Dennis Stacy, John Brown Publ.: London.
- Leclet, Renaud (2008). « Vague belge : une hypothèse oubliée », Comité Nord Est des Groupes Ufologiques (CNEGU).

Si vous lisez ces diverses publications, vous aurez une toute autre vision des évènements de la Vague belge que celle proposée par les ufologues de la SOBEPS. Mais de toute cela, il n'en était pas du tout question dans l'article d'Isabelle Stengers, uniquement l'idée que la science doit prétendument être "démocratique" et qu'il faut donc pour cette raison prendre au sérieux les témoins d'observations d'ovnis. Dans une interview qui date de 1997 (en ligne ici), elle nous dit:
Je ne connais pas grand-chose aux ovnis. Ce que je connais un peu, c'est la SOBEPS, pour moi un groupe assez exceptionnel qui a maintenu une attitude d'exigence : « Restons à l'épreuve des ovnis, n'essayons pas d'expliquer ce que c'est, tâchons d'interviewer les témoins de telle sorte que leurs témoignages puissent nous apprendre éventuellement quelque chose et, surtout, ne devenons pas sectaire, afin de pouvoir tenter d'intéresser des gens "non-croyants"». Moi, par exemple.
Si comme elle l'admet elle-même, elle ne connait pas grand chose au phénomène ovni, n'aurait-il pas mieux valut qu'elle évite de faire la promotion - et de donner du crédit - à une organisation ufologique qui, lorsqu'on allait un minimum en-dessous des apparences, faisait en réalité la promotion de la croyance dans les visites extraterrestres de notre planète? Peut-être aurait-elle mieux fait de lire VOB1 et VOB2 plus attentivement, et de se demander si la démarche qu'ils défendaient était réellement scientifique - ou relevait en réalité clairement de la science pathologique...

C'était en tout cas les questions que je me posais à l'époque, mais là encore, vu la réputation d'Isabelle Stengers, je l'excusais en me disant qu'elle n'avait écrit cette préface à VOB2 que parce que justement elle ne savait pas vraiment de quoi elle parlait, que ce n'était qu'une erreur de parcours de sa part...

Mais en fait non! Quelque années plus tard, je découvrais, atterré, qu'elle avait été membre du jury de la thèse de Bertrand Méheust sur le sujet "Somnambulisme et médiumnité". Celui-ci est actuellement le principal promoteur en France de la métapsychique, et défend dans ses ouvrages l'idée que le paranormal existe. Dans son livre "Science-fiction et soucoupes volantes : Une réalité mythico-physique", il admettait déjà, en 1978, qu'il croyait que le paranormal et le phénomène ovni ne pouvaient pas s'expliquer de manière prosaïque (voir mon billet sur ce sujet ici).

Finalement, on arrive au coeur du problème. Isabelle Stengers fait partie de ces penseurs postmodernes qui développent une thématique fondamentalement anti-science. Du coup, nous la retrouvons au côté des gens qui défendent des sciences pathologiques comme l'ufologie (la SOBEPS) ou la métapsychique (Bertrand Méheust). Comme le démontre très bien Alan Sokal dans son ouvrage "Pseudosciences et postmodernisme" (2005), les penseurs postmodernes et les sciences pathologiques sont de facto des alliés naturels, des "compagnons de route" (pour reprendre son sous-titre).

J'écoute l'émission de François Noudelmann chaque semaine, afin d'être au courant de l'actualité philosophique francophone. Malheureusement, comme ce fut le cas le vendredi 27 février 2009, la pensée postmoderne s'y étale à l'occasion complaisamment, sans aucune contradiction, ni des autres invités, ni de l'hôte. Honnêtement, que France Culture donne un lieu d'expression pour ce genre d'intellectuels, cela ne me dérange pas. Néanmoins, j'espère vraiment un jour entendre aussi dans "Les vendredis de la philosophie" des philosophes qui au contraire défendent la science et la raison, comme par exemple Jacques Bouveresse, voir même (pourquoi pas?) des physiciens comme Alan Sokal ou Jean Bricmont.

vendredi 6 mars 2009

Neil deGrasse Tyson sur l'astrologie

L'astrophysicien Neil deGrasse Tyson sur l'astrologie (en anglais, environ 1 minute):

jeudi 5 mars 2009

Tsuwano

Tsuwano (jap.: 津和野町) est une ville japonaise située dans la préfecture de Shimane. Cet endroit est intéressant à plus d'un titre: je vous propose donc aujourd'hui - pour changer - un billet... touristique! J'ai eu l'occasion de me rendre plusieurs fois dans cette ville, qui se trouve à un peu plus d'une heure en voiture de là où j'habite actuellement. Tsuwano n'est pas une très grande ville, mais est - comme nous allons le voir - un lieu riche en histoire

Un train à vapeur relie la gare de Shin-Yamaguchi (préfecture de Yamaguchi) à la gare de Tsuwano, et il s'agit certainement de la manière la plus agréable de s'y rendre. Une fois sur place, différents lieux méritent d'être visités.

1. La maison de Nishi Amane

Nishi Amane (西周) fut un des premiers philosophes modernes japonais (1829-1897). Il alla étudier au Pays-Bas durant l'ère Meiji, la période de modernisation effrénée du Japon. A l'époque, la philosophie occidentale était peu connue au Pays du Soleil Levant. En effet, le Japon avait été refermé sur lui-même durant toute l'époque Edo. Pendant plus de 200 ans, le seul contact avec le monde extérieur se fit via Dejima, une presqu'île artificielle située dans la baie de Nagasaki (préfecture de Nagasaki), où seul les néerlandais de la "Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales" étaient autorisés à y faire du commerce.

Nishi Amane fait partie de cette génération d'intellectuels nippons qui, lorsque la fermeture du Japon prit fin, voyagea en occident pour en assimiler la science et la technologie. Il ramena pour sa part de ses études hollandaises l'utilitarisme et l'empirisme. Il fut de plus le créateur du mot philosophie en japonais: 哲学 (romanisation: tetsugaku). Ce faisant, il prépara le terrain pour les philosophes nippons ultérieurs, tel que Kitarō Nishida (jap.: 西田 幾多郎), qui est pour sa part considéré comme le premier philosophe japonais moderne original.

Il est possible de visiter à Tsuwano la maison de Nishi Amane: ce fut pour moi une sorte de pèlerinage philosophique. Cependant, je dois avouer que de toutes les attractions touristiques de cette ville, la maison du philosophe est certainement la moins connue du grand public... Pour tout dire, lorsque je suis allé la visiter, j'étais tout seul dans la bâtisse, jusqu'au moment où un autre étranger est arrivé: en discutant avec lui, j'ai découvert qu'il était professeur de littérature nippone dans une université américaine!

2. Le sanctuaire Taikodani Inari

Il s'agit d'un sanctuaire dédié à Inari, le kami (dieu ou esprit) shintô de la fertilité, du riz, de l'agriculture, des renards et de l'industrie. L'architecture se distingue par la couleur vermillon des bâtiments et une longue série de torii de la même couleur le long du chemin qui permet d'y accéder à pied. L'escalier de Tsuwano compte 1045 torii! Ce parcours vise à vous purifier avant d'entrer dans le temple proprement dit. Pour les personnes qui ne veulent pas gravir de longues volées de marches, ne vous en faites pas: il est aujourd'hui aussi possible d'accéder au sanctuaire en voiture. Ce type de temple dédié à Inari est relativement rare au Japon...

3. Les apparitions mariales

Tsuwano est aussi particulièrement célèbre - et cela peut surprendre plus d'un occidental - pour ses... apparitions mariales! Le christianisme était strictement interdit pendant la période Edo. Cependant, certaines familles continuaient malgré tout à pratiquer cette religion en secret. Lorsque le Japon ouvrit finalement ses frontières, les occidentaux commencèrent à y construire des églises pour leur propre usage. Pendant une période de transition, les étrangers avaient donc le droit de pratiquer la religion chrétienne et d'aller dans une église le dimanche, mais il était toujours illégal de le faire pour les japonais!

Des familles chrétiennes sortirent du placard et commencèrent à réclamer ouvertement le droit d'aller assister aux services dans les églises construites par les étrangers. Le gouvernement réagi en envoyant ces personnes dans un camp de réhabilitation situé à Tsuwano. On tenta de les faire abjurer leur foi par la torture psychologique et physique. Une des épreuves consistait à enfermer quelqu'un dans une cage à l'extérieur durant l'hiver. Un des chrétiens, alors qu'il était en train de mourir de froid dans la cage, aperçu une dame. Ce qui est particulièrement intéressant est que le lieu était déjà connu à l'époque pour une histoire d'hantise. Il aurait été donc possible d'interpréter cette vision dans le cadre du folklore local, en disant qu'il s'agissait du fantôme d'une jeune femme décédée en ces lieux. L'église catholique locale décida cependant qu'il s'agissait bel et bien de la Vierge Marie. Tsuwano est toujours aujourd'hui un lieu de pèlerinage pour les catholiques nippons. Pour ma part, je pense que la vision du martyr s'explique tout simplement par un tour que lui a joué son cerveau alors qu'il était en train de mourir de faim et de froid. Le gouvernement japonais autorisa finalement la pratique de la religion chrétienne sur son territoire...

4. Yabusame - tir à l'arc à cheval

Une fois par an se tient à Tsuwano une compétition de Yabusame, ou tir à l'arc à cheval traditionnel japonais. J'ai eu l'occasion d'y assister l'année dernière et je dois dire que c'est extrêmement impressionnant! En effet, le participant doit lancer son cheval au galop et, sur une courte distance, tirer une flèche dans trois cibles qui se trouvent sur le côté gauche du chemin. Il faut donc que le cavalier soit capable de contrôler sa monture sans en tenir les rênes (puisqu'il est en train d'utiliser son arc), et l'épreuve évalue aussi bien sa précision pour toucher les cibles que sa rapidité à dégainer les flèches de son carquois! En une journée, un seul participant - le plus expérimenté - a réussi à toucher les trois cibles: un véritable exploit!

Il y a encore bien d'autres choses à visiter à Tsuwano: les ruines de son château, la maison de l'écrivain Ōgai Mori (jap.: 森 鴎外), un musée consacré aux Ukiyo-e de Hokusai Katsushika (jap.: 葛飾 北斎)... Je vais cependant m'arrêter ici.

mercredi 4 mars 2009

Cracked à propos de l'antivaccination

Le site Cracked.com propose un article intitulé "5 Ways People Are Trying to Save the World (That Don't Work)" (traduction: "5 manières par lesquelles les gens tentent de sauver le monde (qui ne fonctionnent pas)").

L'exemple #4 est le... mouvement antivaccination! Pourquoi?
In a word: science. While the folks pushing the anti-vaccination agenda mean well (though some seem to be doing it out of a knee-jerk fear of "Big Pharma") their claims aren't backed up by the actual studies.
Traduction:
En un mot: science. Même si les gens qui poussent la propagande antivaccination pensent faire une bonne action (il semble cependant que certains le fassent à cause d'un réflexe de peur injustifié vis-à-vis des sociétés pharmaceutiques), leurs affirmations ne sont pas validées par les recherches scientifiques.

James Randi et Steven Novella

Steven Novella, hôte du podcast "The Skeptics' Guide to the Universe", discute avec James Randi de l'art de l'illusionnisme et de son implication pour le scepticisme (en anglais, environ 10 minutes):

mardi 3 mars 2009

A propos du site "Skeptical Investigations"

Le 21 décembre 2007, le blog psiphile "Zététique, Science et Parapsychologie", réalisé par les membres du "Groupe Étudiants de l’Institut Metapsychique International" (GEIMI), annonçait qu'il devenait une antenne du site anglophone "Skeptical Investigations" (vous pouvez lire l'annonce ici).

"Skeptical Investigations" est un site réalisé par des tenants de la réalité du paranormal, et a pour vocation de tenter de discréditer leurs critiques, les sceptiques. Dans ce contexte, le lien entre ce site et "Zététique, Science et Parapsychologie" est totalement cohérent, puisque le blog du GEIMI a aussi pour objectifs d'un côté de faire la promotion de l'idée que la parapsychologie serait - selon eux - une science légitime, mais aussi clairement d'attaquer les sceptiques francophones, et plus particulièrement la Zététique d'Henri Broch.

Robert Todd Caroll, auteur de l'excellent site web "The Skeptic's Dictionary", a écrit un article (en anglais) à propos du site "Skeptical Investigations". Je vous en propose ici la traduction:
"Skeptical Investigations" est enregistré sous le nom de Rupert Sheldrake et il est dit qu'il
est organisé par l'"Association for Skeptical Investigation", dont l'objectif est de faire la promotion du scepticisme authentique, de l'esprit d'investigations et de doute, dans le cadre de la science. Cela inclut l'étude des phénomènes inexpliqués avec une attitude ouverte d'esprit, un questionnement des affirmations dogmatiques, et un examen sceptique des prétentions des sceptiques auto-proclamés.
En réalité, la prétendue "Association for Skeptical Investigation" est un groupe d'investigateurs du paranormal pseudo-sceptiques - et leurs fans - qui n'apprécient pas les critiques des études paranormales par les authentiques sceptiques et penseurs critiques. Le seul scepticisme dont ce groupe fait la promotion est le scepticisme des critiques, et de la critique des études paranormales. Les membres de ce groupe sont Larry Dossey, M.D., Brian Josephson, Ph.D., Stanley Krippner, Ph.D., Ed May, Ph.D., Adrian Parker, Ph.D., Dean Radin, Ph.D., Gary Schwartz, Ph.D., et Rupert Sheldrake, Ph.D. Parmi eux, à mon opinion, seul Krippner est équitable lorsqu'il s'agit d'accepter les critiques. (Les pages du site "Skeptical Investigations" ne sont clairement pas mises à jour, puisque deux personnes parmi celles listées ci-dessus comme partenaires sont décédées, Montague Keen et Marcello Truzzi. Cependant, Gary Schwartz, dans un papier publié, fait référence à plusieurs personnes décédées - et même William James! - comme étant des "personnes décédées hypothétiques co-investigateurs" (angl.: "departed hypothesized co-investigators"), du coup peut-être que le groupe considère les esprits de Keen et Truzzi comme étant toujours des investigateurs actifs.)

L'argument principal de ces pages semble être de tromper les lecteurs afin qu'ils pensent que l'investigation du paranormal est sceptique et que la critique sceptique de l'investigation du paranormal est faite de mauvaise foi et n'est pas un "authentique" scepticisme.

Sur leur page principale, ils remarquent que le sens du mot grec duquel provient "sceptique" est investigation. Puisque les parapsychologues sont des investigateurs, ils sont des sceptiques. Bien entendu, cela ferait de la moitié des lunatiques sur Terre des sceptiques puisqu'ils sont certainement en train d'enquêter sur une chose ou l'autre. Un autre sens du terme grec est doute. Puisqu'ils doutent de la validité de la science mainstream, ils sont doublement sceptiques. Alors que ceux qui travaillent dans le cadre de ce consensus et trouvent la science paranormale peu convaincante ne sont pas de véritables sceptiques. Puisque les critiques de la recherche paranormale finissent souvent par nier la validité du travail réalisé par les parascientifiques, Sheldrake et son groupe les considèrent comme des négationnistes et des dogmatiques.

Ils se listent eux-mêmes et leurs fans comme des "sceptiques positifs". Leurs critiques sont dogmatiques. Parmi ceux-ci nous trouvons Susan Blackmore, Richard Dawkins, Chris French, Martin Gardner, Ray Hyman, Paul Kurtz, David Marks, James Randi, et Michael Shermer. En d'autres mots, les vrais scientifiques et sceptiques sont dogmatiques. Les parapsychologues qui nient le fait qu'il est légitime de critiquer la validité et la qualité de leur travail sont les "authentiques sceptiques". C'est cela oui... Les organisations qui supportent leur travail sont des défenseurs de la "recherche ouverte d'esprit" (angl.: "open-minded research").

Une des pages de ce site est dédiée aux erreurs, incompétences alléguées, fraudes, et autres mauvaises actions des scientifiques "mainstream". Je suppose qu'il s'agit d'une réponse aux nombreuses fois où les sceptiques ont fait référence aux erreurs, incompétences, fraudes et autres mauvaises actions des parapsychologues. Ma réponse est que les scientifiques sont des êtres humains, et ils échouent, et ils trichent comme le reste d'entre nous à l'occasion. Il est vrai que le scientifique est "mainstream" ou "alternatif". Mais les scientifiques qui ont travaillé sur le Psi - et ceci inclut de nombreux hommes éminents dans leurs domaines - ont de manière répétée démontré une incapacité à détecter la tromperie même quand celle-ci était réalisée par des enfants ou des adolescents.

[Note: Il y a probablement eu des femmes physiciens, chimistes, biologistes, philosophes ou mathématiciennes remarquables qui ont été dupées lorsqu'elles se sont engagées dans la recherche sur le Psi, mais je n'en connais aucune, à moins que vous ne considériez Louisa Rhine comme une remarquable botaniste.]

Une autre page est consacrée à une attaque ad hominem de Dean Radin contre les sceptiques: il attaque leurs motivations plutôt que des méthodes ou critiques spécifiques. Mais cela ne suffit pas de simplement affirmer que les preuves en faveur de l'hypothèse du Psi existent et sont écrasantes. Il est juste fainéant d'écarter les critiques des travaux bâclés de Gary Schwartz ou d'accepter la confiance exagérée de Dean Radin dans son propre travail. Aucun scientifique dans aucun autre domaine que la parapsychologie ne pourrait s'en sortir en publiant ce que Schwartz a publié en matière de tests de médiums. Les défauts dans le travail de Radin sont eux aussi majeurs, mais ne sont rien en comparaison avec les incompétences de Schwartz - mis à part pour son arrogance et ses bravades. Il n'utilise pas de groupe contrôle adéquat, il permet aux médiums de questionner les sujets, ne sépare pas les médiums des sujets dans des salles différentes, ne contrôle pas adéquatement pour les fuites sensorielles (angl: sensory leakage), s'implique lui-même ainsi que d'autres expérimentateurs en tant que sujets dans les expériences, ne demande aux sujets de nommer quelle personne décédée ils veulent contacter qu'après que l'expérience soit terminée, se base sur les souvenirs et les témoignages des sujets au lieu de vérifier sérieusement les faits, etc., etc. Pour un exemple de comment concevoir et réaliser un test adéquat de médiums, voir "Testing alleged mediumship: Methods and results" by Ciarán O'Keeffe, and Richard Wiseman, British Journal of Psychology, Volume 96, Number 2, May 2005, pp. 165-179(15). Le seul problème que je peux voir avec l'étude de O'Keeffe et Wiseman est celui qui consiste à distinguer la télépathie de l'hypothèse d'une vie après la vie. Autrement, elle établit des protocoles simples et évidents afin d'empêcher la triche, les fuites sensorielles, etc. - protocoles qui semblent avoir complètement échappés à Gary Schwartz.

L'un dans l'autre, le site "Skeptical Investigations" est autant une page à propos de l'investigation sceptique que la page "Junkscience" de Steven J. Milloy l'est à propos de la mauvaise science. En résumé: cela n'a rien à voir. C'est une page réalisée par Rupert Sheldrake et ses amis afin de tromper les lecteurs et leur faire penser que le véritable scepticisme consiste à être critique de la science mainsteam et de faire la promotion des études paranormales. Il est trompeur de prétendre que ceux qui sont sceptiques du travail réalisé par les scientifiques du paranormal et qui rejettent les résultats proclamés par ceux comme Dean Radin le font parce qu'ils sont motivés par une sorte de haine du paranormal ou du surnaturel. Baliverne. Nous rejetons leur travail parce qu'il n'est pas convaincant. Et nous rejetons la page "Skeptical Investigations" parce qu'elle est une ruse malhonnête afin de faire la promotion de la parapsychologie et de discréditer la véritable investigation sceptique.

lundi 2 mars 2009

La science des Watchmen


Ce n'est pas un secret: je suis - depuis toujours - un fan de comics. L'album "Watchmen" est véritablement un classique du genre. Le scénario d'Alan Moore est passionnant de bout en bout: il a réussi à donner une véritable épaisseur psychologique aux différents personnages et à nous faire réfléchir sur ce que sont fondamentalement les super-héros, sur le vigilantisme. Tout ça pour dire: j'attends avec impatience l'adaptation en film (sortie fin mars)!

Dans cette vidéo YouTube (en anglais, environ 7 minutes), le physicien James Kakalios, auteur du livre "The Physics of Superheroes" discute de la science des Watchmen, et particulièrement des pouvoirs "quantiques" de Dr. Manhattan:



"Who watches the watchmen?"

Note : billet cross-posté sur le site web du "Science-Fiction Magazine".

dimanche 1 mars 2009

Captain Disillusion et Holly

Captain Disillusion a des problèmes relationnels avec Holly, ou Dieu au féminin (en anglais, environ 6 minutes):

La photo du mois (mars 2009)


"La foi c’est croire ce que vous savez ne pas être vrai." Mark Twain.