samedi 28 février 2009

LE MONDE EST STAUNE… LE FIGARO AUSSI



« […] Ceux qui nous attaquent... à Tort, sans jamais chercher un seul instant à savoir qui nous sommes vraiment, à essayer de comprendre notre but et nos idées. » (Jean Staune, « Voyage au cœur de l’obscurantisme scientifique »)

Je m’apprêtais à écrire un billet sur un tout autre sujet lorsque je suis tombé sur la dépêche de l’Agence France Presse suivante :

Les professeurs de plus en plus confrontés à des critiques d’inspiration créationniste de leurs élèves

PARIS, 21 février 2009 (AFP) - L’idée que le monde est d’essence divine, véhiculée par des lycéens créationnistes, nourrit une contestation de plus en plus fréquente de l’enseignement de la théorie darwinienne de l’évolution, témoignent des professeurs de sciences de la vie et de la terre (SVT) et de philosophie, interrogés par l’AFP.
"Nous avons depuis 5-6 ans des retours du terrain qui indiquent une montée du créationnisme en France alors qu’auparavant, c’était exceptionnel", dit Annie Mamecier, doyenne du groupe des Sciences de la vie et de la terre à l’Inspection générale de l’Education nationale.
Le créationnisme rejette l’idée de l’évolution et postule que Dieu a crée l’univers en une semaine. Né chez les chrétiens au XIXe siècle, il a été relayé par les Témoins de Jéhovah et par des créationnistes islamistes depuis les années 1980.
Mme Mamecier évalue "entre 5 et 10%" le nombre d’élèves qui expriment durant les cours ou sur leurs copies leur hostilité aux théories de Darwin et précise que "les élèves qui manifestent le plus sont d’origine musulmane".
"Il y a deux types de réactions: des réactions plutôt isolées venant d’élèves qui ont été élevés dans une croyance religieuse et des réactions un peu plus organisées, qui se rapprochent du dessein organisé américain et viennent d’élèves relativement manipulés".
Sophie Mouge, professeure de SVT au lycée Jean-Jaurès à Montreuil, a essuyé deux contestations parmi les 31 élèves de sa classe, lors d’un cours sur l’évolution des végétaux.
"Ca s’est traduit par de petits ricanements quand je parlais. Les élèves cherchaient à me tourner en dérision. Un élève m’a dit "Non, non, dans le Coran, ça n’est pas écrit cela!", raconte la jeune femme.
Pour Jean-Baptiste de Panafieu, qui a passé plusieurs mois au lycée Jean-Jaurès dans le cadre d’un documentaire, ces élèves contestataires "puisent leurs informations sur internet, sur des sites créationnistes, antidarwiniens, comme le site du turc Harun Yahya".
En janvier 2007, ce prédicateur avait envoyé massivement aux établissements scolaires l’Atlas de la Création, un livre développant au nom du Coran les thèses créationnistes.
Le ministère de l’Education nationale avait riposté en organisant en novembre 2008 un colloque pour « donner aux enseignants des moyens de répondre aux attaques », rappelle Annie Mamecier.
Mais pour Carole Diamant, professeure de philosophie au lycée Auguste Blanqui à Saint-Ouen et auteure de "Ecole terrain miné" (éditions Liana Levi, 2005), les "critiques" des élèves sont plus profondes et ont évolué depuis le début des années 2000.
"Quand j’ai écrit mon livre, en 2004, la critique était superficielle, spontanée et répétée. C’est quelque chose qui faisait référence à des prêches ou à une opinion religieuse entendue ici ou là", explique Carole Diamant.
"Aujourd’hui, les enfants sont sûrs de leurs croyances. Ils restent sur leurs positions. Ils disent: "Allez-y, racontez-nous Darwin mais nous, on n’y croit pas!".
D’après Pierre Clément, professeur à l’université Lyon 1 et co-auteur d’une étude sur le créationnisme effectuée dans dix-neuf pays, la France compterait "2% de professeurs créationnistes", à comparer avec les "50% de profs créationnistes au Liban ou au Burkina Faso".
Toutefois, "la France est le pays où il y a le moins de créationnistes radicaux", insiste Pierre Clément en ajoutant: "Il y a certes une pression du créationnisme mais la France résiste très bien."


Indéniablement, le néo-créationnisme, ou dessein intelligent (intelligent design), fait actuellement partie des croyances en expansion à l’échelon mondial (dans le même temps, d’autres croyances parascientifiques, para- ou péri-religieuses stagnent ou régressent, de façon différentielle d’ailleurs suivant les régions du globe). Si ce phénomène socio-psychologique reste à ce jour assez bien contenu dans l’Hexagone, qui bénéficie ici de sa longue tradition laïque, les chiffres provenant d’autres pays sont plus alarmants : dans certains, les enseignants créationnistes sont manifestement en passe de devenir majoritaires ce qui, on en conviendra, devient franchement problématique.

En France, un des promoteurs les plus actifs du mouvement du dessein intelligent se nomme Jean Staune. L’Université interdisciplinaire de Paris (UIP), qu’il a fondé, a déjà pas mal fait couler d’encre mais n’avait pas encore fait l’objet d’un billet sur ce blog. Comme beaucoup de tenants new look, chacun dans leur domaine (voir, par exemple, sur ce blog les cas de Pierre Lagrange et Jérôme Beau pour les ovnis ou des membres du GEIMI/IMI pour le psi), Jean Staune nie d’ailleurs mordicus être un néo-créationniste. (Si jamais ce dernier se manifeste sur "Scepticisme scientifique", vous aurez l’occasion d’apprécier à sa juste valeur son talent rhétorique à faire prendre des vessies pour des lanternes.) La stratégie de tous ces nouveaux bons croyants semble être de s’afficher comme étant dans le "juste milieu", au-dessus de la mêlée, à équidistance des croyants frappadingues (qui, par leur comportement ridicule, nuisent à la Cause qu’ils entendent défendre plus intelligemment en sous-main) et des prétendus "obscurantistes scientistes", ces affreux empêcheurs de croire en rond, leur véritable cible.

Le mois dernier, Le Figaro, le quotidien de la bourgeoisie conservatrice française, invitait ainsi ses lecteurs à lire "Darwin sans idées préconçues", c’est-à-dire, dans l’optique du journal, à travers la lorgnette de Jean Staune :

Des scientifiques de renom affirment que des processus essentiels à l’œuvre ne seraient pas liés à la sélection naturelle. Jean Staune avait déjà rendu compte des travaux de ces évolutionnistes non darwiniens, dans une belle synthèse publiée il y a près de deux ans. Ainsi, selon Simon Conway-Morris, éminent paléontologue, "les formes fonctionnelles possibles sont prédéterminées depuis le big-bang". Ce qui bouscule, de façon radicale, un concept central des darwiniens : chaque espèce serait le résultat contingent et imprédictible d’un processus dû au hasard. De même, pour l’éthologue Rémy Chauvin ou pour l’embryologiste Rosine Chandebois, l’évolution est-elle un "programme" qui se déroule depuis l’origine. D’après Vincent Fleury, biophysicien, le sens de l’évolution est "physiquement gravé" dans le champ d’orientation des cellules. Par rapport aux "micro-évolutions" darwiniennes, certaines de ces thèses envisagent plutôt des "macro-évolutions". L’évolution "sauterait" d’un plan d’organisation à un autre, sans que l’on sache pour le moment expliquer ces mécanismes.
Le même Jean Staune, dans un ouvrage passionnant qui vient de paraître, fait parler de grands savants… [blablabla] (Le Figaro, 09.01.09)


Qui est donc vraiment Jean Staune/l’UIP ?

A la base, Jean Staune affirme être "un catholique convaincu". Accessoirement, il accumule les diplômes les plus divers (DEA en histoire naturelle, maîtrise d’informatique appliquée, DESS de gestion des entreprises, DEUG en mathématiques appliquées aux sciences sociales, diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris) et adore visiblement qu’on parle de lui (ce billet devrait donc au moins le satisfaire à ce niveau). Plus intéressant pour notre propos, le Who’s who précise aussi que M. Staune a reçu le "Prix Templeton Course Program on Science and Religion".

Ainsi que le rappelle un intéressant article, disponible sur le site du CNRS, de Guillaume Lecointre, du Muséum national d’histoire naturelle, "la fondation John Templeton finance toutes les initiatives de rapprochement entre science et religion. Cette fondation nord-américaine [a été] créée en 1987 par un riche investisseur américain très lié au fondamentalisme protestant".

L’Université interdisciplinaire de Paris (UIP), comme son nom ne l’indique pas, est quant à elle une association de type loi 1901 créée en 1995, dont M. Staune est le secrétaire général. Généreusement financée par des fonds privés (grandes entreprises, fondations, dont la fondation John Templeton), elle a pu organiser de multiples colloques auxquels ont participé différents scientifiques, certains controversés au sein de leur propre discipline et d’autres réellement prestigieux, dont quelques prix Nobel.

Que cherche Jean Staune/l’UIP ?

Au plan théologique ses travaux [Jean Staune parle ici de lui-même à la troisième personne] portent sur une façon d’exprimer les fondements du christianisme qui soit compréhensible pour la société actuelle et en phase avec les découvertes scientifiques. A travers une étude comparée des religions, il mène une recherche sur la compatibilité des différentes religions, habité par l’idée que les grandes révélations doivent toutes contenir un fondement de vérité qui n’est pas d’origine humaine. Il cherche aussi la compatibilité entre les « deux livres » selon l’expression de Galilée : le livre de la Nature qu’étudie la Science et le livre de la Révélation, rejettant [sic] ainsi le « séparationnisme » ou le « fidéisme » qui affirme qu’il n’y a pas d’intersertion [sic] entre le domaine de la Science et celui de la Religion. (source)


En plus clair, Jean Staune cherche à diffuser ce qu’il appelle la "scienligion", un hybride bizarroïde décrypté ici par un sceptique, et donc à combattre par tous les moyens le matérialisme scientifique.

Voici comment lui-même explique cette prétendue convergence entre la foi religieuse (de préférence catholique, apostolique et romaine) et la "nouvelle science" (copyright Jean Staune) :

Le projet de la science classique était d’expliquer le monde par lui-même. La nouvelle science a pour projet de montrer que les limitations de notre compréhension du monde ne sont pas d’ordre conjoncturel (on a pas encore mis assez de moyens dans la recherche mais, en droit, on peut tout comprendre) mais structurel : une telle compréhension est impossible parce que notre monde n’est pas fermé sur lui-même. Voici quelques uns des résultats clés de cette nouvelle science […] :

En physique quantique (la science des fondements de la matière), on peut montrer que les concepts les plus évidents ne s’appliquent plus à ce qui constitue pourtant les composants de tout ce qui existe. Ainsi en est-il de la non-séparabilité. Des expériences publiées dans les plus grandes revues scientifiques ont validé ce concept étrange qui veut que le niveau fondamental du réel ne soit pas "séparable par la pensée".

Il s’agit bien d’un autre niveau de réalité puisqu’il échappe aussi bien au temps qu’à l’espace (s’il était dans le temps on pourrait séparer par la pensée un avant d’un après, s’il était dans l’espace on pourrait séparer par la pensée une portion de cet espace d’une autre).

Ainsi, selon des travaux épistémologiques et philosophiques comme ceux de Bernard d’Espagnat, la physique quantique nous met face à un monde à deux niveaux de réalité. [...]

En astrophysique, la théorie du Big Bang pose aussi la question d’un au-delà du temps et de l’espace puisque ceux-ci ne sont plus des absolus. De plus, le fait que notre univers ait des caractéristiques très particulières sans lesquelles la vie et la conscience n’auraient pu se développer (ce que l’on appelle le principe anthropique) réintroduit la question du créateur (ou de la finalité) au coeur même de la science (même si la réponse reste personnelle). [...]

En mathématique, le théorème de Gödel nous enseigne qu’aucun système d’axiomes ne peut contenir sa propre logique. Il s’agit de la démonstration logique, qu’on ne pourra pas, dans ce domaine-là non plus, fermer le réel sur lui-même. Le Pasteur Honziaux a montré les conséquences théologiques de ce théorème dans un article célèbre ("Le royaume de Dieu, d’Epiménide et de Gödel") qui rejoint les intuitions de la théologie apophatique (c’est ce qui manque qui, loin d’amener au néant, fait "signe" d’un "autre").

En neurologie des travaux comme ceux de Ben Cibet à l’université de San Francisco, ou ceux de Jean-François Lambert, nous montrent qu’il n’y a pas équivalence entre l’état mental subjectif d’un patient et la description "objective" de son état neuronal. [...]

Enfin, des travaux comme ceux de Michael Denton ou d’Anne Dambricourt-Malassé, nous montrent que si l’évolution peut, en première analyse, sembler livrée au hasard et à la sélection naturelle, la prise en compte d’un certain nombre de phénomènes, tant en génétique qu’en paléontologie, montre qu’il existe des processus qui se perpétuent pendant des millions d’années malgré les modifications chaotiques de l’environnement dans lequel vivent les organismes "porteurs" de ces processus.

[…] Nous sommes confrontés à une nouvelle vision du monde, basée sur une nouvelle approche de la science, dont le maître mot est "incomplétude". [...]

Cet ensemble, impressionnant par sa cohérence et son ampleur, nous montre bien que nous sommes sur le point de vivre une révolution d’importance comparable à la révolution copernicienne. […] C’est une première étape absolument nécessaire pour prendre en compte la possibilité d’une telle existence [de Dieu], car pour cela, il faut, comme nous l’avons vu en introduction, faire la démonstration que le monde où nous vivons, celui immergé dans le temps, l’espace, l’énergie et la matière, n’est pas ontologiquement suffisant. (source)


On l’aura compris, Jean Staune récupère tous les travaux (y compris ceux qui n’ont rien de scientifiques, comme les élucubrations du psychanalyste Jacques Lacan) qui, moyennant quelques interprétations tendancieuses, paraissent susceptibles d’apporter de l’eau à son moulin, dans le but ultime de rendre compatible avec le monde moderne des "révélations" religieuses forgées en d’autres temps.

Les archives publiques de la liste de diffusion de l’Observatoire zététique, accessibles ici, où Jean Staune sévit depuis l’année dernière (cette liste est ouverte à tout le monde), donne quelques indications sur les espérances que celui-ci caresse au niveau politique (après la postmodernité, voici que la post-laïcité pointe le bout de son nez) :

Inspiré par ma rencontre avec le Pape (il a y deux heures j’ai eu l’honneur d’être parmi les intellectuels français invités aux Bernardins), je tiens à dire à quel point la laïcité à la française est une absurdité archaïque. Plus elle reculera mieux ce sera! […] Je propose que l’on remplace l’article de base de la loi de 1905: "la République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte" Par "la République reconnaît et subventionne tous les cultes". Dans une époque de mondialisation il faut savoir dépasser les crispations d’il y a un siècle...

Par ailleurs le pape a estimé au Collège des Bernardins qu’une "culture purement positiviste" reléguant Dieu au "domaine subjectif" signifierait la "capitulation de la raison". "Pour beaucoup, Dieu est vraiment devenu le grand inconnu", a-t-il déploré. Et d’insister : "Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à l’écouter demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable".

La recherche de Dieu comme fondement de toute culture véritable!!!!! Même moi je n’aurais pas osé dire cela. Vive Le Pape ET vive la post-laïcité!! (NB : pour faciliter la lecture, j’ai corrigé les coquilles et fautes d’orthographe - assez nombreuses dans le post original - commises par M. Staune)


Quelle est la stratégie de Jean Staune/l’UIP pour atteindre à terme ses objectifs ?

Tous nos intervenants sont universitaires, chercheurs au CNRS ou faisant partie d’un organisme officiel. Certes certains d’entre eux présentent parfois des idées novatrices qui n’ont pas encore reçu l’aval de la communauté scientifique : cela fait partie du rôle de l’UIP. Mais il s’agit toujours de cas isolés. Car justement le cœur du message de l’UIP c’est qu’il n’est pas nécessaire de recourir à des faits non scientifiquement admis (c’est-à-dire non publiés dans les revues scientifiques officielles) pour avoir une nouvelle vision du monde. En faisant intervenir, dans l’immense majorité des cas, des personnalités scientifiques incontestables autour de thèmes et d’expériences situés au cœur de la science actuelle, l’UIP joue le terrain de ses "adversaires", avec leurs propres règles du jeu... et montre que l’on peut arriver à des conclusions inverses. (source)


De fait, l’UIP est parvenue à réunir, à diverses occasions (colloques, conférences, tables rondes…), de belles brochettes de scientifiques. Si la présence à ces manifestations de personnalités comme le physicien-philosophe Bernard d’Espagnat, la paléoanthropologue Anne Dambricourt-Malassé, l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan ou le botaniste-écologiste Jean-Marie Pelt, dont les positions personnelles, "spiritualistes" dirons-nous pour aller vite, sont bien connues, n’est pas pour nous étonner, d’autres noms interpellent plus en revanche. Quelques-uns de ces derniers ont cependant dit plus tard s’être fait plus ou moins manipuler :

L’UIP enrôle en douceur. Staune va chercher aux USA des professeurs d’universités et des Nobels ayant des choses à révéler sur Dieu (l’UIP est le principal partenaire du Center for theology and natural sciences à Berkeley, Californie). On imagine mal à quel point ils sont nombreux, dans un pays où le fondamentalisme protestant est un des plus puissants au monde et où son militantisme est actif jusqu’au coeur des universités. […] Fort de l’argument d’autorité du grand-frère américain, et accompagné d’une brochette de Nobels, Staune ira inviter les scientifiques vedettes de notre hexagone, pour causer humanisme. On vous flatte, et vous vous trouvez pris au piège sur la "photo de famille". Votre nom servira au crédit que d’autres porteront au prochain colloque. En 1992, André Adoutte et Pierre-Henri Gouyon, tous deux alors Professeurs à l’Université de Paris XI, se sont fait piéger en allant contre-argumenter les propositions de l’UIP au Sénat. Ils ne sont pas particulièrement enchantés de voir figurer leur nom sur la cassette vidéo. La formule semble bien fonctionner. Le colloque du mois d’avril 1999 était honoré de la présence de nouvelles personnalités comme le Directeur du Muséum National d’Histoire Naturelle de l’époque, Henry de Lumley, et la série de conférences "Science, conscience et sens" de Jean-Didier Vincent, Antoine Danchin et Jean-Marc Lévy-Leblond.

Parmi ceux-ci, les deux derniers ont témoigné de leur surprise lorsqu’un article (Lecointre, 1999a) relata leur participation, et dirent s’être fait piéger. L’UIP piège donc, mais certainement pas tout le monde. Les nouveaux-venus ou les occasionnels côtoient ainsi les scientifiques permanents de l’organisation, Bernard d’Espagnat, Christian de Duve, Jean-Pierre Luminet, Ilya Prigogine, Anne Dambricourt-Malassé, Trinh Xuan Thuan, Jean-Marie Pelt... Les nouveaux scientifiques (ou assimilés comme tels) français du cru 2000 sont Jacques Vauthier, Bruno Guiderdoni, Dominique Laplane, Philippe Pignarre, Basarab Nicolescu, Antoine Andremont, Tobie Nathan, Philippe Queau. Dans le milieu de la philosophie et des sciences humaines, l’UIP va ratisser dans le camp opposé à celui de Alan Sokal et Jean Bricmont. En philosophie, elle importe ce qu’il y a de plus médiatique, Luc Ferry et André Comte-Sponville […]. Bruno Latour viendra porter la lumière relativiste sur tout ça. (source)


J’avoue personnellement ignorer la raison exacte de la présence, régulière durant une certaine période, à ces manifestations de l’IUP de quelqu’un comme, par exemple, Jean-Pierre Luminet, un astrophysicien que j’admire pour ses brillants travaux scientifiques, ses activités de vulgarisation (articles, livres, documentaires) et ses multiples autres talents (peintre, poète, romancier, etc.). A ce que j’ai cru comprendre de ses positions sur le sujet, on ne peut en effet le considérer comme un partisan de la "scienligion" à la Jean Staune. Il semble aujourd’hui ne plus participer aux activités de l’IUP. Peut-être qu’en tant que grand vulgarisateur de son domaine de recherche et infatigable conférencier, il a vu cet organisme simplement comme un espace de dialogue. La question reste donc pour moi en suspens mais, dès mon retour de vacances, je compte si possible l’éclaircir...

vendredi 27 février 2009

L'"Anti-Blasphemy Resolution" des Nations Unies

Les Nations Unies pourraient passer prochainement une résolution qui rendrait illégal le simple fait de critiquer la religion, particulièrement l'islam. Dans ce cas de figure, les pays membres de l'ONU seraient vivement encouragés à définir des lois concernant ce qu'il est permis de dire à propos de la religion sur leurs territoires. Voici une vidéo YouTube (en anglais, environ 10 minutes) sur ce sujet, avec Christopher Hitchens comme invité sur le plateau:



Je dois dire que cela fait vraiment peur!

Et cela démontre une fois encore qu'il faut toujours être vigilant: la liberté d'expression est un droit pour lequel il faut sans cesse se battre!

mercredi 25 février 2009

Interview de Seth Shostak

DiscoveryNetworks nous propose une interview de Seth Shostak, astronome sceptique membre du "SETI Institute" (en anglais, environ 3 minutes):

lundi 23 février 2009

"Skeptical Inquirer" spécial OVNI (janvier/février 2009)

J'ai dans les mains le numéro janvier/février 2009 (vol. 33, n°1) de "Skeptical Inquirer" (le magazine du Committee for Skeptical Inquiry) et il s'agit d'un numéro spécial consacré à... l'ufologie!

Même si les sceptiques sont pratiquement par définition des "Jack of all trades, master of none", et même si mes centres d'intérêts ont (forcément?) évolué à travers les années - je m'intéresse par exemple pour la moment plus particulièrement à la question du Dessein Intelligent - le phénomène ovni reste quelque peu spécial pour moi, puisqu'il est le sujet par lequel j'ai découvert le mouvement sceptique contemporain. Du coup, un numéro spécial ovni du "Skeptical Inquirer", c'est vraiment du pur plaisir pour moi: que du bonheur!

Plus sérieusement, ce numéro contient des articles d'ufosceptiques célèbres outre-atlantiques, tel que Robert Sheaffer, James Oberg, Joe Nickell et bien d'autres encore.

Et puis, cerise sur le gâteau, il y a l'article de David Rossoni (co-blogger ici-même), Eric Maillot et Eric Déguillaume: "UFOs: An Assessment of Thirty Years of Official Studies in France" (p. 47-51). Il s'agit bien entendu d'un résumé de leur ouvrage "Les OVNI du CNES: 30 ans d'études officielles 1977-2007". J'espère que vous l'avez tous lu maintenant! Quoi qu'il en soit, je pense que c'est une excellente chose que le public anglo-saxon (en réalité les sceptiques du monde entier) puisse prendre connaissance de cette critique des travaux ufologiques du Centre National d'Études Spatiales (CNES). Cela donnera peut-être à réfléchir aux pontes de cette organisation, et à la manière dont ils gèrent - et communiquent au grand public - le dossier ovni! Les errements du CNES sur ce sujet durent depuis bien trop longtemps!

samedi 21 février 2009

Steven Novella vs. Michael Egnor

La guerre du cerveau continue... Pour rappel, il s'agit d'une nouvelle stratégie des tenants du Dessein intelligent qui consiste - en plus de tenter de diminuer la confiance du grand public dans la théorie de l'évolution - à attaquer l'idée que la conscience est uniquement le produit de l'activité cérébrale.

L'article de Jon Hamilton, "Doubting Darwin: Debate Over The Mind's Evolution", se fait l'écho du débat par blogs interposés entre le neurologue Steven Novella, hôte du podcast "The Skeptics' Guide to the Universe", et le neurochirurgien Michael Egnor, qui écrit des billets sur "Evolution News & Views", le blog du Discovery Institute - la principale association américaine faisant la promotion du Dessein Intelligent... Il est de plus un des signataires de la liste "Dissent from Darwin", dont je vous parlais l'autre jour, et considère que la théorie de l'évolution ne peut pas rendre compte de la diversité de la vie sur Terre, et nécessite l'intervention d'un Concepteur Intelligent, c'est-à-dire Dieu pour les intimes.

Je cite Steven Novella:

"If you change the brain, you change the mind. If you damage the brain, you damage the mind. If you turn off the brain, you turn off the mind," he says. "And now with more sophisticated tools, when we're looking at brain function with functional MRI, for example, we can see that brain activity precedes mental activities — and that makes sense, because causes come before their effects."

Traduction:
"Si vous changez le cerveau, vous changez la conscience. Si vous endommagez le cerveau, vous endommagez la conscience. Si vous éteigniez le cerveau, vous éteignez la conscience", dit-il. "Et maintenant avec des outils plus sophistiqués: quand nous regardons l'activité cérébrale via l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, par exemple, nous pouvons voir que l'activité cérébrale précède les activités mentales - et cela à du sens, car les causes viennent avant leurs effets."
Et maintenant Michael Egnor:
"I'm a neurosurgeon. I realize how closely the mind and the brain are related," Egnor says. "But the question is, is there something else, in addition to the material properties of the brain, that we need to invoke to have an adequate explanation for the mind? And I think there is."
Traduction:
"Je suis un neurochirurgien. Je réalise à quel point le cerveau et la conscience sont connectés", dit Egnor. "Mais la question est s'il existe quelque chose d'autre, en plus des propriétés matérielles du cerveau, que nous avons besoin d'invoquer afin d'avoir une explication adéquate pour la conscience? Je pense que c'est le cas.

vendredi 20 février 2009

"James Randi Speaks": La sourcellerie et l'effet idéomoteur

Nouvel épisode de "James Randi Speaks" (en anglais, environ 7 minutes), consacré cette-fois à la radiesthésie et à l'effet idéomoteur:

mercredi 18 février 2009

Le podcast "Reasonable Doubts - Your skeptical guide to religion"

Je mentionne régulièrement sur ce blog le podcast "The Skeptics' Guide to the Universe" (SGU), qui est un must pour tous les sceptiques anglophones. Le seul défaut - et ce n'en est pas vraiment un - est que Steven Novella et son équipe ont décidé de ne pas aborder les questions religieuses, ou plutôt uniquement si celles-ci ont un rapport direct avec un sujet scientifique. En effet, le SGU a pour objet de critiquer les pseudo-sciences, les sciences pathologiques, la voodoo science, les patasciences, la mauvaise science et la pure et simple foutaise - et non de parler de religions. Rebecca "The Skepchick" Watson est d'ailleurs la seule du groupe à se déclarer ouvertement athée, les autres Rogues préférant se désigner comme agnostiques. Tout ça pour dire que même si le SGU est clairement un des meilleurs podcasts sur la toile, ce n'est pas là que vous allez trouver de quoi nourrir votre réflexion concernant la religion!

Je voudrais donc profiter de l'occasion pour vous conseiller le podcast: "Reasonable Doubts - Your skeptical guide to religion". Il me semble être le complément parfait du SGU! Les trois hôtes de ce programme - ou "doubtcasters" - sont Jeremy Beahan, Luke Galen (professeur de psychologie de la religion à Grand Valley State University) et David Fletcher.


En ce qui me concerne, je suis un fan de cette émission hebdomadaire, que je trouve excellente à tout point de vue: à écouter si réfléchir sur le phénomène religieux depuis une perspective humaniste vous intéresse.

mardi 17 février 2009

A propos du "Programme D'entraînement Cérébral du Dr. Kawashima"...

Une étude récente réalisée par Sonia Lorant-Royer & co. a testé l'efficacité du jeu vidéo "Programme D'entraînement Cérébral du Dr. Kawashima" (DS Lite). Les résultats démontrent... que ce programme n'est pas plus efficace que d'autres jeux contrôles!

J'ai toujours été sceptique de ce type de produits, mais je pense néanmoins qu'il est honteux d'éditer ce genre de programmes sans aucune recherche scientifique, mais de tout de même prétendre qu'ils permettent d'"entraîner" le cerveau. Il s'agit de publicité mensongère: ni plus, ni moins. Par contraste, dans l'épisode #54 du "Brain Science Podcast", Ginger Campbell interviewe le Dr. Michael Merzenich, un neuroscientifique qui travaille lui dans le développement rigoureux de ce type de produits.

La référence de cette recherche est: Lorant-Royer (Sonia), Spiess (Veronika), Goncalves (Julien), Lieury (Alain).— Programmes d’entraînement cérébral et performances cognitives : efficacité, motivation… ou « marketing » ? De la Gym-Cerveau au programme du Dr Kawashima, Bulletin de psychologie, Tome 61 (6), N°498, 2008, p. 531-549.

Voici le résumé (disponible ici):

Que le cerveau soit stimulé pour se développer ne fait aucun doute. Mais par quelles méthodes ? Deux expériences sont présentées pour tester deux méthodes, dont l’une eut une certaine audience dans les années 1990, la « Gym cerveau », et l’autre est actuellement l’objet d’une intense campagne médiatique (avec l’actrice Nicole Kidman), « l’Entraînement cérébral » du Dr Kawashima sur Nintendo DS. L’expérience 1 compare, chez des élèves de 6e et de 5e, un entraînement aux exercices de la « Gym cerveau » pendant cinq semaines, à une condition ludique (jeux type « Mickey jeux ») et à une condition Devoirs. Aucun effet n’est observé entre un pré-test et un post-test, portant sur des épreuves de type scolaire. L’expérience 2 compare, cette fois, quatre groupes d’élèves de CM1 : deux bénéficiant d’un entraînement, pendant sept semaines, à un jeu vidéo, « l’Entraînement cérébral » de Kawashima ou la « Cérébrale académie », un troisième groupe s’entraîne à des jeux papier-crayon et un quatrième est un groupe contrôle. Un pré-test et un post-test sont utilisés avec trois épreuves de type scolaire, trois tests cognitifs issus du WISC-IV et des questionnaires de motivation. Aucune progression n’est statistiquement significative pour les épreuves scolaires. Pour les tests cognitifs, les jeux vidéo permettent une légère progression de 20% pour la mémoire des chiffres et les symboles, mais ne font pas mieux que les jeux papier-crayon ou le groupe contrôle. On n’observe pas d’augmentation de la motivation intrinsèque mais une baisse du score d’autodétermination pour « l’Entraînement cérébral ». En conclusion, « l’Entraînement cérébral » n’a que deux effets modestes (20%) sur les six tests, comparables à d’autres jeux (ou le groupe contrôle) et doit être considéré comme une simple distraction.

lundi 16 février 2009

1000ième Steve!

Hier, le 15 février 2009, le Projet Steve a atteint le nombre symbolique de 1000! Le "Projet Steve" est une réponse à la liste "A Scientific Dissent from Darwinism", regroupant des scientifiques rejetant la théorie de l'évolution au profit du Dessein Intelligent (organisée par le Discovery Institute), ainsi que la liste du site "Answer in Genesis" regroupant des scientifiques créationnistes, c'est-à-dire qui considèrent que le récit biblique de la Genèse est scientifiquement correct.

L'idée derrière le "Projet Steve" (organisé par le National Center for Science Education) est d'avoir plus de scientifiques nommés Steve sur la liste qui supporte la théorie de l'évolution, que de scientifiques - tout nom confondu - sur la liste "Dissent from Darwinism", afin de démontrer que le consensus scientifique est de manière tout à fait univoque en faveur de la théorie de l'évolution.

Le "Projet Steve" dépasse depuis un bon moment déjà la liste du Discovery Institute. Le 1000ième Steve est le Dr. Steve Darwin (même s'il n'est pas de sa famille, c'est bien entendu un clin d'oeil pour célébrer l'anniversaire de Charles Darwin), professeur de biologie évolutionniste à l'Université Tulane, à la Nouvelle-Orléans.

dimanche 15 février 2009

"James Randi Speaks": "On ne peut pas me tromper!"

La "James Randi Educational Foundation" (JREF) nous propose aujourd'hui un nouvel épisode de "James Randi Speaks" (en anglais, environ 10 minutes), à propos des scientifiques qui pensent qu'"on ne peut pas les tromper" (d'où le titre de cet épisode). Il y aborde de nombreux sujets: Gary Schwartz, Colin Ross, Jacques Benveniste, le "The Princeton Engineering Anomalies Research" (PEAR), les "Ghosts Hunters", Joseph Banks Rhine...



Un mot à propos de Colin Ross: il prétendait que, grâce à des lunettes spéciales, il pouvait contrôler un rayon d'énergie qui sortait de ses yeux! Je cite l'article "Colin Ross Has An Eyebeam of Energy He'd Like You to Hear":
Everyone agrees that light passes into the eyes, but Ross told Unfair Park today that according to modern Western science, “It’s not a matter of debate among scientists -- to shoot a beam of energy beam out of your eyes is seen as absolutely impossible.”

Or is it? Because after the jump, Ross invited Unfair Park to his office to witness his magic eyebeams. And we brought our video camera.

Ross's basic claim is that with the aid of special goggles he’s assembled using a blue Aqua Sphere swim mask, electrical wiring and, naturally, scraps of tin foil, he can harness the energy from his eyes and use the energy to play a tone on a computer.
Traduction:
Tout le monde est d'accord que la lumière passe à travers les yeux, mais Ross a dit aujourd'hui à "Unfair Park" (ndt: le nom du blog où se trouve cet article) que, selon la science occidentale moderne, "il n'y a absolument aucun débat parmi les scientifiques - tirer un rayon d'énergie avec vos yeux est considéré comme totalement impossible".

Est-ce vraiment le cas? Après avoir affirmé cela, Ross a invité "Unfair Park" dans son bureau pour observer le magique rayon oculaire. Et nous avons amené une caméra.

Ross prétend qu'avec l'aide de lunettes spéciales, qu'il a assemblé en utilisant un masque de plongée bleu "Aqua Sphere", des fils électriques et, naturellement, des feuilles d'aluminium, il peut contrôler l'énergie de ses yeux et utiliser cette énergie pour activer un son sur un ordinateur.
En 2008, Colin Ross a posé sa candidature pour le "Million Dollar Challenge". Après examen de son dispositif par l'équipe de la "James Randi Educational Foundation", il s'est avéré qu'il s'agissait en fait du mouvement de ses propres globes oculaires - lorsqu'il clignait des yeux - qui activait le détecteur placé dans son dispositif, et non pas un rayon sortant de ses yeux!

Suite à cette démystification, Colin Ross a retiré son application pour le "Million Dollar Challenge", prétextant qu'il allait améliorer son dispositif afin de - hum, hum - contrôler cet artéfact...

Note: pour plus d'informations sur ce sujet, voir l'épisode #161 (août 2008) du podcast "The Skeptics' Guide to the Universe".

vendredi 13 février 2009

L'Effet Lecteurs selon Dean Radin & co.

Vous vous souvenez de l'étude de Dean Radin & co. sur les "Intentional Chocolates™"? Cette étude est supposée prouver que de bonnes intentions peuvent être transférées à du chocolat, ce qui aurait ensuite un effet significatif sur l'humeur du sujet qui les mangerait.

J'aimerais me pencher sur une citation de cet article, qui démontre bien pourquoi - si certaines des spéculations de la parapsychologie étaient correctes - il serait tout simplement impossible de faire science!

La référence de l'article est: Dean Radin , Gail Hayssen, James Walsh, "Effects of Intentionally Enhanced Chocolate on Mood", Explore: The Journal of Science and Healing, September 2007 (Vol. 3, Issue 5, Pages 485-492). Je cite:
Future efforts to replicate this finding should seriously consider sources of intentional enhancement and contamination that might influence the postulated effect. On the enhancement side, we recommend that the intentional imprints be provided by highly experienced meditators or other practitioners who specialize in tasks requiring intense, prolonged concentration. In addition, both the participants and investigators should approach this experiment critically— but genuinely open—to the hypothesis. Although it is necessary to maintain a skeptical stance in science, persons holding explicitly negative expectations should not be allowed to participate for the same reason that dirty test tubes are not allowed in biology experiments; if one is testing the role of intention, then vigilance is required about the intention of all individuals involved in the test. This would extend to people who are aware of the experiment but are not otherwise involved; it may even extend to people who learn about the experiment in the future after the study is completed. Given theoretical support and experimental evidence for retrocausal effects, replication of intentional phenomena may be inherently limited because once conducted and published, an experiment might be influenced by a potentially infinite number of future intentions (this divergence problem is only a serious problem if intentions of all observers have the same impact, eg, see Houtkooper). Analogous to taking a flash photograph of an object in a hall of mirrors, in this realm it may not be possible to completely eliminate all sources of contamination.
Traduction:
Les futurs efforts pour répéter ce résultat devront sérieusement envisager les sources d'améliorations et de contaminations intentionnelles qui pourraient influencer l'effet postulé. De plus, à la fois les participants et les scientifiques devront aborder l'hypothèse de cette expérience de manière critique - mais aussi en ayant l'esprit authentiquement ouvert. Bien qu'il soit nécessaire de maintenir une posture sceptique en science, les personnes qui adoptent des attentes explicitement négatives ne devraient pas être autorisés à participer pour la même raison que des tubes à essais sales ne doivent pas être autorisés dans une expérience de biologie; si une personne teste le rôle de l'intention, alors de la vigilance est nécessaire à propos des intentions de tous les individus impliqués dans le test. Cela doit s'étendre aux personnes qui sont au courant de l'expérience même si elles ne sont pas directement impliquées; cela pourrait même devoir s'étendre aux personnes qui vont entendre parler de l'expérience après que celle-ci soit terminée. Étant donné le support théorique et les preuves expérimentales pour les effets rétroactifs, la répétabilité des phénomènes intentionnels pourraient être intrinsèquement limitée parce qu'une fois réalisée et publiée, une expérience peut être influencée par un nombre infini d'intentions futures (ce problème de divergence n'est un problème sérieux que si les intentions de tous les observateurs ont le même impact, voir Houtkooper). De la même manière que prendre une photographie avec flash d'un objet dans un corridor de miroirs, dans ce domaine il n'est peut-être pas possible de retirer toutes les sources de contaminations.
L'exigence de reproductibilité est une part extrêmement importante dans la méthode scientifique, particulièrement pour établir la réalité d'un phénomène dont la plausibilité antérieure est extrêmement faible - comme c'est clairement le cas ici. Pour que les résultats d'une expérience de ce type soient recevables, il faut que ceux-ci puissent être répétés par tous les scientifiques qui le désireraient, tenants comme sceptiques. Si cette exigence n'est pas rencontrée, des doutes surgissent forcément sur la légitimité des résultats de la recherche en question.

Les parapsychologues ont toujours cherché à s'exonérer de l'exigence de reproductibilité. C'est un problème récurrent dans cette science pathologique. Dean Radin & co. ne font pas exceptions, et vont même ici plus loin puisqu'ils suggèrent qu'il faut carrément interdire à un sceptique de participer à ce type d'expériences! Or, avoir un sceptique dans une équipe est toujours une excellente chose, afin d'améliorer la rigueur des contrôles des protocoles ou encore pour s'assurer qu'il n'y a pas de fraude. Sans compter qu'il est difficile de réaliser des études en double aveugle si tous les scientifiques impliqués doivent nécessairement avoir une intention positive vis-à-vis des résultats de l'expérience.

Mais Dean Radin & co. ne s'arrêtent pas en si bon chemin, et vont encore plus loin: non seulement il ne faut pas avoir de sceptiques dans l'équipe, mais il ne faut pas qu'un sceptique soit au courant de l'expérience pendant qu'elle est réalisée. Wow! Cela me fait penser à James Randi qui mentionne régulièrement dans des interviews le fait qu'il est prêt à ne pas être au courant de quand un candidat au "Million Dollar Challenge" est testé, de manière à ce que celui-ci, après l'échec, ne puisse pas utiliser l'excuse de ces "mauvaises vibrations" pour justifier son résultat... Bien entendu, James Randi ne croit pas un seul instant dans l'existence de ce genre de phénomènes, et veut uniquement limiter les possibilités de rationalisations a posteriori des échecs des personnes testées par la James Randi Educational Foundation.

Mais attention, ça ne finit pas là: il faut même pour Dean Radin & co. envisager l'effet que les futurs lecteurs sceptiques d'une étude pourront avoir sur ces résultats - ce que je surnomme un Effet Lecteurs! Leurs intentions pourraient en effet selon eux remonter dans le temps et altérer le phénomène qui est en train de se produire.

J'avoue que depuis que les résultats de la recherche sur les "Intentional Chocolate™" ont été publiés en 2007, je fais tout mon possible pour envoyer dans le passé des mauvaises intentions sur ces chocolats, afin d'altérer le passé et faire que cette étude n'ait jamais obtenu de résultats statistiquement significatifs. Je suis certain que je ne suis pas le seul sceptique dans le cas. J'attends donc avec impatience le moment où la réalité va être altérée (reformatée, comme dans "Matrix"?) et où - enfin! - les résultats de de cette recherche vont devenir négatifs!

Non seulement il est absolument essentiel de maintenir l'exigence de répétabilité afin que la science reste la science (et je ne parle même pas de l'importance d'avoir des sceptiques impliqués dans les recherches sur le paranormal), mais si réellement les intentions des personnes au courant d'une recherche en train de se réaliser ou lisant les résultats d'une recherche dans une publication scientifique pouvaient influencer ceux-ci, ce serait tout simplement la fin de la méthode scientifique! Il faudrait vraiment que Dean Radin & co. m'expliquent comment - si leurs spéculations étaient correctes - il serait selon eux encore possible de faire de la science.

Pour ne prendre qu'un exemple, comment tester l'efficacité d'un médicament - mettons un antidépresseur qui par définition doit avoir un impact sur l'humeur de la personne qui le prend - si l'intention des lecteurs des résultats de la recherche peut rétroactivement influencer ceux-ci en remontant le cours du temps? Et de fait pourquoi ce qui est d'après Dean Radin & co envisageable pour des chocolats ne le serait pas pour des médicaments??? C'est le projet même d'une médecine scientifique qui est alors voué à l'échec!

Or, qu'est-ce que nous observons? Que la méthode scientifique fonctionne! Ce simple fait invalide les spéculations de ces parapsychologues sur un éventuel Effet Lecteurs. Comme le dit parfois Steven Novella dans le podcast "The Skeptics' Guide to the Universe" la science - dans son ensemble - est une méta expérience en cours, ayant pour objet de tester l'hypothèse qu'il est possible d'expliquer la réalité de manière strictement naturaliste - c'est-à-dire n'invoquant pas d'explications surnaturelles. Jusqu'à présent, cette expérience est un immense succès, comme le prouve le fait que l'humanité a posé le pied sur la Lune et tous les autres accomplissements de la science moderne.

Le fait est que les intentions des lecteurs sceptiques de la recherche "Intentional Chocolate™" n'ont pas remonté le temps et altéré ces résultats - comme ces auteurs spéculent pourtant que cela pourrait être le cas! Je répète leur citation:
Cela doit s'étendre aux personnes qui sont au courant de l'expérience même si elles ne sont pas directement impliquées; cela pourrait même devoir s'étendre aux personnes qui vont entendre parler de l'expérience après que celle-ci soit terminée.
Les résultats significatifs de leur étude invalident de facto leurs spéculations! De même, le fait que la méthode scientifique a fonctionné jusqu'à présent prouve qu'il n'y a pas d'Effet Lecteurs, quoi qu'en pensent ces parapsychologues.

Il est cependant clair que tous les échecs de réplications ultérieurs de ce protocole seront écartés du revers de la main par Dean Radin & co. comme étant dû au fait que quelqu'un, quelque part, aura émis de mauvaises intentions. Les résultats significatifs prouvent l'existence du phénomène (bonnes intentions), les résultats négatifs prouvent l'existence du phénomène (mauvaises intentions): nous sommes devant un parfait exemple de la rhétorique pathologique de la parapsychologie "Pile je gagne, face tu perds"! Si on accepte de manière non critique l'argumentation épistémologique de ces parapsychologues, l'existence de ce phénomène est tout simplement irréfutable. Or, depuis Karl Popper nous savons que l'exigence de réfutabilité d'une hypothèse est - tout comme la répétabilité - indispensable si l'on veut faire de la science...

Note: pour lire un autre billet sceptique (en anglais) sur le même sujet, voir "Chocolate Masterpiece" de Jon Blumenfeld.

jeudi 12 février 2009

L'arbre de la vie selon David Attenborough

Joyeux Jour de Darwin à tous!

Pour fêter dignement les 200 ans de la naissance de Charles Darwin et les 150 ans de la publication de "L'Origine des Espèces", je vous propose une vidéo (en anglais, environ 6 minutes) du naturaliste britannique David Attenborough consacrée à l'arbre de la vie. Cette vidéo est magnifique, et je vous la conseille même si votre niveau d'anglais n'est pas excellent: cette représentation de l'arbre de la vie est juste belle a regarder. A apprécier sans aucune modération:

mardi 10 février 2009

Le livre de Job - le dessin-animé

Si vous avez manqué l'une ou l'autre leçon de l'école du dimanche, voici un résumé - irrespectueux - du livre de Job en dessin-animé (en anglais, environ 4 minutes):

lundi 9 février 2009

Est-ce que l'évolution est "juste une théorie"?

Jour de Darwin - 3.

Dans cette vidéo (en anglais, environ 10 minutes), Eugenie Scott, James L. Powell et Kevin Padian discutent du concept de "théorie". En effet, les tenants du créationnisme affirment souvent que l'évolution est "juste une théorie", sous-entendant par là qu'il ne s'agit que d'une spéculation fort incertaine.



Il existe une confusion dans le grand public entre le sens du mot "théorie" tel qu'il est utilisé dans la vie de tous les jours, et lorsqu'il est utilisé dans un contexte scientifique. Dans le langage courant, une théorie est juste une spéculation. En science, par contre, une théorie doit expliquer les faits, être corroborée encore et encore, et doit surtout soutenir le test du temps - c'est-à-dire de nombreuses tentatives de réfutations. En résumé, une théorie est la plus solide construction en science! Par exemple, la tectonique des plaques est une "théorie" scientifique.

Donc oui, l'évolution est bien une théorie, mais pas dans le sens - celui du langage quotidien - dont les créationnistes utilisent ce concept.

dimanche 8 février 2009

La fraude d'Andrew Wakefield?

Andrew Wakefield est à l'origine de l'idée qu'il existerait un lien entre le vaccin Rougeole, Oreillons, Rubéole (ROR) et l'autisme. Il publia en 1998 une recherche dans le journal médical "The Lancet", intitulé "Ileal-lymphoid-nodular hyperplasia, non-specific colitis, and pervasive developmental disorder in children", où il présenta un échantillon de 12 enfants (!!!) qui, selon lui, avaient développé l'autisme à cause du vaccin qu'ils avaient reçu. Inutile de préciser que l'échantillon était ridiculement petit...

La nouvelle qui vient d'exploser dans la blogosphère scientifique concerne les résultats d'une enquête du journal "The Times", qui semble démontrer que Andrew Wakefield aurait falsifié les données de son étude: "Hidden records show MMR truth - A Sunday Times investigation has found that altered data was behind the decade-long scare over vaccination"!

Est-ce que cela va faire changer d'avis les tenants du mouvement antivaccinations? Malheureusement, c'est fort peu probable...

Quelques autres billets (en anglais) sur le même sujet:

- Science-Based Medecine: "Antivaccine hero Andrew Wakefield: Scientific fraud?"
- Pharyngula: "Anti-vax study a case of scientific fraud?"
- Bad Astronomy: "Did the founder of the antivax movement fake autism-vaccine link?"

samedi 7 février 2009

IPN et GEIPAN: « Je t’aime, moi non plus »

Lorsque le GEIPAN a annoncé que pour l’aider dans sa tâche, il mettait en place une collaboration avec certains enquêteurs privés jouant le rôle de correspondants locaux lorsque des observations étaient rapportées dans leur région, il ne s’attendait certainement pas aux suites psycho-dramatico-comiques qui font les beaux jours d’un certain monde "ufologico-pro-conspiration" en mal de casuistique actuelle.

C’est au printemps 2008 que l’annonce faite aux ufologues est officialisée sur le site du GEIPAN. Parallèlement, Monsieur Patenet se déplace sur tout le territoire et rencontre à l’occasion de repas dits "ufologiques" ou de conférences, des personnes emballées par la proposition.

Certaines d’entre elles ont leurs propres sites internet et on voit alors fleurir des logos du CNES plus encore que sur le site du CNES lui-même, ou des phrases mémorables du style « témoigner en gendarmerie est un acte civique ».

Le monde de l’ufologie est en émoi, oubliant ou ignorant qu’une telle initiative avait déjà existé par le passé, qui s’était soldée par un échec, ou plutôt une mort douce du système mis en place.

Si cette nouvelle mouture d’une association des ufologues privés à la collecte d’informations pour le GEIPAN est louable, une méconnaissance du tissu de l’ufologie privée est patente.

La procédure édictée par le GEIPAN pour l’acceptation des IPN me laisse pour le moins stupéfaite : « aucune sélection n’a été faite dans le choix des IPN et tous les volontaires ont été acceptés ».

Jacques Patenet concentre alors sur lui les espoirs d'ufologues persuadés de l’immixtion d’extraterrestres dans notre espace terrien. Cet espoir devait être forcément déçu à un moment où à un autre, par l’attitude de réserve que se devait d’avoir le responsable du GEIPAN.

Bien que celui-ci ne soit pas hostile à l’hypothèse HET (l’émission "Science X" du 08.11.08 en est un exemple flagrant), les forums dédiés au phénomène ovni commencent à s’emplir de messages d’internautes où les capacités et la volonté de transparence du GEIPAN sont mises en doute.

En revanche, d’autres, depuis longtemps fermement ancrés dans les hypothèses exotiques et prêts à tout accepter comme preuves de l’HET, se mettent soudainement à expliquer des cas de façon prosaïque…

Le choix fait par le GEIPAN de ne pas effectuer de sélection au niveau des IPN y serait-il pour quelque chose dans ce dernier cas de figure ?

Je pense vraiment qu’il aurait mieux valu que les postulants IPN amènent au GEIPAN des éléments de leurs études et que celles-ci soient étudiées avant d’accepter du tout venant.

La petite histoire des drames nous est offerte par le site des repas ufologiques titrant son premier article sur le sujet par : Ovnis, IPN, Repas Ufologiques, Geipan (etc.) : un cocktail explosif ! puis son deuxième article par : LE CNES - GEIPAN A ENCORE FRAPPE ! et enfin à ce jour, le troisième par : LES UFOLOGUES S’INQUIETENT : ON VEUT LES EMPÊCHER DE PARLER !

Voilà donc des personnes qui communiquent en toute liberté sur le net qu’on empêche de parler !

Mais le plus ridicule est dans le contenu de ces articles et dans celui d’un mystérieux collectif, Ufo France, qui vient de produire un monument du genre !

En bref, actuellement, trois ufologues se sont vus évincés du réseau d’IPN pour manquement aux règles édictées par le GEIPAN.

Pour Monsieur Perronnet, c’est très clair puisqu’il a lui-même publié le courriel qu’il a reçu de Monsieur Patenet et expliquant les raisons de son exclusion. Toutes les excuses que ce dernier fournit maintenant ne peuvent rien contre le fait qu’il a lié son statut d’IPN à ses recherches propres : pour preuve, l’article de presse mentionne de façon claire et nette ce statut, et cela le journaliste ne pouvait le deviner.

Un deuxième ufologue n’a pas donné le contenu du courriel de Monsieur Patenet et les informations demeurent fragmentaires et unilatérales, ce qui semble démontrer que la raison est avérée, voire encore plus parlante ! Face à son refus de communiquer les termes employés par Monsieur Patenet pour justifier de son éviction, je suis en droit de le supputer.

Il est à noter que tous les IPN semblent avoir reçu ce courrier mais qu’aucun à ce jour n’en a donné la teneur. Ce qui est rassurant pour le GEIPAN.

Le troisième ufologue évincé n’a pas communiqué sur ce sujet.

A la lecture de la défense des sinistrés du GEIPAN, cela m’a rappelé la légende urbaine de la plaignante qui avait fait mourir son chat dans le micro-ondes et qui avait porté plainte contre le fabricant parce qu’il n’était pas écrit dans la notice d’utilisation qu’il ne fallait pas faire sécher les chats dans cet appareil...

En effet, il semblerait que ces IPN n’aient pas compris qu’ils n’étaient que des intervenants, ponctuels, volontaires, bénévoles et non des collaborateurs du CNES/GEIPAN !

Le GEIPAN avait, par exemple, bien expliqué que les IPN se prenaient en charge en ce qui concerne leurs démarches, ce qui n’a pas empêché certains ufologues de s’offusquer qu’ils aient été remerciés sans indemnités …

Sans sourciller, les sources citées ci-dessus veulent faire croire que le statut d’IPN est incompatible avec l’appartenance à une association ou incompatible avec une ou des thématiques de recherches.

Le GEIPAN a pourtant bien été clair à ce sujet: il n’y a pas d’incompatibilité à partir du moment où il n’y a pas d’amalgame avec le statut d’IPN et encore moins avec une collaboration avec le CNES/GEIPAN !

Il n’est pas possible dans un tel billet de tout récapituler mais en lisant les discussions dans les liens ci-dessous, vous pourrez avoir une bonne idée de l’égo démesuré dont certains font preuve, à défaut d’apporter des éléments à charge contre le GEIPAN qui voudrait, selon eux, museler la recherche ufologique privée.

- ufofu : "La gestion des IPN par le GEIPAN"

- Ovniprésent : "IPN ou Intervenant Ponctuel Non identifiable :)"

- Collectif UFO France : "LES UFOLOGUES S’INQUIETENT : ON VEUT LES EMPÊCHER DE PARLER !"

- Le site des "Repas Ufologiques"

- Sur le forum ufo-logic (forum de tendance sceptique) : "LES UFOLOGUES S’INQUIETENT : ON VEUT LES EMPÊCHER DE PARLER !"

- Aussi sur le forum ufo-logic : "GEIPAN & UFO-LOGIC"

Critique de "The Conscious Universe" de Dean Radin dans "Nature" (vol. 389, octobre 1997)

J'ai récemment découvert sur le net (ici) une note de lecture, rédigée par I.J. Good, un statisticien britannique, à propos de l'ouvrage du parapsychologue Dean Radin "The Conscious Universe: The Scientific Truth of Psychic Phenomena", qui avait été publiée à l'époque dans le prestigieux magazine scientifique "Nature" (vol. 389, 23 octobre, 1997, p. 806). J'en avais entendu parler, via la littérature, parce que cet article était extrêmement critique.

Cet article vaut vraiment la peine d'être lu. Il a suscité une levée de boucliers de la communauté psiphile, qui a depuis longtemps mis Dean Radin sur un piédestal. Il s'est en effet donné pour tâche de changer le consensus scientifique, défavorable à l'existence du Ψ (ou Psi). Or, il publie sur ce sujet depuis maintenant plus de 20 ans: on ne peut donc pas dire que ses efforts pour convaincre ses pairs aient été couronnés de succès. Bien entendu, il préfère attribuer cela à un prétendu "tabou scientifique" concernant l'existence du Ψ qu'à la pauvreté des éléments que les parapsychologues amènent dans le discussion...

L'article contient particulièrement une discussion de l'Effet Tiroir (ou biais de publication), car Dean Radin prétend que celui-ci ne permet pas de rendre compte des résultats qu'obtiennent les parapsychologues.

Voici la traduction de l'article de I. J. Good:
Mon ami Christopher R. Evans a travaillé quelques temps avec le célèbre parapsychologue J. B. Rhine, mais est devenu un sceptique. En 1974, j'ai invité Evans à donner une conférence sur les perceptions extra-sensorielles (PES) à Blacksburg, Virginia, et j'ai été le chercher à l'aéroport de Roanoke. Il avait voyagé depuis Londres dans un Boeing 727. L'immatriculation de ma voiture était CRE 727. La probabilité que cette coïncidence se produise était environ de (1/26)^3 x 1,000 = 1/17,000,000.

J'ai vécu 3 coïncidences encore plus remarquables, une d'entre elles a changé le cours de ma vie. Mais je doute qu'aucune de ces coïncidences étaient paranormales parce qu'il y a plus de 5 millions de minutes dans une décennie. Certaines personnes doivent avoir vécu des coïncidences extraordinaires avec une probabilité d'environ 10^-14. Il est donc nécessaire d'avoir des observations contrôlées, et non pas anecdotiques.

En Grande-Bretagne, à partir de 1939 et pour à peu près 20 ans, S. G. Soal fut clairement le plus célèbre parapsychologue. Il réalisa des expériences contrôlées de divinations de cartes à la manière de Rhine. Suite à une suggestion de Whateley Carington, Soal examina ses archives, à la recherche de 'touches' (angl.: hits) une en avance et une derrière la divination du sujet pour la carte 'actuelle'. Dans une série d'expériences, la p-value (la probabilité que, par hasard, le résultat serait aussi 'extrême' que le résultat observé) était de 10^-35 pour les résultats d'une carte en avance (angl.: one-aheads), et du coup sembla prouver l'existence de la télépathie précognitive.

Mais les preuves se sont accumulées, culminant avec l'ingénieux travail de détective de Betty Marwick en 1978, qui montra que les travaux de Soal étaient selon toute probabilité une fraude. Dean Radin, auteur de "The Conscious Universe", évite de mentionner Soal.

Radin est fermement convaincu que des évènements paranormaux se produisent. Sa conviction se base principalement sur des résultats d'expériences contrôlées, mais est aussi influencée par les phénomènes "non-localisés" de la physique quantique.

La mécanique quantique a changé les spéculations métaphysiques de beaucoup de monde à propos de la conscience et des PES. Par exemple, il y a environ 50 ans, lors d'une conversation avec le proéminent physicien Leon Rosenfeld à propos des expériences subjectives, j'ai dit: "Une théorie [quantique] des champs semble naturelle afin de comprendre comment l'activité des nombreux neurones s'additionnent dans le cerveau. Peut-être que le Psi dépends du PSI (la fonction d'onde de Schrödinger)." En mettant le psi de côté, il y a des spéculations bien plus sérieuses et techniques à propos de la relation entre la conscience et les champs quantiques par Stuart Hameroff et Roger Penrose, liée aux microtubules - d'extrêmement petits éléments constitutifs du cytosquelette dans les neurones. Quelqu'un pourrait dire que les microtubules mettent au jour la glande pinéale de Descartes. Penrose ne mentionne pas, par contre, les PES dans son travail sur la conscience.

Si on les prends au pied de la lettre, certains des résultats obtenus dans des expériences contrôlées sont concluants. Mais nous devons envisager la fraude et l'Effet Tiroir (ndt: ou biais de publication). Prenons le premier de ces deux. Même de nombreux scientifiques "normaux" ont fraudé, tel que cela a été présenté par Alexander Kohn dans son "False Prophets: Fraud and Error in Science and Medicine" (Barnes and Noble 1986). A cette collection peuvent être ajoutés les parapsychologues qui mentent à leurs sujets et surnomment ce mensonge la "dissimulation expérimentale".

Les parapsychologues et les médiums sont plus motivés à frauder parce que, si leurs résultats de recherches sont inintéressants, ils ont moins d'opportunités de se reconvertir dans l'enseignement. La tricherie inconsciente - prendre ses désirs pour des réalités (ce qui est universel) -, les designs et analyses d'expériences mal conçus, et trouver ce que l'on recherche a priori sont d'autres pièges. Le statisticien M. G. Kendall a un jour décrit le phénomène de trouver ce que l'on recherche a priori comme étant "un des biais les plus dangereux en psychologie". Il faisait référence à une expérience dans laquelle l'observateur d'un générateur de nombres aléatoires avait tendance à écrire trop de nombre pairs.

L'élément potentiellement le plus important dans le livre de Radin est le chapitre sur les méta-analyses, qui est aussi mis en avant dans l'introduction - et c'est ici que la question de l'"Effet Tiroir" intervient.

Les méta-analyses sont des combinaisons de résultats de nombreuses expériences. Un problème dans les méta-analyses, et en statistique en général, est de considérer les recherches qui restent non publiées et inconnues parce que leur p-value n'a pas atteint un niveau de signification conventionnel de 0.05. Je ne sais pas qui a inventé le mot "Effet Tiroir" pour désigner ce problème. Cet effet diminue la signification statistique des travaux publiés. Radin prétend que "les parapsychologues furent parmi les premiers à être sensibilisés à ce problème" - bien qu'il ne dise pas quand - et il mentionne que "en 1975 les membres de la Parapsychological Association ont adopté une règle s'opposant à la publication sélective des rapports de résultats positifs". Le problème était déjà connu des statisticiens vers 1958.

Envisagez l'exemple typique suivant. Radin souligne qu'il y a eu dans le monde entier 186 publications sur des tests de divinations de cartes via PES de 1882 à 1939. "Le résultat combiné de cette base de données de 4 millions d'essais [prise au pied de la lettre]," dit-il, "se traduit par une probabilité gigantesque contre le hasard - plus d'un million de trillion contre 1." (un 'essai' est la divination d'une seule carte) Il veut dire que la p-value est d'à peu près 10^-21 - il n'écrit pas seulement pour la communauté scientifique. Cette p-value correspond à une augmentation au-delà du 'hasard' attendu de 9.5 sigma, où sigma est l'écart type (ndt.: ou déviation standard). Je nomme cela un 'sigmage' de 9.5.)

Mis à part la possibilité d'une fraude consciente et inconsciente, et le fait de prendre ses désirs pour des réalités dans une partie des publications, Radin prétend, sans aucune explication, que, afin d'"annuler" cette signification statistique, l'Effet Tiroir devrait contenir "plus de 3300 rapports d'échecs non publiés pour chaque rapport publié". Ce chiffre de 3300 est une grosse surestimation. Il devrait être réduit au minimum à 15 (ou même 8).

Le sigmage attendu dans le tiroir, sous l'hypothèse nulle, serait légèrement négatif mais je vais faire comme s'il était égal à zéro. Si ces résultats devaient être combinés avec les travaux publiés, l'échantillon total devrait être multiplié par 16, et donc devenir 64 millions de divinations de cartes individuelles. Etant donné l'hypothèse nulle ('hasard'), l'augmentation serait non affectée et donc le sigmage devrait être racine carrée (16 ) = 4 et devrait devenir 9.5/4 = 2.4 avec une p-value d'à peu près 1/100.

Parce que le nombre de divinations individuelles est tellement large, la p-value est en fait EN FAVEUR de l'hypothèse nulle (et pas des PES). C'est parce qu'un facteur Bayes (le facteur par lequel les probabilités d'une hypothèse est multiplié à la lumière des observations), correspondant à la p-valeur, est grossièrement proportionnel à 1/ racine carré (N) dans l'échantillon. Du coup la méthode de Radin pour évaluer l'Effet Tiroir, quelle que soit la méthode, doit être erronée. Cette conclusion sape de manière significative la méta-analyse de Radin, qui est centrale pour sa défense des PES.

Cependant, le livre de Radin est bien écrit et apporte un bon résumé des arguments en faveur de l'existence des PES, avec à peu près 600 références. Il est moins bon sur les contre-arguments. Les lecteurs devraient aussi consulter: "ESP and Parapsychology: A Critical Evaluation" by C. E. M. Hansel (Buffalo 1980) dans lequel une grande partie des travaux frauduleux est exposée. Radin cite Hansel disant que trois p-value, chacune de 0.01, sont équivalentes à 1 de 10^-6, et que lui (Radin) trouverait cela convaincant. Mais le produit de plusieurs p-value indépendantes n'est pas une p-value. Le produit doit être transformé par une méthode développée par R. A. Fisher. Aussi bien Hansel que Radin ont négligé cela. Dans l'exemple que je viens de donner, la composition de la p-value est de 1/9000 et non pas de 1/1.000.000.

Je ne suis pas un sceptique par définition. Il y a un type de preuve qui me convaincrait si elle était fournie: la divination, par des médiums, des parités (pairs ou impairs) des futurs scores de cricket, qui pourraient être publiés sur Internet. Les scores et parités réelles pourraient être publiées (plus tard) en grand caractère pour aider les prémonitions des médiums et aider à leur évaluation. Cette procédure permettrait aussi d'écarter la possibilité d'une fraude indétectable.

Les parents victimes d'une idéologie

Samia Hurst, sur le blog "Bio-éthique", nous propose un billet consacré à l'antivaccination: "Rougeole: Une épidémie d'ignorance".

vendredi 6 février 2009

Evolution et rochers

Jour de Darwin - 6.

Dans cette vidéo YouTube (en anglais, environ 2 minutes), Michael Shermer discute de l'importance du facteur "temps" dans le cadre de la théorie de l'évolution. Via l'érosion des rochers, il illustre le fait que de longues périodes de temps permettent de créer des artefacts naturels remarquables. Il en va de même pour les êtres vivants...

jeudi 5 février 2009

Manuel d'instruction pour la vie

"Instruction Manual for Life" est un dessin-animé en anglais (environ 8 minutes) à propos, comme son nom l'indique, de la diversité des manuels d'instruction pour la vie...


I was taught to live my life through a book: I learned to put books in their proper place.
Traduction:
On m'avait enseigné à vivre ma vie à travers un livre: j'ai appris à mettre les livres à leur place adéquate.

Désintoxiquer le 11 septembre 2001

Rue89 nous propose "Désintox: 11 septembre", un nouveau site consacré à démystifier les théories de la conspiration entourant les attentats du 11 septembre 2001.

ps: merci à Rudy, auteur du blog "Conspiracy Watch", pour avoir signalé sur son blog ce nouveau site web.

mardi 3 février 2009

Une fillette de 12 ans meurt de la rougeole en Haute-Savoie (France)

Une fillette de 12 ans, que ses parents avaient refusé de faire vacciner, est morte le 29 janvier de la rougeole en Haute-Savoie, en France. Dans cet article, "Rougeole : pour la santé de tous, vaccinez vos enfants", on peut lire:

Chaque flambée qui se déclare en Europe, affecte généralement des populations marquées par des comportements anti-vaccinaux. La vaccination n’étant pas obligatoire mais seulement conseillée, certains parents s’affranchissent de ce geste élémentaire de santé publique. En France, le taux de couverture par la seconde vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole affiche ainsi un timide 72% ! C’est très loin des 95% recommandés par l’OMS pour éradiquer ces trois maladies.

Cet évènement démontre que le mouvement antivaccination n'est malheureusement pas qu'un problème américain...

TAM Londres 2009

J'interromps ce programme pour une importante nouvelle (en tout cas pour les Européens): la James Randi Educational Foundation vient d'annoncer qu'il y aurait en 2009 un "The Amaz!ng Meeting" (TAM) à Londres le 3 et 4 octobre:
The second news is big, too: the TAMs have become so popular that we're going international! On October 3-4 of 2009 we will be hosting TAM London, featuring a UK-centred list of brilliant speakers. We're still working on the line-up, and we already have some pretty big names committed... but we're not going to tell you who just yet. Patience! But mark the date: you won't regret it.

Joyeux Setsubun 2009!

C'est setsubun aujourd'hui au Japon. Wikipédia nous explique:
De nos jours, la tradition la plus connue de setsubun, est le mame-maki (豆撒き). Il s'agit de lancer (撒く, maku : semer) des graines de haricots (豆, mame) par la fenêtre des maisons en criant alternativement Oni wa soto ! Fuku wa uchi ! (鬼は外 ! 福は内 !), ce qui signifie « Dehors les démons ! Dedans le bonheur ! ». Il s'agit donc de faire fuir les forces néfastes incarnées par les oni (démons) qui cherchent à envahir le foyer à chaque nouvelle année et d'attirer la bonne fortune dans la maison.
Japanesepod101.com (le meilleur site en anglais pour apprendre le japonais en ligne) nous propose une vidéo humoristique (en anglais, environ une minute) sur ce sujet:

lundi 2 février 2009

Pourquoi les gens se moquent des créationnistes?

Jour de Darwin - 10.

Thunderf00t nous propose sur YouTube une série de vidéos en anglais (28 actuellement!) intitulée "Why do people laugh at creationists?" (traduction: "Pourquoi les gens se moquent des créationnistes?"). Il s'agit d'une critique du créationnisme de type "Jeune-Terre", qui considère que la Terre n'a que 6000 ans. Il répond aux arguments créationnistes en commentant des extraits de leurs vidéos, en pointant toutes les erreurs scientifiques qui s'y trouvent. Si ce sujet vous intéresse, cette série est excellente: n'hésitez pas à vous abonner à la chaîne de Thunderf00t (ici), et de voter pour ces vidéos afin de contrer les offensives créationnistes qui tentent de les couler en votant massivement une étoile.


dimanche 1 février 2009

La photo du mois (février 2009)

"Parce que certains d'entre nous ont des choses bien plus intéressantes à faire"

Source: friendlyatheist.com.