samedi 31 janvier 2009

Little Blob Story


La cryptozoologie, autrement dit la discipline qui étudie toute trace ou mention d'animaux ne pouvant se rattacher à une espèce (re)connue officiellement par la zoologie, est généralement classée parmi les pseudosciences. De fait, nombre de cryptozoologues, fans de Nessie (le monstre du Loch Ness) ou du Bigfoot (une créature humanoïde et velue de très grande taille hantant prétendument les forêts d’Amérique du Nord), méritent amplement d’être qualifiés de pseudoscientifiques, mais il en est aussi quelques-uns dont la démarche se rapproche plus de celle de véritables scientifiques. Le Français Michel Raynal est de ceux-là, comme nous le verrons plus loin à travers un exemple significatif.

Si le terme de "pseudoscience" (= discipline qui ne respecte pas les canons de la méthode scientifique mais qui cherche à en donner l'illusion) va comme un gant à l’ufologie - les ufologues dans leur quasi totalité ne faisant que simuler une démarche scientifique -, l’étiquette de "science pathologique" (où, très schématiquement, le chercheur part d'une théorie préconçue pour ajuster ses résultats expérimentaux afin de confirmer celle-ci, et recours à des hypothèses ad hoc pour contrer les diverses objections, avec pour résultat final une forme d’auto-duperie) me semble plus adaptée pour des disciplines comme la parapsychologie ou l’homéopathie. De même, j’utiliserais plutôt pour décrire la cryptozoologie l’expression de "science romantique", au sens où les cryptozoologues cherchent en fin de compte à prolonger à notre époque un rêve, celui de l’ère enivrante des grandes découvertes zoologiques des siècles passés, dans un monde encore alors parsemé de "terres inconnues". Partant du principe que les récits populaires ont toujours un fondement factuel, les cryptozoologues les soumettent à toute une série de rationalisations pour le moins discutables qui les amènent finalement à postuler l’existence actuelle de poulpes colossaux aux Bahamas ou d’hominidés sauvages et velus au Pakistan…

Les cryptozoologues, dans leur quête d'animaux encore non répertoriés par les zoologues, se fondent également sur des "preuves testimoniales (témoignages oculaires), circonstancielles (films, photos, enregistrements de cris), ou même autoscopiques (que chacun peut voir : empreinte de pied, poils, plumes, etc.) mais considérées comme insuffisantes par la communauté scientifique des zoologues" (extrait de l’article "Cryptozoologie" de Wikipédia).

J’aimerais évoquer aujourd’hui une catégorie particulière de ces "preuves autoscopiques", à savoir les blobs ou globsters (les deux termes se retrouvent dans la littérature). On qualifie de blob toute masse organique, de taille conséquente (au moins quelques centaines de kilogrammes), non identifiée et retrouvée échouée sur le rivage d’une mer ou, éventuellement, les berges d’un lac, d’une rivière…

Quantités de ces blobs ont été recensés par les cryptozoologues aux quatre coins du monde. Parmi les plus fameux, citons la "Stronsay Beast" (1808), le "St. Augustine Monster" (1896), le "Tasmanian Globster" (1960), la "Japanese Carcass Catch" (1977) ou, plus récemment, le "Chilean Blob" (2003).

Ces masses de tissus organiques plus ou moins informes pouvant peser plusieurs tonnes ont suggéré à d’aucuns, selon les cas, des moignons d’énormes tentacules, des fragments d’organes surdimensionnés, des vestiges d’yeux géants,… Certaines de ces carcasses semblaient essentiellement composées d’une substance d’une fermeté et d’une dureté extrêmes... Tout donc pour enflammer les imaginations et favoriser les controverses interminables entre les tenants d’hypothèses extraordinaires (poulpes de 50 ou 60 mètres de long, spécimens reliques de Carcharodon megalodon ou d’une espèce de plésiosaure échappée du Mésozoïque…) et les sceptiques… jusqu’à l’apparition d’un juge de paix nommé analyse ADN.

Les blobs découverts ces dernières années, de même que quelques échantillons de cas plus anciens, ont pu en effet être soumis à des tests ADN, qui n’ont faits que confirmer à chaque fois les interprétations sceptiques. Globalement, deux sources principales sont donc à l’origine de ces blobs : d’une part, des représentants de l’ordre des cétacés, en particulier le cachalot (Physeter catodon), et, d’autre part, les plus grandes espèces de requins, surtout le requin pèlerin (Cetorhinus maximus), le deuxième plus gros poisson vivant après le requin baleine (Rhincodon typus).

Il s’est ainsi avéré que le "Bermuda Blob 2" (1995), le "Nantucket Blob" (1996) ou le "Bermuda Blob 3" (1997) étaient constitués de tissus adipeux provenant d’une baleine (le squelette ayant été emporté quand le corps se putréfiait). Le "Newfoundland Blob" (2001) et le "Chilean Blob" (2003) étaient les restes méconnaissables du réservoir à spermaceti que l'on trouve dans la tête du cachalot. Sa richesse en collagène explique la cohésion et l’étonnante résistance aux contraintes mécaniques et aux enzymes de la putréfaction de certains blobs, dont le plus célèbre de tous : le monstre de Saint-Augustine (Floride, USA) déjà cité. Remarquons que le professeur Addison Emery Verrill, après avoir cru initialement aux informations allant dans le sens d’un céphalopode géant qui lui étaient parvenues, avait correctement identifié l’origine de cette carcasse dès réception des échantillons envoyés par le Dr. Webb… soit en février 1897.

Le cryptozoologue Michel Raynal, après avoir passionnément défendu l’hypothèse d’un poulpe colossal (le dossier qui lui a consacré sur son site témoigne de son investissement sur le sujet), a finalement fait amende honorable :

Ce qui est frappant quand on regarde les photographies de cette épave (figure 27), que l'on surnomma "le blob du Chili", c'est son extraordinaire ressemblance avec le "monstre de Floride" de 1896 : même masse très difficile à découper au scalpel, même forme hémisphérique, même teinte rosâtre, mêmes appendices ressemblant vaguement à des bras de céphalopodes...

Or, dans un premier temps, deux chercheurs du Museo Nacional de Historia Natural de Santiago du Chili, Sergio Letelier et José Yanez, affirmèrent avoir noté sur le blob du Chili, la présence de papilles dermiques typiques des cétacés. La couleur rougeâtre des tissus internes de l'épave serait quant à elle liée à la présence de fibres musculaires riches en myoglobine, que l'on trouve dans les muscles rouges des vertébrés.

Et par la suite, ce fut encore Sidney K. Pierce et ses collègues qui purent extraire l'ADN de cette masse organique, qui confirma qu'il s'agissait bien des restes d'un cachalot, comme ils le publièrent dans le Biological Bulletin de juin 2004 (article disponible en téléchargement : fichier PDF de 11,8 Mo).

Il se confirme donc, près d'un siècle après l'affaire de Saint-Augustine, que dans certaines conditions, la décomposition de la tête du cachalot, et spécialement du réservoir à spermaceti, donne naissance à une masse de tissus organiques ressemblant à un poulpe géant.

Exit donc, l'Octopus giganteus...


Pas de faux-semblants ni de recherches ici de ces échappatoires auxquels nous ont habitué si souvent les tenants : M. Raynal reconnaît clairement avoir fait fausse route, cite correctement les personnes ("Sidney K. Pierce et ses collègues", avec qui il a pourtant ferraillé jusque là) qui ont permis de trancher le débat et clôt ensuite, définitivement et sans ambiguïté, le dossier de lui-même.

Le fait qu’il admette s’être trompé sur cette question, loin de nuire à sa crédibilité, la renforce à mes yeux. On ne peut exiger de personne sur ce genre de sujet de ne jamais se tromper, même si une analyse correcte des données disponibles aurait dû lui faire privilégier l'hypothèse du cachalot bien auparavant... En revanche, ne pas abandonner une hypothèse lorsqu’on vous apporte la preuve qu’elle est erronée, ou bien camoufler ses égarements passés, est certainement rédhibitoire.

...............................................................

Note : le poulpe colossal (hâtivement baptisé Octopus giganteus), envisagé il y a encore peu de temps par certains cryptozoologues pour expliquer notamment le blob de St Augustine, ne doit pas être confondu avec les calmars géants du genre Architeuthis ou les calmars colossaux du genre Mesonychoteuthis. Si aucun indice sérieux à ce jour ne soutient donc l'existence du premier, les calmars géants sont eux décrits scientifiquement depuis le XIXe siècle, à partir justement de spécimens trouvés échoués sur des plages.

vendredi 30 janvier 2009

Geert Wilders poursuivi en justice

Le parlementaire hollandais Geert Wilders est poursuivi en justice pour son film "Fitna", terme qui signifie en arabe "guerre civile".

Je ne suis pas du tout un fan des idées politiques de Geert Wilders, et je ne voterais certainement pas pour lui si j'étais hollandais. On ne peut cependant que regretter que les Pays-Bas aient décidés de rendre illégal le fait de simplement critiquer la religion musulmane. Peu importe que les propos de Geert Wilders soient peu nuancés et extrêmes, le poursuivre en justice est une atteinte à la liberté d'expression.

S'il est possible d'attaquer en justice toute personne qui ose dire qu'il existe un lien entre l'Islam et la violence, il va falloir aussi poursuivre Sam Harris, Christopher Hitchens, et beaucoup d'autres intellectuels dont je parle sur ce blog.

Il est important de défendre la liberté d'expression. Il est tout aussi important que nous discutions de la question religieuse - et ce quelle que soit la religion - sur la place publique. Ce n'est pas en forçant certaines personnes à se taire que les choses progresseront dans la bonne direction.

Cette attaque en justice me semble de toute manière extrêmement contre-productive, parce qu'elle va encourager plus de monde à regarder le film de Geert Wilders (actuellement visible sur Google video dans sa version sous-titrée en français ici). Je n'en avais moi-même pas entendu parler avant que cette nouvelle soit répercutée dans les milieux athées, et la première chose que j'ai faites est d'aller regarder le film pour me forger une opinion à son sujet...

jeudi 29 janvier 2009

Sir David Attenborough et les créationnistes

Le naturaliste britannique Sir David Attenborough a révélé lors d'une interview récente qu'il recevait des courriers insultants (angl.: hate mail) de la part des créationnistes, pour ne pas plus créditer Dieu dans ses documentaires comme étant responsable de l'existence de la nature (voir "Attenborough reveals creationist hate mail for not crediting God"). Je cite:
They tell me to burn in hell and good riddance.
Traduction:
Ils me disent d'aller brûler en Enfer, et bon débarras.
Il explique un peu plus loin:
They always mean beautiful things like hummingbirds. I always reply by saying that I think of a little child in east Africa with a worm burrowing through his eyeball. The worm cannot live in any other way, except by burrowing through eyeballs. I find that hard to reconcile with the notion of a divine and benevolent creator.
Traduction:
Ils pensent toujours à de belles choses comme les oiseaux-mouches. Je réponds toujours en disant que je pense à un petit enfant en Afrique de l'est avec un ver fouissant dans son orbite. Le ver ne peut pas vivre d'une autre façon, différente de fouir dans les orbites. Je trouve cela difficile à réconcilier avec la notion d'un créateur divin et bienveillant.
Enfin, commentant à propos de la question de l'enseignement du créationnisme dans les écoles, il rajoute:
"It's like saying that two and two equals four, but if you wish to believe it, it could also be five ... Evolution is not a theory; it is a fact, every bit as much as the historical fact that William the Conqueror landed in 1066."
Traduction:
C'est comme dire que deux et deux font quatre, mais que si vous désirez le croire cela pourrait être aussi cinq ... L'évolution n'est pas une théorie; c'est un fait, chaque part l'est autant que le fait historique que Guillaume le Conquérant a débarqué en 1066.

mardi 27 janvier 2009

Les tendances du protestantisme en France

Un sondage réalisé en 2006 par CSA / Réforme / La Croix - consultable ici - nous informe sur les différentes tendances du protestantisme en France. On y apprend qu'elles se répartissent de la manière suivante: Réformée 26%, Évangélique 21%, Luthérienne 19%, Baptiste 2%, Pentecôtiste 2%, autres 2%, aucune en particulier 16% et ne se prononce pas 12%.

Dans l'article, Le protestantisme: minorité vivante, Elodie Maurot nous explique que (je cite):
46 % des proches du protestantisme interrogés déclarent « ne jamais lire la Bible ».
Jean-Paul Willaime, dans son article "Les nouveaux protestants", analyse la croissance du protestantisme évangélique:
(...) cette enquête confirme la croissance du protestantisme évangélique bien mise en lumière par les travaux de Sébastien Fath. Si l’on compare la répartition des sensibilités chez les moins de 30 ans d’une part, et chez les 50 ans ou plus d’autre part, on a une claire vision de la reconfiguration actuelle du paysage protestant français : moins de 30 ans : 40 % d’évangéliques, 23 % de réformés et 17 % de luthériens. 50 ans ou plus : 15 % d’évangéliques, 30 % de réformés et 24 % de luthériens.

lundi 26 janvier 2009

"Aspects psychologiques de l'expérience de contact avec des extraterrestres" (Chris French & co.)

Le numéro novembre-décembre 2008 (vol. 44, n°10) de la revue "Cortex" est un numéro spécial consacré à la "Neuropsychology of Paranormal Experiences and Beliefs" (traduction: "Neuropsychologie des expériences et croyances paranormales"). Les papiers qui y furent publiés relèvent du champ de la psychologie des expériences inhabituelles. Un abstract concernant la personnalité des personnes prétendument enlevées par les extraterrestres a particulièrement attiré mon attention. Je vous en propose la lecture, et une traduction. Il s'agit d'une étude de Chris French & co.: "Psychological aspects of the alien contact experience" (traduction: "Aspects psychologiques de l'expérience de contact avec des extraterrestres"). Je cite:
Previous research has shown that people reporting contact with aliens, known as “experiencers”, appear to have a different psychological profile compared to control participants. They show higher levels of dissociativity, absorption, paranormal belief and experience, and possibly fantasy proneness. They also appear to show greater susceptibility to false memories as assessed using the Deese/Roediger–McDermott technique. The present study reports an attempt to replicate these previous findings as well as assessing tendency to hallucinate and self-reported incidence of sleep paralysis in a sample of 19 UK-based experiencers and a control sample matched on age and gender. Experiencers were found to show higher levels of dissociativity, absorption, paranormal belief, paranormal experience, self-reported psychic ability, fantasy proneness, tendency to hallucinate, and self-reported incidence of sleep paralysis. No significant differences were found between the groups in terms of susceptibility to false memories. Implications of the results are discussed and suggestions are made for future avenues of research.
Traduction:
Les recherches antérieures ont montré que les personnes rapportant des contacts avec des extraterrestres, surnommées "expérienceurs", semblent avoir un profil psychologique différent comparé à des participants contrôles. Ils montrent un haut degré de dissociativité, d'absorption, de croyance dans le paranormal et d'expériences inhabituelles, et peut-être un engagement plus important dans l'imaginaire. Ils semblent aussi montrer une plus grande susceptibilité aux faux souvenirs, évalué en utilisant la technique Deese/Roediger–McDermott. Cette étude est une tentative de répéter ces résultats précédents, ainsi que d'évaluer la tendance à halluciner et le nombre de paralysies du sommeil auto-rapportées dans un échantillon de 19 expérienceurs britanniques et un groupe contrôle équivalant en terme d'âges et sexes. Nous avons trouvé que les expérienceurs montrent un haut degré de dissociativité, d'absorption, de croyance au paranormal, d'expériences paranormales, de capacités prémonitoires auto-rapportées, d'engagement dans l'imaginaire, de tendance à halluciner, et de paralysies du sommeil auto-rapportées. Aucune différence significative entre les groupes ne fut trouvée en ce qui concerne la susceptibilité aux faux souvenirs. Les implications des résultats sont discutés et des suggestions sont faites pour de futures recherches.

dimanche 25 janvier 2009

Eugenie Scott sur le Big Foot

Eugenie Scott, la directrice du National Center for Science Education (l'asbl américaine la plus importante qui lutte contre le créationnisme, défend l'enseignement de la théorie de l'évolution dans les écoles publiques américaines et s'oppose à l'exposition de positions religieuses dans les classes de sciences), aborde aujourd'hui un tout autre sujet dans cette conférence (en anglais, environ 1 heure 25 minutes). Diplômée en anthropologie physique, elle nous y parle du Big Foot et autres Hommes Sauvages des forêts (Yéti, Sasquatch, etc.), dans une perspective résolument sceptique.

samedi 24 janvier 2009

Réponse à "Les réponses à vos questions sur les ovnis " sur Yahoo!France Actualités

Nous avons tous constaté au fil du temps la dégradation des informations publiées sur le site Yahoo!France Actualités, particulièrement le traitement crédule - et partisan - des phénomènes fortéens. Aujourd'hui nous avons droit à un article ufologique intitulé "Vous vous posez des questions sur les Ovnis?", publié par Benjaminovni à partir du site "Ovni - les meilleures preuves", et par Benzemas sur le site web "Magazine Science" (ici). A noter que la suite de l'article sur "Ovni - les meilleures preuves" n'est qu'un copier-coller d'une page du site web de l'ufologue Patrick Gross (à partir de "TECHNIQUES BASEES SUR LE DETOURNEMENT DE L'ESPRIT SCIENTIFIQUE").

Par facilité, je vais considérer que l'auteur de cet article est Benjaminovni, étant donné que c'est sous ce pseudo que l'article a été publié sur Yahoo!France Actualités. Cet article est une encyclopédie des poncifs - pour ne pas dire des idioties - que les ufologues tentent de nous faire gober. Reprenons ces arguments un par un:
Si les OVNIS existaient vraiment, les astronomes les verraient dans leurs télescopes.

Les astronomes ne voient même pas les avions dans leurs télescopes. Les télescopes ne sont pas du tout adéquats pour voir des avions ou des OVNIS, ils sont faits pour voir des objets très lointains, massifs et fixes. Par ailleurs, les astronomes voient proportionnellement autant d'OVNIS que le commun des mortels, mais comme tout le monde, avec leurs propres yeux.
L'auteur confond simplement ici les astronomes professionnels et les astronomes amateurs. Contrairement aux astronomes professionnels qui travaillent effectivement généralement de nos jours derrière leurs écrans d'ordinateurs, analysant les données qu'ils reçoivent, les astronomes amateurs eux observent le ciel la nuit, et donc clairement "oui", si le phénomène ovni était réellement extraordinaire, ils devraient observer significativement plus d'ovnis que le reste de la population. Or, ce n'est pas ce que l'on observe dans la littérature, ce que même Benjaminovni admet!

Pour plus d'informations sur ce sujet, voir mon billet : "Les astronomes amateurs devraient voir plus d'ovnis".

Si les OVNIS existaient, ils seraient détectés par les radars.

Tout d'abord, il se trouve que des OVNIS sont effectivement détectés par les radars.

On a droit ici au discours classique sur les détections radars, qui oublie bien entendu de préciser que les artefacts radars existent, et qu'un radar peut détecter des tas d'autres choses que des avions sans pour autant que ce soient des vaisseaux spatiaux extraterrestres. C'est bien pour cela que les avions sont dotés de transpondeurs.

Des tas de cas de détections radars dans la casuistique ont été expliqués de manière prosaïque. Pour ne donner qu'un seul exemple, même Auguste Meessen, qui est pourtant un croyant en l'hypothèse extraterrestre, a été obligé d'admettre du bout des lèvres dans son article "Étude approfondie des mystérieux enregistrements radar des F-16" que les détections radars des F-16 durant la Vague Belge d'ovnis ont été générées par des masses d'air humide (je cite, p. 31: "Nous avons constaté que les radars civils détectent parfois des « mirage » et nous avons expliqué pourquoi les radars militaires au sol n’en détectent pratiquement jamais. Ils peuvent détecter par contre des échos anormaux qui proviennent de « nuages invisibles », c’est-à-dire de masses d’air humide, où les molécules d’eau ne sont pas condensées."). Donc oui, les radars détectent parfois des "objets volants non identifiés" - dans le sens littéral du terme - mais cela ne prouve en rien qu'il est nécessaire d'invoquer des hypothèses extraordinaires extraterrestres et/ou paranormales pour les expliquer.

Les OVNIS sont des hallucinations qui frappent les esprits faibles seulement.

Toutes les couches sociales, toutes les cultures, tous les pays, toutes les professions sont représentées à part égales dans les cas ou des OVNIS ont été observés. Par ailleurs, les hallucinations ne s'enregistrent pas sur les magnétoscopes des radars.

Il s'agit d'un argument d'épouvantail (angl.: straw man argument): aucun sceptique ne tient un discours aussi simpliste. Il est bien plus facile de caricaturer la position adverse que d'argumenter réellement contre celle-ci, n'est-ce pas Benjaminovni? Les recherches en psychologie ont démontré que le témoignage humain n'est pas fiable (voir par exemple l'ouvrage d'Elisabeth Loftus "Eyewitness Testimony" sur ce sujet).

Benjaminovni oublie aussi de préciser que de nombreuses détections radars de la casuistique n'ont pas été associées avec une observation visuelle. Par exemple, dans le cas de la détection radar des F-16 durant la Vague Belge que j'ai déjà mentionné plus haut, les pilotes n'ont pas observé visuellement l'objet détecté par l'instrument - et pour cause! De plus, bien trop souvent dans la littérature ufologique, des détections radars sont associées fallacieusement avec une observation visuelle, alors qu'elles ne coïncident pas réellement spatialement et temporellement.

Les OVNIS sont apparus en même temps que les histoires de science fiction.

Au contraire, il y de tout temps eu des témoignages relatifs aux OVNIS. Les textes indiens antiques des Véda, par exemple, les mentionnent avec force détails. Des peintures, des dessins, des textes de toutes sortes montrent que les OVNIS sont un phénomène présent tout au long de l'histoire humaine.

L'antériorité de la science-fiction sur le phénomène ovni a été largement établie dans la littérature (voir entre autres "Science-Fiction et soucoupe volante" de Bertrand Méheust, ou mieux "Alien Abduction" de Michel Meurger). Bien entendu qu'il y a eu des gens qui ont observé avant 1947 - avant l'observation originelle de Kenneth Arnold - des objets qui volaient et qu'ils n'ont pas su identifier: en effet, il y a eu de tout temps dans le ciel des stimuli naturels tels que des météores, des phénomènes atmosphériques rares, etc. Les témoins du passé ne savaient pas ce qu'ils observaient, et donc ont rapporté avoir vu des ovnis (ou plutôt des dragons volants, des boucliers ardents, etc., présentés rétrospectivement comme étant des ovnis). C'est le contraire qui aurait été franchement étonnant, pour ne pas dire... paranormal. Les développements de l'aéronautique ont cependant rajouté dans le ciel de très nombreux stimuli difficilement identifiables, augmentant par là-même de manière significative le volume des observations d'ovnis.

On voit plus d'OVNIS après que des films de science fiction soient diffusés.

Les sceptiques se sont empressés de vouloir le démontrer, mais ne purent aboutir. Les études statistiques effectuées montrent qu'il n'y a aucun lien entre des événements médiatiques ayant trait à des thèmes extraterrestres et le nombre d'observations d'OVNIS.

Vous noterez que bien entendu il ne donne absolument aucune référence scientifique. Encore une fois, la position sceptique n'est pas du tout aussi simpliste que Benjaminovni veut vous le faire croire. Il y a très souvent eu des vagues d'ovnis. Pour obtenir une vague d'ovnis, non seulement la science-fiction est nécessaire (pour fournir la représentation mentale - ou schème ovni - de ce à quoi un vaisseau spatial extraterrestre est supposé ressembler), mais aussi d'autres facteurs tels que par exemple une observation de départ qui enflamme l'imagination collective, un traitement médiatique excessif dans les journaux télévisés et la presse, etc.

Philip J. Klass a écrit à ce sujet, dans "UFOs : The public deceived" (p. 304, traduit par votre serviteur): "Lorsque la couverture médiatique conduit le public à croire qu'il y a des ovnis dans les environs, il y a de nombreux objets naturels ou artificiels qui, particulièrement lorsqu'ils sont vus la nuit, peuvent prendre des caractéristiques inhabituelles dans l'esprit d'un observateur plein d'espoir. Leurs observations d'ovni s'ajoutent en retour à l'excitation de masse, ce qui encourage encore plus de témoins à chercher à voir des ovnis. Cette situation se nourrit d'elle-même jusqu'à ce que les médias perdent leur intérêt pour le sujet, et alors le phénomène retombe."

La science-fiction fourni le contexte culturel dans lequel le phénomène ovni se déploie (avec un effet de feed back des ufologues qui à leur tour influencent le contenu de certaines oeuvres de SF): elle prescrit ce que les sujets sont supposés voir pour être jugés crédibles. Au début du phénomène nous avions des soucoupes volantes, nous sommes maintenant passés à des ovnis triangulaires, quelle sera la prochaine transformation de ce folklore?

Les scientifiques ont étudié les OVNIS et nous prouvent qu'ils n'existent pas.

Il n'y a en fait eu qu'une seule étude scientifique, modeste d'ailleurs, du phénomène ovni. Elle a été effectuée en France par le GEPAN / SEPRA, une division du CNES, à la demande du gouvernement, et ses conclusions récentes sont que dans certains rares cas, les preuves physiques sont suffisantes pour conclure que l'OVNI est une machine volante gouvernée par une forme d'intelligence et capable de performances totalement inaccessibles par la technologie humaine actuelle.

Les travaux du CNES sur ce sujet ont été démystifiés par David Rossoni, Eric Maillot et Eric Déguillaume dans l'ouvrage "Les OVNI du CNES: 30 ans d'études officielles 1977-2007". Je ne vais pas revenir encore une fois sur le sujet. Seulement une petite minorité d'individus - les ufologues - pense qu'il est nécessaire d'invoquer des hypothèses extraordinaires pour expliquer le phénomène ovni. Le consensus scientifique actuel est clairement que le modèle sociopsychologique, c'est-à-dire l'approche sceptique du phénomène ovni, est largement suffisant.

Si les militaires nous disent qu'il n'y a pas d'OVNIS, c'est qu'il n'y en a pas.

Les Etats-Unis sont maintenant quasiment le seul pays qui maintient un secret sur les OVNIS et nient leur réalité. Il y a pourtant des exceptions, la CIA par exemple admet depuis peu qu'elle s'est intéressé de très près au OVNIS et n'excluait pas qu'ils puissent être des engins extraterrestres.

Ici encore, Benjaminovni joue sur les mots: personne ne nie - y compris les gouvernements - que parfois des personnes témoignent voir des objets qui volent dans le ciel et qu'ils ne savent pas identifier. Par contre, aucun gouvernement à l'heure actuelle ne considère officiellement que le phénomène ovni s'explique par des visiteurs extraterrestres et/ou du paranormal, y compris la France. En effet, le CNES a régulièrement publiquement désavoué les propos pro-hypothèse extraterrestre tenus par les membres du GEPAN/SEPRA/GEIPAN, précisant que ceux-ci étaient tenus uniquement à titre privé et ne représentaient pas sa position officielle.

Les voyages interstellaires étant impensables, des extraterrestres ne peuvent pas nous rendre visite.

A peu près au moment ou les frères Wright faisaient voler le premier avion, la communauté scientifique dans son ensemble affirmait que le vol d'un avion est mathématiquement impossible. Qu'aurait-on dit alors si on avait parler d'envoyer des sondes aux confins du système solaire ou de marcher sur la Lune?

Encore un argument d'épouvantail: qui prétend que les voyages interstellaires sont impensables (impensables? cela veut dire qu'on ne peut même pas y penser? wow!)? Personne. Il y a bien entendu la limite de la vitesse de la lumière et les incroyables distances spatiales, mais il est certainement possible d'aller visiter l'espace profond en prenant le temps de le faire. Les développements de la robotique le permettront certainement...

La véritable raison pour laquelle la communauté scientifique est sceptique envers les hypothèses extraordinaires - extraterrestres et/ou paranormales - pour expliquer le phénomène ovni est qu'il n'y a tout simplement aucune preuve pour les soutenir. Les explications prosaïques sont suffisantes pour rendre compte du phénomène ovni à l'heure actuelle.

Mais, évidemment, de ça Benjaminovni ne discute pas...

Désolé Benjaminovni, mais tout ce que ton article prouve, c'est que tu ne maîtrises pas du tout l'argumentation sceptique, ni même la démarche scientifique. Quand on ne sait pas de quoi on parle, on ferait mieux de se taire. Yahoo!France Actualités devrait franchement avoir honte d'avoir publié un article pareil, aussi mal argumenté.

Note: merci à un lecteur de ce blog, Vincent, pour m'avoir signalé cet article.

vendredi 23 janvier 2009

"Bande-annonce" pour le Jour de Darwin

Le Jour de Darwin (angl.: Darwin Day) est fêté par des athées du monde entier le 12 février, le jour de l'anniversaire de Charles Darwin. Il s'agit d'une manière de célébrer la science en général, et en particulier une des meilleures idées dans toute l'histoire des idées: la théorie de l'évolution.

Cette année est spéciale, parce qu'il s'agit des 200 ans de la naissance de Charles Darwin, et des 150 ans de la première publication de "L'origine des espèces". En effet, il édita son ouvrage fondateur à l'âge de 50 ans.

Voici une "bande-annonce" (environ 1 minutes, seulement de la musique), réalisée par une prof de science:

jeudi 22 janvier 2009

Les anges de Mons (Skeptoid #137)

L'épisode #137 du podcast Skeptoid est consacré aux anges de Mons (en anglais, environ 5 minutes). Vous savez, Mons, cette ville... belge.

La guerre du cerveau 2: Le Retour

En octobre dernier (voir mon billet "La guerre du cerveau"), je vous expliquais que les tenants du Dessein Intelligent avaient décidé d'attaquer, parallèlement à la théorie de l'évolution, le matérialisme et de faire la promotion des "neurosciences non-matérialistes". Je vous disais que dans ce contexte, les parapsychologues et autres tenants de la métapsychique allaient être des alliés naturels des créationnistes.

Tom Clark nous propos un billet sur ce sujet sur son blog, "Memeing Naturalism", intitulé "Science Wars: Dualism vs. Materialism". Je cite et traduit un extrait de celui-ci:
These opposed positions are mirrored in two responses to the 2009 Edge question, "What will change everything?". One is by biologist Rupert Sheldrake, who says materialism’s days are numbered: certain questions, for instance about the nature of consciousness, will never be answered unless science is liberated from its assumption that the physical world is all there is. He says “Confidence in materialism is draining away. Its leaders, like central bankers, keep printing promissory notes, but it has lost its credibility as the central dogma of science.” The other is by biologist P. Z. Myers, who says that materialism rules, and that eventually people will adjust to the idea they don’t have souls, widely believed to be the precious immaterial essence of our being: “Mind is clearly a product of the brain, and the old notions of souls and spirits are looking increasingly ludicrous…yet these are nearly universal ideas, all tangled up in people's rationalizations for an afterlife, for ultimate reward and punishment, and their concept of self.”
Traduction:
Ces positions opposées étaient représentées dans deux réponses à la "2009 Edge Question", "Qu'est-ce qui changera tout?". L'une est celle du biologiste Rupert Sheldrake, qui dit que les jours du matérialisme sont comptés: certaines questions, par exemple à propos de la nature de la conscience, ne peuvent pas être résolues à moins que la science soit libérée du présupposé que le monde physique est tout ce qui existe. Il dit: "La confiance dans le matérialisme est en train de disparaître. Ces leaders, comme les banquiers, continuent à imprimer des lettres de crédits, mais le matérialisme a perdu sa crédibilité en tant que dogme central de la science.". L'autre est le biologiste P. Z. Myers, qui dit que le matérialisme règne en maître incontesté, et que finalement les gens accepteront l'idée qu'ils n'ont pas d'âmes, considérées largement comme étant la précieuse essence immatérielle de notre être: "La conscience est clairement un produit du cerveau, et la vieille notion d'âme apparaît de plus en plus ridicule... pourtant il s'agit d'une idée pratiquement universelle, liée aux rationalisations qu'utilisent les gens à propos d'une vie après la vie, pour des récompenses et des punitions ultimes, et leur concept de Soi.".
Dans le reste de son article, Tom Clark argumente que la science n'a pas un biais - comme le prétend Rupert Sheldrake - vers le matérialisme, et que tout ce qui compte ultimement ce sont les preuves. Si réellement les éléments s'accumulent en faveur du dualisme, la science adoptera une nouvelle position. En effet, la science ne défend pas de manière dogmatique une explication (ici le matérialisme), elle n'est qu'un processus permettant la recherche de la vérité.

mardi 20 janvier 2009

Méthane sur Mars

Vous avez certainement tous entendu la semaine dernière la nouvelle de la découverte de méthane sur Mars, dont l'origine pourrait être soit géologique soit biologique. DiscoveryNetworks nous propose une vidéo (en anglais, environ 2 minutes) sur ce sujet:



Nous pouvons néanmoins regretter, avec Phil "The Bad Astronomer" Plait (voir son billet "Mars methane media mess"), la manière sensationnaliste dont les médias ont traité cette nouvelle.

Sanal Edamaruku vs. Pandit Surinder Sharma

L'année dernière, Sanal Edamaruku, le président de l'"Indian Rationalist Association", défia lors d'une émission télévisée indienne le plus puissant magicien tantrique de démontrer ses pouvoirs sur lui. L'affrontement est narré en détail (en anglais) ici: "The Great Tantra Challenge".

Tout d'abord, Pandit Surinder Sharma prétendît pouvoir tuer n'importe qui en trois minutes, en utilisant la magie noire. Sanal Edamaruku le mit au défi sur le champ d'essayer sur sa personne. Le magicien tenta la chose, psalmodiant “Om lingalingalinalinga, kilikili….”, sans succès.



Deux heures plus tard (et diverses variations techniques), il avoua son échec, mais prétendit qu'il connaissait un autre sort, qui lui n'échouait jamais, et qui assurait la destruction totale de son ennemi. Cependant, ce dernier ne pouvait être exécuté que la nuit tombée. Là encore, Sanal Edamaruku le mit au défi de réaliser ce sort sur lui le soir même.

Durant les trois heures qui suivirent, la télévision indienne annonça "The Great Tantra Challenge". Devant des millions de téléspectateurs, Sanal Edamaruku sortît indemne face à la puissance - ou plutôt l'impuissance - de la magie noire tantrique.

Je cite la conclusion de cet article:
Millions of people must have uttered a sigh of relief in front their TVs. Sanal was very much alive. Tantra power had miserably failed. Tantriks are creating such a scaring atmosphere that even people, who know that black magic has no base, can just break down out of fear, commented a scientist during the program. It needs enormous courage and confidence to challenge them by actually putting one’s life at risk, he said. By doing so, Sanal Edamaruku has broken the spell, and has taken away much of the fear of those who witnessed his triumph.
Traduction:
Des millions de personnes ont dû soupirer de soulagement devant leur télévision. Sanal était toujours vivant. La magie tantrique avait misérablement échoué. Les magiciens tantriques créent une atmosphère tellement effrayante que même les personnes qui savent que la magie noire est sans fondement peuvent s'effondrer à cause de la peur, a commenté un scientifique durant le programme. Il faut beaucoup de courage et de confiance pour les défier en mettant sa vie en jeu, dit-il. En le faisant, Sanal Edamaruku a brisé l'enchantement, et a en grande partie détruit la peur de ceux qui ont vu son triomphe.

lundi 19 janvier 2009

"Dieu hait les pédés!"

La Westboro Baptist Church tient à nous informer que "Dieu hait les pédés!" (angl.: "God hates fags!"). Voici une vidéo YouTube qui montre une de leurs manifestations (en anglais, environ 3 minutes):

dimanche 18 janvier 2009

Première expérience de méditation Zen

Durant les vacances d'hiver, juste avant le nouveau l'an, j'ai eu l'occasion de m'essayer pour la première fois à la méditation Zen. Je suis allé pour quelques jours à Kyōto (jap.: 京都), où j'ai visité le temple "Shunkoin". Ce temple Zen, dont le fils du père supérieur a étudié aux USA et parle donc un anglais excellent (particulièrement pour un japonais), propose pour les visiteurs une séance de méditation suivie d'une visite guidée d'un temple. "Shunkoin" se situe en dehors des circuits touristiques habituels de Kyōto, mais malgré tout lorsque je suis arrivé j'y ai rencontré cinq autres étrangers qui, comme moi, avaient découvert le site web de ce temple sur internet.

La méditation a duré une demi-heure. Par définition, les sciences de l'homme étudient la conscience à la troisième personne. Un psychologue peut par exemple demander à quelqu'un ce qu'il pense, ce qu'il ressent; il peut aussi maintenant regarder l'activité cérébrale d'une personne en train de réaliser une tâche cognitive, via l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Cependant, quoi qu'il fasse, il n'a jamais accès directement au vécu subjectif du sujet. La seule manière d'étudier la conscience à la première personne est l'introspection, et celle-ci est une activité proprement philosophique. La méditation peut être un outil pour faciliter et éclairer cette introspection.

La visite du temple qui a suivie illustre particulièrement bien quelque chose dont j'ai déjà discuté sur ce blog (voir mon billet sur "Le sentiment religieux au Japon"): le fait que les religions nippones sont emboitées les unes dans les autres. "Shunkoin" est en effet un temple Zen avec un... jardin shintō (un reproduction miniature de la région du sanctuaire d'Ise) et des peintures de portes coulissantes porteuses de symboles chrétiens! Durant la période Edo, lorsque les chrétiens étaient persécutés au Japon, le temple en avait protégé certains et le peintre avait alors intégré - dissimulé - des symboles, comme par exemple la trinité, dans ses œuvres d'art.

Le Zen est peut-être une pratique spirituelle, mais c'est aussi clairement une religion. Le moine nous a montré la pièce où il officie les cérémonies pour le culte des ancêtres. Toutes les x années, en alternance avec leur équivalent shintô, les familles affiliées à ce temple y viennent pour y exécuter les rites en souvenir des membres décédés. Dans cette pièce se trouve un autel avec des représentations de diverses personnes, dont Bodhidharma, le fondateur allégué du bouddhisme Tch’an en Chine, qui est devenu par la suite le Zen au Japon.

Cette visite n'a donc pas enlevé l'ambivalence que j'éprouve à l'égard du Zen.

Autant la pratique spirituelle me semble intéressante, autant tout cela est fascinant d'un point de vue anthropologique, autant en tant qu'athée le Zen est bel et bien une religion, avec ses superstitions, et sans oublier le rôle que le Bouddhisme a joué dans l'ultranationalisme nippon durant la Seconde Guerre Mondiale.

Pour l'anecdote, alors qu'il nous montrait des plaquettes où sont écrits les noms des âmes des personnes décédées dont le temple prend soin, le moine s'est exclamé en anglais: "You know, it's kind of a superstition" (traduction: "Vous savez, c'est un genre de superstition")... Il faut dire ici que les temples sont des sortes d'entreprises familiales, qui se transmettent de père supérieur - et père biologique - à fils. "Shunkoin" ne fait pas exception.

Voilà mes quelques réflexions sur le sujet. Bien entendu, tout cela avait malheureusement une tonalité touristique importante. Depuis que je suis au Japon, je cherche un temple Zen dans ma région qui accepterait un étranger qui voudrait pratiquer la méditation régulièrement. L'endroit où j'habite n'est vraiment pas particulièrement touristique. Malheureusement, ce genre de lieu - et qui de plus accepterait un étranger - est difficile à trouver.

vendredi 16 janvier 2009

"James Randi Speaks": Ce n'est pas dans le nom

La James Randi Educational Foundation a débuté une série de YouTube vidéos intitulée "James Randi Speaks".

Cette semaine, James Randi nous parle de la parapsychologie (en anglais, environ 7 minutes):



A 3 minutes:
Now there are two differents sorts of parapsychologists. On kind goes through life constantly deceiving themselves, making excuses and rationalisations for failures, and yet turn out many books and papers on their work - always promising further progress if only sufficient funding would be provided. And that usually follows because there are a lot of wishfull thinkers out there with monney.

The other kind of parapsychologists spend some time at it, then looks at the evidence more closely, and hops to take on another profession. Stirring exemples of this revearsal can be find in Dr. Susan Blackmore and Dr. Chris French, UK scientists who saw the train rack they could have become part of, but left the track in time to avoid the inevitable collision with the real world.
Traduction:
Maintenant, il y a deux types différents de parapsychologues. Le premier type passe sa vie à constamment se tromper lui-même, inventant des excuses et des rationalisations pour expliquer les échecs, mais malgré tout publie de nombreux livres et papiers à propos de son travail - faisant toujours la promesse que plus de progrès seront réalisés si seulement des fonds suffisants lui sont fournis. Et cela suit généralement parce qu'il y a beaucoup de personnes qui prennent leurs désirs pour des réalités et qui ont de l'argent.

L'autre type de parapsychologues passe quelques temps sur ce sujet, puis examine les preuves de manière plus attentive, et saute alors dans une autre profession. De parfaits exemples de ce retournement sont le Dr. Susan Blackmore et le Dr. Chris French, des scientifiques britanniques qui ont vu les rails sur lesquels ils se trouvaient, mais ont décidé de quitter complètement ces rails afin d'éviter l'inévitable collision avec le monde réel.

jeudi 15 janvier 2009

Ann Druyan à propos de l'amour de Carl Sagan

Une citation d'Ann Druyan, la veuve de Carl Sagan, dans une interview sur le podcast Point of Inquiry (épisode du 5 janvier 2007):

Of all the people I’ve ever known- I’ve never known anyone who lived and believed so strongly in the power of love and being in love and he was absolutely breathtaking in his endless fascination with love. He would put his love for me and our children above everything. We were together (married) for more than twenty years and we must have asked each other to marry each other virtually every day of those twenty years. I mean that’s how aware we were of our great good fortune and having found each other in this vast universe and being on the same world at the same time was just too good to be true and from the moment we fell in love till his last breath I felt it at every turn.
Traduction:
De toutes les personnes que j'ai jamais connues - je n'ai jamais connu quelqu'un qui a vécu et croyait aussi fort dans le pouvoir de l'amour et d'être amoureux et il était extraordinaire dans son inépuisable fascination pour l'amour. Il plaçait l'amour pour moi et ses enfants avant tout. Nous étions ensemble (mariés) pendant plus de 20 ans et nous avons dû nous demander à l'un l'autre de nous épouser virtuellement chaque jour de ces vingt années. Je veux dire c'est de cette façon que nous étions conscients de notre incroyable chance; et que s'être trouvé l'un l'autre dans ce vaste univers et être sur le même monde au même moment était juste trop beau pour être vrai - et à partir du moment où nous sommes tombés amoureux jusqu'à son dernier soupir, je l'ai ressenti à chaque détour de ma vie.

mercredi 14 janvier 2009

Les extraterrestres ne sont certainement pas des primates bipèdes

Une vidéo YouTube de Michael Shermer à propos des Gris (en anglais, environ 2 minutes):

Le blog "Scepticisme Scientifique" a un an!

Bonjour,

"Scepticisme Scientifique - Le Blog de la Science et de la Raison" a tout juste un an! Bon Anniversaire!

J'aimerais en profiter pour remercier les gens qui m'ont aidé toute cette année. Tout d'abord mes collaborateurs: David Rossoni (pour ses billets mais aussi pour toutes ses relectures!) et Francine Cordier (pour nous informer sur les activités du Comité nord-est des groupes ufologiques, mon association ufosceptique préférée, et pour représenter dignement la gente féminine sur ce blog). Merci à Jean-Marc Donnadieu pour avoir réalisé la bannière du blog, et pour son aide technique - l'informatique n'étant pas ma tasse de thé. Merci aussi à tous les membres du forum Ufo-Logique pour leur soutient. Enfin, last but not least, merci à tous mes lecteurs, sceptiques comme tenants, sans qui ce blog n'aurait tout simplement pas de raison d'être.

Mon objectif en créant ce blog était d'augmenter la visibilité du mouvement sceptique contemporain dans le monde francophone. Je ne suis qu'un sceptique parmi beaucoup d'autres, et ce blog n'a pour vocation que de présenter en français - aussi fidèlement que possible - ce que je peux lire sur les blogs sceptiques dont je suis moi-même fan, en vrac: "Neurologica" (de Steven Novella), "Skepticblog" (des "Skeptologists"), le blog du "Center for Inquiry" consacré à l'humanisme séculier, "Science-Based Medecine" (d'un groupe de médecins qui critiquent les médecines prétendument alternatives), "Bad Astronomy" (de Phil Plait), "Pharyngula" (de P. Z. Myers) et bien d'autres encore.

Et puis comme je n'ai pas tant de temps pour lire, parce qu'il faut bien travailler pour vivre, il y a heureusement tous les podcasts que je peux écouter en faisant du vélo, en vrac: tout d'abord le "Skeptics' Guide to the Universe", le meilleur podcast de ce côté-ci de la galaxie, "Skeptoid" (de Brian Dunning), "Skepticality" (de la Skeptics Society), "The Skeptic Zone" (de nos amis australiens), "Point of Inquiry" (du Center for Inquiry), et bien d'autres encore.

Enfin, n'oublions pas le bon vieux papier, avec les magazines "Skeptical Inquirer" et "Skeptic" (US), là aussi parmi d'autres.

Le constat que l'on peut faire est que le mouvement sceptique contemporain - ou la Zététique pour ceux qui préfèrent la terminologie d'Henri Broch - est encore et toujours balbutiante dans le monde francophone. Une des raisons, je pense, est que la francophonie n'a pas eu les deux géants du scepticisme scientifique Carl Sagan et James Randi. Ces deux personnes, par leur charisme, leur don de vulgarisation scientifique et leur intransigeance dans la critique des sciences pathologiques, voodoo sciences, pseudo-sciences et autres pures foutaises (et Dieu sait qu'il y en a!) ont su générer un mouvement sceptique extrêmement dynamique dans le monde anglo-saxon. C'est vers cela que nous devons tendre. Par comparaison la situation francophone est quelque peu déprimante, mais il faut néanmoins se souvenir que les sceptiques - par définition - sont une minorité, car nous vivons dans un monde hanté par le démon de l'irrationnel (pour reprendre l'expression de Carl Sagan).

J'ai beaucoup appris cette année en bloggant: lire, écouter, assimiler, réfléchir et puis tenter de présenter
ici, d'argumenter le scepticisme scientifique - tout cela a fait que je suis devenu un meilleur sceptique chemin faisant.

Je me réjouis de débuter une nouvelle année en votre compagnie, qu'elle soit pleine de Science et de Raison!

Sceptiquement vôtre,

mardi 13 janvier 2009

12 exemples pour illustrer la théorie de l'évolution

Le site Wired nous propose "12 Elegant Examples of Evolution". Au programme, on retrouve le Tiktaalik, l'Archaeopteryx, les pinsons de Darwin, et quelques autres.

Un extrait:

Archaeopteryx, found in 1861, was long thought to be the first bird. Then it was recognized as something closer to a dinosaur with feathers — but still unique for that. In the 1980's, however, paleontologists digging in deposits more than 65 million years old in northern China found feathered dinosaurs which very definitely did not fly. Some dinosaurs, it appeared, may have looked far different from our traditional conception — and feathers may first have served an insulating or aesthetic, rather than aerodynamic, purpose.
Traduction:
L'archaeopteryx, découvert en 1861, a été longtemps considéré comme un oiseau. Il fut ensuite reconnu comme quelque chose plus proche d'un dinosaure à plumes - mais toujours unique pour cette raison. Dans les années 1980, cependant, des paléontologues creusant dans des couches vieilles de plus de 65 millions d'années dans le nord de la Chine ont découvert des dinosaures à plumes qui ne volaient définitivement pas. Certains dinosaures, il semble, étaient fort différents de notre conception habituelle - et des plumes ont pu servir d'abord comme isolation ou pour des raisons esthétiques, plutôt qu'aérodynamiques.

dimanche 11 janvier 2009

Qui a l'esprit fermé - le sceptique ou le croyant?

Dans l'épisode du podcast Skeptoid: : Critical Analysis of Pop Phenomena #134, Brian Dunning nous pose la question suivante: Who Is Closed Minded, the Skeptic or the Believer? (traduction: "Qui a l'esprit fermé - le sceptique ou le croyant?"). Je ne vais pas tout traduire - ce serait bien trop long - mais voici quelques extraits choisis:
To be an effective skeptic, it's critical to understand that your opponent is not simply a lunatic. Maybe some are, but the majority are as intelligent and thoughtful as you. Dismissing your opponent as crazy is a weakness in you. When a skeptic talks with a believer, he often finds the believer to be closed minded, in that the believer is not open to any evidence that challenges his belief. The fact is that the believer also finds the skeptic to be closed minded, in that he does not accept the evidence that supports the belief. From the perspective of each, each is right. And that's really important to understand.

(...) I'm not even sure what being "closed minded" is. I guess it means that you won't give a chance to any evidence of any quality. If that's true, then closed minded is probably not a term that genuinely applies to either skeptics or believers. The first step is to be selective about what evidence we turn away at the door, and this is where the real difference is. We all turn away some of the evidence at the door. We have to. It would be impossible to get through your day if you had to devote a full-fledged investigation into every minute suggestion or claim or anecdote that comes along.

(...) So what is the real difference between skeptics and believers? It's disingenuous to claim that either is more closed-minded than the other; everyone sits somewhere along that spectrum, nobody is immune. It's disingenuous to say that either is more of a stubborn believer than the other, or that either tends to support their preconceived notions more than the other. Probably all of us are more guilty of these than we like to admit, especially in less formal environments. The real difference between skeptics and believers is that skeptics have a useful foundation of scientific knowledge and an aptitude for following the scientific method. These tools allow us to distinguish poor quality evidence from good quality evidence. And, importantly, they help restrain us from drawing poorly supported conclusions from the evidence that we do accept, no matter how strongly we want those conclusions to be justified.

Traduction:
Pour être un sceptique efficace, il est très important de comprendre que votre adversaire n'est pas simplement un "lunatique". Peut-être que certains le sont, mais la majorité sont aussi intelligents et réfléchis que vous. Écarter votre adversaire en le considérant comme fou est une faiblesse de votre part. Quand un sceptique parle avec un croyant, il trouve souvent que le croyant a l'esprit fermé, en cela que le croyant n'est pas ouvert à de nouveaux éléments qui remettent ses croyances en question. Le fait est que le croyant trouve aussi que le sceptique est fermé d'esprit, parce qu'il n'accepte pas les éléments qui supportent sa croyance. Depuis la perspective de chacun, chacun à raison. Et c'est très important de le comprendre.

(...) Je ne suis même pas certain de ce que veut dire être "fermé d'esprit". Je suppose que cela signifie que vous n'allez pas donner leur chance à des preuves, quelles que soient leurs qualités. Si c'est vrai, alors être "fermé d'esprit" est probablement un terme qui ne s'applique authentiquement ni aux sceptiques, ni aux croyants. La première étape consiste à sélectionner quels types d'éléments vous allez refuser à la porte, et c'est là que la véritable différence se situe. Nous laissons tous certains éléments à la porte d'entrée. Nous devons le faire. Il serait impossible de terminer votre journée si vous deviez passer votre temps à étudier en détail le moindre élément, la moindre prétention ou anecdote qui vous parvient.

(...) Alors quelle est la vraie différence entre les sceptiques et les croyants? Il est malhonnête de prétendre que l'un est plus "fermé d'esprit" que l'autre; tout le monde se trouve quelque part le long de ce continuum, personne n'est immunisé. Il est malhonnête de dire que l'un est un croyant plus borné que l'autre, ou qu'il tend à défendre sa conception de départ plus que l'autre. Probablement nous sommes tous plus coupables de ces défauts que nous sommes prêts à l'admettre, particulièrement dans des environnements moins formels. La différence réelle entre les sceptiques et les croyants est que les sceptiques ont une solide fondation de connaissances scientifiques et une aptitude à suivre la méthode scientifique. Ces outils nous permettent de distinguer les preuves de mauvaise qualité des preuves de bonne qualité. Et - c'est important - ils nous aident à éviter de tirer des conclusions qui sont peu supportées par les éléments que nous acceptons, peu importe à quel point nous souhaiterions que nos conclusions soient justifiées.

Le rasoir d'Occam

Dans le cadre du podcast "Skeptics' Guide 5x5" (5 sceptiques durant 5 minutes), les Rogues discutent du rasoir d'Occam:

samedi 10 janvier 2009

RR0, Jérôme Beau et la question de l'objectivité

Sur Facebook, on peut lire à propos du site ufologique RR0 la description suivante:
Accès gratuit à une information objective et francophone sur les phénomènes inexpliqués (ufologiques, paranormaux, cryptozoologiques, surnaturels)
J'aimerais me pencher dans ce billet sur l'usage qui est fait dans cette publicité du terme "information objective". En effet, je ne sais pas au nom de quoi Jérôme Beau, l'auteur de ce site web, pourrait se réclamer d'une prétendue "objectivité" en la matière. Il est au contraire très clair à la lecture de RR0 qu'il défend un point de vue sur ces questions.

L'objectivité en science provient du processus global de l'activité de la communauté scientifique. Un chercheur, un individu, peut essayer de tendre vers une certaine forme d'objectivité, mais les scientifiques sont des êtres humains comme tout le monde: ils ont aussi des émotions, des passions, des intérêts, des amours, etc. La science ne peut prétendre devenir objective qu'au travers de l'évaluation par les pairs et le débat de tous les scientifiques entre eux. Via ce processus (en perpétuel recommencement) se forge - dans le meilleur des cas - un consensus scientifique qui (seulement, et seulement alors) peut se prétendre objectif.

En résumé, un individu isolé (moi y compris) n'est jamais réellement "objectif". Jérôme Beau défend un point de vue
sur RR0, exactement comme j'en défends sur ces questions sur ce blog.

La différence entre lui et moi est que je ne prétend pas que mon blog donne une "information objective" sur les sujets que j'aborde. Non: ce blog propose une lecture qui se situe clairement dans le cadre du scepticisme scientifique, et j'y défend le naturalisme philosophique. C'est mon cadre de référence.

Jérôme Beau a une page de présentation sur son site, où il écrit:
Beau définit son approche de l'ufologie comme sceptique au sens originel du terme (celui de Truzzi), considérant le rationalisme comme un dogme tout aussi condamnable que les croyances qui lui sont opposées. Il n'a a ce jour pas d'hypothèse privilégiée prétendant expliquer le phénomène des ovnis, mais s'efforce de toutes les explorer.
Comme beaucoup de tenants (voir mon billet de l'année dernière sur les pseudo-zététiciens truzziens), Jérôme Beau se réclame du sociologue Marcello Truzzi. Encore une fois, c'est ignorer la longue histoire du scepticisme, depuis son origine durant l'antiquité grecque - et Pyrrhon d'Élis - jusqu'à nos jours. Si Jérôme Beau se réclame de Marcello Truzzi, je préfère pour ma part remonter aux philosophes des Lumières, et au scepticisme d'un David Hume.

La seule raison pour laquelle les tenants francophones mettent
Marcello Truzzi sur un piédestal est parce qu'il a critiqué les sceptiques du CSICOP (dont il fut pourtant un des fondateurs), aujourd'hui le Committee for Skeptical Inquiry. En clair, ce que les tenants aiment chez ce sociologue est justement qu'il était contre les sceptiques. Sa position relevait beaucoup plus du mouvement fortéen que du mouvement sceptique contemporain, et c'est pour cela qu'il a rapidement quitté le CSICOP. De plus, considérer que les critiques que Marcello Truzzi avait faites à l'époque au CSICOP s'appliquent aujourd'hui à toutes les associations sceptiques au monde est une généralisation plus qu'abusive.

Mais évidement, la question n'est pas réellement là: quand vous lisez que quelqu'un est un sceptique "à la Truzzi", traduisez simplement qu'il n'est pas réellement un sceptique, mais qu'il est un tenant. En réalité, c'est tout ce qu'il y a à comprendre dans ce genre d'affirmations. Il s'agit uniquement d'une tentative de récupération par les tenants du terme "sceptique", ce qui démontre sa popularité.

Les sceptiques ne se réclament certainement pas de
Marcello Truzzi, mais bien plutôt de Carl Sagan, James Randi ou encore Harry Houdini (pour ne citer que quelques noms).

Quant au fait que Jérôme Beau ne veut pas avouer quelle est l'explication du phénomène ovni qu'il privilégie (ce qui lui donne certainement le sentiment d'être au-dessus de la mêlée), la méthode scientifique - via le rasoir d'Occam - permet en réalité de trancher entre les hypothèses prosaïques et les hypothèses extraordinaires. C'est pour cette raison que la communauté scientifique est massivement du côté des explications sceptiques du phénomène ovni: en l'absence de preuves pour soutenir les hypothèses extraordinaires, telle que par exemple celle de visiteurs extraterrestres, celles-ci doivent être écartées.

En science, l'ouverture d'esprit ne consiste pas à refuser de prendre position, comme un Jérôme Beau le fait: quelqu'un de rationnel se doit de défendre l'explication qui est la plus plausible et qui est la plus validée empiriquement. La véritable ouverture d'esprit des scientifiques consiste à être prêt à réexaminer le dossier si jamais de nouveaux éléments venaient à apparaître. A l'inverse, trop souvent, les tenants préfèrent garder un dossier éternellement ouvert...

Du coup, l'attitude de Jérôme Beau, qui se refuse à prendre position, se révèle n'être pas du tout neutre! En effet, s'opposer au consensus scientifique, ne pas vouloir affirmer que rien ne prouve que le phénomène ovni est d'origine extraterrestre, est de facto (qu'il soit prêt à l'admettre ou non) prendre clairement position dans le débat.

C'est pour cette raison (et d'autres) que je considère
Jérôme Beau comme un tenant. Il s'oppose à expliquer le phénomène ovni de manière prosaïque; ce faisant, il fait partie de ces gens qui préfèrent entretenir le mystère, plutôt que de véritablement tenter de l'expliquer - ce qui est la démarche sceptique. Il l'exprime clairement dans sa critique de l'article publié dans la revue Pour la science par les auteurs de l'ouvrage "Les OVNI du CNES" sur son blog Javar(h)ome (je cite le billet "Composer sans l'inconnu"):
A côté de ces reproches contestables -- et d'autres justifiés, comme indiqué précédemment -- l'article tombe aussi dans des travers rationalistes classiques comme le fait d'opposer à un extraordinaire infalsifiable, non pas un doute (comme le voudrait la vraie zététique), mais un ordinaire tout aussi infalsifiable.
Non seulement il ignore complètement le rasoir d'Occam, mais en plus il est évident que les hypothèses ordinaires sont testables, et donc réfutables. Si Jérôme Beau doute du fait que les illusions d'optiques, les hallucinations, la confabulation ou encore le syndrome des faux souvenirs existent, il devrait vraiment lire la littérature en science de l'homme sur ces sujets: il ne fait aucun doute que ces phénomènes existent - à l'inverse des visiteurs extraterrestres! Ils ont fait l'objet de nombreuses recherches. Du coup, les appliquer à la casuistique ufologique est bien entendu l'attitude scientifique légitime. Par contre, j'attends toujours des preuves de l'existence de visiteurs extraterrestres ou du Psi...

Mais là encore, je suppose que Jérôme Beau préfère spéculer sur toutes sortes d'hypothèses extravagantes, sous prétexte qu'il ne veut pas être réductionniste... Il faut savoir qu'il est l'ami du sociologue postmoderne Pierre Lagrange - dont je parle régulièrement sur ce blog - et il partage avec lui son mépris du rationalisme, c'est-à-dire des sceptiques. Nous pouvons lire en effet sur RR0 à propos du rationalisme (je cite):
Le rationalisme est une dérive du scepticisme consistant à contester a priori l'existence de phénomènes extraordinaires (non connus, non compris)
C'est totalement faux. La distinction qu'il opère - à la suite de Pierre Lagrange - entre rationaliste et sceptique ne repose sur rien. Ensuite, le scepticisme consiste à examiner les preuves en faveur des explications d'un phénomène, et d'évaluer celles qui sont le plus soutenues empiriquement. Encore une fois, un des éléments les plus importants de la démarche scientifique est d'avoir le sens de la preuve. Le scepticisme est donc une position a posteriori. Je lui ai signalé la chose de nombreuses fois, mais il s'obstine à avoir cette définition erronée sur son blog.

Il écrit pourtant juste après celle-ci que les sceptiques rejettent les explications extraordinaires parce que:
leur existence est insuffisamment prouvée (généralement sur la base de témoignages dont la subjectivité est considérée inexploitable et donc non fiable)
Ce qui montre parfaitement bien qu'il sait que les sceptiques examinent les éléments en faveur des hypothèses extraordinaires, mais qu'ils ne les trouvent pas convaincants. Du coup, la démarche sceptique est bel et bien a posteriori et pas a priori, comme il le prétend pourtant éhontément quelques lignes plus haut dans le même texte!

Je vais m'arrêter ici. Il y aurait encore beaucoup à dire. Je pense cependant qu'il est clair que la prétendue "objectivité" du site RR0 est toute relative. Ce site web reflète clairement les convictions personnelles de Jérôme Beau, qui ne sont pas - quoi qu'il en dise - des convictions sceptiques.

vendredi 9 janvier 2009

La position de l'EPUB concernant le Dessein Intelligent

"Mosaïque", le magazine officiel de l'Église Protestante Unie de Belgique (EPUB) a récemment publié (numéro d'octobre 2008) cette lettre ouverte concernant le Dessin Intelligent et le créationnisme:
Il y a de nombreux points de désaccord entre les chrétiens et notamment en ce qui concerne l'interprétation de la Bible. Alors que tous les chrétiens prennent la Bible au sérieux et reconnaissent son autorité en matière de foi et d'éthique, l'écrasante majorité ne la lisent pas littéralement comme un ouvrage scientifique.

Beaucoup de textes bibliques parmi les plus populaires - la création, Adam et Ève, l'arche de Noé - transmettent des vérités éternelles sur Dieu, l'homme et la création, dans la forme imagée seule capable d'être reçue dans toutes les générations. La vérité religieuse n'est pas du même ordre que la vérité scientifique. Elle ne révèle pas d'information scientifique, elle entend changer les coeurs.

Nous, soussignés, prêtres et pasteurs de plusieurs dénominations différentes, croyons que coexistent sans difficultés les vérités intemporelles de la Bible et les découvertes de la science moderne. Nous croyons que la théorie de l'évolution est une vérité scientifique fondamentale. Elle a subi avec succès les examens les plus rigoureux et c'est sur elle que repose une grande partie de la connaissance et des succès de l'humanité.

Le rejet de cette vérité ou l'affirmation qu'elle n'est "qu'une théorie parmi d'autres" relève d'un obscurantisme délibéré et revient à élever nos enfants dans l'ignorance. Nous croyons que l'esprit critique est un don de Dieu et que ne pas l'utiliser est aller contre la volonté de notre Créateur. Dieu lui-même nous a donné un esprit raisonnable. Refuser de l'utiliser sous prétexte de laisser toute la place à son dessein d'amour et de salut, serait un mépris de ses dons et une prétention inacceptable.

Nous pressons les enseignants d'être fidèles à l'esprit scientifique d'affirmer que la théorie de l'évolution est véritablement au coeur de la connaissance humaine. Que la science soit pleinement de la science, et que la religion ne soit que de la religion, deux compréhensions tout à fait distinctes et néanmoins complémentaires de la vérité.
Même si je ne partage pas du tout la conviction des auteurs de ce texte dans le non-empiètement des magistères (angl.: nonoverlapping magisteria) - dont Steven Jay Gould fit la promotion - je trouve que cette initiative positive mérite d'être saluée.

jeudi 8 janvier 2009

Penn & Teller visitent la collection Harry Houdini, à la bibliothèque du congrès

Les illusionnistes Penn & Teller visitent la collection Harry Houdini, à la bibliothèque du congrès (en anglais, environ 3 minutes). Avec des ouvrages tel que "Miracle Mongers and their Methods"(1920) ou encore "A Magician Among the Spirits" (1924), Harry Houdini est une des sources d'inspiration du mouvement sceptique contemporain.

mercredi 7 janvier 2009

Mort du fils de John Travolta

Owen Thomas a écrit un article intéressant sur le site Gawker, intitulé "Time to Audit Scientology's Anti-Medicine Stance" (en anglais), dans lequel il argumente que la doctrine anti-psychiatrie de l'Église de Scientologie aurait joué un rôle dans la mort du fils de John Travolta.

Une affaire à suivre...

mardi 6 janvier 2009

Comment tordre une cuillère avec votre esprit? - Par Michael Shermer

"Comment tordre une cuillère avec votre esprit?" est une vidéo YouTube (en anglais, environ 3 minutes) de Michael Shermer, fondateur de la "Skeptics Society" (association qui regroupe actuellement plus de 55000 membres). Il est le rédacteur en chef du magazine "Skeptic" et tient de plus la rubrique mensuelle "Skeptic" dans le magazine "Scientific American".


Of course, as Randi likes to say, if you're using telekinetic powers to bend steel, you're doing it the hard way!
Traduction:
Évidemment, comme Randi aime à le dire, si vous utilisez des pouvoirs telekinétiques pour tordre de l'acier, vous le faites de la manière difficile!

lundi 5 janvier 2009

Notes de lectures - 7: "The End of Faith"

(Mais que lisent donc les sceptiques?)

Note: 4/5.

Le best-seller "The End of Faith: Religion, Terror, and the Future of Reason" (2004) de Sam Harris est vraiment un livre coup de poing. Son auteur n'y va pas de main morte dans sa critique de la religion. Il est souvent associé à Richard Dawkins, Daniel Dennett et Christopher Hitchens: ce groupe d'auteurs a été surnommé les "nouveaux athées". Néanmoins, chacun d'eux à un ton et une approche différente - bien qu'ils partagent certainement l'intransigeance dans la critique!

Je cite un des paragraphes qui m'a le plus "bousculé" (p. 67), pour vous donner une idée de la puissance évocatrice du style de Sam Harris:
A man's faith is just a subset of his beliefs about the world: beliefs about matters of ultimate concern that we, as a culture, have told him he need not justify in the present. It is time we recognized just how maladaptive this Balkanization of our discourse has become. All pretensions to theological knowledge should now be seen from the perspective of a man who was just beginning his day on the one hundredth floor of the World Trade Center on the morning of September 11, 2001, only to find his meandering thoughts - of family and friends, of errands run and unrun, of coffee in need of sweetener - inexplicably usurped by a choice of terrible starkness and simplicity: between being burned alive by jet fuel or leaping one thousand feet to the concrete below. In fact, we should take the perspective of thousands of such men, women, and children who were robbed of life, far sooner than they imagined possible, in absolute terror and confusion. The men who committed the atrocities of September 11 were certainly not "cowards", as they were repeatedly described in the Western media, nor were they lunatics in any ordinary sense. They were men of faith - perfect faith, as it turns out - and this, it must finally be acknowledged, is a terrible thing to be.
Traduction:
La foi d'un homme est juste une sous-catégorie de ses croyances à propos du monde: croyances à propos des sujets ultimes que nous, en tant que culture, lui avons dit qu'il n'a pas besoin de justifier dans le présent. Il est temps que nous reconnaissons oh combien cette Balkanisation de notre discours est devenue inadaptée. Toute prétention à une connaissance théologique devrait maintenant être vue depuis la perspective d'un homme qui commençait tout juste sa journée de travail au centième étage du World Trade Center le matin du 11 septembre 2001, uniquement pour trouver le cours de ses pensées - à propos de sa famille et de ses amis, à propos des courses à faire ou à ne pas faire, à propos du café qui aurait besoin de succédané de sucre - dérobé de manière inexplicable par un choix terrible d'austérité et de simplicité: entre être brûlé vif par le kérosène ou se jeter du haut de mille mètres en direction du béton. En fait, nous devrions prendre la perspective de milliers d'hommes, femmes, et enfants comme eux, dont la vie fut prise, bien plus tôt que ce qu'ils imaginaient possible, dans une terreur et une confusion absolue. Les hommes qui ont commis les atrocités du 11 septembre n'étaient certainement pas des lâches, comme cela a été dit de manière répétitive dans les médias occidentaux, pas plus qu'ils n'étaient des fous dans aucun sens ordinaire du terme. Ils étaient des hommes de foi - d'une foi parfaite, comme nous l'avons découvert - et ceci est - et nous devons maintenant le réaliser - une chose terrible pour quelqu'un d'être.
Même s'il critique clairement la religion en général, Sam Harris est plus virulent envers l'islam, qu'il considère comme particulièrement prédisposé à la violence. Il affirme (dans le contexte culturel et politique américain) qu'il faut arrêter de considérer qu'il est politiquement incorrect de critiquer les religions, au vu du danger que celles-ci posent dans un monde où par exemple un fondamentaliste pourrait avoir à sa disposition une arme nucléaire, et se mettre à débattre publiquement de cette question. Il est aussi critique des personnes religieuses modérées: en effet, elles génèrent selon lui un contexte culturel dans lequel la violence religieuse ne peut pas être combattue de manière effective.

Le dernier chapitre de l'ouvrage, intitulé "Experiments in Consciousness", est celui qui lui a attiré le plus de critiques de la part de la communauté athée. En effet, il y distingue mysticisme et religion (p. 221):
Mysticism is a rational entreprise. Relision is not. The mystic has recognized something about the nature of consciousness prior to thought, and this recognition is susceptible to rational discussion. The mystic has reasons for what he believes, and these reasons are empirical. The roiling mystery of the world can be analyzed with concepts (this is science), or it can be experienced free of concepts (this is mysticism). Religion is nothing more than bad concepts held in place of good ones for all time. It is the denial - at once full of hope and full of fear - of the vastitude of human ignorance.
Traduction:
Le mysticisme est une entreprise rationnelle. La religion ne l'est pas. Le mystique a reconnu quelque chose de spécial à propos de la nature de la conscience avant la pensée, et cette reconnaissance peut faire l'objet d'une discussion rationnelle. Le mystique a des raisons pour ce qu'il croit, et ces raisons sont empiriques. La turbulence mystérieuse du monde peut être analysée par des concepts (c'est la science), ou peut être expérimentée libre de tout concepts (c'est le mysticisme). La religion n'est rien de plus que des mauvais concepts en lieu et place de bons pour toute éternité. C'est le déni - en même temps plein d'espoir et de peur - de la vastitude de l'ignorance humaine.
Il considère de plus qu'il n'y a pas lieu d'être certain que la conscience est uniquement le produit de l'activité cérébrale. Autant je trouve sa position concernant l'intérêt de distinguer les exercices spirituels (par exemple dans le sens que peut donner un philosophe comme Pierre Hadot à cette notion) de la religion intéressante, autant j'ai beaucoup plus de mal avec le fait qu'il ne s'affirme pas matérialiste en ce qui concerne la conscience...

Son livre suivant, "Letter to a Christian Nation", a été écrit pour répondre à tous les commentaires qu'il a reçu à propos de "The End of Faith". Même si je ne suis pas d'accord avec tout ce que Sam Harris écrit, je pense qu'il est un intellectuel d'envergure, avec lequel il faut maintenant compter. Le moins qu'on puisse dire, c'est que "The End of Faith" donne matière à penser. Je le conseille donc à tous les lecteurs de ce blog.