mardi 22 décembre 2009

La guerre de Noël

Nous sommes dans la période de l'année où il y a de nombreuses discussions dans la blogosphère athée qui tournent autour de la guerre de Noël (angl.: war on christmas). L'argument est simple: Noël étant une fête chrétienne, le fait qu'elle domine autant dans la culture en cette période de l'année (dans les magasins, dans les médias, etc.) est en quelque sorte offensant pour les personnes appartenant à d'autres confessions religieuses, ainsi que pour les athées. Précisons cependant que j'ai l'impression qu'il s'agit plus d'une problématique américaine qu'européenne...

Les attitudes chez les athées se regroupent en deux grandes catégories. La grande majorité ne voit pas trop où se situe le problème, étant donné que Noël a perdu énormément de ses composantes chrétiennes, et qu'il est possible de célébrer cette fête en se centrant sur le Père Noël, le sapin, les rennes, les elfes du Pôle Nord, etc. Dans cette optique sécularisée, ce que nous célébrons en réalité est le solstice d'hiver, et non pas la naissance alléguée de Jésus de Nazareth. Une minorité, comme par exemple Tom Flynn (auteur du livre "The Trouble With Christmas"), pense au contraire que les athées devraient purement et simplement boycotter Noël: une fête chrétienne dans une société multiculturelle ne peut, dans cette optique, qu'être problématique.

J'avoue qu'en ce qui me concerne je me situe dans la première catégorie - et je pense que cette guerre de Noël n'est pas un enjeu très important. En tant que professeur d'anglais, j'enseigne aux enfants Noël en tant que "la fête du Père Noël", et je laisse de côté tous les aspects chrétiens. Que les enfants croient dans l'existence du Père Noël avant de découvrir qu'il n'est qu'une personnage imaginaire est une excellente manière d'enseigner l'esprit critique! Il est en effet beaucoup plus difficile pour les parents chrétiens de dire, lorsque l'enfant réalise que le Père Noël n'existe pas: "OK, ce gentil monsieur qui habitait au Pôle Nord et qui t'apportait des cadeaux chaque année pour Noël est une création culturelle, mais le gentil monsieur qui habite dans le ciel et qui veille sur toi lui il est bel et bien réel!". Pour le dire autrement, si les parents s'y prennent bien, la découverte progressive par un enfant que le Père Noël n'existe pas peut être une étape constitutive de l'apprentissage de l'esprit critique et même - pourquoi pas? - de la méthode scientifique.

9 commentaires:

tadeusz a dit…

Joyeux solstice/Janus d'hiver, joyeux St-Jean d'hiver, joyeux Noël, joyeux ce que vous voulez ... du moment que ça n'est pas que commercial !

Q a dit…

Moi ça me gène vraiment qu'une fête capitaliste domine à ce point dans la culture en cette période de l'année... Je trouve ça offensant pour tout les communistes, les anarchistes et les alter-mondialistes.

Jean-Michel Abrassart a dit…

Bonjour,

OK, je veux bien, mais combien d'entre-vous célèbre le Ramadan ou Hanouccah? On est quand même bien forcé d'observer que la culture européenne célèbre collectivement les fêtes chrétiennes et pas les fêtes musulmanes ou juives (pour ne citer que celle-là en exemple). Au Japon, la Noël ressemble bien plus à la Saint Valentin qu'à ce qui se pratique dans nos contrées, et ce n'est pas pour rien...

Sceptiquement vôtre,

Jude a dit…

Moi je veux bien célébrer aussi d'autres fêtes !

Q a dit…

Noël, c'est aujourd'hui une fête traditionnelle plus que religieuse. Evidemment nos traditions sont chrétienne, mais ça on ne le changera pas... La vraie fête chrétienne importante, ce serait plutôt la pâques d'ailleurs.

coffeeandsci a dit…

J'ai eu la chance d'avoir une solution de rechange idéale pour un athée, qui souhaite faire la fête le soir du 24 décembre : je fête mon anniversaire.

Et à vrai dire je ne vois pas de problème à ce que ce soit commercial tant qu'il s'agit de mes cadeaux.

Jean-Michel Abrassart a dit…

Bonjour,

Je voulais revenir sur la question de la croyance des enfants dans l'existence du Père Noël, que j'ai mentionnée en passant dans le billet, suite à une réaction négative que j'ai reçu à ce sujet via Facebook. C'est un sujet qui est abordé en long et en large dans "Parenting Beyond Belief", vu que c'est une question très pragmatique que les parents se posent. Est-ce qu'il est préférable de dire d'emblée aux enfants que non, le Père Noël, ça n'existe pas?

En gros, l'important, pour Dale McGowan, c'est que quand l'enfant commence à se poser des questions à propos du Père Noël, les parents l'encouragent dans cette voie. Par exemple si l'enfant demande "est-ce que le Père Noël existe?", les parents peuvent répondre "qu'est-ce que toi tu en penses?", ou s'il pose une question de type scientifique sur "comment le Père Noël fait-il pour donner des cadeaux à tous les enfants du monde en une seule nuit?", là encore, lui renvoyer la question pour le faire réfléchir.

En gros, l'idée est de laisser à l'enfant lui-même la découverte que le Père Noël n'existe pas. Et c'est là qu'intervient l'apprentissage de la pensée critique. Si les parents lui donnent directement la bonne réponse ("non, le Père Noël n'existe pas") il n'a pas l'occasion de réfléchir par lui-même et d'arriver lui-même à la bonne conclusion. Le livre est par contre tout à fait contre la perpétuation du mensonge, style face à une question directe "est-ce que le Père Noël existe?", les parents qui répondent "mais oui, bien entendu qu'il existe!".

Bref, tout dépend comment c'est fait. D'une certain façon, cette conception défend l'idée que le Père Noël peut-être une sorte de vaccin pour les croyances ultérieures. On inocule une croyance bénigne, puis on laisse l'enfant raisonner dessus - on l'encourage à le faire - afin qu'il en déduise par lui-même que le Père Noël n'existe pas, et par la suite il pourra appliquer les compétences qu'il a acquises de la sorte sur d'autres croyances, bien plus dangereuses celles-là.

Mais refuser aux enfants - particulièrement au tout petit - le plaisir d'avoir une vie imaginaire sous prétexte que cela pourrait endommager leur esprit critique sur le long terme ne me semble pas la bonne solution, non... C'est lié au fait qu'il est aussi très important de donner une culture religieuse, lorsqu'on veut les éduquer dans une perspective sécularisée. On veut encourager chez eux la réflexion, et pour cela il faut les confronter à ce qu'ils seront amenés à rencontrer dans leur vie d'adulte.

Sceptiquement vôtre,

Jude a dit…

...
23 : moisiversaire (16 mois) de mon gamin
24-25 : Noël
27 : anni d'un ami proche
29 : anni de ma femme
30 : anni de notre mariage civil
31-1 : nouvelle année
+ attente de l'arrivée imminente de mon futur petit neveu franco/polono-japonais
...
A+,
Jude

Agnès a dit…

Bonjour Jean-Michel
je pense qu'au contraire ne pas faire croire au Père Noël à nos enfants leur permet d'exercer leur sens critique. Pourquoi ? Parce qu'ils vont être confrontés à la croyance des autres,quotidiennement, ils vont être obligés soit d'argumenter, soit de se replier (car les adultes veillent à ce que personne ne vienne démystifier ).Mais de toute façon,qu'ils se revendiquent non croyants ou qu'ils se taisent, les enfants non croyants seront obligés d'adopter une posture d'observation. Ils ont en face d'eux des enfants bernés et cela va exciter leur curiosité. Ils vont très vite remarquer les processus à l'oeuvre : le mensonge, la manipulation, le complot. Et les contradictions vont leur sauter aux yeux. Cela leur donne un regard extérieur, avec du recul, qu'aucun enfant croyant au Père Noël ne possède. Quand l'enfant croyant sera enfin mis au parfum, il faudra d'abord qu'il s'en remette, puis il lui faudra faire le chemin mental inverse pour recueillir les indices qui auraient pu le mettre sur la voie de la vérité. C'est en général assez vain, parce que parcouru de trop d'émotions.
Amitiés
agnès