mardi 28 juillet 2009

Sam Harris à propos de la nomination de Francis Collins

Sam Harris a écrit un article pour le "New York Times" à propos de la nomination par Barack Obama de Francis Collins au prestigieux poste de directeur du "National Institutes of Health". Il ne fait aucun doute que Francis Collins - qui fut le responsable du Projet Génome Humain - a les compétences scientifiques nécessaires. Seulement voilà: il est aussi théiste, et prétend dans son ouvrage "The Language of God" que les découvertes de la science rendent l'existence de Dieu plausible.

Dans son article "Science Is in the Details", Sam Harris souligne aussi le problème suivant: Francis Collins prétend que nos intuitions morales affirment l'existence de Dieu. Il s'agit d'une argumentation classique des théistes: le Bien et le Mal existe objectivement, et sont déterminés par Dieu. La connaissance que nous avons de ce qui est moral et immoral a été implantée en nous par notre Créateur...

Francis Collins a de plus affirmé que "la science n'offre aucune réponse aux questions les plus essentielles concernant l'existence humaine" (angl.: "science offers no answers to the most pressing questions of human existence") et "les prétentions du matérialisme athée doivent être résistées fermement" (trad.: "the claims of atheistic materialism must be steadfastly resisted").

Sam Harris conclut son article:
Francis Collins is an accomplished scientist and a man who is sincere in his beliefs. And that is precisely what makes me so uncomfortable about his nomination. Must we really entrust the future of biomedical research in the United States to a man who sincerely believes that a scientific understanding of human nature is impossible?
Traduction:
Francis Collins est un scientifique accompli et un homme qui est sincère dans ses croyances. Et c'est précisément pour cela que je suis inconfortable vis-à-vis de cette nomination. Devons-nous réellement confier le futur de la recherche biomédicale aux Etats-Unis à un homme qui croit sincèrement que la compréhension scientifique de la nature humaine est impossible?

3 commentaires:

dodormir a dit…

Alala, le fameux Projet Génome humain. Son ambition démesurée me pose beaucoup problème.

A propos de la religion et de la science, j'ai rencontré un médecin de l'hôpital Erasme (fille de l'ULB). Il parlait d'euthanasie lors d'une conférence. Et il clôtura en disant qu'il était sûr de ne pas mal faire quand il mettait fin à la vie de ses patients, parce que nous avons le bien inscrit dans nos gènes. (!) Et lui de renchérir encore : "nous faisons le bien d'instinct, c'est inscrit dans nos gènes. L'exemple le plus parlant est celui du chien" ; Donc si je mets fin à la vie des gens, c'est forcément bien, pourrait-on traduire.

Jean-Michel Abrassart a dit…

Bonsoir,

Je n'ai pas de problème avec le Projet Génome humain, l'astuce étant qu'une fois qu'on a établi la carte du génome humain, c'est là que le véritable travail commence, parce qu'il s'agit de l'interpréter - et ce n'est bien évidemment pas une mince affaire!

Par contre je pense que l'idée qu'il existerait une moralité objective - garantie par Dieu - est bien entendu fortement critiquable... En plus cela pose la question théologique suivante: est-ce que cette moralité est bonne dans l'absolu et donc Dieu l'endorse pour cette raison, ou bien est-ce que la moralité est purement un choix arbitraire du Créateur - par exemple Dieu aurait pu créer un univers dans lequel le viol était un Bien? Enfin bon, n'étant pas théiste, je n'ai pas à répondre à cette question.

Nous avons certainement un instinct moral, mais celui-ci a été façonné par l'évolution. On sait que cela peut avoir de drôle de conséquences. L'expérience classique est quand on soumet aux gens le choix moral suivant:

a. un train va entrer en collision avec un groupe d'humains, les tuant tous. Cependant, vous pouvez utiliser un levier pour dévier le train vers des rails où là il ne tuera qu'une seule personne.

b. ou vous êtes sur un pont et vous pouvez pousser une personne devant le train, ce qui le stoppera et sauvera les cinq autres.

Nous avons instinctivement tendance à penser que le levier est une option morale, et qu'il est préférable de sacrifier une personne au bénéfice de 5 autres, mais qu'au contraire pousser la personne (au lieu d'utiliser un levier) est immoral. Pourquoi?

Pourquoi cet instinct moral, et est-il justifié ou justifiable? C'est une question fascinante...

Sceptiquement vôtre,

Jean-Michel Abrassart a dit…

Bonjour,

Un article du "Los Angeles Times" sur ce sujet (en anglais): "Francis Collins: fit to head the NIH?", avec pour (Francisco J. Ayala) et contre (Michael Shermer).

Sceptiquement vôtre,