mardi 14 octobre 2008

Critiques de l'étude sur les EMI de van Lommel & co.

J'ai reçu cette semaine dans ma boite aux lettres le dernier numéro (volume 21, n°2, été 2008) du magazine "The Skeptic Magazine" (UK), dont les éditeurs scientifiques sont Chris French et Lindsay Kallis. Ce numéro contient un excellent article signé de la plume de Jason J. Braithwaite intitulé "Towards a cognitive neuroscience of the dying brain".

Il s'agit d'une longue critique (8 pages!) de la recherche de Pim van Lommel & co. consacrée aux Expériences de Morts Imminentes (EMI), "Near-death experience in survivors of cardiac arrest; a propective study in the Nethelands", qui fut publiée en 2001 dans la prestigieuse revue médicale britannique "The Lancet". Dans les conclusions de son étude, ce chercheur néerlandais et ses collaborateurs affirmèrent que leurs résultats ne pouvaient pas s'expliquer par l'hypothèse du cerveau mourant (angl.: dying-brain hypothesis) et par conséquent apportaient du poids à l'hypothèse survivaliste (angl.: survivalist hypothesis), c'est-à-dire que la conscience survit à la mort du corps. L'article prétend que:

NDE pushes at the limits of medical ideas about the range of human consciousness and the mind-brain relation.


Traduction:

Les EMI poussent à la limite des idées médicales à propos de l'étendue de la conscience humaine et de la relation entre le corps et l'esprit.


Dans son article "Towards a Cognitive Neuroscience of the Dying Brain", Jason J. Braithwaite reprend point par point chacun des arguments de Pim van Lommel & co. et les démonte.: il s'agit en effet d'une démystification en bonne et due forme des conclusions de cette étude. Jason J. Braithwaite souligne que le problème ne se situe pas du côté de la recherche qui a été réalisée par les scientifiques néerlandophones, mais par les conclusions qu'ils en retirent. En effet, les données récoltées sont en réalité tout à fait compatible avec l'hypothèse du cerveau mourant, et donc avec le matérialisme. Je vais ci-dessous reprendre (et puis ensuite traduire) sa conclusion:

The van Lommel study was a major investigation published in a high-impact medical journal that received world-wide coverage. While methodologically speaking the study was well carried out and is a valuable contribution to the field, the interpretations of the findings offered by the authors seem fanciful at best. The logical and factual mistakes in the interpretation of the study seem common to this field of research and show no sign of dissipating. Like many before it, van Lommel et al. study has served to do little more than propagate poor understanding of brain science, which seems common to the survivalist approach. I know of no arguments proposed by the survivalists against the dying-brain hypothesis which actually characterise the dying-brain hypothesis accurately. The van Lommel et al. study was no exception. Such arguments are at least disingenuous and, at most, active attempts to avoid crucial information. If, at the very least, future survivalists attempted to characterise and represent dying-brain hypothesis appropriately before arguing against it, they would certainly be making a unique contribution to the literature from that perspective.

It is important to be clear that van Lommel et al. provided no evidence at all that the mind or consciousness is separate from brain processes. In addition, there were no direct measures of anoxia, and no measures of neuroelectrical brain activity from their patients. Their findings are entirely consistent with contemporary neuroscience and are in line with the general dying-brain account of NDE. As such, this study poses no challenge at all to either psychological or neuroscientific accounts of NDE. From this we can see that their claims of the need for a new science of consciousness (which makes provision for some form of dualism) is unfounded and unnecessary. In the absence of strong evidence for survival, it appears that the position of the survivalists is still one based on faith.


Traduction:

L'étude de van Lommel fut une recherche d'importance publiée dans un journal médical réputé, et dont les résultats furent répercutés dans les médias du monde entier. Si d'un point de vue méthodologique la recherche fut très bien menée et est une contribution utile au domaine, l'interprétation des résultats proposé par les auteurs semble au mieux fantaisiste. Les erreurs logiques et factuelles dans l'interprétation de l'étude semblent être des lieux communs dans ce domaine de recherches et ne montrent aucun signe d'améliorations. Comme beaucoup avant lui, l'étude de van Lommel & co. n'a servit qu'à propager une compréhension approximative des sciences du cerveau, ce qui semble être une habitude chez les tenants de l'approche survivaliste. Je ne connais aucun argument proposé par les survivalistes contre l'hypothèse du cerveau mourant qui représente vraiment de manière exacte l'hypothèse du cerveau mourant. L'étude de van Lommel & co. ne fait pas exception. Ces arguments sont au mieux peu sincères et, au pire, des tentatives volontaires pour éviter des informations cruciales. Si au moins les futurs surivalistes pouvaient tenter de représenter et de définir l'hypothèse du cerveau mourant de manière correcte avant d'argumenter contre elle, ils feraient certainement de ce point de vue une contribution sortant du lot à la littérature.

C'est important d'être clair sur le fait que van Lommel & co. ne fournissent absolument aucune preuve que l'esprit ou la conscience est séparée des processus cérébraux. De plus, il n'y a pas eu de mesure directe de l'anoxie, ni de l'activité neuro-électrique cérébrale de leurs patients. Leurs résultats sont totalement cohérents avec la neuroscience contemporaine et sont compatibles avec l'explication des EMI par la mort cérébrale. En tant que telle, cette étude ne pose absolument aucun défi aux explications psychologiques ou neuroscientifiques des EMI. De tout cela nous pouvons conclure que leur affirmation de la nécessité d'une nouvelle science de la conscience (qui ferait de la place à une certaine forme de dualisme) est infondée et superflue. En l'absence de preuves solides de la survie [de la conscience à la mort du corps], il apparait que la position des survivalistes est toujours basée sur la foi.


Référence: Braithwaite, J. J. (2008). Towards a cognitive neuroscience of the dying brain. The [UK] Skeptic, 21(2), 8-16.