
Cioran (1911-1995)
La psychanalyse peut être considérée avec quelque raison comme la pseudoscience ayant obtenue le plus de crédit(s) au cours du XXe siècle, succédant dans ce palmarès au spiritisme, qui tenait la corde jusqu’à
En toute modestie, Freud s’est lui-même d’emblée placé dans la lignée des grands conquistadors de la science, tels Copernic et Darwin, qui ont bouleversé l’image que l’homme avait de lui-même.
La réalité est tout autre. Aujourd’hui, aux yeux des scientifiques et des honnêtes hommes, « le père de la psychanalyse n’apparaît plus comme un savant intègre, un courageux chercheur de la vérité. Il était un homme très ambitieux, peu scrupuleux, avide de gagner de l’argent, autoritaire, rancunier, superstitieux, paranoïde. Il a fondé un groupe de disciples cultivant la psychologie du juste persécuté. Le plus grave, pour nous, ne sont pas ces comportements (peu importe l’homme, du moment que ses idées sont fondées), mais les mensonges concernant le matériel clinique. Freud a menti quant à ses succès thérapeutiques, il a inventé des patients, il a développé un art de spéculer sans faits réellement observés. Sa doctrine est fondée sur un mélange inextricable de faits, d’interprétations et de falsifications. Les travestissements de la réalité sont hélas devenus coutumiers dans le mouvement psychanalytique. » (Jacques Van Rillaer)
Jacques Bénesteau, psychologue clinicien et auteur de Mensonges freudiens, histoire d’une désinformation séculaire, enfonce le clou : « Depuis cent ans, aucun travail n’a pu apporter une preuve acceptable du rôle étiopathogénique d’un conflit sexuel refoulé dans l’enfance et susceptible de rendre compte d’une morbidité rencontrée ensuite à quelque moment que ce soit dans le reste de l’existence. Aucune étude à ce jour n’a pu montrer que le traitement psychanalytique standard est plus efficace que la simple suggestion. Aucune recherche ne permet d’accepter les prétentions de la psychanalyse à décrire et expliquer dans son édifice théorique le développement normal ou pathologique. Pas une seule des prévisions intrinsèquement psychanalytiques n’a été confirmée dans quelque dimension que ce soit car toutes ont été démenties. Enfin, Sigmund Freud, prétendant à l’originalité et à l’innovation révolutionnaire, se réclama de fondements biologiques déjà dépassés et rejetés par la science de son époque, au moment même où il publia ses réflexions, et n’a jamais intégré une nouvelle connaissance indépendante de la psychanalyse. »
Comme les autres pseudosciences, la psychanalyse repose sur un petit noyau dur de cas, qui ont généré une littérature extraordinairement abondante : ici, les grands classiques se nomment Anna O., Dora, le Petit Hans, l’Homme aux rats, le Président Schreiber et l’Homme aux loups. Chacun de ces cas cliniques sur lesquels s’est penché Freud à la charnière du XIXe et du XXe siècle s’est en réalité soldé par un lamentable échec, maquillé en grand succès thérapeutique.
A titre d’exemple, la pauvre Anna O., présentée comme la première analysée de l’histoire et censée avoir été à l’origine des découvertes les plus décisives, deviendra, après être passée entre les mains d’un ami du Docteur Freud, droguée (morphinomane) et si mentalement perturbée qu’elle devra être internée en hôpital psychiatrique (pour une étude critique du cas fondateur de la psychanalyse, voir Mikkel Borch-Jacobsen, Souvenirs d’Anna O. Une mystification centenaire, 1995)… Quant à l’infortuné Homme aux Loups, prétendument guéri successivement de plusieurs maladies mentales, il a été traité après le Maître par une dizaine d’autres psychanalystes pendant près de 70 ans, jusqu’à sa mort, et jamais amélioré, tout au contraire ! (L’analysant se verra proposer une pension de 1 000 dollars par mois sur les fonds des Archives Freud en échange d’une interdiction de parler en public sans l’accord des analystes officiels !)
Freud lui-même puis les gardiens du temple psychanalytique se sont ingéniés tout au long du siècle écoulé à dissimuler cette déroute thérapeutique et théorique apparue d’emblée, avec hélas un certain succès. Il faut dire qu’ils n’ont jamais lésiné sur les moyens : réécriture mensongère des débuts de l’histoire du mouvement, destructions concertées ou caviardages de documents compromettants, interdictions de consultation aux chercheurs indépendants de nombreux autres documents (une grande partie de la correspondance de Freud et des Minutes de
Pour Van Rillaer, lui-même ancien psychanalyste devenu sceptique, « jusqu’au début des années 1910, Freud a cherché à faire partie du monde des chercheurs scientifiques de la psychologie et de la neurologie ». Mais il a constamment échoué à démontrer à ses pairs la valeur scientifique de ses travaux : « En 1913, l’Association allemande de psychiatrie a organisé un congrès, à Breslau, au cours duquel il fut surtout question de psychanalyse. Le professeur Emil Kraepelin y expliqua que « ce qui est bon en elle n’est pas neuf et vient essentiellement de Janet » (Borch-Jacobsen & Shamdasani, 2006, p. 138). Hoche, qui avait fait une enquête sur les résultats thérapeutiques de la psychanalyse, concluait dans un sens très négatif. Il allait jusqu’à dire que la psychanalyse faisait souvent plus de tort que de bien. Il disait qu’elle « était de la vieille technique suggestive sous de nouveaux habits pseudoscientifiques » (id., p. 137). »
N’ayant pu faire illusion auprès de la communauté scientifique de l’époque, « à partir des années 1910, Freud est devenu un homme d’affaires et un chef de secte ». De ce point de vue, Sigmund Freud se rapproche alors beaucoup plus d’un redoutable mystificateur comme L. Ron Hubbard, le créateur de la dianétique puis de la scientologie, que d’un génie scientifique en proie à l’incompréhension de ses contemporains, comme Darwin, ainsi que se plaisent à le présenter ses hagiographes.
Laissons à Jacques Bénesteau le soin de conclure ce billet : « Sigmund Freud fut à mon avis, comme pour Robert Wilcocks et Frederick Crews, un génie de la rhétorique, et nous n’arrêtons pas de dénicher les preuves de sa monumentale prestidigitation. L’être humain marche, non pas au nom de la vérité, mais sous la pression de la croyance. Il en a besoin. C’est vital. L’irrationnel lui confère une énergie colossale, souvent pour le pire, quelquefois pour le meilleur. Et Freud a su fabriquer le mythe exact qui convenait à une époque, le valoriser, l’insérer dans toute une culture, et mobiliser des foules autour de lui. […] Il appartiendra aux spécialistes des croyances, sinon des religions, de comprendre comment une telle mythologie a pu s’épanouir si longtemps dans nos consciences et si profondément dans la société. Pour le reste, la science a condamné l’édifice avec autant de vigueur que les historiens qui se sont penchés sur ce mouvement, ses mensonges et ses légendes. Mais la science rationnelle n’a aucune prise sur les croyances, qui, tels les dieux de l’antiquité, ne meurent que par l’usure du temps, la disparition des prêtres et l’oubli. Un jour vient où l’on n’en parle plus, voilà tout. »
5 commentaires:
Bonjour,
Ma position en ce qui concerne la théorie psychanalytique, et tout particulièrement l'œuvre de Freud, est qu'elle relève de l'anthropologie philosophique. Selon moi, elle devrait donc être étudiée uniquement en faculté de philosophie, et non plus en psychologie; la psychologie ayant la volonté de "faire science".
En ce qui concerne la psychanalyse en tant que thérapie, je déconseille une approche qui coute très cher et dont l'efficacité est très loin d'être prouvée. Durant mes études de psychologie, j'ai choisi comme spécialisation les Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC) , qui sont clairement plus enracinées dans la démarche scientifique.
Sceptiquement vôtre,
j'ai choisi comme spécialisation les Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC) , qui sont clairement plus enracinées dans la démarche scientifique.
A mon tour d'être sceptique, selon votre CV, votre spécialité est la psychologie de la religion.
lien vers votre CV.
http://www.blogger.com/profile/07727238103453031813
Bonsoir,
Je pense qu'il va vraiment falloir que j'étoffe mon profil...
Durant mes études de psychologie, mon option s'intitulait "Psychologie clinique : émotions, cognitions et comportements", et donc se situait dans le champ clinique, avec une emphase sur les TCCs.
Par contre, mon mémoire de fin d'études fut sur le modèle sociopsychologique du phénomène ovni. Après avoir terminé mes licences (équivalant en Belgique, et avant la réforme de Bologne, à une maitrise - ou si vous préférez 5 ans d'études après la fin du secondaire supérieur), j'ai continué dans cette voie en faisant un Diplôme d'Études Approfondies (DEA) en psychologie de la religion.
Donc pour être vraiment précis, en résumé, mon option durant mes études fut les TCCs, mais ma spécialisation, particulièrement durant mon DEA, fut la psychologie de la religion.
Et après cela j'ai encore fait une agrégation en philosophie, mais c'est une autre histoire.
J'espère que cela éclaire les choses...
Sceptiquement vôtre,
Donc la psychanalyse n'est pas dans votre domaine de compétence, de plus votre propos est extrêmement réducteur pour vous la pshychanalyse c'est Freud, Quid de Françoise Dolto, Jacques Lacan, Mélanie klein?
Bonjour,
Pour savoir ce que je pense de la psychanalyse, voir mon billet Questions des lecteurs - 11.
Sceptiquement vôtre,
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