mardi 24 février 2015

Transcription de l'épisode #253: La zététique version Broch

Ceci est la transcription de l'épisode #253: La zététique version Broch du balado Scepticisme scientifique. Un tout grand merci à Jérôme pour avoir réalisé cette transcription.

Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler un peu d’Henri Broch et de la Zététique version Broch. La raison pour laquelle j’ai décidé de le faire, c’est clair, ce n’est pas un secret que je ne suis pas un très grand fan d’Henri Broch, c’est un sujet que j’ai tendance à éviter dans le podcast ou sur mon blog, mais j’ai eu récemment des discussions sur Twitter ou aussi en face à face avec pas mal de gens… Bon, à un certain moment je pense que je dois en parler clairement sur le podcast plutôt que de tourner autour du pot. Alors c’est vrai que c’est un peu un sujet qui fâche surtout forcément du coté français parce qu’il y a un aspect très émotionnel connecté à cela, si on est devenu un sceptique ou un zététicien en lisant Broch on peut avoir un attachement émotionnel. Après c’est toujours la question de la critique en interne au mouvement, en principe on est tous pour dire : « Oui on doit pouvoir se critiquer les uns les autres », et en pratique quand on le fait ça se passe généralement mal parce qu’on est des êtres humains comme tous les autres.

Ceci étant dit, j’avais juste envie de mettre un peu à plat certaines choses qui font que je ne suis pas un très grand fan d’Henri Broch en essayant de les expliquer le plus calmement et le plus simplement possible. Evidemment ça n’engage que moi, ça n’engage absolument pas ni Nicolas Gauvrit ni Thomas Guiot ni n’importe quelle autre personne avec qui j’ai travaillé sur ce podcast.

Pour revenir un peu en arrière, j’ai découvert la zététique version Broch durant mes études universitaires et de manière assez parlante, j’avais lu son ouvrage « Le paranormal » qui était sorti à l’époque mais qui ne m’avait pas convaincu. C’est pour ça que je ne suis pas devenu un sceptique ou un zététicien via Broch, mais plutôt en interagissant sur Internet avec Eric Maillot qui a probablement été le premier à m’initier au scepticisme puis Jacques Scornaux, enfin ce sont tous les ufosceptiques dont je vous parle qui m’ont plus convaincu de l’intérêt de la démarche sceptique, et quand je suis allé aux Etats-Unis, là j’ai découvert Skeptical Inquirer, le Skeptic Magazine, etc. Et donc c’est plutôt à ce moment-là que j’ai commencé à me dire sceptique. Un aspect important qui va revenir dans cette discussion est que moi ce qui m’a toujours intéressé c’est l’étude scientifique du paranormal, sur le phénomène ovni ou le reste, mais je vais aborder avec vous aujourd’hui les points qui me dérangent à propos de Broch, et j’envisagerai certains contre arguments parce que j’en ai souvent discuté avec des gens qui défendent Broch et je connais les contre arguments classiques.

Donc le premier c’est l’absence de publication scientifique.
Le deuxième c’est la nature incohérente du projet zététique.
Le troisième c’est la question de l’enseignement de la pédagogie de l’esprit critique, comment on enseigne l’esprit critique aux gens.
Le quatrième point c’est le « Prix-Défi », qu’est-ce que le Prix-Défi peut prouver ou ne pas prouver.
Le cinquième point, et là c’est plus pour révoquer un contre argument en fait, c’est ce qu’a écrit ou fait Henri Broch était valable dans les années 1980 parce que dans ces années il n’y avait que lui qui faisait ça. Donc je dirais que c’est une question de temporalité. Le contre argument qu’on m’oppose c’est toujours de dire : « Oui mais dans les années 1980, bla bla bla… »
Et puis je terminerai en disant un truc que j’aime bien chez Broch (rires), il y a quand même évidemment des tas de trucs que j’aime bien chez Broch, mais je pense qu’il ne faut quand même ne pas faire l’impasse sur le reste.

Donc le premier point c’est l’absence de publication scientifique.

A ma connaissance, bon j’ai peut-être loupé un article, mais je parle ici d’article, on va y revenir, mais la zététique on peut la voir comme deux choses : comme une pédagogie de l’esprit critique ou comme l’étude scientifique du paranormal, on en reparlera dans le second point, mais on va dire sur ces deux sujets-là : Est-ce qu’Henri Broch a publié beaucoup d’articles dans des revues scientifiques à comité de lecture ? Puisqu’en fait c’est toujours la question, on se présente comme un expert dans un domaine, donc la question c’est de savoir s’il est un expert, ce sont des sujets qu’on a couvert sur le balado, le problème c’est qu’il ne faut pas faire deux poids deux mesures, on dit : « Oui, mais tel auteur ne fait pas de publications dans les domaines sur lesquels il communique dans les médias de masse », la question se pose aussi pour les sceptiques. Dans quelle mesure les sceptiques qui s’expriment sur les sujets sont des experts eux-mêmes ? Broch, à ma connaissance a au moins publié un article qui s’appelle « Les prisons de l’esprit », de mémoire je l’ai vu dans son livre « Le paranormal », il l’a remis dans un chapitre de « Devenez sorciers devenez savants », il l’a publié dans la revue « Agone » et je crois l’avoir vu passer en anglais dans la revue Skeptical Inquirer. Donc c’est un article qu’il a vraiment bien capitalisé, je pense qu’il l’a publié au minimum trois fois dans trois endroits différents. Donc c’est un article dans lequel il se plaint que les gens croient de plus en plus au paranormal, même dans les milieux universitaires, et en fait c’est une analyse de résultats que deux autres sociologues (Daniel Boy et Guy Michelat) ont récolté, donc il a repris les données de ces sociologues et il les a ré analysé en les commentant selon l’approche classique de dire : « Les gens sont irrationnels etc… ». Donc ce ne sont pas des données qu’il a récolté lui-même, il a refait des analyses sur les données récoltées par les deux autres. Voilà, ce n’est ni vraiment un article de pédagogie critique ni un article sur le paranormal, c’est sur la croyance au paranormal donc ça relèverait de la psychologie de la religion ou de la psychologie anomalistique mais il ne l’a publié que dans des livres, mais si on veut être un peu plus généreux on va considérer qu’Agone et Skeptical Inquirer sont des revues scientifiques ce qu’elles ne sont pas vraiment, il n’y a pas vraiment de peer review. S’il l’avait publié dans une revue de psychologie de la religion ou de psychologie anomalistique ça aurait été déjà mieux. Donc voilà, à part ça je n’ai pas vu passer grand chose au cours des années, en tout cas en terme de publications strictement scientifiques.

On va me dire « Oui, mais ce n’est pas grave », en fait si c’est grave, par exemple quand je critique Auguste Messeen sur les ovnis, il fait des tas d’affirmations à propos du phénomène ovni et un de mes contre arguments classique c’est de dire : « Oui mais il n’a rien publié dans les revues scientifiques en peer review, il a juste publié dans des revues ufologiques ou dans des livres, comme celui de la COBEPS par exemple ». Donc si c’est un argument qu’on utilise contre les tenants de certaines hypothèses en ufologie ou en parapsychologie etc., je vois mal pourquoi ça ne pourrait pas être un problème de l’autre côté, contre argument classique.

Deuxième contre argument : c’est pas grave parce que Broch est juste un vulgarisateur. Ok, ça peut être un argument mais il faudrait voir si c’est clair dans l’esprit des gens que c’est juste un vulgarisateur et le problème aussi c’est qui vulgarise-t-il ? Parce qu’à ce moment-là s’il vulgarise les travaux d’autres personnes, dans quelle mesure est-ce que c’est clair pour les lecteurs ? Est-ce qu’il le fait bien ? Là ça devient un problème récurrent dans ses livres, il y a peu de références, par exemple dans « Devenez sorciers devenez savants » il n’y a pas tellement de sources, c’est très peu référencé. Je vous invite à comparer avec un livre comme celui de Michel de Pracontal, « L’imposture scientifique en dix leçons » par exemple, il vulgarise, il fait de la revue de littérature, il présente certaines thématiques, mais c’est blindé de sources, on sait très bien de qui il prend quelles idées etc. De toutes façon si on dit : « Ok c’est juste un vulgarisateur », ça remets les choses en perspective, mais je ne suis pas sûr que tout le monde ne se l’imagine comme ça.

La nature incohérente du projet zététique.

Alors c’est la question de savoir ce qu’est la zététique, c’est même un problème avec le scepticisme en général, mais c’est encore plus fort, cristallisé dans la zététique avec un double projet qui est d’un côté l’enseignement de la pensée critique et de l’autre l’étude scientifique du paranormal.

Alors quand j’aborde ce point on me dit : « Mais non, c’est clair, en fait la zététique c’est juste l’enseignement de la pensée critique ». Si vous prenez la thèse de Richard Monvoisin, il va vous expliquer que la zététique c’est une méthode d’enseignement de la pensée critique, moi j’aime toujours ajouter : « Une méthode parmi d’autres d’enseignement de la pensée critique ». Evidemment si on me dit ça je suis d’accord, mais alors si le but c’est d’enseigner la pensée critique pourquoi consacrer ses livres au paranormal ? Evidemment c’est une idée qu’on retrouve chez certains sceptiques américains, c'est-à-dire que le paranormal serait une « Gateway drug » c'est-à-dire une drogue qui fait passer à une autre drogue, par exemple on prend du cannabis et ça nous ferait passer à l’héroïne, et donc le paranormal ne serait qu’une excuse pour introduire les gens à la pensée critique ou à la méthode scientifique, etc. Mais ça me pose problème à différents niveaux parce que ça veut dire clairement que la zététique ce n’est pas l’étude du paranormal, alors quand je dis ça on me dit : « Mais oui c’est évident que ce n’est pas l’étude scientifique du paranormal ». Ok, c’est encore quelque chose que le lis et entend régulièrement, ça fait partie des phrases du type « la zététique c’est l’art du doute », « c’est l’étude scientifique du paranormal ». Non en fait la zététique c’est une méthode pédagogique de l’enseignement de la pensée critique, ça c’est ce que la zététique est vraiment. Et alors l’approche gateway drug ça m’a toujours dérangé parce que moi ce que je défend c’est pratiquement la position inverse, c’est que l’étude scientifique du paranormal devrait être une étude d’un sujet comme un autre, ça ne devrait pas être fait dans l’objectif d’initier les gens à la pensée critique ou d’introduire les gens à la méthode scientifique etc. Le paranormal est un sujet comme un autre, il devrait être étudié de la même façon.

Donc sur le plan de la démarche je ne suis pas d’accord, je pense qu’un des problème c’est justement que l’étude scientifique du paranormal a sociologiquement une connotation particulière, mais même sur le fond est-ce qu’enseigner la pensée critique via le paranormal ou le débat sur le paranormal est une bonne idée ? Ce serait une bonne idée si le débat sur le paranormal était facile et aisé je dirais, mais le problème c’est qu’une fois qu’on rentre réellement dans le débat, c'est-à-dire qu’on dépasse un petit peu les réponses simplistes, eh bien c’est un débat extrêmement complexe. Si on commence à parler des méta analyses, de l’épistémologie bayesienne, etc., les discussions qu’il y a réellement actuellement autour de la parapsychologie et de l’existence du psi. On n’est plus vraiment dans des débats faciles, ça ne me parait pas être le genre de choses qu’on va forcément aborder si le but c’est d’enseigner la pensée critique aux gens.

Ce qui nous amène au troisième point qui est :
La question de la pédagogie de l’esprit critique.

Une des choses que l’on retrouve en zététique c’est un ensemble d’effets, ne me demandez pas de connaître les noms, j’ai toujours trouvé les noms relativement ridicules et sans intérêt. Ces listes d’effets, évidemment on nous présente comme faisant partie de la méthode scientifique alors qu’en réalité pour moi ça relève clairement de la philosophie. Mais il y a une discipline qui faisait ça bien avant que la zététique n’arrive, c’est simplement la philosophie, tous ces effets viennent juste de la logique qui est un domaine classique de la philosophie. Comment penser correctement c’est classiquement ce qu’on fait en logique, en rhétorique, ce sont des domaines classiques de la philosophie, on n’a pas besoin de la zététique pour ça. L’intérêt de rebaptiser d’un nom plus entre guillemets « simple » certains raisonnements fallacieux qu’on identifie en philosophie… Le problème c’est que les nouveaux noms ne sont pas forcément plus transparents que les anciens, style « effet bi standard », « effet paillasson », il faut quand même lire la description pour savoir à quoi ça correspond, donc je ne suis pas convaincu. La question c’est : comment est-ce qu’on doit enseigner la pensée critique aux gens ? Je pense que l’enseignement de la pensée critique vient nécessairement par l’enseignement de la philosophie en fait, et au niveau des méthodes maintenant il y a la pratique de la philosophie avec les enfants et d’autres choses. Le problème des listes d’effets c’est que ça présente des réponses simplistes à des questions complexes ce qui est toujours le problème selon moi. Par exemple on a l’impression que le Rasoir d’Ockham s’applique comme ça, voilà, c’est facile ça résout tous les problèmes, alors qu’employer le Rasoir d’Ockham est extrêmement compliqué, il faudrait qu’on en reparle un autre jour, mais ça n’a rien de simple en fait. C’est comme de dire : « La méthode scientifique rejette d’office le surnaturel à cause du naturalisme méthodologique », c’est super, c’est toujours des sortes de raccourcis cognitifs, c’est un peu ce que j’aime à appeler du vocabulaire de Bruno Latour « des mensonges aux enfants », ce sont des réponses faciles mais qui ne problématisent rien. Par exemple : Pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas étudier le surnaturel d’un point de vue scientifique ? Il y a des épistémologues qui défendent qu’en fait on peut étudier le surnaturel d’un point de vue scientifique, simplement le surnaturel a échoué au test. En fait c’est empiriquement qu’on a rejeté le surnaturel et pas sur un principe à priori. Donc en fait il y a moyen de réfléchir sur tout ça, mais ces listes d’effets donnent l’impression que : « Oh voilà… », on a eu un peu ça dans une des dernières vidéos de Lazarus : « Oh comment est-ce que vous savez qu’il n’y a pas eu de complot lors du 11 septembre 2001 ? Eh bien c’est simplement parce que vous appliquez le Rasoir d’Ockham ». Il y a une explication complexe, la théorie de la conspiration, une hypothèse simple, celle que les évènements se sont déroulés tels que les historiens du consensus scientifique classique le considèrent donc il faut choisir… Tout ça est trop simpliste. Le problème aussi est : qu’est-ce qu’on entend par rationalité et esprit critique ? Moi je dis toujours : « On est obligé d’enseigner aux gens la complexité des débats », si on leur donne un permis de conduire dans une pochette surprise ça ne fonctionne pas. Les réponses faciles c’est un peu comme : « Donne un poisson a un homme et il mangera un jour, apprend lui à pêcher et il mangera tous les jours ». Les réponses faciles c’est un peu comme si on lui donnait un poisson maintenant : « Oh je te donne un raccourci, rejette les théories de la conspiration avec le Rasoir d’Ockham, pouf pouf ! Voilà c’est bon ! ». Oui mais on ne lui a pas réellement appris à penser de manière critique. Penser de manière critique c’est un chouya plus compliqué que ça.

Ce qui nous amène ensuite à :
La question du Prix-Défi.

C’est un argument qui est invoqué par pas mal de gens pour dire : « La parapsychologie se dit scientifique et le Prix-Défi a prouvé que le paranormal n’existe pas ». C’est encore une fois un peu dans des raccourcis comme ça. Bon, basiquement dans les choses qui me dérangent à propos du Prix-Défi, chez Broch particulièrement, c’est qu’il n’y a pas grand-chose de publié. Si vous avez un rapport qui détaille les méthodologies et résultats de toutes les expériences qui ont été réalisées dans le Prix-Défi envoyez moi le pdf, je le lirai avec attention, mais à ma connaissance, en terme de publication il n’y a pas grand-chose. En gros on doit croire sur parole : « Voilà, j’ai fait des tests, j’ai rien trouvé », et quand je parle de publication, je ne suis pas encore dans des publication scientifiques, ce serait déjà pas mal qu’on ait un compte rendu de toutes les expériences et leurs résultats, par exemple. Si vous regardez du côté du CNEGU, le groupe d’ufologues auquel je participe, quand ils font l’Opération SAROS ou les recherches qu’ils ont mené ils font des rapports extrêmement détaillés de tout ce qui a été fait, c’est pas super gai à lire mais, je veux dire, l’information est là, quelque part. Pour le Prix-Défi de Broch, on ne sait pas trop ce qui a été fait, comment ça a été fait… Pour James Randi c’est déjà un peu mieux parce qu’il a quand même publié certains comptes rendus dans Skeptical Inquirer, Skeptic Magazine, sur le Net et puis il a réalisé certains des tests en public à TAM, etc., donc il y a un peu plus de transparence même si ce n’est pas encore optimum. Alors de manière amusante on attend un livre des deux côtés, James Randi a annoncé un livre qui parlerait du Prix-Défi de manière détaillé et qui devrait être écrit par un de ses collaborateurs mais à ma connaissance il n’est pas encore sorti, je pense que chez Broch j’avais aussi vaguement entendu parlé d’un livre de ce type-là qui à ma connaissance n’est jamais sorti. En plus maintenant Broch a quand même la collection « Une chandelle dans les ténèbres », mais de toute façon, un pdf, tu le mets sur un site Internet, c’est ce que fait la bande du CNEGU, mais il faut rédiger le document, ça c’est une chose. De toute façon on n’a pas d’informations de ce type-là sur toutes les expériences, en tout cas sur la grande majorité des expériences on ne sait pas ce qui a été fait, mais bon évidemment même si on publie un pdf, ce n’est pas publié dans la littérature scientifique. Ça aurait été pas mal que Broch ait publié dans des revues de psychologie anomalistique ou de parapsychologie certaines expériences qui ont été menées. Bon là on revient sur la question du manque de publications scientifiques.

Puis bon, le Prix-Défi évidemment ça a plus une valeur rhétorique dans le mouvement sceptique qu’une valeur vraiment scientifique, je vais rapidement expliquer pourquoi. Parce que simplement, la science, quand on lit l’épistémologie de la méthode scientifique il n’y a jamais un chapitre sur « Les Prix-Défi dans la science », ce n’est pas quelque chose qui se pratique dans la méthode scientifique, c’est quelque chose qui se pratique presque uniquement dans le débat autour du paranormal. Rien que pour ça c’est problématique. Pourquoi est-ce que le paranormal serait un domaine différent ? C’est un contre argument de base, mais je veux dire que c’est généralement un raccourci cognitif de dire : « Voilà, le Prix-Défi existe ou a existé, en tout cas celui de James Randi existe toujours, si il y avait quelqu’un qui avait vraiment un pouvoir paranormal il aurait réussi le test, donc le paranormal n’existe pas », ça permet de tenir ce raisonnement-là qui tient comme je vais le préciser, moyennement la route.

L’intérêt des Prix-Défi, je l’ai même récemment mentionné sur le balado, c’est la protection du consommateur et c’est très bien, car je ne suis pas contre les Prix-Défi, je suis pour les Prix-Défi pour autant qu’ils soient bien cadrés et qu’on sache bien de quoi on parle. C’est vrai que si quelqu’un fait une publicité d’un certain type et dit : « Je suis capable de faire ceci ou cela », ça vaut la peine de tester la publicité en question et voir s’il est vraiment capable de faire ceci ou cela. Et donc dans une optique de protection du consommateur, si un voyant dit : « Je suis capable de fournir tel service que je fait payer à mes consommateurs », eh bien on peut le tester et voir si ce qu’il nous vend mérite l’argent qu’il demande pour le service donné. Donc dans cette optique-là qui est une optique légèrement différente d’une optique purement scientifique, je suis à 200% pour les Prix-Défi dans cette optique de protection du consommateur.

Alors les problèmes au niveau de l’argumentation que le paranormal n’existe pas à cause du Prix-Défi, c’est que ça teste ce que les pratiquants (voyants, sourciers…) pensent être capable de faire, et évidemment il se pourrait très bien que les capacités paranormales ou que les phénomènes paranormaux existent sans que les individus qui se prétendent voyants etc. ne soit capable d’évaluer objectivement leurs propres capacités, c’est tout à fait possible. L’un n’implique pas l’autre, déjà tous les parapsychologues acceptent l’idée qu’il y a des pseudo voyants, des faux médiums, donc ça ce n’est même pas discuté, c’est le consensus, tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a des faux voyants, des faux médiums, des gens qui simulent par des techniques de mentalisme des dons paranormaux. Mais donc au-delà de ça la question théorique en fait c’est de dire : est-ce que si le psi existe (la perception extrasensorielle, psychokinèse, etc.), est-ce que certaines personnes seraient capables d’évaluer l’aptitude des candidats à utiliser ces capacités ? Ça n’a rien d’automatique en fait, on pourrait très bien imaginer que le psi existe et qu’il se manifeste d’une manière tellement chaotique et imprédictible ou incohérente que personne ne soit vraiment capable d’évaluer la capacité d’un candidat à l’évaluer, ou que les gens comme les médiums, parce qu’ils mélangent le psi avec des techniques de mentalisme s’illusionnent sur leurs capacités réelles. Donc finalement le Prix-Défi ne prouve pas que le psi n’existe pas, et ce n’est même pas sa fonction, comme je l’ai dit la fonction d’un Prix-Défi sceptique c’est la protection du consommateur. La question n’est pas de déterminer si les capacités paranormales existent, la question est de savoir si quelqu’un qui fournit un service est capable de réaliser ce service.

Donc c’est vrai qu’en parapsychologie il y a deux grandes manières d’aborder les choses, il y a les techniques des Prix-Défi, tester les voyants etc., et puis étudier le psi de manière séparée. Classiquement les sceptiques préfèrent la première version et ceux qui ne sont pas trop du mouvement sceptique préfèrent l’autre version. Moi je suis pour les deux versions, je pense que les deux ont de l’intérêt, la ligne de démarcation idéologique entre les deux méthodes n’a pas de sens selon moi, je pense que la version « protection du consommateur » a de l’intérêt parce qu’il faut protéger les consommateurs. Le marché de la voyance est un énorme marché qui rapporte énormément, si les voyants affirment des choses qu’ils ne sont pas réellement capables de fournir c’est un problème. Mais essayer de voir si le psi existe réellement, ça c’est un tout autre domaine, c’est une autre question qui n’est pas connectée à la première.

Tout ce que je viens de dire est aussi en relation avec un dernier point qui est que finalement mon impression, au fil des années, je n’ai pas découvert ça lorsque j’ai lu Broch la première fois, mais quand je lis Broch j’ai l’impression que :
Premièrement sa connaissance de la littérature parapsychologique n’est pas très importante, qu’il n’est pas aussi expert qu’il a l’air de vouloir se présenter.
Et deuxièmement j’ai l’impression qu’il présente de manière largement incorrecte le débat scientifique sur la nature du paranormal, c'est-à-dire que les auteurs que je lis, même sceptiques comme Ray Hyman, Richard Wiseman ou Chris French présentent les choses très différemment. Je veux dire par exemple : dire qu’il n’y a aucune preuve de l’existence du paranormal, je ne sais pas si Broch le dit clairement comme ça mais c’est quand même le message qu’on retire, dire que la parapsychologie c’est de la pseudo-science, tous les résultats parapsychologiques s’expliquent par la fraude, l’incompétence etc. L’idée qu’il n’y a absolument aucun élément qui donnerait à penser que d’authentiques phénomènes paranormaux existent, c’est faux, il y a eu des publications depuis la fondation de la Société pour la recherche métapsychique en Angleterre jusqu’à aujourd’hui, des résultats qui semblent suggérer qu’il existe bien d’authentiques phénomènes paranormaux. Alors on peut être très sceptique de ces résultats mais c’est très différent de dire qu’il n’y a absolument aucun élément qui donnerait à penser que d’authentiques phénomènes paranormaux existent.

Encore une fois, si vous lisez ce que dit un Chris French, qui reste quand même mon auteur favori dans ce sujet à l’heure actuelle, c’est quand même beaucoup plus nuancé que ça. Dans un article récent de Wagenmakers « Skeptical eye on psi », un œil sceptique sur le psi, il explique que si on prend les résultats actuels fournis par les parapsychologues pour l’existence du psi et qu’on les regarde… par exemple moi je les regarde avec l’entraînement de base qu’on m’a donné en statistiques et en psychologie, eh bien je devrai conclure que le psi existe, ils ont des méta analyses positives, les résultats qu’ils donnent semblent convaincants. Alors on rejette ces résultats pour d’autres raisons, c'est-à-dire que bien sûr on sait que le paranormal n’existe pas (rires), mais Wagenmakers lui comme il est sceptique il va dire : « Oui mais en fait on peut postuler que soit cela montre le problème de la manière dont on utilise les statistiques en psycho », donc ça c’est un argument classique qui date depuis très longtemps : si les parapsychologues arrivent à prouver statistiquement l’existence du psi c’est qu’il y a un problème avec les stats parce qu’on sait tous que le psi n’existe pas. Et évidemment l’autre possibilité que dit Wagenmakers c’est : « On utilise des statistique bayesiennes et alors on utilise une plausibilité antérieure très faible à cause du manque de mécanisme (on ne sait pas comment le psi fonctionnerait d’un point de vue physique) et donc si on utilise une plausibilité antérieure très faible, même les résultats actuels de la parapsychologie ramènent à une probabilité que le psi existe réellement assez faible ».

Enfin bref, là de nouveau je rentre dans les vrais débats sceptiques sur l’existence du psi mais c’est un autre débat, ce sont de vraies discussions sur le débat en parapsychologie mais ce n’est pas le genre de choses qu’on retrouve chez Broch, c’est ça que je veux dire. J’ai l’impression que comme il ne présente pas tous ces contre arguments… Mais on va me dire : « Oui mais ça date des années 1980, bla bla bla », ce qui est le point suivant dans ma discussion, mais déjà dans les années 1980 Rhine avait déjà fait des tas de travaux, il y avait déjà des choses à discuter autres que ce que Broch discute, encore une fois la société métapsychique anglaise date de la fin du 19ème siècle, il y avait une littérature surabondante. Bon évidemment je suis bien conscient que c’était l’ère d’avant Internet, qu’il était plus difficile de se procurer certains documents, ok, mais bon ça revient toujours à dire : « Ce qu’il écrivait était ok dans les années 1980 mais pas ultérieurement », bien que je pense qu’il aurait pu s’abonner à la revue de la société pour la recherche métapsychique anglaise ou l’association parapsychologique américaine et recevoir la revue s’il était vraiment motivé pour lire cette littérature. Mais bon c’est toujours le contre argument de la « bulle temporelle » : ce qu’il a fait c’était super dans les années 1980, c’est le point suivant dans ma discussion.

Ce que faisait Broch c’était super dans les années 1980.

Ce contre argument est vrai pour les années 1980, c'est-à-dire que, ok, je veux bien admettre, c’est vrai, ce qu’il faisait dans les années 1980 dans le monde francophone : il était le seul à essayer d’introduire le scepticisme scientifique. Mon point c’est toujours un peu de savoir s’il l’a bien introduit ou pas mais ça c’est un autre problème. Donc évidemment aux Etats-Unis, Martin Gardner le fondateur du mouvement septique contemporain américain, c’est les années 1950, Houdini avant ça, donc évidemment Broch n’est pas l’inventeur du bazar. Mais donc en France c’était un peu le calme plat et il a eu ce mérite-là probablement dans les années 1980 d’essayer de faire quelque chose de ce côté-là. Ok, granted ! Je l’accorde.
Le problème c’est qu’il ne s’est pas arrêté aux années 1980, c’est qu’il est passé aux années 1990, aux années 2000, et qu’on est en 2014 et qu’il est toujours dans des interviews pour Lazarus, etc. En fait il est en train de faire un comeback via Lazarus et le problème c’est qu’il n’y a pas grand-chose qui a changé en fait, si vous lisez ses livres des années 1980 et ce qu’il raconte maintenant c’est grosso modo la même chose. C’est le sang de Saint Janvier qu’il nous refourgue à tout les coups, son schéma de la diminution de la pk au fil du temps parce qu’il y a des gens qui prétendraient que les statues de l’Île de Pâques auraient été soulevées par psychokinèse. Ce sont tous les trucs qu’il a recasé tout au long de ces années, il n’y a pas eu vraiment d’évolution entre la fin des années 1980 et ce qu’il raconte maintenant, on est 20 ans plus tard et c’est grosso modo toujours la même chose. S’il avait mis à jour, s’il s’était tenu au courant des nouveaux enjeux, s’il avait continué à être dans le mouvement ç’aurait été bien, mais que 20 ans après on nous refourgue les mêmes arguments, les mêmes sujets, les mêmes choses que dans les années 1980 sans modifications ni mises à jour, pour moi c’est un peu problématique.
Donc cet argument des années 1980 tient moyennement la route selon moi.

En éditant un peu cet épisode du podcast je me suis rendu compte que ça valait la peine que je sois un peu plus précis sur la question des informations que l’on a à propos du Prix-Défi où j’ai été un peu vague sur ce qui était actuellement disponible sur les résultats des tests du Prix-Défi.
Donc il y a un certain nombre d’informations (1,2) qui sont disponibles actuellement sur le site du défunt Cercle Zététique qui était l’organisation qu’avait créée Paul-ÉricBlanrue qui est aujourd’hui beaucoup plus célèbre pour ses positions politiques, on va dire, que beaucoup jugeront problématiques concernant par exemple la shoah ainsi que ses amitiés avec certaines personnes que nous ne nommerons pas, donc je veux dire : « Renseignez-vous sur Paul-Éric Blanrue, le fondateur du Cercle Zététique ». Il a un site web qui s’appelle le Cercle Zététique qui n’a plus été mis à jour depuis la fin de cette organisation. Il y a un certain nombre de choses qui avaient été publiées sur ce site à l’époque à propos du Prix-Défi international, à noter que Paul-Éric Blanrue a écrit quelques livres de Zététique, j’en ai lu un certain nombre et ils sont pas mal, ça donne à réfléchir et c’est assez intéressant de voir quelqu’un qui a écrit des bons livres zététiques et qui défend certaines positions politiques. Enfin voilà, si la zététique c’est l’enseignement de la pensée critique, d’ailleurs si vous lisez certaines interviews, il y en a de très amusantes où Paul-Éric Blanrue estime que ce qu’il pense à propos de la Shoah tient de son application de la pensée zététique, de la pensée critique. Enfin bon, c’est un autre débat. Mais donc c’est sur le site du Cercle Zététique qu’on a quelques informations sur le Prix-Défi, et si j’ai parlé de ça et de Paul-Éric Blanrue précédemment c’est pour dire qu’avoir ces textes-là concernant le Prix-Défi sur ce site-là est immédiatement extrêmement problématique. Moi je pense qu’il faudrait demander à ce qu’ils soient retirés de ce site et les publier ailleurs, et si les résultats ne sont publics que sur ce site-là… Ils sont peut-être publiés ailleurs, il faudrait aller voir. Encore une fois je peux toujours postuler qu’il y a une information qui m’a échappée, je ne suis omniscient, mais en tout cas immédiatement si on googlise, ou sur la page Widipedia d’Henri Broch, c’est vers le site du Cercle Zététique qu’on nous renvoie pour des informations à propos du Prix-Défi. Oui, donc les gars il faut bien différencier Cercle Zététique et Observatoire Zététique, ce n’est pas du tout la même chose, les deux organisations se sont séparées il y a déjà pas mal d’années maintenant. De toute façon le Cercle Zététique n’existe plus. Donc il y a plusieurs endroits où on peut trouver des petites informations, certains textes écrits par Blanrue, certains par Broch.

Il y a un texte, je pense écrit par Broch vu le style, la manière dont c’est rédigé, qui s’appelle « Le Prix-Défi international de 200.000 euros : Médiums, voyants, astrologues, radiesthésistes, sourciers et autres sujets-psi, les scientifiques ont toujours gardé l'esprit ouvert, 15 années de tests. 264 candidatures... ». Je pense que vous aurez, à ma connaissance, le texte le plus détaillé sur les résultats obtenus à propos du Prix-Défi international de Broch, Majax et Théodor. Donc on nous apprend qu’il y a eu 264 candidatures, évidemment la première chose à dire c’est que 264 candidatures ça ne veut pas dire du tout 264 sujets testés, comme on va rapidement le voir. Alors il y a un certain nombre de sujets pour lesquels on nous donne un peu plus d’informations, si je ne peu suis pas trompé j’en ai compté 46, et les informations qu’on va avoir c’est par exemple, j’en prend un au hasard :
--- 262 A.L. (France). Affirme avoir des facultés psychiques, demande si (le laboratoire)"vous acceptez l'utilisation d'un dispositif destiné à la psychokinésie pour démontrer mes facultés psychiques" (9 janvier 2002); réponse positive du laboratoire. Echange de courriers. Dossier incomplet et formulaire manquant : aucune proposition concrète d'expérience de démonstration des facultés psychiques alléguées. Dossier clos.
Donc dans les 46 cas qui nous sont présentés il y en a un certain nombre pour ne pas dire un nombre certain qui sont en fait des abandons, par exemple on a :
--- 254 J. P. (France). Aucune revendication précisée (29 janvier 2001). Abandon.
Donc il y en a un certain nombre où apparemment il y a eu un test effectif qui a été réalisé, et ce qu’on nous en dit c’est par exemple :
--- 244 E.S. (France) Affirme "en méditation, être capable de percevoir la maladie ou l'infirmité dont souffrirait un individu qui lui est inconnu,... que la personne soit présente ou non, à partir du nom, prénom, âge, sexe et lieu de résidence". (5 septembre 2000). Testée au laboratoire le 25 mai 2001. Echec complet.
Et il y a quelques photos. Donc voilà, c’est le genre de rapport qu’on a, par exemple sur le dernier que je viens de vous lire, évidemment la méthodologie n’est absolument pas précisée. Pour le reste, si on fait la différence entre 264 et 46, je ne sais pas si on doit inférer que tous les candidats sont des candidats non testés et donc que tous les cas testés présentés sur la page soient les uniques cas qui ont été réellement testés. A ce moment-là ça n’en fait pas beaucoup, une quinzaine ou une vingtaine. Il nous dit que ce sont quelques exemples, je ne sais pas trop s’il présente tous les sujets qui ont été testés. Alors il nous dit aussi : « ... abandons et reculades (très nombreuses et qu'il paraît inutile de rapporter en détail ici)… ». Oui, je ne sais pas, c’est peut-être qu’en fait tous les autres cas sont des abandons, donc en fait au final il aurait dû réaliser en 15 ans une quinzaine de tests, ce qui ferait en moyenne 1 test par an, quelque chose comme ça, grosso modo parce que je n’ai pas compté exactement le nombre de tests dont il parle ici. Voilà, juste pour être plus précis au niveau du Prix-Défi, encore une fois ce qui m’embête dans ces descriptions c’est l’aspect très sommaire de la description des résultats, encore une fois j’en vois un autre :
--- 247 G.G. (Italie) Affirme pouvoir modifier, par son action psychokinétique, la fréquence ou l'amplitude d'une voix ou d'un signal sonore lors de l'enregistrement sur un magnétophone ou sur tout autre support (19 octobre 2000). Testé le 4 avril 2001 au laboratoire, avec une gamme de fréquence très large, au choix du médium, de 50 Hz à 12000 Hz. Echec complet.

Voilà, on ne sait pas trop, il n’y a pas de revue de la littérature sur des prétentions similaires, pas d’argumentation sur la méthodologie, la méthodologie utilisée n’est jamais très détaillée, on ne sait pas trop ce qui a été fait et comment ça a été fait. Qu’est-ce qu’il entend par « Echec complet » ? Par ce que, je veux dire, quand on fait des tests avec des voyants, qu’on utilise des méthodologies avec des aspects statistiques, généralement, par hasard, le pseudo voyant pourrait réussir à avoir des résultats positifs. C’est très rare que le sujet fasse 0 / 15 si on lui demande de deviner des choses. Si vous reprenez les protocoles classiques de l’OZ, généralement le pseudo médium va par hasard avoir l’un ou l’autre résultat positif dans le tas. Enfin voilà, si c’est ça son résultat détaillé, en fait je pense que c’est ça son résultat détaillé qui n’est en réalité pas très détaillé, j’ai envie de dire que ce n’est pas très impressionnant. De manière générale si vous rejetez l’existence du paranormal parce que Broch a testé 15 participants à son Prix-Défi et qu’ils ont fait des échecs complets sur base de leur protocole qui n’est pas vraiment détaillé, je pense que ce n’est pas génial en terme de pensée critique et qu’on pourrait s’attendre à mieux.

Il y a eu pas mal de discussions dans la littérature sceptique sur le ton vraiment cassant employé par Broch, par exemple pour désigner les parapsychologues il utilise le terme de « parapsyphiles » qui est un terme Brochien qui n’est jamais utilisé dans la littérature, c’est en gros une insulte, une façon de dire : « Pour les imbéciles qui croient en l’existence du psi on va les appeler les parapsyphiles ». Voilà, qu’est-ce qu’ils mettent d’autre encore, dans le même tonneau ? : « Voilà les banalités que certains nous ont assénées. ». Donc on est un peu loin du ton scientifique qu’on pourrait attendre d’un véritable article scientifique. Et encore une fois je pense que si on fait ce genre de recherches, ce genre d’études, une revue de la littérature de ce qui a été fait de similaire auparavant s’impose. Et puis bon, encore et toujours la méthode scientifique passe nécessairement, à mes yeux en tout cas, par la revue par les pairs, par la publication dans une revue scientifique à comité de lecture, ce que n’est certainement pas le site Web de Paul-Éric Blanrue.

Voilà, c’était juste pour être un peu plus précis sur ce que j’avais raconté auparavant, parce que j’étais resté un peu vague et je suis sûr que quelqu’un m’aurait envoyé le lien en me disant : « Oh voilà, Henri Broch a fait un rapport extrêmement précis de son Prix-Défi ». J’avais lu cette page il y a des années, je la connaissais depuis longtemps mais entre le ton extrêmement cassant et l’absence de référence, de méthodologie précise, le fait que la grosse majorité des candidats ce sont des non tests en fait, ce sont des refus, des gens qui n’ont effectivement pas passé le test, enfin voilà, je n’étais pas énormément impressionné. A noter que la question des abandons se produit aussi pour James Randi, c’est un problème, si on est une personnalité extrêmement critique du paranormal avec un ton extrêmement cassant, qu’on appelle les gens des « parapsyphiles » pour Henri Broch ou des « woo-woo » pour James Randi, c’est assez normal que les gens ne se poussent pas au portillon pour faire des expériences. Alors évidemment si vous êtes un pseudo voyant qui savez que vous utilisez des trucs de mentaliste, ça je suis bien d’accord que vous n’allez pas accepter de vous faire tester, mais la grande majorité des voyants, même dans une optique sceptique classique, sont sincères, ne savent pas qu’ils utilisent la lecture à froid, etc. Donc finalement un test par an ce n’est pas énorme, je pense que l’Observatoire Zététique a une politique très saine en matière de ton, et c’est dommage qu’Henri Broch ne l’ait pas appliqué à l’époque. Encore une fois si on a un ton cassant, c’est normal… Je veux dire, si je suis au courant de qui il est et que je suis un voyant sincère je n’aurai pas envie de me faire tester.

Voilà, j’ai un peu fait le tour de ce que je voulais dire sur ce sujet, et juste pour terminer :

Quelque chose que j’aime bien ;

C’est un point dont je voulais parler parce qu’on me dit : « Oui mais il a un laboratoire de zététique », l’argument c’est qu’est qu’il fait dans son laboratoire de zététique ? On revient sur l’absence de publications. Quel type d’études est-ce qu’il a fait dans son laboratoire ? Il n’y a pas de publications. Il fait des conférences, donc son laboratoire ça serait plutôt un laboratoire de vulgarisation scientifique, non je ne sais pas, ça n’a pas beaucoup de sens, mais ce terme de laboratoire… Alors là le contre argument classique c’est de me dire : « Oui mais il est tout seul ». D’accord, bon, je pense que tout seul, en 20 ans, il aurait quand même pu mettre à jour certaines choses ou venir avec de nouvelles idées etc. Mais bon, peut-être que j’exagère, peut-être qu’il a fait de nouvelles choses dont je ne suis pas au courant, mais ce que je veux dire c’est que quand je vois ce que reprend Lazarus d’Henri Broch, son schéma sur la psychokinèse, il était dans la fameuse publication dont j’ai parlé tout à l’heure qui date de la fin des années 1980, et donc on le remet chez Lazarus Mirages comme ça, ou le sang de Saint Janvier, Lazarus Mirages a fait un épisode, ça date aussi de perpète. J’attends toujours de voir des nouvelles choses en provenance de Broch, je suis preneur.

Oui, donc qu’est-ce qu’il fait dans son laboratoire de zététique ? Oui il donne des conférences, c’est vrai, sur l’archéomanie, bon ce n’est pas vraiment de la recherche. Donc bon, il est tout seul, ok, d’accord. Donc une des choses qu’il fait maintenant et qui est plutôt sympa c’est la collection « Une chandelle dans les ténèbres », donc il a publié pas mal de bouquins qui sont sympathiques, il y en a certains de Nicolas Gauvrit, et ça reste de la vulgarisation extrêmement vulgarisée, ma ça c’est pas mal, c’est vrai que c’est sympa de publier la collection « Une chandelle dans les ténèbres ». Donc le point positif pour moi c’est la collection « Une chandelle dans les ténèbres ».

J’ai un peu fait le tour, encore une fois je veux dire, je suis un peu frustré sur ces discussions parce que souvent quand je parle du débat sur le paranormal on me cite Henri Broch comme si ça résolvait tout, alors que pour moi ça ne résout rien du tout, il engage tellement peu la littérature parapsychologie. Si on me citait Ray Hyman ou Richard Wiseman je serai déjà plus convaincu, ou Chris French, mais Broch… Donc c’est vrai qu’il y a une certaine frustration. Mon idée générale avec tout ce que je viens d’expliquer c’est que le mouvement sceptique francophone dépasse Broch, simplement. Et pour être parfaitement honnête, quand j’ai créé mon blog en 1997 et mon podcast un ou deux ans plus tard, mon idée générale c’était que Broch, c’était terminé puisqu’il était très âgé et je suppose qu’il est à la retraite, enfin de toute façon… C’est juste que maintenant il est en train de faire un retour avec Lazaus, et tous les gens qui gravitent autour et qui aiment beaucoup ce que fait Lazarus Mirages. Dans les récentes vidéos de Lazarus Mirages il y a des choses que j’aime bien et des choses que j’aime moins, mais le problème est toujours de comment est-ce qu’on vulgarise ? Est-ce qu’on vulgarise de manière trop simplifiée ou pas ? Et la connexion avec la politique qui est toujours un peu problématique selon moi.

Oui je pense que le mouvement sceptique devrait dépasser un peu Broch, mais apparemment on est de nouveau plongé dedans à cause du succès de Lazarus. Voilà, donc de toute façon, moi comme je le dis toujours je ne suis pas très fan de Broch, ça ne veut pas dire que je le déteste, c’est un contre argument : « Oui t’aimes pas Broch », pfff, oui je n’aime pas Broch comme je n’aime pas tous les gens que je critique ici ou là, comme Auguste Messeen. C’est un argument bateau, c’est ce que me disent toujours les ufologues défenseurs de l’hypothèse extraterrestre : « Ouais mais tu critiques Auguste Messeen parce que tu ne l’aimes pas ». Tout est toujours ramené à de l’interpersonnel. Non ce n’est pas de l’interpersonnel, c’est juste que je pense que le mouvement sceptique… Je crois que le but de ce podcast, enfin de tout ce que j’ai fait ces dernières années (Bruxelles sceptiques au pub, le blog etc.) c’est d’essayer de rendre la communauté sceptique francophone plus sophistiquée, avoir de meilleurs arguments, des meilleurs raisonnements, justement engager la complexité, par exemple vraiment engager le débat avec la littérature parapsychologique plutôt que d’être dans l’argument d’épouvantail tout le temps. Moi, par exemple pour la contre apologétique chrétienne, plutôt que de se moquer de la religion et d’être dans des arguments qui volent au raz des pâquerettes, engager vraiment le débat avec ce que les théistes on de meilleurs intellectuels. C’est toujours, est-ce qu’on prend des « low hanging fruits », des adversaires intellectuels faciles ou est-ce qu’on va chercher le meilleur ? Toujours casser du sucre sur Yves Lignon, mais je veux dire, est-ce que c’est vraiment le parapsychologue avec lequel on devrait engager le débat ? Et encore, Yves Lignon ce n’est pas le pire, il est plutôt copain avec la bande de l’OZ. Quand je critique des ufologues, je prends Auguste Messeen qui est physicien, Pierre Lagrange qui est sociologue, je ne m’embête pas avec le blogueur du coin.

Voilà, je pense qu’il faut faire un peu évoluer les choses, essayer d’avoir un mouvement sceptique qui est moins idéologique, plus intéressé par le vrai débat d’idées.

C’était un peu ce que je voulais dire.
D’ici là, à la semaine prochaine.
Sceptiquement vôtre.

mercredi 11 février 2015

Les déboires d'un propriétaire de maison “hantée” (de Jeremy Royaux et Jean-Michel Abrassart)

Même quand il n'y a strictement rien de concret, les légendes perdurent... et peuvent avoir des effets très ennuyeux! Les scientifiques étudiant le phénomène de hantise essaient d’expliquer les expériences exceptionnelles rapportées par les occupants d’une maison hantée. Parmi les hypothèses non-paranormales, nous trouvons d’un côté l’hypothèse psychologique et de l’autre les hypothèses environnementales. L’hypothèse psychologique consiste à poser à la suite de Robert A. Baker qu’« Il n’y a pas de maisons hantées, juste des personnes hantées »[1]. Autrement dit, l’expérience de hantise serait purement subjective, le produit dérivé de la psyché des habitants lorsqu’ils croient que leur maison est hantée. Les psychologues Lange & Houran[2] ont développé et testé expérimentalement un tel modèle explicatif. Les hypothèses environnementales posent pour leur part qu’il y aurait quelque chose d’objectif dans l’environnement, par exemple des infrasons ou encore des champs électromagnétiques complexes, qui génèreraient les expériences exceptionnelles chez les sujets. Cette approche est devenue populaire en psychologie anomalistique et en parapsychologie suite aux travaux de Michael Persinger, mais les résultats des différentes expériences pour tenter de prouver ces hypothèses restent à l’heure actuelle inconclusifs.

Au-delà de ce débat, lorsque le grand public croit qu’une maison est hantée, cela a des effets secondaires pour le propriétaire de celle-ci. Nous nous en sommes particulièrement rendu compte après avoir rencontré le propriétaire d'une maison supposée hantée située en Belgique[3]. Ce cas est particulièrement intéressant parce que les habitants de la maison ne rapportent absolument aucune expérience inhabituelle ! L’idée que la maison serait hantée relève ici purement de la rumeur. Comme nous allons le voir, cette rumeur génère cependant bon nombre de désagréments pour le propriétaire…

Tout a commencé dans les années 70 à la mort du grand père du propriétaire. La maison est tombée à l'abandon et a pris un air lugubre, aidée par la présence de deux statues sur la façade : une stryge et une sorte de diablotin. Un rumeur de maison hantée est née à cette époque et s’est développée avec le temps, encouragée par la complaisance des médias de masse. De nombreux articles et blogs ont relayé la rumeur, accompagnés de commentaires sur des forums d'habitants du quartier qui affirment avoir entendu des bruits étranges ou aperçus des silhouettes effrayantes dans cette maison ; ce qui peut s’expliquer dans le cadre du modèle de Lange & Houran que nous évoquions plus haut.

Un grand nombre de personnes est entré par effraction dans l'endroit, parfois en causant des dégâts. Des chasseurs de fantômes ont visité la place sans autorisation. Phénomène originaire du monde anglo-saxon, les groupes de chasseurs de fantômes sont en effet de plus en plus présents en Belgique et en France. Il s’agit d’une pratique pseudo-scientifique qui consiste à passer une nuit dans une maison supposée hantée dans le but d’essayer de documenter la présence d’un fantôme dans la bâtisse, ce qu’ils surnomment en anglais un « lockdown ». Pour les lecteurs intéressés, Benjamin Radford a un excellent chapitre dans son ouvrage Scientific Paranormal Investigation[4] où il explique pourquoi la méthodologie des chasseurs de fantômes est extrêmement problématique. Au final la chasse au fantôme, sous un verni d'apparence scientifique, s’apparente en réalité à ce que les sociologues surnomment en anglais du « legend tripping »[5]. Le « legend tripping » est un concept qui désigne le fait pour un groupe d’adolescents d’aller se faire peur dans un lieu où a été commis un meurtre ou un endroit où est supposé se dérouler une activité paranormale. Si les sociologues ont au départ pensé le concept de « legend tripping » comme une activité uniquement adolescente, les groupes de chasseurs de fantôme ont exactement la même démarche tout en étant composé principalement d’adultes.  

La maison est également devenue un lieu de rassemblement pour certaines personnes errant dans les rues après la fermeture des bars, parfois dans un état d'ébriété. Un groupe de jeunes est même venu y célébrer une sorte de messe noire… Le recours à la police fut nécessaire à plusieurs reprises afin d'évacuer les contrevenants. Le propriétaire a testé de nombreuses stratégies afin d'endiguer cette rumeur. Il a tenté de rétablir la vérité sur les blogs et forums, sans succès. Il a également participé à plusieurs émissions de télévision locales, sans grand succès non plus. Des caméras ont finalement été installées à l'intérieure de la maison ainsi que sur la façade. En 2014, un projet artistique a été lancé avec l'appui d'un collectif de jeunes artistes locaux. Depuis, la façade a été recouverte de panneaux qui ont été peints dans une optique de réhabilitation du lieu. Cette dernière action semble avoir un effet positif en changeant l’image général du lieu.

Rappelons qu’il ne s'est jamais rien passé de surnaturel dans cette maison depuis que la rumeur a été lancée. Aucune trace du moindre phénomène de hantise. Par contre, ce qui est bien réel, ce sont les dommages que cette rumeur a causé, malgré tous les efforts du propriétaire pour la combattre.


[1] « There are no haunted places, only haunted people. » Bernstein, A. (2005). Psychology Expert Robert Baker; Unmasked Ghostly Apparitions. The Washington Post. http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2005/08/11/AR2005081102036.html
[2] Lange, R. & Houran, J. (1997). Context-induced paranormal experiences: Support for Houran and Lange's model of haunting phenomena. Perceptual and Motor Skills, 84, 1455–1458.
[3] Le propriétaire préfère rester anonyme et nous éviterons donc de le nommer dans cet article. Vous pouvez cependant écouter une interview de lui dans l’épisode #265 du podcast « Scepticisme scientifique ».
[4] Radford, B. (2010). Scientific Paranormal Investigation: How to Solve Unexplained Mysteries. Corrales, États-Unis : Rhombus Publishing Company.
[5] Radford, B. (2013). Legend Tripping: Ghost Hunting Made « Real ». Discovery News. http://news.discovery.com/adventure/legend-tripping-ghost-hunting-made-real-130412.htm

jeudi 8 janvier 2015

Transcription de l'épisode #122: Spécial commémoration 11 septembre 2001

Ceci est la transcription de l'épisode #122: Spécial commémoration 11 septembre 2001 du balado Scepticisme scientifique. Il s'agit d'une interview de Jean-Louis Racca. Un tout grand merci à Jérôme pour avoir réalisé cette transcription.


Jean-Michel Abrassart :
Aujourd’hui je suis avec Jean-Louis Racca de l’Observatoire Zététique qui revient sur le balado. La dernière fois qu’il était venu on avait discuté de psychanalyse et cette fois-ci il vient nous parler d’un sujet tout à fait différent, il vient nous parler du 11 septembre 2001.
Bonjour.
Jean-Louis Racca :
Bonjour.
Jean-Michel Abrassart :
Tu es actuellement le président de l’Observatoire Zététique.
Jean-Louis Racca :
Oui, il se trouve que pour 2011 j’ai été élu président, j’ai cette lourde responsabilité et cet honneur aussi pour 1 an.
Jean-Michel Abrassart :
Il y a quelques mois tu as donné une conférence à propos du 11 septembre et des théories de la conspiration qui l’entourent. Qu’est-ce qui t’a amené à discuter de ce sujet-là ?
Jean-Louis Racca :
Disons que c’est un sujet qui m’avait intéressé il y a quelques années, à partir de 2006 environ quand les premiers films ont commencé à apparaître comme Loose Change, premier film conspirationniste qui remet en cause ce que ces gens appellent la « théorie officielle », maintenant il restera à préciser ce genre de mot. A Grenoble nous avons une association qui s’appelle Antigone qui est une sorte de bibliothèque associative qui aime bien travailler avec nous et qui nous invite à faire des conférences chaque année ; et cette année ça ne se bousculait pas pour que des gens de chez nous en fasse et je me suis dit : « Je veux bien essayer de re-plancher un peu sur le sujet du 11 septembre à condition que ce soit assez loin dans la saison, que j’ai le temps de me préparer, de bien revoir les choses, notamment nouvelles puisqu’il y a des films, Loose Change, Press for truth, puis il y a eu Zéro qui est venu plutôt venu d’Italie au départ », voilà comment les choses se sont enchaînées, et j’ai donné cette conférence le 16 juin.
Jean-Michel Abrassart :
Oui on sait qu’il est particulièrement difficile de discuter ou de débattre avec les tenants de la théorie de la conspiration autour du 11 septembre. Sur Facebook tu m’avais dit qu’il y avait eu des tenants qui étaient venus lors de la conférence. Comment ça c’est passé ?
Jean-Louis Racca :
L’association a été sollicitée par reopen911 pour participer à des débats, et en fait on a toujours refusé d’y participer parce que les conditions ne sont pas réunies pour que ça puisse bien se passer, on aurait été des faire valoir. Par contre je suis allé moi-même à une conférence organisée par reopen911 à Grenoble au mois de mars 2011, je me suis félicité d’avoir toujours refusé le débat dans ces conditions par rapport à la façon dont il est mené, ensuite j’ai eu la parole 2 ou 3 minutes par rapport au film qui a été présenté. Ensuite quand une question est posée ils embrayent sur d’autres arguments, ça part dans tous les sens, c’est peut-être méchant de dire ça mais il y a beaucoup de propagande, une sorte de mise en condition. Ce que je trouvais difficile dans le cadre d’un débat qui aurait été organisé dans ces conditions c’était l’idée qu’il va y avoir 150 points qui vont être exposés dans un film présenté par les conspirationnistes qui lui durerait à peu près 1h30, si je suis invité au débat je vais pouvoir en réfuter 2 ou 3 et du coup les spectateurs risquent de repartir avec l’idée que les 147 ou 148 points que je n’ai pas eu le temps d’aborder sont tous justes. C’est extrêmement gênant cette espèce de dissymétrie qu’il aurait pu y avoir entre l’exposé des thèses conspirationnistes et la possibilité matérielle de les réfuter dans ces conditions-là. Donc c’est pour ça que j’avais toujours refusé de participer. Je suis allé à ce débat, je me suis dit : « J’ai bien fait de refuser parce que j’ai très peu pu parler », par contre eux sont venus à ma conférence et là ça c’est passé quand même dans de meilleures conditions parce que j’avais la main donc c’était quand même plus facile de réfuter certains de leurs arguments et de les présenter au public dans toutes leurs conséquences.
Jean-Michel Abrassart :
Oui c’est un sujet qui revient souvent aux Etats-Unis : est-ce que les biologistes doivent débattre les créationnistes ? Eugenie Scott de NCSE, l’organisation qui combat les créationnistes, on lui pose tout le temps la question : « Voilà je suis un fan de la théorie de l’évolution, je suis un sceptique, est-ce que je dois aller débattre les créationnistes ? ». Elle répond toujours : « Non ! ».
Jean-Louis Racca :
Oui parce qu’on a l’impression qu’ils s’imposent tellement peu de règles qu’il pourrait y avoir dans un débat scientifique comme apporter la preuve de ce qu’on énonce, ne pas inverser la charge de la preuve que du coup ils se font la partie un peu trop facile. Le débat est vraiment difficile, c’est exactement comme quand on débat avec un créationniste ou un négationniste de l’holocauste, si on n’est pas d’accord sur les moyens à employer c’est assez difficile, si on peut tout se permettre d’un côté alors que de l’autre on essaye de s’astreindre à argumenter de façon précise en citant ses sources, en évitant les amalgames, ça fait un peu deux poids deux mesures et c’est très difficile d’avoir un débat serein pour qu’il en sorte quelque chose. On peut faire du spectaculaire mais nous ce n’est pas spécialement notre objectif, c’est de repartir avec des arguments sérieux.
Jean-Michel Abrassart :
Oui alors dans cette conférence et aussi à la présentation que tu as faite pour l’Observatoire Zététique, quels sont les points que tu as couverts et dont tu voudrais nous parler aujourd’hui ?
Jean-Louis Racca :
La conférence à constitué à essayer d’introduire sur un sujet neutre, pas sur le 11 septembre quelques arguments, montrer comment certains biais montrés par le scepticisme comme le syndrome galiléen ou l’argument d’autorité ou d’autres…
Jean-Michel Abrassart :
Oui je crois qu’on n’en a pas encore parlé sur le balado, alors le syndrome galiléen qu’est-ce que c’est ?
Jean-Louis Racca :
Alors le syndrome galiléen c’est le fait que quelqu’un qui défend une théorie disons en marge du consensus scientifique, pour dire les choses de façon pas trop compliquées, va, à l’instar de Galilée qui a été persécuté parce qu’il présentait une théorie qui n’était pas majoritairement admise à l’époque, va présenter quelque chose d’un petit peu marginal et dire : « Je suis persécuté comme Galiée ». Et pour lui ça va être une preuve qu’il a raison même si il faut aller plus loin pour prouver les choses et pas simplement dire : « Je suis persécuté ». C’est quelque chose qui est assez souvent employé, par exemple on le retrouve chez les conspirationnistes qui disent : « On n’accepte pas ce qu’on dit parce qu’on dérange, ou parce qu’on est contre tel ou tel homme politique etc. ». En fait non, on peut avoir pratiquement les mêmes idées politiques avec certains d’entre eux et pas pour autant accepter leurs affirmations.
L’argument d’autorité, ça je pense que tout le monde voit de quoi il s’agit. Et il y avait aussi quelque chose qu’il m’a paru très important de présenter pour confronter deux thèses, il fallait confronter certaines thèses conspirationnistes à la version qu’on appelle, improprement à mon avis, officielle, c’est le principe de parcimonie des hypothèses en science, qu’on appelle parfois le Rasoir d’Ockham. Là, pareil, je l’ai présenté sur un exemple affectivement neutre pour qu’on comprenne bien de quoi il s’agissait. Tu veux que je rappelle de quoi il s’agit pour les gens qui écouteraient pour la première fois ?
Jean-Michel Abrassart :
Oui oui, vas-y.
Jean-Louis Racca :
Alors la parcimonie des hypothèses, c’est un pilier de la méthode scientifique qui consiste quand on confronte éventuellement deux hypothèses à choisir, on dit souvent la plus simple, mais attention c’est la plus simple épistémologiquement c'est-à-dire celle qui va permettre d’expliquer un maximum de choses avec un minimum d’hypothèses ad hoc comme on dit parfois, c'est-à-dire surnuméraires, adaptées juste à une situation particulière. Et du coup quand deux théories sont confrontées il faut choisir celle qui amène le moins d’hypothèses surnuméraires, donc comme on dit parfois, la plus simple épistémologiquement. J’ai donc essayé d’appliquer cela en particulier à deux points importants de l’argumentation des conspirationnistes, la première affirmation était la démolition contrôlée des tours jumelles, et la deuxième que j’ai essayé de réfuter, en particulier à l’aide de la parcimonie des hypothèses c’est l’affirmation « Pas d’avion sur le Pentagone ».
Jean-Michel Abrassart :
Oui vas-y, est-ce qu’on peut essayer de couvrir rapidement ces deux points ça serait pas mal ?
Jean-Louis Racca :
Oui, alors par exemple la parcimonie des hypothèses appliquée à l’affirmation : « Pas d’avion sur le Pentagone », j’avais fait un tableau à deux entrées dans lequel le présentais deux hypothèses : « C’est bien un avion qui s’est écrasé sur le Pentagone, c’est l’avion d’American Airlines 177, comme le dit la version dite officielle », et puis on confronte ça à l’hypothèse : « C’est un missile qui a frappé le Pentagone », et du coup pour confronter ces deux hypothèses on essayait de voir celle qui permettait le mieux de répondre aux 11 questions que j’avais préparé. On peut en citer quelques unes :
-    Comment ont été couchés les lampadaires sur une largeur de 25 mètres ?
-    Qu’ont vu les dizaines de témoins qui ont identifiés un Boeing d’American Airlines ?
-    Pourquoi aucun ne parle de missile parmi ceux qui ont été interrogés, immédiatement évidemment ?
-    Que sont devenues les personnes à bord du vol ?
-    Qui a appelé depuis l’avion pour raconter le détournement ?
-    D’où sortent les boîtes noires et comment ont-elles pu coroborer le signal radar ?
Il y avait aussi en dernière question :
-    Pourquoi un trou de 5 mètres ? Parce que les conspirationnistes insistent souvent sur le soi-disant trou de 5 mètres, alors c’est vrai que le trou n’est pas forcément comme on attendrait qu’il soit si l’immeuble a été frappé réellement par un avion de 38 mètres de diamètres.
Voilà, alors si on confronte les deux thèses pour répondre à chacune de ces questions, l’hypothèse « avion » permet de répondre très facilement à 10 questions sur 11 et l’hypothèse « missile » oblige à des raisonnements, disons abracadabrantesques pour répondre à ces questions-là. Il n’y a qu’une question éventuellement pour laquelle l’hypothèse missile permet de répondre plus facilement, au moins dans un premier temps c’est : Pourquoi un trou de 5 mètres ? C’est vrai que si c’est un missile on explique mieux qu’il y ait un trou de 5 mètres plutôt que si c’est l’avion. C’est la première idée qui nous viendrait à l’esprit, sauf que il est facile de trouver des vidéos sur Internet d’essai de crash d’un avion contre une centrale nucléaire, cette expérience a été faite et on voit l’avion qui percute un mur en béton armé, le mur bouge à peine, il n’y a même pas de trou dedans et il ne reste pratiquement rien de l’avion. Donc même le trou de 5 mètres peut à la rigueur ne pas être si surprenant que ça avec l’hypothèse du Boeing d’American Airlines.
Donc du coup comme 11 questions sur 11 peuvent être résolues avec l’hypothèse avion et une seule avec l’hypothèse missile, si on confronte les deux il faut choisir l’hypothèse du vol d’American Airlines.
Jean-Michel Abrassart :
Oui alors pour la question de la destruction des tours par des explosifs ?
Jean-Louis Racca :
Alors pour la question de la destruction des tours, en fait je confronte l’hypothèse de la démolition contrôlée à l’hypothèse des avions et les 5 questions que je posais c’était :
-    Pourquoi la chute commence-t-elle par le haut ?
-    Pourquoi le flambement des colonnes ? C'est-à-dire ces colonnes qui commencent par plier par le milieu juste avant l’effondrement.
-    Pourquoi le début de l’effondrement de la tour n°2 se fait-il en biais ? On voit très clairement des vidéos où la tour penche quand même gravement d’à peu près 30° par rapport à la verticale.
-    Pourquoi des bruits d’explosion ?
-    Pourquoi aucun témoignage de préparatifs d’une démolition contrôlée ?
Donc là encore si on compare l’hypothèse des avions et l’hypothèse de la démolition contrôlée, à part les bruits d’explosion qui permettent d’étayer la démolition contrôlée, là aussi c’est l’hypothèse des avions qui permet de répondre de façon beaucoup plus naturelle à toutes ces questions. Et puis concernant les bruits d’explosion, dans le cas de l’hypothèse des avions, d’abord des bruits d’explosions il y en a eu puisque dans les bureaux il pouvait y avoir des bouteilles de gaz, des réchauds et des choses comme ça, en plus l’effondrement de la tour Sud qui a eu lieu en premier a du faire énormément de bruit pour les gens qui étaient dans la tour Nord, donc les pompiers etc, qu’ils aient eu l’impression d’entendre des bruits d’explosions n’est pas très étonnant. Pas besoin d’aller chercher une démolition contrôlée, il y a vraiment trop d’invraisemblances pour soutenir cette hypothèse. Alors quand j’ai dit ça, ensuite lorsque le débat a commencé lors de ma conférence, les gens de reopen911 ont dit : « Oui mais on pourrait poser d’autres questions qui mettent en défaut cette hypothèse ». Alors c’est sûr qu’on pourrait se mettre autour d’une table, faire des listes de questions et confronter les deux hypothèses mais en même temps il faut aussi se mettre d’accord sur la nature des questions. Ça me rappelle une partie du film Loose Change 2 où à un moment on voit une trace sur la pelouse du Pentagone et le film dit : « Comment expliquer la trace sur cette photo prise 4 jours avant précisément à l’endroit où est passée la chose qui a frappé le Pentagone ? » Alors évidemment si on compare une trace dans l’herbe et ce qu’ont dit les boîtes noires ou le fait que les passagers ont tous disparus ce n’est pas très sérieux, il y a quand même des questions qui sont plus pertinentes que d’autres.
Jean-Michel Abrassart :
Oui d’un point de vue plus général ce qui est toujours frappant avec les conspirationnistes c’est que c’est pratiquement une dérive de la rationalité, ils sont hypercritiques. Les sceptiques ont un sens critique mais pour ces mouvements comme les créationnistes on a une espèce de sens hypercritique, comme si la raison déraillait. Est-ce que as des réflexions de ce côté-là ? Qu’est-ce qui fait que tout d’un coup des gens vont s’embarquer dans ce genre de choses ?
Jean-Louis Racca :
Alors je ne sais pas trop ce qui fait qu’ils s’embarquent dedans, je pense qu’il peut y avoir des motifs politiques, disons qu’on a des choses à reprocher au gouvernement américain donc on pense qu’il a pu organiser une chose pareille. Je peux comprendre qu’on arrive à ce genre de raisonnement, le problème c’est que même des gens très impliqués contre le gouvernement américain, je pense à Jean Bricmont, Noam Chomsky qui ne sont pas du tout d’accord avec les théories conspirationnistes, ils les ont réfuté de façon convaincantes. On peut être contre sans pour autant tomber dans une théorie du complot, mais ça peut être une des motivations. Peut-être que certains peuvent poursuivre des buts antisémites ou des choses comme ça mais je ne pense pas que ce soit foncièrement majoritaire, je pense que simplement à un moment ils peuvent oublier des choses fondamentales de la méthodologie scientifique, en particulier le fait qu’en méthode scientifique il faut quand même ce qu’on appelle le scepticisme initial sur le faits, il ne faut pas avoir sa conclusion avant de commencer à chercher. Là on a l’impression que reopen911 - je parle d’eux parce que je les connais peut-être un petit peu mieux et ce ne sont pas des gens antipathiques, ce n’est pas le problème - vu la façon dont ils se sont organisés avec la volonté de rouvrir à tout prix une enquête parce qu’ils considèrent que celle qui a été menée a été bâclée, on a l’impression que tant qu’elle n’arrivera pas aux conclusions que eux ont fixé à l’avance ça voudra dire que l’enquête n’est pas bonne. Ce n’est pas une bonne façon de poser le problème, ce n’est pas comme ça qu’on peut établir les faits.
Jean-Michel Abrassart :
C’est un peu revenir sur le syndrome de Galilée, mais j’ai l’impression que dans ces mouvements-là il y a un peu une détestation du consensus scientifique et dire : « C’est vrai parce que ce n’est pas l’opinion consensuelle ».
Jean-Louis Racca :
Oui alors ça me rappelle ce que j’ai entendu dire par Jean Bricmont il n’y a pas longtemps, il dit que la science est un peu victime de son succès, c'est-à-dire que la science à eu beaucoup de succès entre le XVIII°et le XX° siècle lorsqu’elle a permis de s’opposer à des pouvoirs établis qui étaient parfois basés sur des croyances ou des superstitions et elle-même est devenue l’objet de controverses et si on applique la méthode hypercritique, le doute pour le doute, la science a permis de douter à un certain moment de superstitions et de croyances mais le doute comme on le conçoit en particulier par exemple à l’Observatoire Zététique ne doit pas être une fin en soi, la science à mon avis est faite pour établir les faits mais si on considère le doute comme une fin en soi on risque de ne pas établir les faits. Il y a par exemple des déraillements dans les méthodes des conspirationnistes qui s’apparentent à ce que font parfois les négationnistes au niveau de la méthodologie, je ne parle pas des résultats. Je pense que la plupart des conspirationnistes ne sont pas d’accord avec les résultats que prétend montrer quelqu’un comme Faurisson, mais s’ils s’intéressaient au même objet d’étude, malheureusement ils arriveraient probablement au même résultat parce qu’ils appliquent un petit peu les mêmes méthodes. C'est-à-dire qu’ils montent en épingle des choses qui sont marginales, ils interprètent les débats qu’il peut y avoir dans les thèses officielles sur des points de détails comme une remise en cause des faits, exploiter les points faibles d’une thèse, et puis surtout ce qui est peut-être le pire biais c’est l’inversion de la charge de la preuve, c'est-à-dire que souvent leurs arguments sont de l’ordre de : « Montrez-moi que ce que je dit est faux », alors que non ce n’est pas au tenant de la thèse dite « officielle » de démontrer que ce que disent les conspirationnistes est faux, c’est aux conspirationnistes d’apporter suffisamment de preuves pour montrer que ce qu’ils disent est vrai. Il y a aussi l’idée que parfois les experts peuvent se tromper sur un point particulier, mais ce n’est pas parce qu’ils se trompent sur un point particulier qu’ils vont se tromper sur tout, or souvent c’est ce qui est soutenu dans les affirmations des conspirationnistes, sous prétexte qu’on a pu se tromper sur un point particulier dans une thèse, tout est faux.
Parfois ils utilisent certaines citations hors contexte pour étayer leurs arguments, par exemple toujours dans le film Loose Change 2, à un moment il y a un médecin légiste qui arrive sur le lieu du crash du dernier avion, celui qui s’est crashé à Shanksville en Pennsylvanie et il dit : « J’ai arrêté de faire médecin légiste au bout de quelques minutes parce qu’il n’y avait aucun corps ici », sauf que ce qu’il veut dire quand il dit ça c’est qu’il n’y avait aucun corps entier, il y avait des débris, des morceaux, des os, des choses comme ça. Or évidemment si on sort cette citation de son contexte on va pouvoir montrer tout et n’importe quoi, mais ce n’est pas comme ça qu’on établi les faits. Malheureusement c’est ce que je disais, si leur objet d’étude était l’holocauste, avec des raisonnements comme cela on pourrait aboutir à sa négation parce que si on a aussi peu d’exigences envers ses propres arguments on risque de dérailler assez vite au niveau des conclusions.
Jean-Michel Abrassart :
Les conspirationnistes disent souvent : « On n’a pas de preuve de ce qu’on avance, mais c’est ça la preuve de ce qu’on avance », l’absence de preuve est la preuve de la conspiration.
Jean-Louis Racca :
Tout à fait, en zététique il y a une facette qui dit : « L’inexistence de la preuve n’est pas la preuve de l’inexistence », on l’oublie un peu trop souvent.
Jean-Michel Abrassart :
On essaye toujours dans le mouvement sceptique ou zététique d’enseigner au gens la pensée critique et puis après il y a des dérives de cette sorte-là, de la pensée hypercritique, c’est comme si on était sur une corde raide. Quand on essaye d’expliquer le scepticisme rationnel, comment faire passer cette idée au gens qu’il faut essayer de garder une bonne mesure dans les choses et qu’il faut éviter aussi une sorte de scepticisme pathologique, je ne sais pas comment on peut appeler ça…
Jean-Louis Racca :
Disons qu’il ne faut pas que le doute ne devienne une fin en soi, il ne faut pas que la science qui à un moment a permis de bousculer les pouvoirs établis et qu’aujourd’hui elle est devenue en quelque sorte un pouvoir établi, chercher à tout prix à la bousculer. Tout dépend quel est notre objectif, si notre objectif est d’établir les faits la science et le scepticisme qui évite les biais sont quand même les meilleurs moyens d’y parvenir. Encore faut-il que ce soit l’objectif, or il arrive que parfois dans certains débats sur des forums on entende dire des conspirationniste que leur objectif c’est de torpiller la thèse officielle. Si torpiller la thèse officielle est une fin en soi, on ne cherche plus exactement la même chose, moi mon objectif ce n’est pas ça, c’est essayer de savoir ce qu’il s’est passé, c’est un petit peu différent.
Jean-Michel Abrassart :
Là ce que tu décris c’est quelque chose qu’on retrouve beaucoup, c’est le titre d’un bouquin sur les négationnistes du réchauffement climatique qui s’appelle « Les marchands de doute », ils essayent juste de générer dans le grand public une sorte de doute flottant, peu importe la validité des arguments.
Jean-Louis Racca :
Voilà, c’est ce que je disais, tout dépend des objectifs, si c’est de vendre beaucoup d’autocollants, des livres, des choses comme ça, c’est pas exactement la même chose que de vouloir établir les faits. Évidemment si c’est pour avoir beaucoup de visites sur un site Internet donné on n’est pas obligé d’écrire des choses factuelles.
Jean-Michel Abrassart :
Oui finalement c’est peut-être la différence en philosophie entre les sophistes et l’approche classique. Ces théoriciens du 11 septembre c’est de la rhétorique.
Jean-Louis Racca :
Oui bien sûr il y a beaucoup de billets de rhétorique, si on prend la liste des sophismes qui sont répertoriés par exemple dans le dictionnaire sceptique traduit en français qui est sur le site des sceptiques du Québec, on va les retrouver presque tous, y compris un qu’on ne cite pas souvent c’est le sophisme du tireur d’élite Texan. Alors le tireur d’élite Texan est un tireur d’élite qui tire une balle dans un mur, ça fait une marque et ensuite il va dessiner la cible autour. C’est un petit peu ce qu’il s’est passé il me semble quand les conspirationnistes disent : « Ah mais le 11 septembre, les services secrets américains étaient au courant », en fait des informations sur des choses qui se préparaient c’est clair qu’il y en avait, mais qu’est-ce qu’ils pouvaient faire pour s’y opposer ? On savait qu’il pouvait y avoir éventuellement des détournements d’avions mais on ne savait pas si ça allait être sur des bâtiments ou des choses comme ça même s’il y avait eu des informations, l’opération Bojinka, mais c’était moins précis quand même que ce que veulent bien dire les conspirationnistes et c’était moins précis que ce qui c’est effectivement passé le 11 septembre. Mais comment pouvait-on parer cela ? Est-ce qu’il fallait fermer le World Trande Center à partir de l’opération Bojinka qui date de janvier 1995 ? Parce que c’est facile de dire après coup : « Voilà ce qu’il aurait fallu faire ! », mais les mesures à prendre auraient été tellement coercitives que c’était juste impossible. En plus il faut savoir que les services secrets ont des quantités absolument astronomiques d’informations et dire après coup : « Beh oui celle-là ils l’avaient ! » c’est un petit peu le tireur d’élite Texan, c’est faire une cible après coup autour d’un point qui était là un petit peu par hasard alors qu’il aurait fallu que la cible soit tracée évidemment avant. Une autre façon de dire les choses c’est que parmi toutes les informations que le FBI et la CIA devaient avoir, celle-ci s’est réalisée, il était extrêmement difficile de la parer sauf à prendre des mesures absolument invraisemblable comme fermer tous les immeubles de plus de 5 étages dans tous les Etats-Unis ou des choses comme ça mais en plus c’était une information au milieu de 10 000 autres qui elles ne se sont pas produites et qui se produiront peut-être un jour dans 5 ou 10 ans, mais le but est de savoir laquelle va se produire et quand. Donc quand on dit qu’ils savaient, oui ils savaient mais dans ce sens-là.
Jean-Michel Abrassart :
Oui je réfléchissait aux dernières interactions que j’ai eu avec les conspirationnistes sur le Net et un truc qui me frappe toujours aussi, pour avoir ta réaction et pour terminer sur ça, moi évidemment je ne suis pas un spécialiste des théories de la conspiration, on a tous ses dadas, je suis plutôt ufologie et parapsychologie mais c’est assez marrant je discutais avec des ufologues et très souvent ce sont aussi des conspirationnistes ce qui est normal, ils vont dire : « La NASA nous cache la vérité, elle doit forcément savoir qu’il y a des soucoupes volantes donc elle nous cache des choses », donc évidemment ils vont être conspirationnistes autour d’autres choses comme le 11 septembre, il y a une sorte de proximité d’idées. Et aussi récemment un tenant de la parapsychologie, Alex Tsakiris, qui a un podcast « Skeptiko » que j’écoute, c’est un gars pro parapsychologie ce que je peux comprendre et il a un discours très anti-sceptique, mais alors récemment dans son podcast consacré à la parapsychologie il s’est mis à faire des épisodes sur les théories de la conspiration autour de John Fitzgerald Kennedy, du 11 septembre et alors là il n’y a pas de lien évident entre la parapsychologie et les conspirationnismes mais il y a une sorte d’affinité intellectuelle entre ces domaines, comme si quand on adoptait un mode de pensée dans l’ufologie ou dans la parapsychologie, dans ce genre de sujets, hop, on a tendance à choper la conspirationnite aiguë en plus. Qu’est-ce que tu en penses ?
Jean-Louis Racca :
Oui, disons que c’est le problème des biais de raisonnement, puis ensuite il y a peut-être un phénomène de groupe qui fait qu’il y a une certaine émulation, et puis peut-être qu’aujourd’hui Internet favorise ce genre de choses, c’est très facile de fabriquer une photo, de la faire circuler et éventuellement de la trafiquer un peu, d’oublier qu’elle est sa source. Il y avait une expression qui me paraissait très bien choisie dans le numéro hors série de science et pseudo-sciences consacré aux théories du complot et en particulier à celle du 11 septembre, ils disaient : « Les conspirationnistes ont un rapport très particulier à la preuve », et je crois que c’est ça, à partir du moment où on ne met pas la barre suffisamment haut quand on veut prouver quelque chose et en particulier lorsqu’on oublie le proverbe sceptique qui nous dit : « Une allégation extraordinaire nécessite une preuve plus qu’ordinaire », du coup on risque de très vite tomber dans des conclusions qui peuvent être très variées mais toutes aussi peu étayées.
Jean-Michel Abrassart :
Très bien, alors je t’ai interviewé une fois sur la psychanalyse, maintenant sur le 11 septembre, sur quoi vas-tu travailler pour l’année qui vient ? Tu le sais déjà ?
Jean-Louis Racca :
Non, je n’ai pas vraiment d’idée particulière, mais bon, il y a bien quelque chose qui va me remotiver mais pour l’instant je n’ai pas de choses en particulier à proposer. Peut-être populariser des choses sur la théorie de l’évolution qui présente la particularité d’être souvent mal défendue, je ne dis pas que moi je la défend bien mais les spécialistes de cette théorie trouvent qu’elle est souvent mal défendue y compris par les gens qui prétendent la défendre. Donc ça c’est un cas épistémologiquement intéressant et je vais peut-être me pencher un petit peu dessus pour l’année qui vient.
Jean-Michel Abrassart :
On revient à mon anecdote de début d’interview (rires), à la question : « Est-ce qu’il faut aller débattre les créationnistes ? », la réponse est : « Non ».
Jean-Louis Racca :
Oui c’est vrai que là aussi il y aurait du travail à faire et effectivement les méthodes sont un petit peu les mêmes.
Jean-Michel Abrassart :
Et si non, est-ce qu’il y a quelque chose que tu voudrais dire au niveau de l’actualité de l’Observatoire Zététique ?
Jean-Louis Racca :
Là on sort de notre université d’été qu’on appelle Ultimate Z, on en était cette année à la 6° édition et ça s’est déroulé en plein milieu de massif de la Sainte-Beaume près d’Aix en Provence et il y avait quelques organisations sceptiques françaises, des gens de Toulouse, Marseille ou Montpellier, ça a permis des échanges fructueux, des débats et des exposés particulièrement intéressants et de voir ce qu’il se faisait ailleurs que dans notre propre organisation et voir comment on aborde les choses, parfois de façon légèrement différente au niveau de la pédagogie et c’est à refaire. On essayera d’en faire un compte rendu dans notre news letter.
Jean-Michel Abrassart :
Je lisais avant de commencer l’interview qu’il y avait un trentaine de personnes présentes c’est ça ?
Jean-Louis Racca :
Oui, cette année on a même été limité par le nombre de places dans la structure qui nous hébergeait, mais c’était quand même un net regain de forme par rapport à l’an dernier où on n’était même pas une quinzaine, donc là je pense qu’on est reparti à la hausse.