jeudi 24 juillet 2014

Transcription de l'épisode #51: Roswell : Rencontre du premier mythe

Ceci est la transcription de l'épisode #51: Roswell : Rencontre du premier mythe du balado Scepticisme scientifique. Il s'agit d'une interview de Gilles Fernandez. Cette transcription a été légèrement éditée au niveau du contenu. Un tout grand merci à Jérôme pour avoir réalisé cette transcription.


Jean-Michel Abrassart :
Aujourd’hui je suis avec Gilles Fernandez qui est l’auteur d’un tout nouveau livre qui s’intitule : « Roswell : Rencontre du premier mythe », qui est comme son nom l’indique un ouvrage consacré au crash de Roswell.
Bienvenu !
Gilles Fernandez :
Bonjour Jean-Michel, merci.
Jean-Michel Abrassart :
Avant qu’on attaque la discussion autour de l’affaire Roswell, tu pourrais un peu te présenter ? Je sais que tu es psychologue, donc tu as un peu ta carrière de ce côté-là, avant que tu ne deviennes un auteur consacré à ce genre de sujet.
Gilles Fernandez :
Eh bien, je suis titulaire donc d’un doctorat en psychologie cognitive, j’ai beaucoup travaillé sur le surdon, les représentations mentales, jusqu’en 2006. Et puis effectivement depuis 4 ans je me consacre à d’autres activités en tant qu’indépendant, donc du consulting, et puis je rédige des articles et je m’intéresse beaucoup au paranormal, mais de façon sceptique.
Et donc durant mes études autour de 2004-2005, on m’a proposé un projet qui était de réaliser une batterie de tests pour le GEIPAN, enfin pour le CNES, mais c’était essentiellement de soumettre ce projet. Donc l’idée c’était d’utiliser une batterie de tests pour tester la crédibilité des témoins, en utilisant par exemple des échelles pour voir si les personnes sont enclines à la fantaisie ou non, quel est leur milieu ambiant, est-ce qu’ils sont intéressés par la science-fiction, et puis d’autres tests de personnalité etc.
Et puis ce projet a été abandonné parce que je me suis vite rendu compte qu’il y avait un espèce de glissement qui était fait, c'est-à-dire qu’à partir du moment où on prouvait par ces instruments que la personne était crédible, cela voulait dire que l’observation était crédible aussi, au sens extraterrestre. Et ça, ça m’a beaucoup embêté, et donc je n’ai pas voulu m’engager sur ce projet plus avant.
Jean-Michel Abrassart :
Et donc tu en es venu à écrire un livre sur l’affaire Roswell. Evidemment Roswell c’est quasiment le cas le plus connu de la casuistique. Qu’est-ce qui t’a particulièrement intéressé ? Pourquoi Roswell ?
Gilles Fernandez :
Pourquoi Roswell ? Oh eh bien c’est toujours un petit peu par rapport à ce que je disais avant, en discutant il m’est arrivé, à l’époque en 2005, de faire une critique assez violente du livre de Jean-François Parmentier, qui est : « Ovni : 60 ans de désinformation ». Et puis nous avions échangé en privé par e-mails et c’est vrai qu’il m’a montré que je ne connaissais pas suffisamment la casuistique pour juger. Donc j’ai commencé à lire, mais surtout du côté anglo-saxon, et puis bien entendu, ce qui apparaît le plus souvent c’est l’affaire Roswell, et donc de fils en aiguille, j’ai lu, j’ai lu, et j’ai commencé à écrire, et mon entourage m’a dit : « On n’a pas grand-chose en France, pourquoi n’écrirais-tu pas un ouvrage ? », voila. Mais au départ mon idée c’était de faire un petit ouvrage à la maison, le faire circuler aux amis etc., et puis, de fil en aiguille on m’a un petit peu motivé à voir un petit peu plus grand, c'est-à-dire une publication avec numéro ISBN etc., pour les librairies.
Jean-Michel Abrassart :
Avant qu’on rentre dans l’explication un peu sceptique du cas, tu peux raconter quelle est la version un peu standard ?
Gilles Fernandez :
C’est sûr que quand on me pose cette question j’ai envie de répondre : « Quelle version vous voulez ? », parce qu’il y a tellement d’articles, d’ouvrages etc. L’incident de Roswell, dans la mémoire collective en tout cas, c’est donc ce que tu as introduite précédemment, c’est cette idée que l’armée des États-Unis aurait récupéré un engin, ses occupants ou des débris et qu’elle conserverait ce secret encore aujourd’hui, donc depuis 63 ans, dans des hangars ou je ne sais quoi.
Et donc l’histoire en elle-même, c’est un évènement qui s’est produit en juin-juillet 1947 quand un rancher, un éleveur, du nom de William Mac Brazel a signalé au shérif local, qui s’appelait Georges Wilcox, qu’il aurait récupéré l’une de ces fameuses soucoupes volantes dont les médias à ce moment-là parlent avec une grande intensité depuis l’observation de Kenneth Arnold, donc le 24 juin 1947, sachant que l’affaire est publiée le 25 juin dans les journaux.
Jean-Michel Abrassart :
Il y a quelque chose comme deux mois entre l’observation de Kenneth Arnold et l’affaire de Roswell ?
Gilles Fernandez :
Ah non, il y a 10-12 jours.
Jean-Michel Abrassart :
Ah, 10-12 jours ?
Gilles Fernandez :
L’observation de Kenneth Arnold est publiée dans la presse, j’insiste on va voir pourquoi, le 25 juin dans les éditions, il donne d’abord une interview à un journaliste, Bill Bequette, puis ce journaliste décide de diffuser la chose sur le réseau local de l’« Associated Press », c’est un petit peu l’AFP de là-bas, et puis la personne qui se trouve à l’agence locale qui est importante décide de diffuser ça sur tout le réseau national. Ça intéresse tout le monde, et puis tout d’un coup les gens se mettent à voir ces fameuses soucoupes volantes. Et la chose intéressante que les sceptiques connaissent est que Kenneth Arnold n’a jamais vu, lui, en tout cas dans ce qu’il a décrit, les objets en forme de soucoupe, il décrivait plutôt que ces objets se déplaçaient comme des soucoupes qui ricocheraient sur l’eau. Pourtant les gens vont voir des objets en forme de soucoupe.
Alors donc la question que je me suis posée c’est : « Comment les extraterrestres ont-ils pu changer la configuration de leurs engins pour plaire finalement aux journalistes, à une erreur journalistique ? ». Et donc l’affaire Roswell c’est le 5-6-7-8 et 9 juillet, c'est-à-dire très peu de temps après, ce qui est intéressant je pense, en tout cas ce qui m’a intéressé, c’est d’essayer de comprendre cette vague avant tout, avant de m’intéresser à l’affaire Roswell. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Qu’est-ce que les gens entendaient à l’époque par « soucoupe volante», et ça c’est particulièrement intéressant parce que quand on lit les coupures de journaux, quand on s’intéresse à des études qui ont été faites, on se rend compte que le terme « soucoupe volante» n’a pas du tout la même connotation que l’on a nous aujourd’hui. C'est-à-dire qu’on associe ça toujours, presque directement à engin extraterrestre venu d’autre planète, engin venu du futur ou des choses comme ça, mais à l’époque ça n’était pas du tout le cas, c'est-à-dire que les hypothèses qui était émises étaient, par exemple, des engins soviétiques secrets ou des projets secrets américains. C'est-à-dire que, dans la tête des gens si je peux dire, penser soucoupe volante c’est certainement d’abord penser à des choses prosaïques, de là, tout objet un petit peu insolite, qu’on trouve dans son jardin, comme du matériel ballon, des cibles radar etc., c’est un bon candidat pour les soucoupes volantes parce qu’elles n’ont rien d’extraterrestre dans la tête des gens. Et il faut savoir aussi que dans cette toute petite période, à partir du 4 juillet 1947 on offre une prime, dans tous les états, pour qui rapporterait ces soucoupes volantes ou un débris, et ce sont des primes de l’ordre de 1 000 $ jusqu’à 3 000 $, ce qui est une somme très importante à l’époque, on sort de la guerre etc…
Et c’est à partir de ce moment-là que l’affaire va commencer. Il y a beaucoup de polémiques là-dessus, je ne peux pas tout résumer comme ça oralement, mais apparemment, enfin c’est ce que je pense, dont je suis sûr et c’est bien documenté. Quelque chose est tombé dans le champ de ce fermier mi-juin, c'est-à-dire apparemment le 14 juin 1947, pourtant le 14 juin 1947, ce qui est tombé dans son champ ne l’intéresse pas, il le laisse dans son champ.
Jean-Michel Abrassart :
(Rires).
Gilles Fernandez :
C'est-à-dire que ce n’est vraiment pas si spectaculaire que ça. Mais, alors pareil il y a plusieurs versions et c’est difficile de remonter dans le temps, mais le 4 juillet 1947, on est dans le weekend de l’indépendance, il y a donc ces primes qui sont offertes à qui rapporterait les débris ou un débris de ces fameuses soucoupes volantes ; alors c’est un fermier, il n’a pas le téléphone, il n’a pas la radio, il n’a pas accès à la presse, etc., le 5 juillet il va à la ville de Corona qui est proche de là où il travaille, il entend parler des soucoupes volantes, et il semble même qu’il rencontre ses voisins, des ranchers, la famille Proctor qui lui explique bien que dans la presse on parle de soucoupes volantes et qu’on offre une prime de 3 000$, et là ces débris, tout d’un coup, prennent une autre connotation, une autre valeur, c’est seulement à partir de ce moment-là que ça va l’intéresser. Et là donc il décide d’aller à la ville de Roswell dont il contacte le shérif, Georges Wilcox qui lui à son tour décide d’appeler l’armée. On notera que le shérif décide d’appeler l’armée, ce qui nous ramène toujours à cette idée que le terme soucoupe volante est quand même associé à du militaire, américain, russe, mais en tout cas on appelle la base de Roswell, on n’appelle pas les journalistes, on ne va pas voir par soi-même, non, on appelle la base. Et là est diligenté le Major Marcel avec une petite équipe, alors on est quasiment sûr qu’il y avait une deuxième personne qui s’appelle Sheridan Cavitt et peut-être une troisième personne, le sergent Rickett. Et puis, bien c’est pareil, Marcel, ces débris l’intéresser, c'est-à-dire qu’ils sont insolites pour lui et donc il retourne à la base avec des débris, il s’est arrêté chez lui, les a montré à son fils, c’est toute une chronologie qui est très longue et très détaillée. Et stupéfaction, la base décide de publier un communiqué de presse comme quoi nous sommes entrés en possession d’un disque volant, d’une soucoupe volante, en aucun cas nous sommes entrés en possession d’un engin extraterrestre, mais d’une soucoupe volante contextualisée, c'est-à-dire que pour moi, pour beaucoup de sceptiques c’est comme ça qu’il faut interpréter cette affaire, c'est-à-dire que l’armée n’a jamais dit : « Nous sommes entrés en possession de restes d’un engin extraterrestre », mais : « Nous sommes entrés en possession de l’une de ces soucoupes volantes ». Donc c’est quelque chose, comme on en a discuté tout à l’heure, il faut voir que les soucoupes volantes existent depuis 12 jours, ça crée beaucoup d’excitation, il y a certainement eu un petit peu comme on dit en anglais un « rush », c'est-à-dire cette base où il y a peu de protagonistes finalement dans cette histoire, il y a Marcel, Haut, Blanchard qui est le commandant de la base, etc. ;  ils décident de publier, et les recherches outre-atlantique montrent également quelque chose d’assez curieux finalement, que le commandant de la base, Blanchard, le 8 au soir, il part en vacances…
Jean-Michel Abrassart :
(Rires).
Gilles Fernandez :
Il part en vacances, oui, et ça c’est documenté, parce que si vous lisez les ouvrages comme celui de Gildas Bourdais qui est l’exégète de Roswell en France, le commandant de la base serait occupé à récupérer les débris sur au moins 3 sites, selon la littérature on peut en trouver 11 ou 12, mais bon, les documents de l’époque prouvent que Blanchard part le soir même en vacances et pour également faire proclamer l’Air Force Day qui est la fête anniversaire de l’Air Force. Donc si on imagine 5 min qu’il y a eu un évènement d’une telle magnitude, c'est-à-dire la récupération d’un engin extraterrestre, il faudrait qu’on m’explique pourquoi le commandant de la base ne décide pas d’annuler ses vacances et d’envoyer quelqu’un pour faire signer cette fête de l’Air Force Day et organiser l’évènement.
Donc voila en gros l’affaire Roswell, en tout cas en 1947.
Jean-Michel Abrassart :
Donc après ça il y a eu toute une période où même les ufologues ont oublié cette histoire, et puis c’est Berlitz qui arrive et qui relance tout le bazar…
Gilles Fernandez :
Tout à fait, pendant 30 ans, il y a un silence post évènementiel qui permet aussi de nous interroger, parce que si on lit les livres d’aujourd’hui, il y a des centaines de témoins qui sont le plus souvent de seconde main. Mais pendant ces trente années on ne trouve aucun journal personnel, pour un évènement d’une telle magnitude, on ne trouve aucune lettre des familles en discutant entre-elles. C’est la période après guerre, il y a plein d’institutions ufologiques amateurs, privées qui sont crées, l’APRO, le NICAP etc., alors qu’on a plein de témoins qui viennent pour tout un cas d’autres cas, la casuistique est très riche, il n’y a aucun de ces témoins de Roswell d’aujourd’hui qui vient frapper à la porte de ces associations ufologiques. Le cas n’est même pas mentionné dans les projets officiels comme Blue Book, Sign, Grudge, par l’armée et les autorités pour étudier le phénomène ovni. Roswell est un non évènement pendant 3 décennies, et effectivement c’est en 1978 que l’ufologue Stanton Friedman entend parler à l’occasion d’une conférence qu’il y aurait quelqu’un qui aurait touché une soucoupe volante. Et donc, bien entendu Friedman pense qu’il tient là une star pour ouvrir un débat, et donc il va interroger Marcel, et il faudra attendre 2 ans pour que le premier livre soit publié, parce que quand on suit un petit peu l’affaire on s’aperçoit que quand Friedman va voir Jesse Marcel, il ne se rappelle même plus de la date de l’évènement, il n’a rien conservé, c'est-à-dire que pour un évènement d’une telle magnitude, il aurait trouvé quelque chose d’extraterrestre ou je ne sais quoi, il n’a rien gardé ce monsieur, il n’a pas gardé de coupure de presse alors qu'il a figuré dans les premières pages dans les journaux de 1947, il n'a rien gardé du tout. C'est quand même curieux je pense, pour un évènement d'une telle magnitude. Donc effectivement l'affaire, après ce silence post évènementiel qui peut poser question, ressurgit à partir de 1978. Et la 1ère partie de ce que j'appelle le "mythe de Roswell" c'est d'abord toute une période où on ne parle que de débris extraordinaires, et là, la chose qui peut surprendre c'est que quand on regarde ce qui est décrit, on nous parle quand même de balsa, mais ce n'est pas comme du balsa, on nous parle de feuilles métalliques et papier mais ce ne sont pas tout à fait des feuilles métalliques et papier... Et quand on creuse un petit peu s'aperçoit qu'il y a un très bon candidat prosaïque à tout cela, sauf que des propriétés extraordinaires sont rajoutées, mais bon, en tant que psychologue etc., quand on étudie l'affaire on voit que progressivement se construit un mythe, il y a des embellissements, des choses comme ça sur quelque chose de très ordinaire au départ.
Donc pour faire un petit résumé, je pense que ce qui est important et c'est ce que j'ai essayé de faire dans le livre, c'est de re-contextualiser le terme de soucoupe volante en 1947 et ne pas être biaisé par ce que nous entendons aujourd'hui par soucoupe volante ou disque volant.
Jean-Michel Abrassart :
Abordons l'explication prosaïque que proposent les sceptiques pour Roswell. Quel est l'objet qui s'est écrasé (rire) dans le ranch de Mac Brazel ?
Gilles Fernandez :
Bien pareil, comme beaucoup le savent, la thèse officielle c'est la thèse des ballons Mogul. Donc les ballons Mogul c'était un projet top secret, de priorité 1A, c'est à dire au même niveau que la bombe atomique qui a dû débuter en 1946 jusqu'en 1949 et, contrairement à ce qu'on dit, les personnes qui ont proposé cette hypothèse prosaïque n'est pas l'armée. Souvent on lit sur les forums ou dans les livres que cette explication prosaïque est une invention de l'armée. Pas du tout, ce sont deux ufologues dont l'un qui est portant pro extraterrestre, c'est à dire qu'il croit en l'existence d'engins qui nous visitent, un certain Karl Pflock, il participe à exhumer des documents sur ce projet parce qu'il tombe parallèlement avec Robert Todd qui lui est par contre un ufologue qui n'est pas très convaincu par la réalité extraterrestre des objets. Donc c'est plutôt Robert Todd qui exhume tout d'abord un cas où un fermier, alors on a un mini Roswell où un fermier de Danforth (Illinois) trouve du matériel et ce cas est répertorié dans Blue Book, et on voit que dans Blue Book on identifie cela comme provenant d'un projet qui s'appelle Mogul, et c'est lui, Robert Todd qui demande, avec Karl Pflock, déclassification de ces documents et là on s'aperçoit que Mogul est peut-être le fameux candidat qui va expliquer Roswell.
Alors pourquoi est-ce un bon candidat ? Bien c'est à dire que la première des choses c'est que le projet est concomitant dans le temps et dans l'espace de l'évènement de Roswell, c'est à dire que ces ballons étaient lancés en juin 1947 depuis Alamagordo (Nouveau-Mexique) qui est à une centaine de miles de Roswell. Donc le projet Mogul c'est en fait des ballons gigantesques qui volent à altitude constante, enfin qu'on envoie pour qu'ils restent à altitude constante, ce sont des ballons qui, assemblés, sont plus grand que la Tour Eiffel. Quand on exhume les journaux du physicien qui s'est occupé de ce projet puis d'autres documents des organismes qui avaient en charge ce programme Mogul c'est à dire l'Université de New York, l'Air Force Materiel Command, et puis les laboratoires Watson, on s'aperçoit que justement en juin 1947 on a un excellent candidat qui est le vol n°4. Pourquoi excellent candidat ? Parce que d’après le rapport de l’Us Air Force et d’autres examens indépendants on s’aperçoit que ce vol avait une configuration assez particulière, il emportait plusieurs cibles radars ou déflecteurs radars. Alors qu’est-ce que c’est que ces déflecteurs radars ? Ce sont des cibles avec du balsa, des feuilles d’aluminium, des feuilles laminées qui sont attachées sur le train de ballons, de 3 à 5, pour que le ballon soit tracté par radar au sol. Et quand on lit les témoignages dénués des qualités exceptionnelles des matériaux, on nous parle de balsa, de feuilles laminées, bref de cibles radars. Donc c’est pour ça que ce candidat Mogul est un excellent candidat. Mais alors là-dessus, bien entendu les ufologues en faveur de l’explication extraterrestre on fait tout un mic mac, j’en parle beaucoup dans l’ouvrage, pour affirmer et marteler que ce vol a été annulé et qu’ils en ont la preuve justement dans le journal du géophysicien qui s’est occupé du projet, ce qui est un mensonge assez fabuleux que je montre dans le livre puisqu’il est clairement indiqué que ce vol a bien eu lieu…
Jean-Michel Abrassart :
Oui je voulais juste rajouter que le ballon Mogul, c’était réellement un projet top secret, il y avait quand même quelque chose qui était dissimulé à l’époque même si ce n’était pas les vaisseaux spatiaux extraterrestres. L’objet du projet Mogul c’était, si je ne m’abuse, de détecter l’éventuelle utilisation de bombes atomique lors de tests en Russie c’est ça ?
Gilles Fernandez :
Tout à fait, même les essais de missiles balistiques. L’idée c’était de placer dans l’aire un sonar qui est habituellement dans l’eau, on s’était aperçu qu’un sonar dans l’eau pouvait détecter des signaux acoustiques des explosions à des centaines de miles, donc l’idée c’était de dire : « Est-ce que l’on peut faire dans le ciel ce que l’on est capable de réaliser sous l’eau ? », afin justement de savoir si les Russes ont la bombe atomique ou non, et si ils essayent des missiles balistiques de type V2 comme le faisaient les américains à l’époque. C’est ça le projet Mogul. Alors c’est beaucoup plus compliqué que ça au niveau top secret si non ça ne serait pas marrant, c'est-à-dire que le but du projet est secret, les données que l’on recueille sont secrètes, mais les matériels qu’ils utilisent ne sont pas du tout top secret, d’ailleurs l’étude n’est pas confiée à des militaires mais à l’Université de New York. Donc ça c’est pareil, c’est un gros travail, un petit peu technique, de bien faire la part des choses parce que les ufologues comme Gildas Bourdais vont vous expliquer que ça n’est pas du tout top secret, qu’on trouve sa mention dans des documents de niveau inférieur à ce que le projet serait lui-même, mais ce n’est pas du tout ça, on a un mémorandum de 1946 sur le projet qui montre que ce qui est top secret, ce qui est classé priorité 1A c’est le but du projet, donc ça ne doit pas être révélé, et les données, mais le matériel, le nom, etc., n’ont rien de très top secret.
Jean-Michel Abrassart :
C’est pour ça que quand les militaires vont donc mettre la main sur les débris ils n’arrivent pas à identifier ce que c’est puisque le projet lui-même est secret donc…
Gilles Fernandez :
Oui, c’est pour ça que l’affaire est compliquée sinon ça ne serait pas marrant, mais il faut bien se dire que les matériels utilisés sont des matériels banaux, très très prosaïques. Mais quand on se remet dans le contexte de l’époque on voit bien que c’est quand même un objet insolite et c’est un très bon candidat pour ces soucoupes volantes ; et le détail, c’est ce qui met à mon avis la théorie extraterrestre échec et math, c'est que parmi ces débris est mentionné quelque chose qu'on ne peut pas inventer, c'est un ruban scotch. Donc c'est un détail qui figure dans le rapport de l'US Air Force qui fait presque mille pages, quand on se procure le plan d'assemblage d'une cible radar, il y a une toute petite note de bas de page qui indique qu'il faut renforcer les baguettes de balsa avec du scotch comme on en trouve dans l'industrie du jouet. Donc quand on continue à s'intéresser à cette affaire et qu'on se demande : « Mais qui a fabriqué ces cibles radars ? » Eh bien c'est une fabrique de jouets. Et donc à cette époque, pour assembler ces cibles radar, il fallait absolument consolider l'ensemble avec du ruban adhésif, et, qu'est ce qu'on retrouve chez les témoins ? La mention : « Il y avait une sorte de ruban avec des motifs roses et mauves en forme de fleur », on trouve ça chez plein de témoins. Donc comment ces témoins ont pu inventer un détail qui ne s'invente pas comme ça ?
Jean-Michel Abrassart :
C'est de l'écriture extraterrestre voyons (rires).
Gilles Fernandez :
Oui à travers le temps, mais à l'époque on ne trouve aucune mention « extraterrestre » dans les journaux, dans cette affaire le terme n'existe pas, on parle de disque et de soucoupe volante, il n'y a aucune mention d'« extraterrestre ». Il y avait un ruban avec de l'écriture, mais il n'y a pas marqué et on ne trouvera jamais « écriture extraterrestre », mais « il y avait de l'écriture dessus ». Le concept, la connotation « extraterrestre » à « soucoupe volante », en 1947, je ne dirais pas qu'elle n'existe pas mais ça n'est absolument pas ce qui vient à l'esprit des gens.
D'ailleurs je ne pense pas que ce soit une anecdote mais en août 1947, donc juste après la vague qui se termine mi-juillet, a été réalisé un sondage par l'institut Dial Up, donc c'est un document d'époque où la question posée était : « Que pensez-vous que sont les soucoupes volantes ? » Eh bien quand on regarde les réponses qui sont données, mais également les réponses qu'a choisit le sondeur, il n'y a pas la mention « extraterrestre » dedans. Même le sondeur n'a pas pensé à mettre comme proposition : « Des engins extraterrestres ». C'est à dire que les contemporains de l'époque, quand ils agissent, pensent sur les soucoupes volantes, ne pensent pas à des engins extraterrestres, ils pense à des choses insolites, peut-être des armes secrètes américaines ou soviétiques, mais le sème, l'unité sémantique ou linguistique « extraterrestre » en 1947, elle est absente, et je pense que c'est avec cette grille de lecture qu'on peut comprendre Roswell, c'est à dire en remettant le terme « soucoupe volante » ou « disque volant » dans son contexte de l'époque, et je pense que si on se dit : « Comment ces gens-là, les protagonistes de Roswell ont-ils pu prendre des débris de ballon pour des débris d'engin extraterrestre ? » C'est vraiment se poser la mauvaise question. C'est pas du tout la question, et j’appelle ça un biais, mais c'est un des arguments que présente souvent Gildas Bourdais à savoir que c'était des militaires, disant : « Comment ont-il pu prendre des baguettes de balsa et des choses très prosaïques pour quelque chose d'extraterrestre ? » Mais c'est lui qui confond, ils n'ont jamais confondu ce qu'ils ont trouvé avec des débris extraterrestres, non, avec une soucoupe volante re-contextualisée.
Jean-Michel Abrassart :
Il y a une célèbre photo qui a été prise où on voit les débris.
Gilles Fernandez :
Tout à fait. Tout à l'heure j'ai expliqué que Jesse Marcel avait été à la Une du journal local et justement il y a une photo de lui posant avec les débris. En fait on en a retrouvé d'autres après, il y en a 6 qu'on a réussi à exhumer. Donc ces photos des débris ce sont celles qui ont été faites à une conférence de presse quand l'armée a démenti qu'elle avait trouvé une soucoupe volante en expliquant que c'était un débris de ballon météorologique. Elle n'allait pas expliquer en 1947 qu'en réalité ce qui avait été retrouvé était des composants du projet Mogul, c'est inacceptable, elle ne pouvait pas dire ça, elle ne pouvait pas révéler son projet top secret.
Donc effectivement il y a ces fameuses photos et, ce que j'appelle « le boulet » dans mon livre, c'est que Jesse Marcel, de son vivant (il décède en 1986 alors qu'on n'a pas encore toutes les photos), il dit : « Les photos sur lesquelles je pose sont celles avec les débris que j'ai ramenés du ranch, par contre les photos où il y a le général Ramey (dans la série il y a plusieurs personnes qui posent avec) ont été prises avec de faux débris, on a fait un remplacement, mais moi les photos sur lesquelles je suis ce sont des photos avec les débris que j'ai ramenés du ranch Foster.» Or quand, après sa mort on a découvert toute la série de photos, ce sont les mêmes débris qui sont sur les photos avec ou sans Marcel et se sont des débris de cibles radars. Alors bien entendu, là-dessus, les conspirationnistes expliquent qu'il y a eu une manipulation etc.
Et pareil pour les documents d'époque, il y a quelque chose dans l'affaire qui est très important, on n'a pas beaucoup de documents mais au moins on en a un, ce sont 2 interviews à 2 endroits indépendants concernant l'affaire. C'est à dire qu'on a 2 journaux d'époque, les conspirationnistes disent que les interviews ont été dictées par l'armée mais le problème est que ces interviews proviennent de 2 sources indépendantes. Il y a une interview qui est réalisée à Forworth et l'autre à Roswell, il y en a une qui tient sa source de Brazel et l'autre de Marcel, or quand on s'amuse à mettre en parallèle les 2 articles on a une concordance parfaite dans la chronologie des évènements, dans ce qui est mentionné, et on s’aperçoit que ce qui est décrit de ces composants sont des ballons plus cibles radars et il y a encore une fois la mention de ce fameux scotch à fleur qui trahit, c'est la marque « ADN » de la cible radar en question.
Jean-Michel Abrassart :
D'abord ce qui est incroyable, et il y a un effet un peu d'incrédulité de la part des ufologues, ce sont tous les témoins qui sont apparus plusieurs décennies après. Évidemment ces témoins-là on rajouté qu'ils avaient vu des corps d'extraterrestres etc., tous les détails qui ne sont pas expliqués par l'explication Mogul. Qu'est-ce que tu penses de tous ces témoins ? Tu peux nous en parler ?
Gilles Fernandez :
Bien sûr oui, ça c'est très important parce que quand on y regarde de près, les témoins qui ont introduit cette idée de corps extraterrestres, voire d'un engin, on ne parle plus de débris, mais d'un engin et de corps extraterrestres, il y en a 4, ce sont Glenn Dennis, Ragsdale, Kaufmann et Anderson. Or alors que ce sont eux les géniteurs des corps et de l'engin extraterrestre, ils ont tous été confondus, c'est à dire qu'on a prouvé par A+B que c'était des menteurs, c'est ce que je montre dans le livre et qui est très méconnu je pense en France. Et pourtant, par la suite, l'histoire qu'ils ont raconté, par exemple un des protagonistes de cet engin extraterrestre indique que l'engin a été vu aussi par une équipe d'archéologues, c'est lui qui introduit cette histoire d'archéologues, et pourtant dans la chronologie récente, alors que les ufologues en faveur de l'hypothèse extraterrestre nous disent : « Oh beh maintenant on ne tient plus compte d'Anderson », enfin bref, de tous ces gens qui ont été confondu, or on a toujours la présence des archéologues alors que ceci a été introduit par des gens qui ont été pris en flagrant délit de mensonge. Donc ce que je voulais dire c'est que nous, on a comme ancré cette histoire de présence de corps extraterrestres mais ça a été introduit par 4 personnes qui se sont toutes révélés être comme on dit en anglais des hoaxeurs, des canuleurs.
Et pourtant, effectivement il y a d'autres témoins qui vont se manifester après, souvent de seconde main, qui vont se mettre à dire : « Oui mon père, mais il est décédé malheureusement, m'en avait parlé... » etc. La piste du faux souvenir, de la falsification introspective, on pourrait peut-être en reparler, elle est de mise ici. On arrive même, alors que de leur vivant le major Jesse Marcel et le fermier Brazel n'ont jamais parlé de corps… Marcel de son vivant n'a jamais parlé de corps, n'a jamais parlé d'engin extraterrestre, c'est un témoin de première main, on arrive, une fois qu'ils sont morts à trouver des témoins de seconde main qui vont dire que Marcel leur avait parlé des corps. Vous voyez ce que je veux dire ? Alors que pour Marcel, son fils est encore vivant et il a toujours affirmé que son père ne lui avait jamais parlé de corps extraterrestres. Il y a tout un pan de 1978 à aujourd'hui où on voit la construction progressive d'un mythe où on ajoute des détails, notamment cette phase des corps extraterrestres et de l'engin extraterrestre, mais quand on y regarde de près, ce qui est introduit l'a été par des menteurs et pourtant ça subsiste dans le mythe. C'est ça que je trouve incroyable et j'essaye d'expliquer dans le livre comment marche une falsification introspective et surtout le faux souvenir qui est complètement absent de la littérature ufologique pro extraterrestre dans cette affaire.
Jean-Michel Abrassart :
Oui évidemment maintenant Roswell est devenu une icône qu'on retrouve dans la culture, parce que tu parles de mythe au niveau de la manière dont le narratif s'est construit, aujourd’hui c'est même dans les films, dans la science fiction etc. Maintenant que tu t'es vraiment plongé sur le cas, quand tu regardes, je ne sais pas si tu es un fan de science fiction, mais si tu regardes des films, comment tu perçoit l'aspect un peu culturel de l'affaire Roswell qui apparaît dans tellement de films, de séries TV ou de romans de science fiction ?
Gilles Fernandez :
A mon niveau, personnellement, je dis : « C'est dommage que ce ne soit pas vrai ! » Ça c'est sûr, on aurait tous envie d'y croire, mais bon voilà, il faut se rendre à l'évidence. Alors comment je regarde ? Bien, j'essaye de faire la part des choses, c'est à dire, je regarde un film de science fiction et puis voilà, je ne vais pas couper la télé. Mais lorsque je regarde ça je suis toujours en train de penser, j'en discutais avec mon entourage pour voir justement qu'est-ce que ces personnes ont d'associé aujourd'hui alors que quand on connais la réalité, sans prétention, ma modestie mise à part, c'est assez fascinent de voir justement comment dans notre mémoire collective rentrent des choses qui finalement sont falsifiées, sont fausses, etc.
Et puis il y a tout une industrie derrière Roswell aussi dont je discute dans le livre, on a des témoins de la dernière minute ou des dernières années qui participent à la thèse extraterrestre, et en analysant un petit peu, ça n'est absolument pas mentionné en France, on s'aperçoit que cette personne c'est le directeur du musée de Roswell, donc ça amène à se poser des questions quand même.
Jean-Michel Abrassart :
(Rires)
Gilles Fernandez :
Oui c'est… Je ne l'ai jamais trouvé dans un livre de Gildas Bourdais, mais bon j'explique dans le livre que Gildas Bourdais reprend le livre de Tom Carrey et Schmitt et le cœur de ce livre c'est un affidavit, un affidavit c'est un papier que l'on écrit devant un notaire pour jurer que ce qui est contenu dedans est vrai, que l'on n'a pas touché d'argent etc. Et donc le cœur du nouveau livre c'est cet affidavit de Haut qui était l'attaché de presse de la base de Roswell et qui déclare avoir vu dans le hangar les corps etc. Mais on s’aperçoit que lui, pendant pas mal d'années, de 1979 à 1992 il dit que tout ça c'est des foutaises, qu'il n'y a jamais eu d'engin ou tout ça, mais en 1992, au moment où on lui propose de devenir le président du deuxième musée de Roswell, il change sa version. Bon, sans tomber dans l'attaque ad hominem etc., ça invite à se poser certaines questions. Et puis il y a plein de petites choses comme ça, je n'ai pas voulu trop insister là-dessus, je n'ai pas vraiment voulu me placer dans l'ad hominem, mais quand on s’aperçoit de certains enquêteurs qui font encore la Une aujourd'hui, on se rend compte qu'ils ont menti, qu'ils ont utilisé l'argument d'autorité, c'est à dire en se présentant avec des diplômes de criminologie etc., alors qu'ils n'avaient pas du tout ces diplômes-là.
Alors voilà, moi, encore une fois, je ne cherche à convaincre personne, j'ai présenté mon enquête, mon immersion là-dedans, et puis bon, c'est au lecteur d'en juger, mais je pense qu'il n'y a pas photo tout de même entre la thèse extraterrestre et la thèse prosaïque, et encore une fois avec l’ADN qu'est le ruban, il faut voir toutes les explications ad hoc, c'est à dire pour rester conforme à l'explication extraterrestre qu'on va chercher, c'est de moins en moins économique, des « et si » qui s’ajoutent à des « et si », mais bon, on a toujours rien, c'est ce que j'essaye de montrer dans l'ouvrage. Lorsque l'argumentaire de la thèse prosaïque est posé, l'argumentaire de la thèse extraterrestre consiste toujours à proposer du plus compliqué. Ce que j'essaye de montrer au lecteur c'est qu'il faut arrêter de faire des spéculations, à un moment donner il faut s'arrêter. Ce processus est bien connu, à chaque fois qu'on présente une évidence, je ne parle pas de preuve, comme la marque ADN, ce fameux ruban etc., on voit à l'oeuvre des : « Oui, mais euh, en fait Brazel avait déjà trouvé des ballons dans son champ », ce qui est vrai, « Donc il confond peut-être avec ceux-là, ou on l'a forcé à parler des ballons qu'il avait trouvé avant », des choses comme ça, tout plein de thèses conspirationnistes, mais ça non plus ça ne colle pas puisque les Proctor, ses voisins, se rappellent quand il vient leur expliquer qu'il a trouvé quelque chose et que ceux-ci lui apprennent l'existence de la prime de 3 000$ et les soucoupes volantes, qu'il mentionne dans les débris ce fameux ruban. Donc la thèse du cover up, qu'on lui aurait dicté etc., ne tient pas la route. Et puis cette thèse du cover up (étouffement) qui dit que Brazel aurait été forcé dans son interview à dire ce qu'il a dit, ce qui est assez marrant c'est que pour que cette thèse marche il faudrait qu'on explique au lecteur pourquoi à la fin de son interview il dit : « Ce que j'ai trouvé n'était pas un ballon météorologique », alors que ça va être la thèse de l'armée après. Ça veut dire qu'on lui aurait dicté tout le contraire de l'étouffement qu'on est en train d'asseoir, ça ne tient pas non plus. Il y a plein de petites anecdotes comme ça et je pense que ça invite le lecteur même peut-être pas forcément intéressé par l'ufologie à voir les dessous de l'affaire puis de se faire une raison.
Jean-Michel Abrassart :
Oui c'est vrai que c'est un bon exemple de comment les théories de la conspiration fonctionnent, à partir de toutes sortes de détail, il y a toutes sortes de…
Gilles Fernandez :
Tout à fait, j'en parle très souvent dans mon livre, la façon dont les choses évoluent, c'est à dire que cette affaire est un petit peu quelque part un dialogue entre des sceptiques et des personnes qui proposent l'hypothèse extraterrestre, mais il faut voir comment cet argumentaire évolue, on parlait du conspirationnisme, ça consiste finalement à chaque fois à réfuter un argument qui est présenté mais en présentant un argument ad hoc, c'est à dire pour avoir à tout pris l'explication à laquelle on tient. Quand il y a eu cette explication Mogul et le ruban à fleur, c'est une invention de l'armée aussi, c'est à dire que les témoins de première main qui participaient à la construction de ces cibles radars ou qui aidaient à les assembler et qui se rappellent très bien de ce ruban, eh bien ça fait parti de la conspiration aussi. Du tri sélectif de témoin quoi.
Jean-Michel Abrassart :
Juste pour préciser pour les auditeurs, il y a quand même des publications de l'armée, enfin c'était Roswell case closed où ils avançaient l'explication. En gros l'approche conspirationniste c'est de dire puisque les militaires endossent, supportent ou tiennent à cette explication, forcément ça ne peut pas être la bonne (rires).
Gilles Fernandez :
Voilà. Mais là où j'essaye d’alerter le lecteur également c'est que contrairement à ce qui est écrit ça n'est pas l'armée qui sort cette explication d'un chapeau, ce sont les enquêteurs privés. Un sénateur décide de s'intéresser à l'affaire et saisit le GAO, c'est un groupe d'audit de l'armée, et le GAO fait une injonction à l'US Air Force pour étudier le cas, mais l'US Air Force n'a rien demandé. L'US Air Force s'exécute, elle produit son propre rapport, et puis, qu'est-ce qui en ressort ? C'est Mogul, mais Mogul ça n'a pas été une invention de l'armée pour couvrir l'affaire, au départ cette thèse prosaïque vient d'ufologues dont un Carl Pflock qu'on ne peut pas accuser de conspirationnisme puisque lui croit en la réalité d'engins qui visitent notre terre, mais dans les livres, les forums ou dans les résumés de l'affaire qui sont présentés on fait comme si c'était l'armée qui avait inventé cette explication Mogul. Elle n'a rien inventé du tout, et puis ce n'est pas elle qui a dit : « Tiens, on va parler de l'affaire Roswell », non pas du tout. L'US Air Force, a été forcée d'enquêter là-dessus, et cette enquête, j'en parle un petit peu dans l'ouvrage, a révélé, de la part des enquêteurs en faveur de la thèse extraterrestre, des dissimulations de témoins qui étaient beaucoup trop prosaïques, qui ont étés approchés par ces enquêteurs, mais dans leur livre ils n'en ont pas parlé, et c'est, le terme est peut-être un petit peu fort, ce que je dénonce dans l'ouvrage, il y a tout un tas de témoins de première main, ce n'était pas des témoins de seconde main, ce n'était pas « le fils de » ou « quelqu'un qui m'a dit que », non c'était des gens qui étaient là dans le temps et l'espace de l'évènement. Ils ont été approchés par les enquêteurs mais ils sont absents des livres, en faveur de la thèse extraterrestre, ce qui est pour moi un signe qui ne trompe pas, je pense.
Jean-Michel Abrassart :
Je sais que tu viens de terminer l'ouvrage, que tu es en train de faire sa promotion, mais bon…
Gilles Fernandez :
Oh ma promotion… Tu fais ma promotion.
Jean-Michel Abrassart :
Quels sont un peu tes projets futurs maintenant que tu as travaillé énormément sur ce sujet-là, est-ce qu'il y a déjà d'autres sujets qui t'intéressent ?
Gilles Fernandez :
Oui il y a d'autres sujets qui m'intéressent, bon, il y a le fait que j'ai la chance et l'honneur, entre guillemets, de discuter avec Kevin Randle qui est un écrivain à succès sur l'affaire Roswell, mais lui de la première période. Il est un petit peu sceptique dans l'âme, mais bon, ce n'est pas facile. J'ai la chance de discuter avec lui d'autres choses sur Roswell qui ne sont pas dans le livre donc pourquoi pas faire quelque chose là-dessus, sous forme de document pdf ou autre. Si non il y a la vague d'airship de 1897 qui m'intéresse beaucoup
Aussi le projet qui me tiendrait le plus à cœur en ce moment c'est de réaliser un petit ouvrage à l'usage des ados ou des pré ados justement sur les grands mystères, soi-disant, donc les Crop Circles, le Triangle des Bermudes, des choses comme ça pour présenter de façon très pédagogique l'autre approche que l'on peut avoir, c'est à dire l’approche sceptique, l'approche prosaïque, c'est à dire commençons par envisager des explications ordinaires avant d'envisager des explications extraordinaires. Ce serait un projet que j'aimerai bien réaliser.
Jean-Michel Abrassart :
C'est une super idée, faut le faire !
Gilles Fernandez :
Je ne sais pas.
Jean-Michel Abrassart :
(Rires)
Gilles Fernandez :
On va me la prendre, faut couper ça !!
Jean-Michel Abrassart :
Peux-tu nous rappeler comment on peut faire pour se procurer ton livre ?
Gilles Fernandez :
Le livre est maintenant sur Amazon.fr, il est sur Chapitre.com, et si non l'éditeur est Books On Demand . Mais bon, tu parlais de promotion, déjà je remercie beaucoup de monde, je mets ça dans l'ouvrage, mais vraiment pour moi c'est un ouvrage « À la maison » comme je dis, je ne cherche pas plus que ça… Et pour avoir eu pas mal d’échos sur la littérature sceptique, je sais qu'on ne fait pas beaucoup de vente là-dessus, ça n'intéresse pas beaucoup les gens je pense.
Jean-Michel Abrassart :
Oui mais on va changer ça (rires).
Gilles Fernandez :
Je ne sais pas, ça va être difficile. Mais bon, j'ai appris des chiffres de vente, encore une fois ça n'est pas pour parler finance, mais quand on voit les tirages des ouvrages de Gildas Bourdais par exemple, ou la traduction d'ouvrages sur les soucoupes volantes… Le peu d'effet sceptique, on a donc La rumeur de Roswell de Lagrange, on a la traduction de l'ouvrage de Pflock… On a presque envie d'abandonner, je ne comprend pas bien… Enfin si je comprend très bien.
Jean-Michel Abrassart :
Oui je sais, j'ai fait une interview de Marc Hallet récemment, donc lui il a passé sa carrière à publier des plaquettes à compte d'auteur avec des tirages dérisoires…
Gilles Fernandez :
Oui, et justement cette chance que j'ai aujourd'hui c'est que cet éditeur Books On Demand n'est pas à compte d'auteur, c'est à dire que vous leur envoyez, pour un coût vraiment très modique, votre sujet et comme le dit le nom le livre est imprimé à la demande, il n'y a rien à avancer, et c'est vrai que des personnes comme Marc Hallet dont j'ai lu justement ses fameuses plaquettes etc., peut-être qu'il pourrait essayer, et puis plein d'autres, je pense à tout ceux que je côtoie sur le forum Sceptiques-Ovnis, il y a beaucoup de choses à faire, je crois qu'il ne faut pas hésiter, je me suis souvent exprimé là-dessus en privé, c'est vraiment une chance je pense pour les enfants etc. d'avoir cette approche-là, d'envisager les choses ordinaires avant d'envisager les choses extraordinaires parce que je pense que c'est très important pour l'enfant et puis pour l'adulte aussi.
Jean-Michel Abrassart :
Encore merci d'être venu nous parler de l'affaire Roswell.
Gilles Fernandez :
C'est moi qui te remercie.
Jean-Michel Abrassart :
Au revoir.
Gilles Fernandez :
Au revoir Jean-Michel.

mardi 20 mai 2014

Transcription de l'épisode #40: La rencontre de Kelly-Hopkinsville

Ceci est la transcription de l'épisode #40: La rencontre de Kelly-Hopkinsville du balado Scepticisme scientifique. Il s'agit d'une interview d'Éric Maillot. Cette transcription a été légèrement éditée au niveau du contenu. Un tout grand merci à Jérôme pour avoir réalisé cette transcription.

Jean-Michel Abrassart :
Aujourd’hui Éric Maillot revient sur le balado et nous allons discuter d’un cas célèbre de la casuistique qui est un cas américain qui s’appelle le cas ou l’affaire de Kelly Hopkinsville.
Eric Maillot :
Bonjour Jean-Michel.
Jean-Michel Abrassart :
Avant de rentrer sur l’explication qui a été proposée par Renaud Leclet pour ce cas, est-ce que tu peux nous le raconter un peu ? C’est un cas vraiment digne d’un film de science fiction en tout cas.
Eric Maillot :
Oui, tout à fait, c’est une histoire assez amusante et qui a fait d’ailleurs l’objet d’une illustration dans une bande dessinée de Lob et Gigi sur les grands cas ufologiques. Cela se passe dans une ferme du Kentucky, le dimanche 21 août 1955 se trouvent dans cette ferme 7 adultes et 4 enfants si mes souvenirs sont bons, notamment Mme Sutton-Lankford qui a une cinquantaine d’années et plusieurs ses fils et belles-filles, soit nommés Sutton, soient nommés Lankford car issus d’un deuxième mariage, ainsi qu’un certain Billy Ray Taylor qui lui est le propriétaire de la ferme et un ami de cette famille.
Donc ce soir de dimanche, Billy Ray Taylor sort chercher de l’eau dans le puit qui est dans la cour de la ferme, et dit-il, aux environs de 19h, il aperçoit dans le ciel un objet brillant qui laisse une traînée dans le ciel. Il rentre et raconte à la famille Sutton Lankford qu’il a vu une soucoupe volante. A partir de là il y a une discussion, la famille donne son avis et globalement il n’est pas cru. Le temps passe un peu, il y a un repas, et à un moment donné dans la soirée le chien se met à aboyer. Billy Ray Taylor et un des enfants de la famille, Elmer Lucky, sortent et vont dans la cour pour voir ce qu’il se passe. A ce moment-là ils aperçoivent quelque chose d’étrange, un petit peu lumineux (petite lueur) et donc petit à petit une sorte d’humanoïde d’environ 70 cm et non 1 m ou 1,10 m comme ça a été souvent dit, semble s’approcher d’eux. Là ils aperçoivent quelque chose qui semble être les mains de l’entité qui sont levées en l’air et cette entité s’approche lentement. Les deux hommes vont chercher leurs fusils et tirent sur l’être qui tombe en arrière et ensuite se remet debout et puis s’envole. Alors là les hommes rentrent dans la maison…
Jean-Michel Abrassart :
(Rires) Tu dis : « s’envole ». Mais enfin ça serait plutôt ‘’flotte’’, tu dévoiles un peu l’hypothèse ultérieure.
Eric Maillot :
Ils disent : « Il flotte… Il s’envole ». C’est selon les versions, parce que toute la chronologie et les détails de cette histoire ancienne changent quelque peu selon les sources, et même selon les personnes car il y avait pas mal de monde.
Ensuite, quelques temps plus tard, un être qui serait à peu près similaire apparaît à la fenêtre d’une des chambres et est aperçu par la mère Sutton-Lankford qui elle commence donc effectivement à croire que ses fils et l’ami Billy Ray Taylor avaient bien vu quelque chose dehors. Au début elle pensait éventuellement que cela pouvait être une sorte de farce qui aurait été faite par les jeunes. Donc la frayeur s’installe dans la famille, les enfants sont mis dans une autre chambre et les hommes reviennent et tirent par la fenêtre, très près de la moustiquaire, sur cet être qui s’enfuit. Ensuite ils sortent dehors pour voir s’ils ont réussi à toucher cet être bizarre, et au moment où ils s’arrêtent sous le auvent de la ferme, l’un d’eux sent ou voit une main qui lui semble griffue le saisir au niveau de la tête. A ce moment-là il tire vers le toit et le petit être est projeté du toit de la maison et semble flotter, voler, vers un arbre, semble-t-il. A ce moment-là, Billy Ray Taylor aperçoit, lui, un autre petit être qui serait perché sur un érable proche de la ferme, il tire encore et là l’entité fait une sorte de petit vol d’une dizaine de mètres et se retrouve perchée sur une clôture qui se trouve autour de la ferme. Un autre être apparaît  aussi au coin de la maison, et donc Elmer Lucky se met à tirer dessus et au moment où il tire il entend quelque chose qui lui semble bizarre, une sorte de bruit métallique. L’être se renverse, puis se relève et repart en filant vers les buissons qui étaient proches.
Donc la famille est complètement paniquée et au bout d’un moment, tout ceci est étalé dans le temps, sur le coup de minuit, la famille totalement affolée décide d’aller voir le chérif qui se trouve à Hopkinsville, à une dizaine de kilomètres de la ferme. Donc les policiers arrivent, puisqu’ils sont convaincus que la famille a observé quelque chose car ils sont vraiment paniqués, et repartent aux environs de 2h30 du matin sans avoir trouvé de trace de ces petits êtres.
Là, pas de chance, lorsque la police sera repartie les petits être seront revus jusqu’au petit matin, avant le levé du soleil, puis ne seront plus jamais revus après.
C’est à peu près l’histoire de cette nuit assez étrange vécue par quelques fermiers du Kentucky.
Jean-Michel Abrassart :
Quand on entend cette histoire, c’est vrai que c’est assez incroyable. Ça a été un peu un mystère, comment l’expliquer ? Il y a pas mal d’enquêteurs qui ont tenté de le faire, il a même été mentionné dans le projet ‘’Blue book’’ comme rencontre du troisième type.
Au niveau des hypothèses qui ont été évoquées, par exemple pour dire qu’ils sont sincères, que ce n’est pas un canular que la famille aurait pu faire, le fait qu’il aient été à la police est souvent un argument avancé pour dire que c’est pousser un canular très loin que d’aller à la police.
Eric Maillot :
Effectivement, d’autant plus que là ce n’est pas une personne qui va voir la police mais c’est vraiment toute la famille qui part en voiture et cherche à fuir la ferme. Ce n’est pas un comportement qui colle avec quelqu’un qui veut faire un canular. On peut éventuellement imaginer que le canular aurait été mené par une ou deux personnes et qu’ensuite toute la famille aurait paniqué et décidé d’aller voir la police. Mais vu que la matriarche, Mme Sutton-Lankford avait aussi elle-même observé et pas seulement les deux hommes, on peut très sérieusement douter de cette idée de canular.
Jean-Michel Abrassart :
Donc le cas a été inexpliqué pendant très longtemps. Les différentes hypothèses émises par les sceptiques n’étaient pas très convaincantes, même pour les sceptiques (rires). Puis Renaud Leclet a proposé une théorie, tu peux nous l’expliquer ?
Eric Maillot :
Oui, donc effectivement les théories qui tentaient d’expliquer le cas :
Il y avait eu celle du singe qui se serait échappé d’un cirque, après celle du canular évidement. Le canular, on a vu que ça ne tenait pas la route. Celle d’un ou de plusieurs singes évadés d’un cirque qui seraient venus mettre la pagaille dans la ferme, il faut reconnaître que premièrement le fait que le cirque était très très loin de la ferme ne semble pas aller en faveur de cette idée-là. De plus on voit mal comment des singes auraient pu donner l’impression de flotter ou de voler, se percher sur un fil de clôture, sauter du toit pour aller vers un arbre qui se trouve à plus d’une dizaine de mètres. Donc beaucoup de choses y compris le portrait ne collent pas, l’entité possède de grandes oreilles. Il y a assez peu de singes qui ont des grandes oreilles et notamment dans les cirques ce n’est pas le type de singe qui est utilisé.
Jean-Michel Abrassart :
Oui tu parles du portrait, c’est le dessin qui a été réalisé par un des témoins pour décrire l’apparence des entités et qui est assez célèbre en ufologie.
Eric Maillot :
En fait oui, mais il y a trois dessins qui n’ont été faits par les témoins eux-mêmes mais le lendemain par un journaliste du Kentucky New Era qui a fait des portraits rebots en regroupant les témoignages des femmes, puis en demandant aux hommes leur avis, en demandant à la matriarche ce qu’elle en pensait, etc. Donc trois dessins ont été faits par cette personne, il n’y a pas de dessins directs des témoins. Dans les descriptions que les témoins faisaient il y a effectivement des êtres qui ont tous cette constance d’avoir des grands yeux et des grandes oreilles.
Jean-Michel Abrassart :
Qu’est-ce qui les différencie disons de l’image archétype du gris qui a des grands yeux mais qui est loin d’avoir de grandes oreilles puisque les gris n’ont pas d’oreilles ?
Eric Maillot :
Tout à fait, mais il faut dire que les gris, c’est quelque chose qui arrive bien plus tard que les années 1955, si ma mémoire est bonne on voit se profil-là beaucoup plus tard. Donc là on a quelque chose qui ressemble assez fort au petit bonhomme qui se trouve en couverture d’un roman qui est paru à cette époque la, ‘’Martians, go home’’ de Fredric Brown, un petit martien aux oreilles pointues. Ça reste éventuellement dans les stéréotypes qui pourraient exister dans l’imagerie populaire de l’époque, ce qui serait d’ailleurs à vérifier, beaucoup plus que les petits gris en tout cas.
Jean-Michel Abrassart :
Oui, les petits gris apparaissent avec l’affaire Betty et Barney Hill, c’est donc bien plus tard que ça.
Eric Maillot :
Oui, et encore, Betty et Barney Hill parlent même de personnages avec des casquettes, des yeux bridés… On ne peut pas encore dire que ce soit le stéréotype du petit gris
Jean-Michel Abrassart :
(Rires) J’imagine un gris avec une casquette, c’est une vision d’horreur quand même.
Eric Maillot :
Il y a les yeux bridés éventuellement, en amende, qui pourraient correspondre mais à part ça... Je pense que l’histoire des petits gris est plus tardive. Nous avons une entité qui a un profil un peu particulier et donc une petite taille, d’ailleurs apparemment bien plus petite que les entités prétendues extraterrestres de l’époque, c'est-à-dire inférieure à 1 m.
Dans les explications qui ont été fournies, on a vu que les singes et le canular ne convenaient pas. Alors il fallait donc tenter de trouver une explication à cette histoire et c’est resté en suspend pendant très très longtemps. Et comme tu l’as dit, c’est Renaud Leclet qui au proposé l’idée, par un petit hasard assez amusant, que cela pouvait éventuellement être une chouette.
Nous étions chez moi en train de discuter d’une observation belge avec justement une entité flottante ou volante, dans les années 1995, publiée par la SOBEPS, avec un dessin qui nous semblait bizarre et une explication qui était proposée à l’époque par Vim Van Utrecht si mes souvenirs sont bons. Renaud n’était pas, lui, extrêmement convaincu par cette idée, c’est d’ailleurs ça qui est amusant, il trouvait que c’était assez surprennent d’aussi mal décrire une chouette observée le soir, en tout cas au niveau d’un dessin.
A partir de là je lui ai proposé de voir ce que donne une déformation de quelqu’un qui dessine et donc je lui ai proposer, lui, moi, les enfants et mon ex-femme, de dessiner des chouettes, et puis de regarder le résultat. Donc là effectivement il s’est rendu compte que ce n’était pas évident de dessiner quelque chose qu’on connaissait. Il a regardé un des dessins et ça lui a rappelé quelque chose qu’il avait déjà observé ailleurs dans un livre et il a cherché quel était ce dessin pouvait ressembler à un de ceux que l’on avait fait. C’est ainsi qu’il est tombé sur un des petits bonhommes dessinés par le journaliste qui avait interviewé la famille Sutton-Lankford. Ça lui a donné l’idée de vérifier si cette piste de chouette ou de hibou avait été ou pas examinée dans l’affaire. C’était une affaire de rencontre rapprochée du troisième type américaine alors qu’au Comité Nord-Est dont Renaud et moi-même faisions partie on s’intéresse beaucoup plus aux cas français et notamment de la région Nord-Est. Donc il a décidé de creuser cette affaire. Ça lui a pris d’ailleurs plusieurs années, parce qu’il a non seulement recherché de la documentation sur ce cas pour trouver les sources initiales et les enquêtes les plus proches de l’époque mais aussi pour tenter de trouver d’autres descriptions d’humanoïdes qui pourraient correspondre à ce type de profil et voir s’il y avait eu une reprise, qu’elle se reproduise comme souvent c’est le cas en cas de méprise avec des avions, des ballons sonde ou n’importe quoi d’autre, on a toujours une chance parmi l’ensemble des cas mondiaux de retrouver un ou des cas qui soient explicables par la même cause.
Voilà comment, d’une intuition sur un petit dessin et d’une petite discussion, on est parti vers quelque chose de beaucoup plus structuré avec une enquête bien faite, aussi bien sur la documentation concernant les oiseaux, donc les strigidés qui sont les rapaces nocturnes comme les hiboux et les chouettes, à l’étude du cas en lui-même pour voir quels étaient les points qui pouvaient coller et ceux qui ne pouvaient pas coller. Et il faut reconnaître que ce qu’il a trouvé dans cette affaire me semble très convaincant.
Jean-Michel Abrassart :
Donc pour lui il s’agirait d’une méprise avec un hibou.
Eric Maillot :
Donc effectivement, le choix du hibou s’explique déjà tout simplement parce qu’entre les chouettes et les hiboux il y a une grosse différence qui se trouve dans le profil de l’animal à savoir que le hibou porte des aigrettes alors que la chouette n’en porte strictement pas. Or dans cette affaire, il est clair que la description des ‘’grandes oreilles’’ élimine d’emblée tout type de chouette. Donc il restait le hibou, on recense les hiboux moyen duc, petit duc et grand duc. La taille des moyens et petit duc ne convient guère à l’explication des entités qui ont été observées. Par contre le hibou est un rapace nocturne qui a une taille qui peut aller jusqu’à 65 cm, voire 70 cm ou un peu plus pour le hibou européen. Les hiboux américains, donc les bubo virginianus sont eux un peu plus petit, de 5 à 7 cm, les femelles sont plus grandes que les males. Leur taille de 65 cm colle avec la description d’un petit être de 70 cm. En plus le hibou a un immense avantage, c’est de répondre à plein de détails de cette nuit fantastique :
On a une entité qui est capable de flotter sur une assez longue distance, une dizaine de mètres, et on sait que le hibou est capable de voler.
Les entités au niveau physique sont décrites comme ayant des yeux jaune orangé dans des grandes soucoupes, il suffit de regarder les yeux d’un hibou pour voir que la couleur est jaune orangé. Ils brillent la nuit, renvoient la lumière en tout cas, ils ont des sortes de creux dans leur plumage où sont logés les yeux.
Donc on a les oreilles, les yeux, la taille.
Ensuite ils ont effectivement des très grosses griffes, quoi que là-dessus j’en doute, on peut imaginer qu’une griffe ait frôlé les cheveux ou le chapeau d’un des hommes lorsqu’il était en dessous du auvent. En tout cas c’est sûr qu’il n’a pas été touché réellement parce que s’il avait été touché par une griffe de hibou, les marques auraient été nettes. Où alors tout simplement se sont les grandes plumes qui se situent au bout des ailes qui auraient été prises pour des griffes. Les grandes rémiges donnent l’impression de doigts de la main et pourraient expliquer le fait qu’ils voient le petit être s’approcher mains levées, c'est-à-dire que le hibou avait tout simplement les ailes relevées et à ce moment-là on voit très bien les plus grandes plumes former comme des doigts.
Les autres points qui sont fortement intéressants, qui confirment l’hypothèse sont les suivants :
Le hibou est un animal qui agit une demi-heure après le coucher du soleil et qui cesse son activité une demi-heure avant le lever du soleil, et comme par hasard on peut constater que c’est à ce moment précis que commence l’observation et qu’elle se terminera selon les témoins, ce qui concorde avec le mode de vie du hibou.
Il y a beaucoup de points, Renaud en a listé pas mal, qui collent aussi bien dans la description que d’autres détails. Après on peut examiner les quelques arguments qui ont été opposés à cette idée du hibou.
Jean-Michel Abrassart :
Oui c’est ce que j’allais faire. Le premier contre argument classique, c’est un peu un argument d’incrédulité, c’est : « Des fermiers devraient reconnaître un hibou s’il les attaque »
Comment ils pourraient passer à côté de quelque chose d’aussi évident ?
Eric Maillot :
Alors c’est un argument intéressant, j’ai vu d’ailleurs il y a très peu de temps sur une encyclopédie ufologique que la thèse de Renaud Leclet était citée, en bien au vu des arguments qui collent, mais était rejeté au titre du hibou pour être remplacé par une chouette avec pour argument que le hibou a pour type d’habitat des zones boisées, montagneuses, ce qui n’est pas le cas des zones fermières où il y a des cultures. Donc cet argument est assez intéressant parce que l’on peut constater dans l’atlas du Kentucky, le ‘’Kentucky breading bird atlas’’ à la page 100, il y a une remarque qui est faite où il est indiqué que dans les années 1950 l’habitat dans le Kentucky était beaucoup plus forestier, mais dans les années 1965 a été constaté que les hiboux avaient changé de mode de vie et étaient venus davantage dans les zones céréalières et plates où ils avaient eu sûrement plus de facilité à se nourrir. Ce qui veut dire qu’en 1955, le hibou, dans les fermes, dans les zones de cultures est un animal rare, voire exceptionnel. Donc prétendre que les Sutton avaient déjà vu un hibou c’est quelque chose qui n’est pas évident d’après les données historiques sur le mode de vie des hiboux dans les années 1950. À partir de là on peut comprendre pourquoi ils auraient été surpris et incapable d’identifier des hiboux la nuit à proximité de leur ferme.
Jean-Michel Abrassart :
Oui, et il y avait l’observation antérieure qui les a encouragé à être dans un état d’esprit qui pousse à l’interprétation extraterrestre.
Eric Maillot :
Oui, et là on rentre dans le contexte socio psychologique de l’histoire, non pas dans le type de méprise. Un détail a été découvert par Yann Mège qui a refait une enquête auprès du Shérif Ferguson à l’époque. Il a mis en avant le fait que lors de la conversation du soir suite à l’observation de Billy Ray Taylor, ce dernier avait parlé d’une observation antérieure semble-t-il, et aussi du cas de Flatwoods qui avait eu lieu en Virginie en septembre 1952. Cette observation de Flatwoods en Virginie surnommée le ‘’Monstre de Flatwoods’’ s’expliquait, elle, par une méprise avec une chouette. Donc c’est assez amusant qu’en racontant une rencontre du troisième type dans l’idée soucoupique car lui avait vu une soucoupe volante, il ait fait allusion à une observation qui justement relevait elle aussi d’une confusion avec un strigidé, donc là une chouette. On comprend avec cette discussion le contexte, même si les gens disent ne pas croire au contexte de soucoupe observé, en tout cas leur cerveau est prédisposé à avoir une imagerie de type extraterrestre et soucoupique, y compris à voir le monstre de Flatwoods apparaître le soir ; et ils voient, eux, leur petit monstre personnel qui est probablement un hibou ou des hiboux, il n’est pas exclu que ce soit un couple, mais rien ne permet de dire qu’il y a eu plus d’un seul être observé au même moment dans cette histoire. Si plusieurs êtres ont été vus, on n’est pas certain au vu de la chronologie des évènements qu’il y en ait eu plusieurs, c’est possible mais ce n’est pas certain.
Jean-Michel Abrassart :
Oui, sur son site rr0, Jérôme Beau a listé quelques arguments contre l’hypothèse du Grand Duc. Le premier, tu l’as déjà abordé mais on va le ré aborder : « Un hibou ne peut pas lever les bras au-dessus de sa tête ».
Eric Maillot :
C’est quelque chose de totalement faux, d’ailleurs il suffit d’imaginer par exemple que ce hibou soit en train de capturer une petite souris, un mulot, n’importe quoi, qui se débat, dans ces cas-là il écarte ses ailes et les relève, de façon englobante. C’est aussi une posture qui peut être utilisée pour effrayer quelqu’un ou quelque chose qui représenterait un danger. Les oiseaux ont plusieurs types de défense  qui peuvent être de prendre du volume pour impressionner l’adversaire ou la menace, ou alors au contraire ils essayent de se diminuer ou de se camoufler pour ne pas être vu s’ils estiment qu’ils ne peuvent pas venir à bout ou impressionner cette menace.
Donc là on serait dans une attitude relative à la capture d’un animal ou de défense pour essayer d’impressionner la présence humaine qui se trouve à l’extérieur.
Jean-Michel Abrassart :
Le deuxième contre argument est vis-à-vis du détail qui dit que : « Le hibou tombe, or un hibou ne peut pas être touché et se relever puis venir après cela vers son agresseur. S’il n’est pas touché il ne tombe pas mais s’envole ». Ça évoque aussi le fait que si on tire sur le hibou, celui-ci devrait s’enfuir et pas revenir comme il l’a fait plusieurs fois.
Eric Maillot :
Oui, c’est un argument qui est assez intéressant dans le sens où, si on imagine là pour le coup un couple de hiboux, celui qui semble avoir été touché, visiblement, peut très bien être seulement blessé. Ce qu’il faut savoir c’est que quand on tire sur un oiseau ce n’est pas comme quand on tire sur un mammifère, déjà l’oiseau a un plumage qu’il peut souvent gonfler, donc ce n’est pas facile de le toucher directement, la balle peut toucher la forme de l’oiseau mais sans pour autant toucher son corps ou le blesser gravement. En plus le sang qui s’écoulera sera très faible, il suffit de regarder des chasseurs qui ont tué des oiseaux, le  sang ne coule pas à flots car il reste retenu à l’intérieur des plumes.
Donc sur le fait qu’il aurait dû y avoir du sang, cela n’a rien de prouvé ni rien d’évident. Sur le fait qu’un oiseau blessé ne peut pas s’envoler, ça dépend où il a été blessé, s’il a été touché à la patte il peut voler, s’il a été touché à un endroit qui n’est pas vital, il peut s’envoler. Les animaux sauvages ont une très forte résistance à la douleur et donc un très fort instinct de conservation et de fuite. Là aussi il faut penser que le hibou est un prédateur, donc s’il n’a pas eu l’habitude de fréquenter l’homme, si à l’époque la rencontre est quelque chose de rare, on peut s’imaginer que ce couple-là ou cet oiseau ait eu des comportements qui soient plutôt de l’agressivité, donc de l’attaque.
Jean-Michel Abrassart :
Son dernier argument concerne le bruit qu’ils ont entendu au moment où ils tiraient sur l’humanoïde, ils ont entendu un bruit métallique comme un bruit de casserole. Et évidemment l’argument est : « Tirer sur un hibou ne fait pas un bruit de casserole ».
Eric Maillot :
Oui, alors ça c’est amusant, cette fameuse remarque d’un des hommes qui avait dit que lorsqu’il avait tiré dessus à deux ou trois reprises en disant qu’il l’avait touché, une fois, ce n’est pas arrivé à chaque fois, une fois ils ont entendu un bruit métallique. Et donc là aussi il serait intéressant de savoir à quel moment ce bruit à été entendu, à l’occasion de quel tir, mais l’enquête n’a jamais cherché à approfondir ce détail. Donc il se peut très bien qu’ils aient entendu un bruit métallique lorsqu’ils ont tiré sur le toit de la ferme, ce ne serait pas surprenant que ça ricoche sur le toit en faisant un bruit de métal sur des tôles. Si c’était lorsque l’entité était au sol dans la cour de la ferme, on voit plein d’objets dans une cour de ferme qui peuvent être métalliques, et une balle aurait très bien pu ricocher et faire ce bruit métallique, notamment le puits qui se trouve dans la cour, donc les pierres, le montant du puit en métal, le seau… Chercher dans une cour de ferme le nombre d’objets métalliques en 1955 qui pourraient faire un bruit de métal en tirant un petit peu n’importe où dans le noir… Ça ne me parait pas extrêmement surprenant et ça ne paraissait pas non plus très étonnant à Renaud. De là à en faire comme à une certaine époque, dans les années 1950, 1960, des entités blindées couvertes d’une armure dont la peau était totalement métallique, puisque je crois que la famille avait décrit une teinte qui faisait penser à des reflets argentés ; du coup certains ufologuqes n’avaient pas hésité à barder nos extraterrestres d’une peau blindée.
Jean-Michel Abrassart :
Est-ce qu’il n’y avait pas une sorte de luminosité qui était impliquée ou que les hiboux émettraient une certaine lumière ?
Eric Maillot :
Alors oui effectivement. Là-dessus il y a eu d’ailleurs quelque chose qui a été une déformation journalistique semble-t-il, c'est-à-dire qu’ils ont souvent été représentés comme étant vert lumineux. Il semblerait que les versions initiales parlent davantage de reflets brillants, voire argent, aluminium. On en est beaucoup plus à se demander s’il s’agit tout simplement de ce que l’on appelle le reflet sur le graissage des plumes des oiseaux, et notamment ceux des hiboux sont très régulièrement graissés et peuvent donner un reflet gras lorsqu’une lumière les éclaire.
Ensuite le hibou possède une sorte de signal d’appel visuel en dessous de la gorge qui est souvent une tâche blanche et donc la moindre tâche blanche dans l’éclairage d’une ferme le soir ou la nuit peut être perçue comme quelque chose de lumineux. En plus les chouettes et hiboux sont parfois connus dans l’histoire naturelle comme pouvant être lumineux, il y a quelques cas qui ont été recensés et que Renaud Leclet avait réussi à retrouver. Dans les années 1900 notamment des observations avaient été faites de lumières flottantes ou volantes qui se sont avérées être des chouettes qui avaient le plumage luminescent. L’explication scientifique reste assez mystérieuse, il n’y a pas eu vraiment d’études poussées sur l’affaire, c’est bien dommage d’ailleurs. Deux pistes semblent plausibles, ce sont soit des bactéries qui peuvent être luminescentes, ou alors des poussières de champignons vivants dans les vieux troncs d’arbres. Ces poussières de champignons sont des mycéliums qui poussent dans l’arbre pourri, au sec, et qui donnent à une certaine époque une luminescence soit orangée, soit vert fluo.
Donc voilà, on a plusieurs explications possibles d’une luminosité ou d’un reflet sur un hibou.
Jean-Michel Abrassart :
Il y a un ouvrage que j’ai lu il y a quelques années de ça et qui s’appelle ‘’ "The Min Min Light: The Visitor Who Never Arrives"’’. L’auteur défend l’idée que les chouettes auraient une luminosité interne, un peu comme des poissons. J’ai un ami qui est éleveur de chouettes et il trouvait cela assez ridicule comme hypothèse. Par contre dans son ouvrage l’auteur recensait pas mal d’histoires, des folklores antérieurs au folklore ufologiques, d’observations d’oiseaux lumineux à travers les ages, disons que c’est un phénomène fortéen qui revient assez fréquemment. Les gens disent voir des oiseaux qui semblent émettre une certaine lumière en tout cas.
Eric Maillot :
Oui, alors je pense qu’il y a deux choses là-dedans, il y a deux faits qui doivent être réels.
Le fait que les animaux qui portent des tâches blanches ou claires, la nuit avec les plumes graissées, forcément renvoient la lumière. Donc à partir de là, dans des environnements où il y a certains éclairages il n’est pas étonnant de voir passer un oiseau et de le prendre pour une petite boule de lumière qui se déplace ; on sait bien que lorsque des grues ou des oiseaux migrateurs passent au dessus des villes, il forment des points lumineux parce qu’ils reflètent la lumière, tout simplement, c’est quelque chose d’évident, c’est une certitude.
En revanche pour la partie bioluminescence, je pense qu’il y a eu des observations faites pour certains canards aussi dans les marécages qui vivent dans des nids où la moisissure s’installe sur laquelle des champignons peuvent pousser. Il y a aussi des observations qui ont été relatées disant qu’il y avait une certaine luminescence de l’oiseau. Donc je pense que c’est quelque chose qui ne relève pas de la légende, loin de là. Tout simplement on en voit peut-être beaucoup moins parce que l’on est pas habitués, d’ailleurs il suffit de se demander aujourd’hui combien de personnes ont observé la bioluminescence d’une souche en forêt la nuit. Je suis sûr que si on disait qu’il y a des souches bio luminescentes la nuit, on trouverait des gens qui diraient : « Non, non, c’est une légende ». Non ce n’est pas une légende, personnellement j’en ai vu, ça m’a surprit, mes amis aussi, il nous a fallu un petit moment pour comprendre d’où venait cette lumière. Donc c’est quelque chose qui est tout simplement rare, donc à partir de là mal étudié, mais je ne pense pas pour autant que ce soit de l’ordre de la légende.
Alors ce qui est amusant c’est que de là à dire que les animaux sont lumineux de l’intérieur, que c’est leur peau ou des choses comme ça, non, ça ne tient pas la route. Ça me fait penser aussi à une sorte de désinformation qui est utilisée par les tenants des petits bonshommes extraterrestres sur Internet ; il y a quelques temps je voyais qu’on se moquait de ces sceptiques qui prétendent qu’il y a des chouettes lumineuses ayant mangé des champignons luminescents ou ayant mangé des champignons, ce n’est pas du tout l’explication que proposait Renaud. Il disait tout simplement que c’est le contact des plumes de l’oiseau avec de la poussière de mycélium de champignon qui fait que les plumes pourraient devenir luminescentes. Ce qui était intéressant aussi c’est de voir que Renaud ne s’est pas arrêté à cette histoire, il a continué à creuser et il a fait ensuite un travail qui concerne le fameux monstre de Flatwoods, qui a été présenté y compris par Bernard Thouanel dans VSD dans les années 2000 comme encore un cas mystérieux, toujours inexpliqué, alors que cette affaire était déjà expliquée dans les années qui ont suivi le cas en 1952, puisque l’ATIC qui avait enquêté sur l’affaire indiquait qu’il y avait probablement comme explication une chouette. Et donc Renaud, sans savoir cela, avait lui-même réétudié l’histoire et avait trouvé que tout collait avec une chouette, et il avait trouvé quelque chose de fort intéressant dont je parlais tout à l’heure sur les méprises, c’est que si une méprise se produit, il y a de fortes chances qu’elle se reproduise ailleurs. Et le cas de Flatwoods est très intéressant car il commence exactement comme l’histoire de Kelly Hopkinsville, en fait ce que j’ai oublié de dire, c’est que Renaud a pu démontrer que la première observation faite par Billy Ray Taylor, cette soucoupe qui passe dans le ciel, est probablement un très beau météore ou un joli bolide, puisqu’il a été vu en divers endroits, aux alentours de 18h30, donc on peut déjà dire que l’observation de la soucoupe s’explique très facilement. Or, dans l’histoire de Flatwoods en Virginie en 1952, c’est aussi un météore qui commence l’observation, puis les gens vont se déplacer pour aller voir où aurait atterri cet ovni, cette soucoupe, et vont, là encore, faire la rencontre avec une entité bizarroïde dite ‘’le montre de Flatwoods’’, qui était probablement une chouette dans un arbre.
Donc les deux affaires ont vraiment en commun un stimulus déclencheur : le bolide pris pour une soucoupe qui va atterrir et ensuite la recherche ou la rencontre d’un petit être qui va devenir forcément extraterrestre puisqu’on était en train de chercher une soucoupe. Ce qui est très intéressant aussi dans le travail qu’a fait Renaud, et qui est non négligeable c’est qu’au-delà des similitudes de ces deux cas, il a continué à chercher d’autres cas. Je lui avait dis qu’à mon avis, je pensais que s’il en avait trouvé deux il devrait y en avoir beaucoup plus, et grâce à l’aide de plusieurs ufologues du CNEGU ou de Denis qui avait une base de données sur les rencontres du troisième type, donc avec la collaboration d’autres ulologues, il a réussi à retrouver au minimum quatre cas dans le monde, à des années différentes, dans les années 1990 ou dans les années 1950, 1960, qui montrent des similitudes dans les comportements notamment le petit être qui lève les bras avec les mains griffues en l’air, des petits bonshommes à oreilles, avec de grands yeux… Donc ce profil a été retrouvé dans d’autres cas de la casuistique mondiale, et j’en ai moi-même retrouvé un récemment encore, et je crois que des collègues du CNEGU en ont aussi dégoté quelques uns dans les archives qui passaient depuis le décès de Renaud Leclet.
Donc il est clair que le profil de cette méprise et sa répétition, en plus répétition des caractéristiques physiques, des comportements, des horaires, montre que la thèse des hiboux est tout à fait pertinente, d’ailleurs quel autre animal peut rester perché sur un fil de clôture, sur un piquet de clôture, drôle de comportement pour un être extraterrestre en tout cas.
Jean-Michel Abrassart :
Avant même de lire les travaux de Renaud Leclet, j’avais lu l’hypothèse qu’il y aurait des méprises avec des oiseaux sous la plume de Joe Nickell du Skeptical Inquirer, et, lui-même, il mentionnait le fait, dans certains de ses ouvrages, qu’il y avait certainement en tout cas pour des observations de fantômes des méprises avec des chouettes. Aussi pour le Mothman, l’homme phalène, tu te souviens ?
Eric Maillot :
Oui, tout à fait, on en avait discuté avec Renaud justement, parce que je me suis retrouvé impliqué dans cette histoire, par le début, par le déclenchement, mais aussi du fait que Renaud avait du mal à lire l’anglais. Et donc à un moment donné il avait retrouvé dans les sources l’enquête d’Isabel Davis etTed Bloecher de 1978 du Center For Ufo Studies, et cet ouvrage-là de plus de 150 pages si mes souvenirs sont bons, était en anglais, donc il lui fallait un coup de main pour éplucher ce document. Et comme la piste qu’il suivait me semblait très intéressante je me suis impliqué dans cette tentative de traduction de l’ouvrage pour en sortir les informations les plus utiles. Disons que comme ça je me suis un petit peu impliqué dans cette histoire.
A propos de cette histoire de Mothman, homme phalène, quand il a commencé à creuser ces deux histoires de Flatwoods et Hopkinsville, l’histoire du monstre de Flatwoods m’a tout de suite évoqué les histoires de Mothman, à tel point que j’avais refait des recherches dans les éditions du Fortean Times, il y avait des publications à ce propos. J’avais un petit peu creusé l’histoire du fantôme d’Aldershot et ça me semblait être uniquement des observations de chouettes effraie, le soir, près d’un cimetière, des grands classiques. J’ai vécu ça moi-même étant jeune, aussi bien le souffle effrayant, la respiration bizarre et fantomatique des chouettes effraie. Le soir et la nuit quand on tout est seul, ça fait quelque chose de peu banal surtout à côté d’un cimetière ou d’une église, ça donne un petit peu plus d’ambiance et donc on peut comprendre que ces oiseaux, notamment les chouettes effraie, qui comme les hiboux se déplacent totalement en silence la nuit, on n’entend pas le battement d’aile, rien du tout, donc on ne voit que des formes se déplacer, puissent créer des observations ou des récits de fantômes à proximité de cimetières, de châteaux, de vieilles granges, enfin tous les lieux qui sont un petit peu flippant et qui sont associés aux fantômes.
Jean-Michel Abrassart :
C’est un cas que je trouve assez fascinant, d’avoir une rencontre du troisième type aussi impressionnante que ça et puis finalement on arrive quand même à l’expliquer de manière prosaïque. C’est un beau cas je trouve.
Eric Maillot :
Tout à fait, et j’ajouterai qu’il est intéressant d’aller sur le site du CNEGU voir les publications de Renaud Leclet pour se rendre compte qu’il existe d’autres cas qui ont se profil et justement qui montrent carrément parfois une famille complète de hiboux moyen ducs se déplaçant et prise pour des extraterrestres.
Jean-Michel Abrassart :
Je mettrai les liens sur le blog pour ceux qui voudraient aller consulter tout ça.
Eric Maillot :
Tout à fait, et donc la morale de l’histoire, comme l’avait dit Renaud, c’est qu’avant de parler du zoo intergalactique des extraterrestres, il serait peut-être temps, pour ceux qui parlent d’extraterrestres et d’ovnis, d’apprendre à connaître le simple zoo bien terrestre qu’ils ont autour d’eux.
Jean-Michel Abrassart :
En tout cas merci d’être venu nous parler de cette histoire et de ce cas.
Eric Maillot :
Mais de rien, c’est avec plaisir, d’ailleurs je regrette que ce ne soit pas Renaud Leclet qui l’ait fait.
Jean-Michel Abrassart :
Moi aussi. Au revoir, à la prochaine.
Eric Maillot :
Au revoir.